📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Actes des Apôtres 4, 32-37

DES ACTES DES APÔTRES

Texte

32 La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun.
33 Avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur.
34 Aussi parmi eux nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente
35 et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins.
36 Joseph, surnommé par les apôtres Barnabé ce qui veut dire fils d’encouragement , lévite originaire de Chypre,
37 possédait un champ ; il le vendit, apporta l’argent et le déposa aux pieds des apôtres.

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.


Avec l’Esprit promis qui vient d’être répandu, nons continuons, avec ce texte, de suivre la mission des disciples à Jérusalem : après les premières prédications liées à l’effusion de l’Esprit et à la guérison du boiteux de la Belle Porte du Temple, nous en arrivons à des questions de fonctionnement de la communauté des croyants, en particulier dans l’organisation du partage des biens, qui va bientôt conduire à une répartition des tâches entre les disciples, compte tenu de leur diversité.

2. Message

Dans cette page, les éléments constitutifs et fondamentaux de toute communauté d’Eglise nous sont une deuxième fois énumérés dans ce qu’on appelle le 2ème ” sommaire” des Actes : - le partage des biens, signe d’unité profonde et d’égalité radicale entre tous, - l’écoute du témoignage des apôtres à la résurrection de Jésus, point culminant de sa vie donnée dans un engagement total pour la cause de Dieu.

Si les deux autres expressions constitutives et fondamentales de tout groupe de disciples de Jésus, que l’on trouve dans le 1er “sommaire” du chapitre 2, ne sont pas rappelées ici (à savoir la fraction du pain eucharistique et la prière commune), c’est bien le même esprit, la même mentalité d’unité profonde autour de l’accueil de Jésus, et de la transformation qu’il opère dans le coeur des croyants, que nous rencontrons ici.

L’exemple de la générosité de Barnabas dans sa pratique du partage de ses biens nous est ici donné.

3. Decouvertes

Les trois “sommaires” de la vie de la communauté primitive que nous lisons dans les Actes (2, 42 - 47; 4, 32 - 37; 5, 12 - 15) ont entre eux une grande affinité, avec toutefois des insistances différentes sur des points communs à tous. Ainsi l’activité miraculeuse des apôtres, suggérée en 2, 43 est développée en 5, 12 - 15, et la mise en commun des biens, déjà annoncée également en 2, 44 - 45, se trouve davantage détaillée en 4, 32 - 35, dans notre passage de ce jour.

Même si ces “sommaires” idéalisent la qualité de vie de la communauté primitive, ils demeurent des balises indiquant les directions à chercher dans l’expression chrétienne, pour les communautés de tous les temps, donc y compris les nôtres.

Remarquons, dans ce passage, un début de centralisation de l’autorité apostolique et écclésiale, dans la mesure où l’argent reçu de la vente des propriétés nous dit être remis aux apôtres (4, 35).

N’imaginons pas cependant que Luc nous décrit dans ces “sommaires” un exemple de “vie commune” en Eglise, qui serait de type “cénobitique” (à la façon des communautés monastiques ou religieuses qui se sont créées dans l’Eglise dès la fin du 3ème siècle). Rien ne nous est dit ici d’une “vie en commun”. Mettre tout en commun ne veut pas dire nécessairement vivre ensemble sous un même toit, ce qui suppose donc que chacun disposait encore de son propre logement.

L’accent est plutôt mis ici sur la vente et le partage des biens disponibles pour une distribution selon les besoins des uns et des autres. A noter toutefois, comme Pierre le dira lui-même expressément dans l’épisode dramatique de la “fraude” d’Ananias et de Sapphira au chapitre suivant (5, 4), cette mise en commun des biens n’avait rien d’obligatoire.

Le chapitre 6 nous montrera parailleurs qu’un tel partage, et la distribution qui en résultait, n’ont pas été sans difficultés, et la communauté sera alors réorganisée en conséquence, avec la mission confiée aux “Sept”, auxquels sera confiée la responsabilité de ces questions pour les frères Juifs de langue grecque de Jérusalem.

Avec l’introduction ici de Barnabas, qui nous est présenté comme proche des apôtres qui lui ont donné ce surnom, Luc nous prépare au rôle important qu’il jouera dans la future Eglise d’Antioche de Syrie, ainsi que dans la première grande mission apostolique qu’il effectuera en compagnie de Paul, après la conversion de ce dernier.

4. Prolongement

Paroles de Jésus, et directives de Paul à ses Eglises , sur ce thème du partage des biens :

38 Donnez, et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. ”

13 Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ;

14 heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes. ”

31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ?

32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix.

33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.

1 Levant les yeux, il vit les riches qui mettaient leurs offrandes dans le Trésor.

2 Il vit aussi une veuve indigente qui y mettait deux piécettes,

3 et il dit : ” Vraiment, je vous le dis, cette veuve qui est pauvre a mis plus qu’eux tous.

4 Car tous ceux-là ont mis de leur superflu dans les offrandes, mais elle, de son dénuement, a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. ”

1 Quant à la collecte en faveur des saints, suivez, vous aussi, les instructions que j’ai données aux Églises de la Galatie.

2 Que le premier jour de la semaine, chacun de vous mette de côté chez lui ce qu’il aura pu épargner, en sorte qu’on n’attende pas que je vienne pour recueillir les dons.

3 Et une fois près de vous, j’enverrai, munis de lettres, ceux que vous aurez jugés aptes, porter vos libéralités à Jérusalem ;

4 et s’il vaut la peine que j’y aille aussi, ils feront le voyage avec moi.

25 Mais maintenant je me rends à Jérusalem pour le service des saints :

26 car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu prendre quelque part aux besoins des saints de Jérusalem qui sont dans la pauvreté.

27 Oui, elles l’ont bien voulu, et elles le leur devaient : si les païens, en effet, ont participé à leurs biens spirituels, ils doivent à leur tour les servir de leurs biens temporels.

28 Quand donc j’aurai terminé cette affaire et leur aurai remis officiellement cette récolte, je partirai pour l’Espagne en passant par chez vous.

7 Que chacun donne selon ce qu’il a décidé dans son cœur, non d’une manière chagrine ou contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie.

8 Dieu d’ailleurs est assez puissant pour vous combler de toutes sortes de libéralités afin que, possédant toujours et en toutes choses tout ce qu’il vous faut, il vous reste du superflu pour toute bonne œuvre,

9 selon qu’il est écrit : Il a fait des largesses, il a donné aux pauvres ; sa justice demeure à jamais.

10 Celui qui fournit au laboureur la semence et le pain qui le nourrit vous fournira la semence à vous aussi, et en abondance, et il fera croître les fruits de votre justice.

11 Enrichis de toutes manières, vous pourrez pratiquer toutes les générosités, lesquelles, par notre entremise, feront monter vers Dieu l’action de grâces

12 Car le service de cette offrande ne pourvoit pas seulement aux besoins des saints ; il est encore une source abondante de nombreuses actions de grâces envers Dieu.

13 Ce service leur prouvant ce que vous êtes, ils glorifient Dieu pour votre obéissance dans la profession de l’Évangile du Christ et pour la générosité de votre communion avec eux et avec tous.

14 Et leur prière pour vous manifeste la tendresse qu’ils vous portent, en raison de la grâce surabondante que Dieu a répandue sur vous.

15 Grâces soient à Dieu pour son ineffable don !

Prière

*Seigneur Jésus, dans le mystère de ta mort-résurrection et le don de ton Esprit Saint, nous sommes devenus fils, héritiers et cohéritiers avec toi de ton Royaume, nous sommes proclamés “enfants de Dieu”, capables d’appeler “Père” celui qui est Dieu ton Père de toute éternité : apprends-moi à “faire Eglise”, à “faire communauté” avec tous ceux et toutes celles que tu m’as donnés comme frères et soeurs dans la foi, et à partager, non seulement avec eux, mais avec tous les hommes dans le besoin, et que tu appelles, à ta façon, à entrer dans ton salut, tout ce que j’ai reçu, en tous domaines, dans l’ordre de mes capacités et acquisitions naturelles, comme dans l’ordre de la gatuité de ta grâce qui me transforme et me configure à ton image. AMEN.

29.04.2003.*

Évangile : Jean 3, 7-15

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

7 Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous fait naître d’en haut.
8 Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. “
9 Nicodème lui répondit : ” Comment cela peut-il se faire ? “
10 Jésus lui répondit : ” Tu es Maître en Israël, et ces choses-là, tu ne les saisis pas ?
11 En vérité, en vérité, je te le dis, nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu ; mais vous n’accueillez pas notre témoignage.
12 Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ?
13 Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.
14 Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme,
15 afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Notre page se situe dans la toute 2ème partie de ce livre des signes, qui commence et se termine par un “signe” réalisé par Jésus à Cana de Galilée. Après avoir changé l’eau en vin à Cana à la requête de sa Mère, Jésus est monté à Jérusalem pour la fête Juive de la Pâque, il y a fait scandale en chassant du Temple les marchands et les changeurs qui y faisaient du commerce, ce qui l’a conduit à donner son message sur l’avenir du Temple, et c’est peu après cela qu’un Pharisien du nom de Nicodème vient le rencontrer de nuit. Notre page nous relate le cours de cette rencontre, qui sera suivie d’un parcours en Judée, puis de la remontée de Jésus vers la Galilée en traversant la Samarie, où il aura un long et important entretien avec une femme de ce pays en un lieu appelé “le puits de Jacob”.

Les manières de diviser cette rencontre de Jésus avec Nicodème varient selon les commentateurs : certains arrêtent cet entretien au verset 15, d’autres le prolongent jusqu’au verset 21, d’autres encore le situent dans un ensemble qui va de 3,1 à 3, 36 et qu’ils répartissent alors en 3 ou quatre parties, soit le dialogue de Jésus avec Nicodème (3, 1- 15 ou 3, 1- 21, les versets 16 - 21 étant considérés dans la première hypothèse comme un commentaire de l’Evangéliste distinct du dialogue), suivi d’un rappel de la mission de Jean Baptiste (3, 22 - 30), et d’un dernier commentaire, en forme de résumé, sur la mission de Jésus et son caractère unique d’envoyé ultime de Dieu (3, 31 - 36).

2. Message

Il semble que ce message ne peut vraiment se comprendre qu’à la lecture de la totalité de la rencontre, dont la logique du déroulement implique qu’il faille choisir de la faire durer jusqu’au verset 21. Comme cette rencontre est lue en trois temps, correspondant à trois jours successifs de notre liturgie catholique Romaine, les commentaires partiels et successifs donnés ici doivent être considérés comme complémentaires les uns des autres.

Après avoir surpris son interlocuteur par sa remarque initiale sur la nécessité de “renaître d’en Haut” pour voir le Royaume de Dieu, et avoir précisé qu’il s’agit là d’une naissance d’eau et d’Esprit, parce que ce qui est né de l’Esprit est esprit (3, 3 - 6), Jésus poursuit ses explications à ce docteur de la Loi qui se montre sympathisant et ouvert, semble-t-il.

Pourquoi renaître d’en Haut ? Pour avoir la liberté de l’Esprit, qui, selon le mot hébreu “ruah”, et le mot grec “pneuma”, est identique au “vent”, dont Jésus, reprenant un petit proverbe au verset 8, dit qu’il souffle où il veut.

Lorsque Nicodème lui demande comment cela peut se faire, Jésus invoque son expérience et son témoignage : en tant que Fils de l’homme, il est descendu du ciel, et il doit être contemplé “élevé”, remontant au ciel, pour que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle.

3. Decouvertes

L’association de l’eau et de l’Esprit, au verset 5, sera reprise par Jésus lors de la Fête des Tentes, en Jean, 7, 38 - 39, quand il dira que c’est de lui que jaillit l’eau vive, faisant ainsi allusion à l’Esprit qui serait communiqué après sa mort et sa résurrection.

Nous lisons dans ce texte la première des trois annonces que Jésus fait de sa passion dans l’Evangile de Jean, où chaque fois il dit que lui-même (ou le Fils de l’homme auquel il s’identifie) sera “élevé”, signifiant par là, selon la théologie de cet Evangile, la première étape de son retour au Père en son exaltation de gloire, car il vient de Dieu et doit remonter vers Dieu, cette première étape de la crucifixion conduisant à la résurrection, et cette dernière à l’ascension.

L’épisode du serpent d’airain élevé par Moïse selon le récit du Livre des Nombres, 21, 9 - 11, est repris ici, nous rappelant que, pour être sauvé, il faut se tourner vers le Fils de l’homme en son “Heure” de passage au Père, et le contempler comme signe de notre salut, à la façon dont les Juifs meurtris étaient invités à se tourner vers l’image de bronze qui leur rappelait leur péché, mais aussi le pardon de Dieu. Relire à ce propos l’interprétation du serpent d’airain, qui se trouve au Livre de la Sagesse, 16, 6 - 7.

Jésus est le seul à pouvoir nous communiquer la connaissance du monde de Dieu : c’est ce qui nous avait déjà été indiqué dans le Prologue de l’Evangile (1, 18), et lors de sa rencontre avec Nathanaël en 1, 51. Aucun visionnaire n’a jamais eu une telle connaissance de Dieu, ni Enoch, ni Moïse, ni Elie, trois personnages de l’Ancien Testament dont la fin reste mystérieuse.

4. Prolongement

Par notre plongée, lors de notre baptême, dans le msytère de la mort-résurrection du Christ Jésus, nous sommes “renés” de l’eau et de l’Esprit (Romains, 6, 5 - 11). Nous avons revêtu le Christ et nous lui appartenons, comme tous les croyants, au delà de toute différence ou diversité, dont celle entre les hommes et les femmes (Galates, 3, 26 - 29).

Nous sommes vraiment devenus “fils” de Dieu, conduits par l’Esprit qui effectue notre adoption et nous rend capables d’appeler Dieu notre “Père”, en notre qualité de “cohéritiers du Christ” (Romains, 8, 14 - 17).

Si nous sommes ainsi “nés de Dieu”, c’est que nous accueillons sa “Parole faite chair” en Jésus le Christ, dont nous avons vu la gloire (Jean, 1, 12 - 14). Nous pouvons mesurer la richesse de ce thème quasi inépuisable.

Prière

*Seigneur Jésus, nous qui te contemplons aujourd’hui dans le mystère de ta mort-résurrection, dans lequel nous avons été plongés lors de notre baptême, et que nous célébrons en recevant ton “OUI” au Père, que tu as vécu dans cet événement de ton “Heure”, chaque fois que, dans le mystère eucharistique, nous rompons et partageons le pain devenu ton Corps livré, et la coupe devenue ton sang ou ta vie versée, nous croyons que nous vivons désormais de ta vie de Lumière, de Vérité et d’amour selon le don, que tu nous as fait, et que tu nous renouvelles sans cesse de ton Esprit Saint, qui est l’Esprit du Père : fais que cette puissance de vie nouvelle reçue ainsi de toi produise en moi tous les fruits de témoignage et de service de mes frères et soeurs que tu en en attends. AMEN.

29.04.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour