📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 3, 1-11
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
1 Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière de la neuvième heure.
2 Or on apportait un impotent de naissance qu’on déposait tous les jours à la porte du Temple appelée la Belle, pour demander l’aumône à ceux qui y entraient.
3 Voyant Pierre et Jean sur le point de pénétrer dans le Temple, il leur demanda l’aumône.
4 Alors Pierre fixa les yeux sur lui, ainsi que Jean, et dit : ” Regarde-nous. “
5 Il tenait son regard attaché sur eux, s’attendant à en recevoir quelque chose.
6 Mais Pierre dit : ” De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazôréen, marche ! “
7 Et le saisissant par la main droite, il le releva. A l’instant ses pieds et ses chevilles s’affermirent ;
8 d’un bond il fut debout, et le voilà qui marchait. Il entra avec eux dans le Temple, marchant, gambadant et louant Dieu.
9 Tout le peuple le vit marcher et louer Dieu ;
10 on le reconnaissait : c’était bien lui qui demandait l’aumône, assis à la Belle Porte du Temple. Et l’on fut rempli d’effroi et de stupeur au sujet de ce qui lui était arrivé.
11 Comme il ne lâchait pas Pierre et Jean, tous, hors d’eux-mêmes, accoururent vers eux au portique dit de Salomon.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).
Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.
L’affaire de Jésus Ressuscité, qui a envoyé son Esprit, continue, dans une première phase, la “mission à Jérusalem” : après la venue de l’Esprit Saint et le discours de Pierre qui s’est terminé par un grand nombre de Juifs convertis à Jésus Sauveur, après un sommaire sur les principaux axes de la vie de la première communauté chrétienne, c’est, avec ce passage, le premier récit d’une guérison miraculeuse effectuée “au Nom de Jésus”.
Dans ce sommaire, qui précède justement notre texte (Actes, 2, 42 - 47), il nous est écrit, au verset 43, que “beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les apôtres”. Nous en avons donc ici une illustration, en même temps qu’une application de la prophétie de Joël, que Pierre avait citée au début de son discours du jour de la Pentecôte (Actes, 2, 19), annonçant des prodiges dans le ciel et des signes sur la terre.
2. Message
L’action de Jésus continue, et cela se manifeste dans une même “méthode de guérison”, si l’on peut parler ainsi, selon un développement en quatre temps : d’abord une exposition de la situation (versets 1 à 5), puis les paroles et le geste de la guérison (versets 6 - 7), la démonstration de l’efficacité de la guérison (verset 8), et, enfin, l’effet et le rayonnement de cette guérison sur les témoins (versets 9 - 10). On trouvait déjà le même schéma, à peu de détails près, dans la guérison du paralytique de Capharnaüm effectuée par Jésus (Luc, 5, 17 - 26), et on le retrouvera dans la guérison par Paul d’un infirme à Lystres (Actes, 14, 8 - 13).
A noter cependant une grande différence : alors que Jésus agissait toujours de sa propre autorité, Pierre et Jean agissent ici explicitement “au Nom de Jésus” (verset 7). Le Nom de Jésus est la puissance d’action de Jésus : en l’invoquant avec foi, Pierre obtient que Jésus Ressuscité agisse directement, à travers ses paroles et gestes, depuis la droite de Dieu où il se trouve.
Le Nom de Jésus n’a rien d’une formule magique qui marcherait à tout coup : comme au temps de Jésus sur terre, l’invoquer, c’est avoir foi en Jésus et en sa mission. Relire la réponse de Jésus à la réaction scandalisée des disciples qui avaient constaté qu’un étranger à leur groupe chassait les démons au Nom de Jésus (Luc, 9, 49 - 50), ainsi que le témoignage des 72 disciples à leur retour de la mission que Jésus les avait envoyés accomplir (Luc, 10, 17 - 20).
Enregistrons donc le “décalage” qui existe maintenant, depuis la Résurrection et l’Ascension : là où Jésus disait “Lève-toi et marche”, avec une autorité qui lui appartenait en propre, les disciples disent “Au Nom de Jésus Christ, lève-toi et marche”. Décalage, que l’on retrouvera, d’une autre manière, dans la mort d’Etienne (qui se comportera alors face à Jésus, comme Jésus, en sa mort, s’était comporté face au Père), et qui fait toujours appel à la médiation de Jésus lui-même, laissant toute sa place à l’Esprit de Jésus, en qui Jésus Ressuscité agit désormais.
Et il en sera ainsi jusqu’à ce que la “fin des temps”, inaugurée par Jésus, ait absorbé jusqu’à son terme, toute l’histoire de l’humanité en ce monde.
3. Decouvertes
C’est dans le “Nom de Jésus Christ” que les croyants sont baptisés (Actes, 2, 38), et c’est dans le même appel au Nom de Jésus que cette guérison et tous les miracles s’accomplissent et s’accompliront désormais. Nous constatons le même registre d’action du Ressuscité.
Remarquons que Jean est très souvent associé à Pierre en ces débuts de la mission à Jérusalem. Jean fait cependant la plupart du temps figure de partenaire discret et muet, au point qu’on s’est demandé si la mention de sa présence n’aurait pas été rajoutée par la suite. A moins que Luc l’ait fait paraître ici comme second témoin de cette guérison, dont Pierre et lui devront rendre compte au Sanhédrin, dans la scène suivante.
La première partie de cette page est toute de détails très concrets concernant l’heure, le lieu précis, la personnalité du boiteux. Encore que le nom de “La Belle Porte” n’est pas confirmé comme tel dans les écrits Juifs : on pense qu’il s’agit ici de la porte dite de “Nicanor”, ou encore appelée “Corinthienne”, parce que faite de bronze Corinthien, séparant la parvis des femmes et le parvis des Gentils.
Toute cette page indique bien que nous sommes dans les “Temps Nouveaux” définitifs, inaugurés par le “passage” de Jésus (sa mission jusqu’en sa mort-résurrection-ascension-et-son don de l’Esprit).
4. Prolongement
Dans le mystère de son “passage pascal”, Jésus a reçu le “Nom qui est au-dessus de tout Nom”, et devant lequel “tout genou doit fléchir sur terre, au ciel et aux enfers” (Philippiens, 2, 5 - 11). La puissance de ce Nom est, pour nous, indissociable du don qui nous a été fait de l’Esprit Saint.
L’Esprit Saint est, en effet, à la racine de notre foi en tant qu’elle est reconnaissance de Jésus comme “Seigneur” (1 Corinthiens, 1, 3), de notre relation à Dieu comme “Notre Père” (Romains, 8, 15 - 16), ainsi que de la charité mise en nos coeurs (Romains, 5, 5), sans oublier que c’est uniquement “par grâce que nous sommes sauvés, et que nous n’y sommes pour rien”.
Ce Nom et cet Esprit de Jésus agissent tout autant dans la “réactualisation mystérieuse” de l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus, événement qui nous est ainsi communiqué comme source de vie et de communion avec lui, dans ces gestes liturgiques tout simples de nos communautés, que sont les célébrations de tous les “sacrements” de nos Eglises chrétiennes.
Prière
*Seigneur Jésus, depuis ta résurrection et l’envoi sur nous de ton Esprit Saint, tu habites désormais notre existence par ta présence agissante, accueillie dans la foi, exprimée dans la gratuité de nos gestes de service à l’intention de nos frères et soeurs en humanité, interprétée par ta Parole de vie que nous livre la Bible relue à partir du Nouveau Testament, et sans cesse revivifiée quand nous nous replongeons dans l’événement de ton “passage” au Père, dont nous devenons “contemporains” dans les gestes et les paroles de ton dernier repas que nous refaisons “en mémoire de toi”, comme tu nous l’as demandé : agis en moi de façon à ce que cette Vie extraordinaire, qui, par toi et dans ton Esprit, me vient ainsi du Père, comme puissance de salut et de partage de sa Gloire, soit toujours la richesse suprême de mon existence de disciple, de témoin, et d’apôtre, à travers toutes mes démarches effectuées “avec toi ” et “en ton Nom”. AMEN.
23.04.2003.*
Évangile : Luc 24, 13-35
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
13 Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux faisaient route vers un village du nom d’Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades,
14 et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé.
15 Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s’approcha, et il faisait route avec eux ;
16 mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
17 Il leur dit : ” Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? ” Et ils s’arrêtèrent, le visage sombre.
18 Prenant la parole, l’un d’eux, nommé Cléophas, lui dit : ” Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci ! ” -
19 ” Quoi donc ? ” leur dit-il. Ils lui dirent : ” Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s’est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple,
20 comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié.
21 Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël ; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées !
22 Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S’étant rendues de grand matin au tombeau
23 et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le disent vivant.
24 Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu ! “
25 Alors il leur dit : ” O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes !
26 Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? “
27 Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait.
28 Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d’aller plus loin.
29 Mais ils le pressèrent en disant : ” Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. ” Il entra donc pour rester avec eux.
30 Et il advint, comme il était à table avec eux, qu’il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna.
31 Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… mais il avait disparu de devant eux.
32 Et ils se dirent l’un à l’autre : ” Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? “
33 A cette heure même, ils partirent et s’en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons,
34 qui dirent : ” C’est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! “
35 Et eux de raconter ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Dans la dernière partie de cet Evangile, cet épisode se situe entre la proclamation du Message de Pâques par les femmes qui ont visité le tombeau de Jésus (23, 56b - 24, 12), et l’envoi en mission des disciples par le Ressuscité, suivi de l’Ascension (24, 36 - 53).
2. Message
Jésus ressuscité rejoint deux disciples qui s’en retournent chez eux, le 3ème jour après la crucifixion, déçus de ces événements, mais estimant “l’affaire Jésus” terminée.
Interrogés par Jésus, il lui disent comment ils avaient compris sa mission de prophète puissant en actes et en paroles, et dont ils espéraient qu’il serait le Messie attendu, libérateur d’Israël.
Jésus leur explique alors toute la vérité du dessein de Dieu le concernant, à partir des Ecritures, leur présentant une toute “autre” conception du Messie : il fallait qu’il souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire. ce qui ne peut se comprendre que dans la foi.
Invité à passer la nuit chez eux, Jésus se comporte, non pas comme un invité, mais comme le chef de famille qui les acccueille, et procède ainsi à la bénédiction sur le pain, à la façon des Juifs. Ce à quoi, leurs yeux “s’ouvrent”, ils reconnaissent Jésus, qui, immédiatement, disparaît de leur vue.
Convertis au message du Ressuscité, ils repartent aussitôt à Jérusalem, se rendanr compte, après coup seulement, de la profondeur de leur expérience de “cheminement” avec Jésus leur expliquant les Ecritures.
3. Decouvertes
Seul Jésus, par sa Parole ou par l’Esprit Saint qu’il nous donne, peut nous révéler la vérité totale de son mystère et de sa mission.
Jésus ressuscité se révéle comme accomplissant toute l’Ecriture, la Bible de l’Ancien Testament, expliquée et relue en ses parties essentielles : les Livres attribués à Moïse (la “Loi”), les récits prophétiques de Josué, des livres des Juges de Samuel et des Rois, ainsi que les écrits des Prophètes (les “Prophètes”).
La fin de notre page nous annonce une apparition (nullement décrite par ailleurs) de Jésus ressuscité à Simon Pierre, faisant écho à l’annonce qu’en avait sans doute faite Jésus en Luc, 22, 31 - 32, et au témoignage de Paul en 1 Corinthiens, 15, 5.
Quelques grands thèmes de la théologie de Luc sont repris ici : celui de la foi qui ouvre les yeux, celui de l’hospitalité, et celui du voyage.
Dans l’ensemble des récits sur la résurrection en Luc, cet épisode joue une rôle comparable à celui des 72 disciples envoyés en mission, du vivant de Jésus (10, 1 - 24) : dans les deux cas il s’agit de disciples autres que les Douze, auxquels Jésus va apparaître dans l’épisode suivant. Luc est, en effet, le seul (avec la finale rajoutée à Marc, en Marc, 16, 12) à nous en parler.
4. Prolongement
Luc a écrit son Evangile pour “Théophile” (Luc, 1, 3 et Actes, 1, 1) et les chrétiens ou communautés de son temps auxquels il s’adressait. Il l’a donc écrit pour nous.
Jésus ressuscité voyage sans cesse avec son Eglise, qu’il accompagne (Matthieu, 28, 20) dans son pélerinage et ses perplexités au coeur du monde, et sans être toujours reconnu par les croyants.
Comme pour les disciples d’Emmaüs, nos coeurs de croyants se “réchauffent” quand nous écoutons les Ecritures qui nous parlent de Jésus.
Mais Jésus lui-même, est discerné par nous, comme nous donnant sa vie et nous transformant intérieurement, lorsqu’il nous partage son “OUI” au Père dans le mystère de sa mort-résurrection, chaque fois que nous refaisons les gestes Eucharistiques de bénédiction sur le pain et la coupe de vin, qu’il nous a laissés, pour qu’en faisant ainsi “mémoire ” de lui, nous entrions dans sa présence vivante de Crucifié-Ressuscité, qui inaugure en nous une existence de ressuscités avec lui (Colossiens, 3, 1 - 5).
Prière
*Seigneur Jésus, en nous laissant, pour faire mémoire de toi, les gestes eucharistiques de bénédiction sur le pain et la coupe de vin, tu nous permets de redevenir chaque fois contemporains de cette “Heure” de ton passage au Père en ta mort-résurrection, et de recevoir de toi, de façon toujours renouvelée, le “OUI” suprême de ton obéissance : apprends-moi à te reconnaître et à t’accueillir vraiment dans les célébrations de ton “mémorial”, et aide-moi à me resituer à tes côtés, tout au long de ton Evangile, en faisant miens tes gestes et tes paroles. AMEN.
03.04.2002.*