📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Évangile : Marc 12, 18-27

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

18 Alors viennent à lui des Sadducéens - de ces gens qui disent qu’il n’y a pas de résurrection - et ils l’interrogeaient en disant :
19 ” Maître, Moïse a écrit pour nous : “Si quelqu’un a un frère qui meurt en laissant une femme sans enfant, que ce frère prenne la femme et suscite une postérité à son frère. “
20 Il y avait sept frères. Le premier prit femme et mourut sans laisser de postérité.
21 Le second prit la femme et mourut aussi sans laisser de postérité, et de même le troisième ;
22 et aucun des sept ne laissa de postérité. Après eux tous, la femme aussi mourut.
23 A la résurrection, quand ils ressusciteront, duquel d’entre eux sera-t-elle la femme ? Car les sept l’auront eue pour femme. “
24 Jésus leur dit : ” N’êtes-vous pas dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu ?
25 Car, lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux.
26 Quant au fait que les morts ressuscitent, n’avez-vous pas lu dans le Livre de Moïse, au passage du Buisson, comment Dieu lui a dit : Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ?
27 Il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants. Vous êtes grandement dans l’erreur ! “

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Avec ce passage, nous rejoignons Jésus, qui vient d’entrer en triomphe à Jérusalem, où il va passer les 3 jours suivants dans le Temple, à Jérusalem, avant que cette semaine se termine par sa Passion et le mort. Nous nous trouvons donc, ici, dans l’avant dernière partie de cet Evangile de Marc. Après avoir “purifié” le Temple, et refusé de dire aux grands prêtres et aux scribes au nom de quelle autorité il avait fait cela, leur avoir proposé la parabole des vignerons homicides, Jésus se trouve maintenant affronté aux questions et pièges que lui présentent ses adversaires : faut-il payer l’impôt à César ? qu’en est-il de la résurrection ?

2. Message

La réponse de Jésus à ces Sadducéens qui l’interrogent sur la résurrection des morts, après lui avoir soumis le cas de la femme dont les 7 époux successifs sont tous morts les uns après les autres, cette réponse est double.

Jésus aborde d’abord la situation de ceux qui ont part à la résurrection. S’il les déclare semblables à des anges dans les cieux, c’est pour signaler la nécessaire “rupture” dans la continuité, et la nouveauté radicale d’une vie nouvelle, que suppose l’entrée dans “l’état de ressuscité”. Il ne s’agit plus désormais d’une existence humaine d’ordre “biologique” , et fondée sur les éléments physico-chimiques de l’être humain, mais d’une réalité devenue “toute autre”, liée à une transfiguration de la réalité humaine par l’Esprit de Dieu, qui, comme le précisera Paul, nous configure au corps ressuscité du Christ en gloire (Philippiens, 3, 20 - 21).

Dans la deuxième partie de sa réponse, Jésus atteste la réalité de la résurrection des morts : si Dieu se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, lors de sa révélation à Moïse au buisson ardent du chapitre 3 du Livre de l’Exode, et qu’il est le Dieu, non pas des morts, mais des vivants, c’est donc que les grands ancêtres d’Israël, qui ont connu la mort, sont bien vivants en lui et par lui. Dans cette réponse, l’accent est bien mis sur Dieu, et non pas sur les efforts des hommes, pour ressusciter : en d’autres termes, si Dieu est vraiment Dieu, et, comme tel, Dieu des vivants, il ne va pas laisser la mort détruire les êtres humains qu’il a appelés, pris en charge, et avec qu il a fait alliance.

3. Decouvertes

Les Sadducéens étaient surtout des membres des grandes familles aristocratiques sacerdotales, aux vues conservatrices, et qui n’adhéraient qu’aux textes écrits de la Loi, en refusant toute autre tradition. Or l’idée de la résurrection des morts n’est apparue que bien tardivement en Israël, avec le livre “apocalyptique” de Daniel, au début du 2ème siècle.

La question posée à Jésus est, de fait, absurde. Le texte du Deutéronome qui servait de référence à la pratique du “Lévirat” (Deutéronome, 25, 5 - 10) avait pour but, en proposant cette pratique, de perpétuer le nom de l’époux défunt, et de lui assurer une descendance qui puisse hériter de ses biens. Il n’est pas certain que cette pratique existait encore couramment à l’époque de Jésus.

Par ses réponses, Jésus se situe résolument dans le camp des Pharisiens, dans ce débat qui les opposait fortement aux Sadducéens à propos de la résurrection. Cette opposition très vive, sur ce point précis, entre Pharisiens et Sadducéens, sera habilement exploitée par Paul, quand il sera traduit devant le Grand Conseil, après son arrestation à Jérusalem (Actes, 23, 6 - 9).

4. Prolongement

Les récits d’apparitions du Christ ressuscité dans les Evangiles nous présentent constamment un Jésus qui, à la fois, est le même, et se fait reconnaître, par des signes qui renvoient à son existence historique, et n’est plus le même (il a, par exemple, la mobilité de l’Esprit) : d’où, il se manifeste, à la fois, dans la continuité et le dépassement, dans la rupture.

La réponse de Jésus en ce texte nous invite à envisager l’au-delà de notre existence biologique historique, non pas à partir de nous, mais à partir de Dieu, et de son côté. S’il existe, s’il est à la racine de notre existence, en tant que Créateur, s’il a choisi d’accompagner l’humanité toute entière en entrant dans son histoire, pour la faire entrer dans une création nouvelle, c’est pour nous transmettre et partager sa vie, qui ne peut être qu’éternelle et transformante. En ce sens, notre foi en la résurrection des morts est d’abord un regard sur Dieu, une compréhension du mystère de Dieu, comme celui qui est, et nous donne, le sens ultime de toute notre propre existence.

Le meilleur texte que nous ayons sur la différence entre notre vie présente, dans l’histoire, et la vie de ressuscité en Christ est ce passage du chapitre 15 de la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens :

35 Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ?

36 Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt.

37 Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre plante ;

38 et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier.

39 Toutes les chairs ne sont pas les mêmes, mais autre est la chair des hommes, autre la chair des bêtes, autre la chair des oiseaux, autre celle des poissons.

40 Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres, mais autre est l’éclat des célestes, autre celui des terrestres.

41 Autre l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, autre l’éclat des étoiles. Une étoile même diffère en éclat d’une étoile.

42 Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité ;

43 on est semé dans l’ignominie, on ressuscite dans la gloire ; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force ;

44 on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel.

45 C’est ainsi qu’il est écrit : le premier homme, Adam, a été fait âme vivante ; le dernier Adam, esprit vivifiant.

46 Mais ce n’est pas le spirituel qui paraît d’abord ; c’est le psychique, puis le spirituel.

47 Le premier homme, issu du sol, est terrestre, le second, lui, vient du ciel.

48 Tel a été le terrestre, tels seront aussi les terrestres ; tel le céleste, tels seront aussi les célestes.

49 Et de même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste.

50 Je l’affirme, frères : la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu, ni la corruption hériter de l’incorruptibilité.

Prière

*Seigneur Jésus, tu habites nos cœurs par la foi, tu demeures en nous avec le Père dans l’Esprit Saint, et c’est dans la mesure où je vis totalement ce mystère de ta présence, au point de dire, avec Paul, que ce n’est plus moi qui vis, mais toi qui vis en moi, que je puis comprendre le don que tu nous proposes d’avoir part à ta résurrection, et la plénitude d’une “autre” vie, que je dois croire ainsi déjà commencee : donne-moi de me decrocher de plus en plus de moi-même pour te laisser vivre pleinement en moi, et de te laisser totalement t’exprimer à travers toutes mes manieres d’être, d’agir, de reagir, de penser, de parler, de donner, d’accueillir, comme autant de manifestations que tu m’as saisi dans ton existence et ta relation au Père. AMEN.

05.06.2002.*


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