📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 4, 23-31
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
23 Une fois relâchés, ils se rendirent auprès des leurs et rapportèrent tout ce que les grands prêtres et les anciens leur avaient dit.
24 A ce récit, d’un seul élan, ils élevèrent la voix vers Dieu et dirent : ” Maître, c’est toi qui as fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve ;
25 c’est toi qui as dit par l’Esprit Saint et par la bouche de notre père David, ton serviteur : Pourquoi cette arrogance chez les nations, ces vains projets chez les peuples ?
26 Les rois de la terre se sont mis en campagne et les magistrats se sont rassemblés de concert contre le Seigneur et contre son Oint.
27 Oui vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce-Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël,
28 pour accomplir tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais déterminé par avance.
29 A présent donc, Seigneur, considère leurs menaces et, afin de permettre à tes serviteurs d’annoncer ta parole en toute assurance,
30 étends la main pour opérer des guérisons, signes et prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus. “
31 Tandis qu’ils priaient, l’endroit où ils se trouvaient réunis trembla ; tous furent alors remplis du Saint Esprit et se mirent à annoncer la parole de Dieu avec assurance
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).
Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.
Toujours à Jérusalem, dans les Actes des Apôtres, suite à l’événement de la Pentecôte, Jésus Ressuscité continue d’agir dans la présence puissante de son Esprit. Nous voici à la fin de l’épisode de l’affaire du boiteux de la Belle Porte. Cet homme, en effet, a été guéri par l’invocation du Nom de Jésus, dans la foi, par Pierre et Jean qui ont, de ce fait, été amenés à expliquer et interpréter cet événement en témoignant de Jésus Ressuscité devant la foule et le tribunal du Sanhédrin.
Pierre et Jean, relâchés par les autorités, sont maintenant de retour dans la communauté, où ils rendent compte, en détail, de tout ce qu’ils ont vécu, et qu’ensemble ils relisent dans leur relation à Dieu par Jésus, qu’ils expriment dans cette prière.
2. Message
En effet, dès que la communauté se trouve regroupée avec ce retour des deux apôtres, c’est au Nom du Seigneur Jésus Ressuscité qu’elle se redécouvre elle-même, et entre en prière. Le coeur de cette prière est une relecture du Psaume 2, considéré alors comme inspiré à David par l’Esprit Saint, et désormais accompli dans le “passage” pascal de Jésus.
Tous, Juifs et païens, ont pu, lors de la Passion du Seigneur, s’unir à Jérusalem contre Jésus, et involontairement réaliser ce que Dieu avait prédit de la mort de son Serviteur, d’où a jailli, en la résurrection de Jésus, l’achèvement du salut, promis à Abraham et à sa descendance, pour toutes les nations de la terre.
Mais, maintenant que le Seigneur Jésus s’est levé d’entre les morts et a répandu l’Esprit de Dieu, la communauté redit toute sa confiance en la puissance de Dieu pour que continue le témoignage audacieux de ses membres par leur parole et les signes que Jésus réalisera à travers eux, dès qu’ils invoqueront son Nom.
Sur ce, Dieu fait redécouvrir à la communauté, de façon renouvelée, la présence de son Esprit Saint, envoyé par Jésus.
3. Decouvertes
De nouveau et sans cesse, il nous faut noter que”l’affaire Jésus” continue : il agit désormais par la communauté des disciples à qui il donne force en encouragement dans les difficultés et la persécution. Et il en va, et en ira, toujours ainsi dans nos communautés d’Eglise.
On a pu constater une certaine contradiction entre ce qui est écrit dans l’Evangile de Luc 23, 14 - 15, où Pilate et Hérode s’accordent à reconnaître Jésus innocent, et le verset 27 de ce texte, où ils sont énumérés parmi les adversaires de Jésus.
Reste que, d’une part, Pilate a finalement autorisé la mort de Jésus, et que, d’autre part, les autorités Juives, qui refusent la propagation du Nom de Jésus par ceux qui l’ont vu Ressuscité, se dressent maintenant contre le dessein de Dieu, qui, justement, est accompli totalement dans la mort-résurrection de Jésus et le don sans mesure de son Esprit Saint.
Cette prière, comme le Psaume 2, est bien adaptée à ce qui vient d’être vécu, et qui est aussi considéré comme l’oeuvre de Dieu réalisée, dans l’obéissance de la foi, par Pierre et Jean. La prière demande simplement que cela continue.
Dieu exauce cette prière selon ce qu’elle a exprimé : invoqué comme Créateur du monde, il fait trembler la maison, puis, invoqué comme l’auteur du salut, il confirme par son Esprit que sa Parole, qui a façonné l’histoire d’Israël jusqu’à son achèvement dans la mort-résurrection de Jésus, doit toujours être proclamée à travers le témoignage des disciples.
4. Prolongement
De même que les premiers disciples de Jésus, ont, à sa suite, interprété les événements de Pâques comme l’accomplissement de toute l’histoire du salut inaugurée dans le Peuple d’Israël, c’est dans notre propre relecture du Nouveau Testament (comme achevant l’Ancien qui reste pour nous indispensable pour comprendre l’ensemble du projet de Dieu) que nous expliquons et interprétons encore aujourd’hui l’action et la présence de Jésus Ressuscité avec nous au coeur de tous les événements du monde où nous avons à témoigner en son Nom.
Puisque “l’affaire Jésus” continue avec nous, et à travers tout ce que nous vivons, nous pouvons compter sur la force du Ressuscité pour parler et agir en son Nom, en imitant son engagement pour la Vérité et la gratuité de la miséricorde. Comme l’écrit Paul, si nous sommes en Jésus par l’Esprit, seule est efficace la foi qui agit par l’amour (Galates, 5, 5 - 6).
Prière
*Seigneur Jésus, nous pouvons, comme tes premiers témoins, compter sur ta force et ta puissance pour accomplir la mission que tu nous as confiée, et qui est de te proclamer Vivant, Ressuscité, unique Sauveur de tous les peuples de tous les temps, et toujours à l’oeuvre aujourd’hui en notre monde par ton Esprit Saint qui anime tous nos gestes et toutes nos paroles, si nous essayons de vivre dans la foi en ton Nom que nous proclamons et dont nous révélons l’efficacité qui sauve, lorsque, selon ton Evangile, nous agissons et rendons compte de notre engagement pour ta cause et la cause de Dieu : renouvelle en moi la capacité de rendre visible ta présence et ton message en toutes les circonstances de mon existence, et face à tous ceux et toutes celles qu’il m’est donné de rencontrer au fil de mes jours. AMEN.
28.04.2003.*
Évangile : Jean 3, 1-8
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
1 Or il y avait
parmi les Pharisiens un homme du nom de Nicodème, un notable des
Juifs.
2 Il vint de nuit trouver Jésus et lui dit : ” Rabbi, nous
le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut
faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui. “
3
Jésus lui répondit : ” En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de
naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. “
4
Nicodème lui dit : ” Comment un homme peut-il naître, étant vieux ?
Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ?
“
5 Jésus répondit : ” En vérité, en vérité, je te le dis, à
moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de
Dieu.
6 Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de
l’Esprit est esprit.
7 Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous
fait naître d’en haut.
8 Le vent souffle où il veut et tu entends
sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de
quiconque est né de l’Esprit. “
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :
- le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).
Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :
- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).
Notre page se situe dans la toute 2ème partie de ce livre des signes, qui commence et se termine par un “signe” réalisé par Jésus à Cana de Galilée. Après avoir changé l’eau en vin à Cana à la requête de sa Mère, Jésus est monté à Jérusalem pour la fête Juive de la Pâque, il y a fait scandale en chassant du Temple les marchands et les changeurs qui y faisaient du commerce, ce qui l’a conduit à donner son message sur l’avenir du Temple, et c’est peu après cela qu’un Pharisien du nom de Nicodème vient le rencontrer de nuit.
Notre page nous relate le début de cette rencontre, qui sera suivie d’un parcours en Judée, puis de la remontée de Jésus vers la Galilée en traversant la Samarie, où il aura un long et important entretien avec une femme de ce pays en un lieu appelé “le puits de Jacob”.
2. Message
Cette page fait partie de l’ensemble 3, 1 - 21, où nous est manifesté le contraste entre la compréhension terre-à-terre de Nicodème, Pharisien et membre du Sanhédrin, et les perspectives que Jésus ouvre sur Dieu et l’Esprit de Dieu, à l’oeuvre en notre monde pour notre salut, par une transformation radicale de notre être, exprimée sous l’image d’une naissance “d’en Haut”, dont Dieu seul est le principe.
L’origine et la direction mystérieuses du vent préparent ceux qui lisent ce passage à découvrir les réalités célestes que Jésus est venu nous révéler.
Le Fils de l’homme qu’il est sera, nous dit-il, élevé sur la croix, pour établir une liaison entre le ciel et la terre, et être signe définitif de l’amour de Dieu.
Et la nuit, où Nicodème rencontre Jésus, comme cela est indiqué au début de tout cet ensemble, va se transformer en lumière donnée à ceux qui cherchent et reçoivent la vérité de Dieu que Jésus nous apporte.
Les trois courtes questions, que pose Nicodème, au début de cet ensemble, début qui constitue le texte plus court de notre page, aux versets 4 et 9, suite à sa remarque du verset 2 concernant la qualité “d’homme venant de Dieu” qu’il reconnaît à Jésus, suscitent chez ce dernier des réponses qui deviennent progressivement plus longues, jusqu’à prendre, aux versets 16 - 21, la forme d’un véritable commentaire, dont on ne voit plus très bien, à première vue, s’il s’agit de paroles prononcées par Jésus ou d’explications fournies par l’Evangéliste.
Dans cette scène de rencontre nocturne, Nicodème se montre hésitant à suivre Jésus. On le retrouvera plus loin dans l’Evangile, en 7, 50 - 51 (lors d’une séance des chefs du peuple) et en 19, 39 (lors de l’ensevelissement du corps de Jésus), deux occasions où il se manifestera nettement comme disciple, mais en secret, de Jésus.
3. Decouvertes
En ce passage, Nicodème semble être l’un de ceux, mentionnés en 2, 23 - 25, dont il est dit qu’ils “avaient cru” en Jésus au vu des signes qu’il avait accomplis lors de son premier voyage à Jérusalem. Nicodème serait-il, en quelque sorte, leur porte-parole quand il dit “nous” ?
En Jean, 2, 24 - 25, nous lisons que Jésus avait accueilli avec un grand scepticisme cette déclaration de foi, et il se comporte ici de la même façon face à Nicodème : tous les signes accomplis par Jésus que cet homme a vus l’ont simplement, semble-t-il, persuadé que Jésus était l’un de ces “rabbis” plus ou moins hors du commun qui avaient effectué des miracles au cours de l’histoire d’Israël.
Nicodème semble donc avoir de bonnes intentions, mais sans parvenir à comprendre ce que Jésus représente. C’est pourquoi Jésus répond à Nicodème , en 3, 3, comme si cet homme lui avait demandé ce qu’il faut faire pour entrer dans le Royaume des cieux. Et, ce faisant, Jésus se situe comme celui qui vient de Dieu, pour conduire les hommes à Dieu. Et le “chemin” qu’il propose se définit comme un passage par “une naissance d’en Haut”, ce que Nicodème ne peut comprendre dans la mesure où il en reste à interpréter les paroles de Jésus dans un sens “matériel”, ou “terre-à-terre”.
Jésus se trouve donc devant la nécessité de lui préciser que si, selon le Livre de la Genèse, en 2, 2, Dieu a mis un “souffle” ou un “esprit” dans l’homme, pour qu’il soit un être vivant, la vie éternelle sera, de même, liée à un don spécial, fait par Dieu aux hommes, de son propre Esprit Saint. Affirmation que Jésus lui-même complètera plus tard lorsqu’il dira que le don de l’Esprit sera lié à son élévation sur la croix et dans la gloire de sa résurrection, par l’annonce qu’il en fera en 7, 39, et qu’il réalisera lors de son apparition à ses disciples réunis le soir de Pâques quand il répandra sur eux l’Esprit Saint (Jean, 20).
Nicodème aurait-il pu comprendre ces paroles de Jésus sur cette “naissance d’en Haut”, cet “engendrement” dans l’Esprit Saint ? Il existait bien toutefois des promesses prophétiques à ce sujet dans l’Ancien Testament : voir Isaïe, 32, 15, Joël, 2, 28 - 29, et Ezéchiel, 36, 25 - 26, passage où est mentionnée une connection de “l’eau et de l’esprit”.
Le contraste que Jésus souligne, au verset 6, entre la “chair” et “l’esprit” montre bien la différence entre ces deux types de naissance, ce contraste entre la “chair” et “l’esprit” n’ayant rien à voir avec la distinction du corps et de l’âme dans la philosophie grecque, ni avec celle du domaine matériel et du domaine spirituel.
Il n’en reste pas moins, au verset 7, qu’une dimension mystérieuse demeure attachée à cette venue transformatrice de l’Esprit, qui est certes réelle, mais que l’image du “vent qui souffe où il veut” caractérise bien comme imprévisible et non maîtrisable. Comme l’Esprit, Jésus vient lui-même “d’en Haut”, et demeurera toujours, en dépit de sa proximité même, au-delà de toutes nos approches.
C’est pourquoi cet Evangile de Jean nous montre Jésus employant souvent, et régulièrement, un langage qui se prête à des malentendus dans la mesure où il désigne des réalités d’un “autre ordre”. Cela se vérifie dans notre passage lorsque Nicodème interprète l’expression “naître d’en Haut” comme “naître de nouveau”, d’où la demande d’explication qu’il fait à Jésus.
On peut penser également que, lorsqu’il parle ici de “l’eau”, Jésus à la fois signifie l’Esprit, et fait aussi probablement allusion, comme thème secondaire, au baptême chrétien selon l’eau et l’Esprit Saint, prédit par Jean Baptiste en 1,33. A noter que “l’eau” est encore associée à l’Esprit Saint dans la déclaration solennelle que fait Jésus à la Fête des Tentes à Jérusalem, en 7, 37 - 39.
4. Prolongement
Notons quelques parallélismes de l’Ancien, comme du Nouveau Testament :
14 Car la citadelle est abandonnée, la ville tapageuse est désertée, Ophel et Donjon seront dénudés à jamais, délices des ânes sauvages, pacages de troupeaux,
15 jusqu’à ce que se répande sur nous l’Esprit d’en haut, et que le désert devienne un verger, un verger qui fait penser à une forêt.
16 Dans le désert s’établira le droit et la justice habitera le verger.
17 Le fruit de la justice sera la paix, et l’effet de la justice repos et sécurité à jamais.
18 Mon peuple habitera dans un séjour de paix, des demeures superbes, des résidences altières.
1 ” Après cela je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions.
2 Même sur les esclaves, hommes et femmes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit.
25 Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.
26 Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.
27 Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes.
28 Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères. Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu.
Un message quasi identique se renouvelle lorsque Jésus déclare, ailleurs dans les Evangiles, qu’il faut devenir semblable à de petits enfants pour entrer dans le Royaume de cieux :
3 et dit : ” En vérité je vous le dis, si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.
4 Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux.
5 ” Quiconque accueille un petit enfant tel que lui à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est une véritable métramorphose que tu nous proposes en nous donnant l’Esprit Saint dès le jour de ta résurrection, de façon à ce que nos coeurs soient transformés, notre péché détruit, et c’est ainsi que, par toi, et ton “OUI” définitif au Père dans l’engagement de ton ministère, de ta mort et de ta résurrection, nous naissons de Dieu, et devenons d’autentiques “fils” et “enfants” de Dieu : aide-moi à me laisser conduire par cet Esprit du Père, qui est tout autant ton propre Esprit Saint, et que je dois sans cesse accueillir comme venant d’ailleurs, sans jamais pouvoir le maîtiser ni lui enlever sa dimension de surprise et de mystère, mais dont je suis sûr qu’il me “souffle”, et me pousse toujours sur ce chemin, qui est ta propre existence partagée, chemin de Vérité et de vie, selon l’Amour qui vient de Dieu. AMEN.
28.04.03.*