📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Timothée 4, 1-8
DE LA 2ème LETTRE DE PAUL A TIMOTHEE
Texte
1 Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, au nom de son Apparition et de son Règne :
2 proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire.
3 Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité
4 et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.
5 Pour toi, sois prudent en tout, supporte l’épreuve, fais œuvre de prédicateur de l’Évangile, acquitte-toi à la perfection de ton ministère.
6 Quant à moi, je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu.
7 J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi.
8 Et maintenant, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice, qu’en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui, le juste Juge, et non seulement à moi mais à tous ceux qui auront attendu avec amour son Apparition.
Commentaire
1. Situation
Avec la Lettre à Tite et la 1ère Lettre à Timothée, cette 2ème Lettre à Timothée forme un ensemble qu’on appelle les Lettres Pastorales, attribuées à Paul, mais dont peu de spécialistes affirment aujourd’hui qu’elles sont été écrites par Paul. Si les contenus de Tite et 1ère à Timothée se ressemblent fort, le ton de cette 2ème à Timothée paraît beaucoup plus intime et personnel, en conséquence, peut-être du fait que Paul déclare l’écrire depuis la prison où il se trouve.
Bien que ces 3 lettres se présentent on ne peut plus clairement comme ayant été écrites par Paul, elles font nettement allusion à des situations de vie en Eglise bien différentes, plus évoluées, et à une organisation plus développée, que celles qui correspondent au temps des grandes lettres de Paul qui sont considérées par tous comme authentiques.
On ne retrouve pas dans ces lettres la passion et le dynamisme des grandes lettres de l’Apôtre. D’autre part, les sujets qu y sont abordés concernent davantage l’organisation interne de la communauté qui favorise la piété, la bonne conscience, et l’image de l’Eglise dans le monde, que les grands thèmes théologiques de Paul : les dévelopements sur la croix du Christ, l’Eglise comme corps du Christ, ou une nouvelle approche de la Loi, n’y sont pas repris.
Il semble bien, que, de la même façon que les Actes des Apôtres, ces lettres veulent attester la grandeur la figure de Paul dans l’Eglise de la fin du 1er siècle, importance qui explique que la plupart de ses idées sont reprises et interprétées dans les communautés de croyants qui se considèrent toujours disciples de Paul, même si elles ne l’ont pas, de fait, connu.
Ainsi perçu, le but de l’auteur serait de souligner à quel point est primordiale et necessaire la transmission du véritable enseignement reçu des Apôtres, par des relais ou des intermédiaires, considérés comme proches de Paul et autorisés par lui, et de montrer ainsi comment la saine doctrine peut l’emporter sur les erreurs que certains développent.
En conséquence, mise à part une petite minorité de spécialistes, tous considèrent l’auteur de ces lettres comme un modeste “anonyme”, admirateur de Paul, et qui tient à en retransmettre le mssage, en soulignant ainsi l’ampleur de ce qu’ a été la mission de Paul, et dans le but d’aider les communautés à tenir bon, ensemble, dans la foi.
Dans cette perspective, les notes “personnelles” au sujet de détails de la vie de Paul semblent avoir été insérées dans ce recueil , soit à partir d’extraits de témoignages venant de Paul lui-même et inconnus par ailleurs, soit comme une manière pour l’auteur de rendre plus vraisemblable l’idée que Paul a bel et bien écrit ces lettres.
Compte tenu des différentes prises de position au sujet de l’auteur de ces lettres, on en situe la composition entre les années 60 et 160, la majorité préfèrant toutefois les dater des années 100 - 110.
Après avoir salué ses correspondants et rendu grâces à Dieu (1, 1 - 5), l’auteur développe plusieurs points : - il appelle Timothée à renouveler les dons spirituels qu’il a reçus pour sa mission (1, 6 - 2, 13), - il établit la différence entre les vrais et les faux enseignants de la Bonne Nouvelle de Jésus, en rappelant le témoignage exemplaire de Paul (2, 14 - 4, 8), - il traite de la situation et des besoins de Paul (4, 9 - 21), avant de terminer cette lettre par une bénédiction finale (4, 22).
2. Message
Notre page conclut le 2ème grand point développé par l’auteur, sur les vrais et faux enseignants, par une solennelle exhortation finale.
Paul demande ainsi à Timothée, qu’il considère comme son fils, et avec une forte insistance, de proclamer sans cesse la Parole dans toute son authenticité et sa vérité, Parole qui discerne le bien du mal, dans la patience. Tel est le meilleur moyen de contrecarrer les dérives de ceux qui cherchent Dieu d’abord à partir d’eux-mêmes et de leurs désirs, et non pas à partir de la Parole transmise et reçue. D’où la pressante nécessité d’annoncer l’Evangile de Jésus avec vigilance et dans la fidélité.
Paul fait appel, en ce sens, à son témoignage personnel : selon cette lettre, il se sait prisonnier et proche de sa mort. Il se remet donc entre les mains de Dieu, qui est le seul juge plein de justice, qui lui donnera d’avoir part à sa gloire, en réponse à sa fidélité.
3. Decouvertes
Du verset 10 du chapitre 3 au verset 8 du chapitre 4, l’on peut constater à quel point l’accent demeure plus ou moins fixé sur Paul et son ministère, présentés comme référence à Timothée. D’autre part, le chapitre 4 contient plus d’allusions à la vie personnelle de Paul que toute autre partie des 3 Lettres Pastorales.
La première partie de notre page ressemble à un testament, une transmission d’instructions par quelqu’un à celui, ou ceux, qui va, ou vont, lui succéder (voir Deutéronome 31, 24 et Isaïe 8, 11).
Le ton de cette page est des plus solennels, et il en est de même pour son contenu, qui annonce le jugement des vivants et des morts par le Christ, en présence de Dieu.
Ces instructions de Paul à Timothée sont également marquées par l’urgence, face à des situations nouvelles qui, déjà pourtant, prennent forme dans l’Eglise.
Dans la relecture qu’il fait ici de son ministère, Paul le compare à un combat qu’il a mené, et à une course à laquelle il a participé. Ce sont là deux images ou métaphores familières, qu’on retrouve volontiers dans les lettres de Paul (1 Corinthiens, 9, 25; Phi;lippiens, 2, 6 et 3, 13 - 14; 1 Timothée, 6, 12; 2 Timothée, 2, 5). La vie de Paul devient ainsi un modèle à imiter par les croyants, dans la mesure où la grâce de Dieu a triomphé en lui. Paul se dit sûr de sa récompense.
Pour parler de sa mort, Paul utilise, à plusieurs reprises, deux images : celle de la libation sacrificielle de son sang versé (Philippiens, 2, 17), et celle de son départ (Philippiens, 1, 23), l’allusion étant faite, dans ce dernier cas, à un bateau qui quitte le port, ou aux militaires qui lèvent le camp (2 Timothée, 4, 6).
4. Prolongement
Il est bon de nous rappeler que l’annonce de Jésus Christ, crucifié, mort, ressuscité et unique Sauveur, demeure le centre incontournable de toute notre prédication et de notre témoignage, à tous les âges de l’Eglise, en tant que vérité fondamentale ,vers laquelle toutes les autres doivent toujours converger :
1 Pour moi, quand je suis venu chez vous, frères, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige de la parole ou de la sagesse.
2 Non, je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.
8 Que dit-elle donc ? La parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur, entends : la parole de la foi que nous prêchons.
9 En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.
6 Jésus lui dit : ” Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi.
37 Pilate lui dit : ” Donc tu es roi ? ” Jésus répondit : ” Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. ”
19 Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises.
20 Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables,
21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. “
Prière
*Seigneur Jésus, tu t’es déclaré être le chemin, la vérité, la vie, et tous ceux qui t’ont rencontre, ou te rencontrent, sont appelés à te suivre partout où tu es allé, et à te reconnaître devant les hommes comme l’unique sauveur de tous et de toutes : donne-moi, comme à ton apôtre Paul, de mener chaque jour et jusqu’à mon dernier souffle, le combat pour ta vérité, et l’annonce de la bonne nouvelle de ton salut dans la proclamation de ta parole, et le témoignage rendu à ton engagement vécu et révèle en ta mort, ta résurrection, et le don de ton Esprit-Saint, aide-moi à bien achever ma course sur la route que tu m’as ouverte, dans la patience et la fidélité quotidienne de mon existence vécue pour toi , et à partir de toi, qui, seul peux me conduire au partage de la vie que me propose le Père en ton Royaume. AMEN.
08.06.2002.*
Évangile : Marc 12, 38-44
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
38 Il disait encore dans son enseignement: “Gardez-vous des scribes qui se plaisent à circuler en longues robes, à recevoir les salutations sur les places publiques,
39 à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premiers divans dans les festins,
40 qui dévorent les biens des veuves, et affectent de faire de longues prières. Ils subiront, ceux-là, une condamnation plus sévère.”
41 S’étant assis face au Trésor, il regardait la foule mettre de la petite monnaie dans le Trésor, et beaucoup de riches en mettaient abondamment.
42 Survint une veuve pauvre qui y mit deux piécettes, soit un quart d’as.
43 Alors il appela à lui ses disciples et leur dit: “En vérité, je vous le dis, cette veuve, qui est pauvre, a mis plus que tous ceux qui mettent dans le Trésor.
44 Car tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence, a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre.”
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Nous en sommes toujours au cours du 3ème jour que Jésus passe à Jérusalem après son entrée triomphale du premier jour de cette dernière semaine de son existence terrestre, et son installation dans le Temple qu’il a purifié.
Jésus met ici le point final à ses controverses avec les scribes, les pharisiens, et autres autorités religieuses. Il a répondu à tous leurs pièges et questions avec une maîtrise insurpassable qui a mis fin à leur harcèlement, il les a ensuite laissés sans réponse devant une question qu’il leur a posée sur le “mystère” de l’identité du Messie face à David, dont la tradition en faisait un descendant, et, avant de se lancer dans son discours final sur la fin des temps, que va inaugurer d’ici deux jours sa passion et son passage pascal, il nous invite à nous situer face à deux comportements contradictoires.
2. Message
Les deux sections de cette page (12, 38 - 40 et 41 - 44) nous proposent un tableau en deux volets, dans lesquels les personnages forment un contraste absolu.
En effet, les scribes ici décrits par Jésus comme des hommes qui recherchent sans cesse les honneurs avec ostentation, et affichent de prier longuement de façon à s’attirer l’attention des veuves qui vont leur confier la gestion de leurs biens dont ils sauront ensuite s’emparer, représentent totalement l’inverse de ce que doivent être les disciples de Jésus. Jésus nous met donc en garde contre ce que signifie leur attitude qui ne peut que les conduire à la condamnation.
Quant à la pauvre veuve, qui pourrait bien être l’une de celles que ransonnent les scribes, elle se situe, par sa générosité gratuite et discrète, dans la ligne de conduite que Jésus attend justement de ses disciples, et tout à l’opposé du comportement des scribes. L’engagement intérieur, et la manière de donner que manifeste cette pauvre femme, anticipent et annoncent ce que Jésus lui-même va révéler dans son passage au Père en sa passion maintenant toute proche.
3. Decouvertes
Ces paroles de Jésus prononcées contre les scribes ne les condamnent cependant pas tous en bloc. Nous avons vu Jésus, peu auparavant, déclarer l’un d’entre eux “proche du Royaumc de Dieu” (12, 28 -34).Les propos de Jésus ne sont pas aussi agressifs que ceux que lui prête Matthieu, au chapitre 23 de son Evangile, et qui condamnent de façon extrêmement sévère les “scribes et pharisiens hypocrites”.
Dans l’antiquité, les hommes de loi, dont font partie les scribes d’Israël, pouvaient agir en mandataires des veuves pour la gestion de leurs biens, et leurs honoraires se prenaient souvent en part de ces propriétés qu’ils géraient, et qu’ils s’attribuaient plus ou moins largement selon leur honnêteté.
Et, dans la mesure où ils faisaient preuve d’une piété visible, ils pouvaient inspirer davantage confiance et s’attirer des “clientes” dont ils pourraient ainsi s’approprier une grande partie de leurs biens.
La pauvre veuve qui dépose dans le tronc 2 “quadrants” (c’est-à-dire une somme infime, compte tenu que le “quadrant” est la plus petite pièce de monnaie existant alors) fait une démarche qui est un réel sacrifice, alors que les riches donnent seulement de leur superflu.
4. Prolongement
Vivre comme Jésus, qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté (2 Corinthiens, 8, 9), c’est bien là ce qui nous est demandé.
Cela signifie partager ce qui nous est nécessaire, accepter de nous limiter dans notre recherche de confort et de bien- être, savoir vraiment nous priver de cc que nous pourrions obtenir, et en faire don aux autres, qui sont nos frères et nos soeurs. C’est, de même, renoncer à des positions ou des places d’honneur, ne jamais afficher des attitudes de supériorité. Si nous imitons Jésus, nous avons à devenir doux et humbles de coeur (Matthieu, 11, 25 et suiv .) et pratiquer la miséricorde selon l’appel de ses béatitudes (Matthieu, 5, 3 - 11).
Prière
*Seigneur Jésus, tu veux que notre “OUI” soit “OUI”, et tu as osé dire devant Pilate que tu “n’étais venu en ce monde que pour rendre témoignage à la vérité” : fais que, dans la puissance de ton Esprit Saint, je parvienne toujours à discerner ton chemin sur nos routes humaines, toujours à redécouvrir que tu nous demandes de “partager” de notre nécessaire pour permettre à tous les hommes et toutes les femmes de ce monde de te rencontrer au plus profond d’eux-mêmes et dans une démarche de conversion ou de renouvellement de notre propre conversion. AMEN.
05.06.04*