📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Actes des Apôtres 5, 17-26

DES ACTES DES APÔTRES

Texte

17 Alors intervint le grand prêtre, avec tous ceux de son entourage, le parti des Sadducéens. Pleins d’animosité,
18 ils mirent la main sur les apôtres et les jetèrent dans la prison publique.
19 Mais pendant la nuit l’Ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison et, après les avoir conduits dehors, leur dit :
20 ” Allez annoncer hardiment au peuple dans le Temple tout ce qui concerne cette Vie-là. “
21 Dociles à ces paroles, ils entrèrent au Temple dès le point du jour et se mirent à enseigner. Cependant le grand prêtre arriva avec ceux de son entourage. On convoqua le Sanhédrin et tout le Sénat des Israélites et on fit chercher les apôtres à la prison.
22 Mais les satellites, rendus sur place, ne les trouvèrent pas dans la prison. Ils revinrent donc annoncer :
23 ” Nous avons trouvé la prison soigneusement fermée et les gardes en faction aux portes. Mais quand nous avons ouvert, nous n’avons trouvé personne à l’intérieur. “
24 A cette nouvelle, le commandant du Temple et les grands prêtres, tout perplexes à leur sujet, se demandaient ce que cela pouvait bien signifier.
25 Survint alors quelqu’un qui leur annonça : ” Les hommes que vous avez mis en prison, les voilà qui se tiennent dans le Temple et enseignent le peuple. “
26 Alors le commandant du Temple partit avec ses hommes et ramena les apôtres, mais sans violence, car ils craignaient le peuple, qui aurait pu les lapider.

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.


Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - Actes 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).

Selon cette présentation, nous en sommes toujours à l’ACTE 1, qui se déploie en 4 scènes : l’effusion de l’Esprit le jour de Pentecôte (2, 1 - 47), la guérison du boiteux au Temple (3, 1 - 4, 22), après un interlude sur l’action de l’Esprit, les Apôtres en jugement (5, 17 - 42), le premier martyre (6, 1 - 7, 60).

Avec notre page nous assistons à la mise en jugement des Apôtres, scène 3 de cet ACTE 1.

2. Message

Lors de leur première comparution devant le Sanhédrin suite à la guérison du boiteux, Pierre et Jean avaient été relâchés avec l’interdiction formelle de continuer d’annoncer le Nom de Jésus. Comme Pierre et Jean avaient rétorqué qu’il leur serait impossible de désobéir à Dieu en se soumettant à une telle injonction, on pouvait s’attendre à ce qu’ils soient bientôt arrêtés de nouveau : ce qui arrive.

Cependant, leur arrestation est quasi immédiatement suivie de leur échappée miraculeuse et mystérieuse de la prison où il avaient été placés. Mais, comme ils s’en sont retournés au Temple et remis à prêcher Jésus, on vient les y chercher et les conduire devant le Sanhédrin (5, 17 - 26), où reproche leur sera fait d’avoir désobéi aux ordres reçus, reproche que les Apôtres accueillent avec leur même attitude de défi (5, 27 - 31), avant qu’un membre respectable de l’assemblée en vienne à faire valoir qu’il n’est pas sage de continuer de poursuivre ainsi les apôtres (5, 33 - 40). D’où, finalement, rien n’empêche vraiment la croissance de l’Eglise.

On le voit : ni les menaces, ni la prison, ni les persécutions, rien ne peut empêcher les apôtres d’accomplir leur mission. Dieu intervient pour les aider et leur commander de continuer d’annoncer hardiment l’Evangile de la vie.

3. Decouvertes

Cette fois-ci, ce ne sont pas seulement Pierre et Jean, mais tous les apôtres, sans exception, qui sont jetés en prison (verset 10), sur une intervention pleine “d’animosité” du Grand Prêtre et de son entourage.

Délivrés miraculeusement par l’Ange du Seigneur (manière biblique de désigner souvent le Seigneur lui-même se manufestant), les apôtres en reçoivent l’ordre de retourner au Temple continuer leur prédication, c’est-à-dire de se remettre en position d’être arrêtés de nouveau, dans une démarche de défi et de quasi provocation, qui invite en même temps les autorités à se demander ce qui se passe avec eux, et qu’ils n’arrivent ni à comprendr ni à maîtriser. Vont-ils en tirer la conséquence que Dieu est “avec” ces disciples de Jésus ?

En effet, cette délivrance miraculeuse apporte bien le soutien de Dieu à leur attitude de désobéissance civile, que les autorités ne vont pas manquer de leur reprocher. Le Grand Prêtre et les membres du Grand Conseil, ainsi que les autorités de police ne cachent pas leur perplexité, mais, une fois informés du retour des apôtres auTemple, ils se les font amener avec ménagement, car ils craignent des réactions de colère de la part de la foule.

4. Prolongement

Jésus Ressuscité, qui continue d’agir sans cesse en son Esprit Saint, accompagne les siens, leur donne la force de témoigner, et les assiste dans leur ministère, qui n’est que le prolongement du sien (Luc, 12, 8 - 12).

La mission de nos Eglises, aujourd’hui, en ce début du 21ème siècle, demeure toujours également la mission même de Jésus. Le Livre des Actes des Apôtres, que nous lisons ces jours-ci, n’a pas de conclusion, il ne se termine donc pas, et reste ainsi ouvert à notre engagement contemporain au Nom de Jésus Ressuscité, suite à celui de toutes les générations de croyants et de disciples qui nous ont précédés.. Et dans la mesure où nous vivons ainsi cette mission qui nous est transmise, nous pouvons tout autant que les premiers disciples, compter sur la présence de Jésus à nos côtés, avec sa force, sa lumière et sa vérité, selon sa promesse (Matthieu, 28, 16 - 20).

Prière

*Seigneur Jésus, au moment où, Ressuscité, tu envoies tes disciples jusqu’aux extrémités de la terre annoncer la Bonne Nouvelle de ton salut, tu leur promets d’être “avec eux” - et donc “avec nous” - jusqu’à la fin des temps : donne-moi de ne jamais oublier, banaliser, ou minoriser, la réalité de ta présence à mes côtés, et aux côtés de tous mes frères et soeurs, ainsi que de tous ceux dont tu fais aujourd’hui, là où ils sont, les porteurs de ta Parole, et les témoins de la vie nouvelle que tu nous as transmise par ton engagement prophétique, ton “OUI”, ta passion, ta mort, ta résurrection, et le don de ton Esprit Saint. AMEN.

30.04.2003.*

Évangile : Jean 3, 16-21

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

16 Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.
17 Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
18 Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu.
19 Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises.
20 Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables,
21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. “

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Notre page se situe dans la toute 2ème partie de ce livre des signes, qui commence et se termine par un “signe” réalisé par Jésus à Cana de Galilée. Après avoir changé l’eau en vin à Cana à la requête de sa Mère, Jésus est monté à Jérusalem pour la fête Juive de la Pâque, il y a fait scandale en chassant du Temple les marchands et les changeurs qui y faisaient du commerce, ce qui l’a conduit à donner son message sur l’avenir du Temple, et c’est peu après cela qu’un Pharisien du nom de Nicodème vient le rencontrer de nuit. Notre page nous relate la fin de cette rencontre, qui sera suivie d’un parcours en Judée, puis de la remontée de Jésus vers la Galilée en traversant la Samarie, où il aura un long et important entretien avec une femme de ce pays en un lieu appelé “le puits de Jacob”.

2. Message

Ce passage fait donc partie d’un ensemble, 3, 1 - 21, qui nous relate une rencontre de Jésus avec le Pharisien Nicodème, qui est venu le rencontrer, de nuit, près de Jérusalem. Le dialogue entre Jésus et ce “maître en Israël” se déroule en deux temps :

  • Jésus lui fait, en premier lieu découvrir que pour entrer dans le Royaume de Dieu, il est nécessaire de “renaître d’en Haut”, par l’Esprit Saint (3, 2 - 8);
  • ensuite, il lui précise que cela n’est possible que lorsque le Fils de l’homme, une fois remonté auprès du Père, offre le changement total, qu’implique cette “nouvelle naissance”, à celui qui croit en lui, le Fils du Père (3, 9 - 21).

En effet, seul celui qui est descendu du ciel sait ce dont il parle à ce propos, et il doit y remonter pour envoyer l’Esprit, qui effectuera cette transformation des croyants ainsi annoncée. Cette “remontée” du Fils de l’homme, présentée ici comme une “élévation” à la façon d’un étendard et d’un signe révélateur, a pour but de nous faire comprendre que le salut des hommes a pour source unique l’amour gratuit de Dieu pour le monde, manifesté dans l’envoi du “Fils unique”, qu’il est proposé à tout croyant d’accueillir, pour obtenir cet accomplissement définitif du don et de l’oeuvre de Dieu qui a nom “vie éternelle”. Le projet de Dieu, qui atteint ainsi son achèvement, est bien que l’homme soit sauvé, et ne périsse pas, dans la mesure où une nouvelle “vie” lui est offerte. La réponse attendue de l’homme est seulement la foi en ce Fils unique envoyé du Père, attitude qui suffit pour échapper au jugement, car elle est déjà l’entrée dans cette vie que Dieu nous donne.

La fin de ce passage nous indique le contenu de ce jugement, et donc de cette ouverture de foi qui nous est demandée comme unique démarche de notre part : il s’agit d’accueillir la venue du Fils que Dieu envoie, et qui est Jésus, comme l’arrivée de la lumière qui nous éclaire définitivement et nous permet de choisir où se situe la vérité de notre existence en sa profondeur : notre foi au Fils est donc choix de la lumière qui met fin à toutes les obscurités liées au mal que nous risquons de commettre si nous refusons cette lumière, c’est-à-dire ce discernement de la Vérité, que Dieu seul permet ainsi de réaliser.

Ce choix fondamental entre cette lumière qui vient de Dieu et les ténèbres, est bien ce que Jésus, le Fils de l’homme, nous invite à faire par toute sa mission : de même que l’élévation d’un serpent de bronze, par Moïse au désert après la sortie d’Egypte, suite à une révolte des dils d’Israël, n’avait pour but, pour ceux qui le regarderaient avec foi, que de leur faire discerner, à travers ce signe de la colère de Dieu qui venait de se manifester dans l’envoi de serpents (Nombres, 21, 4 - 9 et Sagesse, 16, 6 - 10), combien leur rébellion avait été une attitude mauvaise (et contraire au dessein de Dieu qui seul pouvait les sauver), de même, découvrir, accueillir, avec foi, Jésus le Fils de l’homme, est la démarche de vérité dans la foi qui donne sens à toute notre vie : ce que résume la phrase de Jésus : “Celui qui fait la Vérité vient à la lumière”. S’il s’appuie sur Jésus et se confie à lui, ses oeuvres ne pourront être accomplies, en toute clarté, que dans la ligne du plan de salut de Dieu. Le choix du bien ou du mal est désormais celui de la lumière qui vient de Dieu ou des ténèbres dans lesquelles l’homme se perd, dans la mesure où il demeure centré sur lui-même.

3. Decouvertes

Ces versets 16 - 21 ne peuvent se lire indépendamment de tout l’ensemble 3, 1 - 21, et, spécialement, des versets 9 - 21, comme cela est manifeste dans la partie précédente de ce commentaire, qui essaye d’en dégager le message..

Les versets 9 - 21 de ce chapitre 3 se subdivisent, à leur rour, en deux points :

  • Le Fils doit remonter auprès du Père (3, 9 - 15);
  • Il est nécessaire de croire en Jésus, c’est-à-dire de faire le choix de la lumière qu’il nous offre (3, 16 - 21). Certains,à ce propos, constatent qu’à partir de ce verset 16 le ton change nettement, et que ce n’est plus Jésus qui parle à Nicodème, mais l’Evangéliste qui nous présente un commentaire, ou une méditation sur les paroles précédentes de Jésus. D’autres font intervenir ce changement de ton dès le verset 13. La question demeure d’autant plus controversée qu’il semble bien que la logique du passage et de l’argumentation qui y est développée plaide en faveur d’un interlocuteur unique de bout en bout, et qui serait Jésus, face à Nicodème.

Jésus, le Fils de l’homme, qui a parlé ouvertement à Nicodème de la nécessité de “renaître d’en Haut” (3, 2 - 8), et qui insiste, à la fin de ce passage, sur le choix de la vérité et de la lumière, sait ce dont il parle, puisqu’il vient d’en Haut. Puisque “renaître” de l’Esprit est une oeuvre “d’en Haut”, Jésus insiste qu’il est le seul capable de la réaliser, puisque personne d’autre n’est jamais monté au ciel. Le verset 13 veut donc au moins nous dire que Jésus est le seul qui soit allé au ciel, puisqu’il en descend. A plusieurs reprises, l’Evangile de Jean nous rappelle que seul Jésus a vu Dieu (1, 18; 5, 37; 6, 46; 14, 7 - 9), et en 6, 62, il nous reparle de la mystérieuse ascension du Fils de l’homme.

Nicodème, au verset 9, avait posé la question : “comment cela peut-il se faire ?“. Les versets 14 et 15 de notre page y apportent une réponse précise : la nouvelle naissance dans l’Esprit ne peut venir que comme conséquence de la mort, de la résurrection et de l’ascension de Jésus. C’est ainsi que l’amour de Dieu pour toute l’humanité est révélé de façon efficace à travers l’engagement de Jésus, et que la lumière définitive concernant le sens de notre existence nous est offerte, pour que nous l’accueillions dans une démarche de foi qui est toute de vérité.

Le verset 14 est la première de trois déclarations dans l’Evangile de Jean, dans lesquelles il est dit par Jésus que le Fils de l’homme doit “être élevé” (voir aussi Jean, 8, 28 et 12, 32 - 34). L’expression “être élevé” renvoie directement à la mort de Jésus sur la croix comme terme de son engagement jusqu’au bout dans sa mission de révéler Dieu et d’agir à la façon de Dieu. Cela est clair non seulement à partir de la comparaison du serpent dressé par Moïse en haut d’un mât, rapportée au verset 14, mais aussi de la comparaison avec le message de 12, 33.

Le fait que le Fils de l’homme va “être élevé” révèle la plénitude de l’amour de Dieu et conduira à la vie éternelle ceux qui croient en Jésus, cette vie éternelle étant déjà, dès ce monde, la vie de “fils de Dieu” “nés d’en Haut”, “nés de l’Esprit Saint” (3, 2 - 8 et 3, 16), et fils de lumière (1 Jean, 1, 5 - 10 et 1 Pierre, 2, 9).

4. Prolongement

Jn 1 9 Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme.

Jn 1 10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu.

Jn 1 11 Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli.

Jn 1 12 Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

Jn 1 13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.

Jn 1 14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père. … Jn 1 18 Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé.

Prière

*Seigneur Jésus, de même que tu t’es défini comme “le chemin , la vérité et la vie”, ainsi que la “lumière qui éclaire tout homme”, nous sommes de même invités par toi à faire toute la vérité sur notre existence et nos comportements, pour les situer face à cet amour gratuit, insondable et éternel de Dieu ton Père, qui t’a envoyé achever son projet de faire participer à sa vie divine tous ceux qui ont et auront part à son Royaume, en devenant tes disciples : augmente en moi la docilité et la pauvreté de coeur du croyant authentique, ouvre-moi ainsi de nouveau à ta démarche et à l’accueil de ton cheminement, pour me rendre conforme de plus en plus à tes paroles de vie et à tes actes de miséricorde. AMEN.

30.04.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour