📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 6, 1-7
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
1 En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, il y eut des murmures chez les Hellénistes contre les Hébreux. Dans le service quotidien, disaient-ils, on négligeait leurs veuves.
2 Les Douze convoquèrent alors l’assemblée des disciples et leur dirent : ” Il ne sied pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables.
3 Cherchez plutôt parmi vous, frères, sept hommes de bonne réputation, remplis de l’Esprit et de sagesse, et nous les préposerons à cet office ;
4 quant à nous, nous resterons assidus à la prière et au service de la parole. “
5 La proposition plut à toute l’assemblée, et l’on choisit Étienne, homme rempli de foi et de l’Esprit Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d’Antioche.
6 On les présenta aux apôtres et, après avoir prié, ils leur imposèrent les mains.
7 Et la parole du Seigneur croissait ; le nombre des disciples augmentait considérablement à Jérusalem, et une multitude de prêtres obéissaient à la foi.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).
Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).
Selon cette présentation, nous en sommes toujours à l’ACTE 1, qui se déploie en 4 scènes : l’effusion de l’Esprit le jour de Pentecôte (2, 1 - 47), la guérison du boiteux au Temple (3, 1 - 4, 22), après un interlude sur l’action de l’Esprit, les Apôtres en jugement (5, 17 - 42), le premier martyre (6, 1 - 7, 60).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage commence une nouvelle grande partie des Actes, traitant des origines de la mission qui va très bientôt se dérouler hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), où il sera question successivement des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque (6, 1 - 8, 40), de la conversion de Saül (Paul) (9, 1 - 31), d’une mission de Pierre, incluant la première conversion d’un païen (9, 32 - 11, 18), la fondation de l’Eglise d’Antioche, suivie de la 1ère mission de Paul, et de l’Assemblée de Jérusalem, où seront abordées des questions nées de cette mission parmi les païens (11, 19 - 15, 35).
2. Message
Le portrait idéal que Luc nous avait brossé de la communauté de Jérusalem (2, 42 - 47 et 4, 32 - 37) nous a mal préparés à découvrir une 1ère crise dans l’Eglise. On a souvent constaté la tendance qu’a Luc de gommer les difficultés, et l’on pense que, depuis quelque temps déjà, avant cet incident, l’Eglise de Jérusalem comprenait deux groupes de chrétiens, tous d’origine Juive : les Hébreux, parlant l’Hébreu et l’Araméen, et les Héllénistes, de langue grecque, ces derniers étant beaucoup plus insérés dans le monde et la culture de leur temps.
Suite donc à un différend ayant trait au partage des secours entre les veuves de ces deux communautés, comment l’Eglise de Jérusalem va-t-elle faire face à cette difficulté et la régler au mieux pour le bien de tous ?
La solution, en tenant compte des différences linguistiques et culturelles entre ces deux groupes de chrétiens, va être, d’une part, de confier une autonomie de gouvernement à la communauté Héllénistique, et, d’autre part, de maintenir l’unité de tous derrière la situation unique et irremplaçable des Apôtres, témoins privilégiés du ministère de Jésus et garants de son héritage : c’est pour cela que ce sont les Apôtres eux-mêmes qui, au coeur de toute l’Eglise rassemblée, vont mandater officiellement les Sept hommes chargés de veiller à l’administration de la communauté Héllénistique.
La nomination et l’envoi en mission des “Sept” se réalise donc de façon très sérieuse : convocation de l’Assemblée de tous les disciples et croyants, proposition de solution par les Douze, approbation de ces dispositions par l’Assemblée, choix de leurs représentants par les membres de la communauté, prière et imposition des mains par les Apôtres pour confier mandat et autorité aux “Sept” pour leur mission. Nous assistons à un véritable fonctionnement communautaire d’une Eglise locale, et le texte nous dit que l’Evangélisation continue de porter du fruit, et l’Eglise de s’aggrandir.
3. Decouvertes
La mission donnée aux “Sept” est-elle seulement le “service des tables”, et la responabilité d’un arbitrage pour un partage équitable des biens dans la communauté Héllénistique, comme le disent explicitement les Douze, qui ne veulent pas se laisser distraire de leur ministère de la prière et de la prédication de la Parole? On peut se le demander, dans la mesure où les 2 membres des “Sept”, nommés dans ce texte et que nous voyons agir par la suite, c’est-à-dire Etienne et Philippe, ne s’occupent en rien de problèmes d’administration, ou du service matériel de la communauté, et nous sont présentés uniquement comme des témoins et des prédicateurs puissants de la Bonne Nouvelle de Jésus.
Ce qui semble indiquer que dans notre texte, nous assistons à la mise en place, par les Apôtres, de véritables responsables de la communauté des chrétiens d’origine Juive de langue grecque, qui vont se révéler être les premiers missionnaires à l’extérieur et les premiers persécutés d’entre tous les disciples de Jésus. Une authentique diversité est en train de naître dans l’Eglise, qui n’en garde pas moins son unité profonde autour des Apôtres.
4. Prolongement
Transformés par l’Esprit de Jésus ressuscité, nous sommes appelés à vivre en communautés de croyants, avec nos frères et soeurs, tous disciples de Jésus et baptisés dans sa mort-résurrection, selon une attitude de vérité et de charité profondes, sans toutefois tomber dans l’illusion que différences d’opinions, crises et conflits ne doivent jamais exister.
Cependant, si la charité et la vérité qui viennent du Seigneur l’emportent en nous, nous essayerons de faire face à toute situation de divergence, conflit ou malentendu, dans la foi qui “agit par la charité” (Galates, 5, 6), affirmant ainsi que le Christ Jésus, en qui nous croyons et que nous cherchons toujours à imiter, est plus important que chacune et chacun d’entre nous. En conséquence, nous chercherons toujours à faire de notre unité (de tous, et de chacune et chacun, avec lui) le principe de toutes nos avancées en Eglise.
N’est-ce pas ce que les Douze et les Sept ont choisi de faire dans notre texte, et que Paul nous rappelle dans l’introduction de son cantique sur la “kénose” (abaissement) du Christ dans sa lettre aux Philippiens : ?
1 Aussi je vous en conjure par tout ce qu’il peut y avoir d’appel pressant dans le Christ, de persuasion dans l’Amour, de communion dans l’Esprit, de tendresse compatissante,
2 mettez le comble à ma joie par l’accord de vos sentiments : ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment ;
3 n’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi ;
4 ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres.
5 Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus :
Prière
*Seigneur Jésus, en ne cherchant qu’à faire la volonté du Père, tu as été capable de te comporter de façon vraie et miséricordieuse dans toutes les circonstances de ta présence et de ta mission en notre humanité : donne-moi d’être assez humble pour ne jamais me rechercher, assez pauvre de moi pour lire les événements avec ton regard, assez fraternel pour reconnaître que tous mes frères et soeurs sont des personnes sauvées par toi et conduites par ton Esprit, m’apprenant ainsi à “faire Eglise” selon l’unité du dessein de Dieu et la diversité de ses dons, de façon à témoigner davantage de la Bonne Nouvelle de ton Royaume. AMEN.
13.04.2002.*
Évangile : Jean 6, 16-21
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
16 Quand le soir fut venu, ses disciples descendirent à la mer,
17 et, montant en bateau, ils se rendaient de l’autre côté de la mer, à Capharnaüm. Il faisait déjà nuit ; Jésus n’était pas encore venu les rejoindre ;
18 et la mer, comme soufflait un grand vent, se soulevait.
19 Ils avaient ramé environ vingt-cinq ou trente stades, quand ils voient Jésus marcher sur la mer et s’approcher du bateau. Ils eurent peur.
20 Mais il leur dit : ” C’est moi. N’ayez pas peur. “
21 Ils étaient disposés à le prendre dans le bateau, mais aussitôt le bateau toucha terre là où ils se rendaient.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :
- le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).
Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :
- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).
Dans la 3ème partie du Livre des Signes, nous entrons dans l’épisode où nous rencontrons Jésus au temps de la Fête de la Pâque Juive, avec le “signe” de la multiplication des pains (6, 1 - 15), le “signe” de sa marche sur les eaux (6, 16 -21), la foule qui le rejoint une 2ème fois (6, 22 - 24), sa préface au discours qu’il va donner sur le thème du “pain de vie” (6, 25 - 34), son discours sur le “pain de vie” (6, 35 - 50), une suite de ce discours, avec une approche différente du même thème (6, 51 - 59), suivie, pour conclure et jusqu’à la fin du chapitre, des réactions de la foule et des disciples.
2. Message
Après la multiplication des pains, Jésus, craignant qu ‘on vienne se saisir de lui pour le proclamer roi, s’est retiré seul dans la montagne. et c’est là qu’il se trouve toujours lorsque, le soir venu, ses disciples entreprennent de traverser le Lac de Tibériade, appelé encore la “Mer de Galilée”.
L’obscurité venue, Jésus , en marchant sur les eaux, rejoint ses disciples qui se trouvent presque au milieu de la mer houleuse et bien agitée, sur laquelle ils avancent, semble-t-il, avec peine, en ramant.
Les voyant pris de peur à son apparition inattendue, Jésus se fait reconnaître, et, au même moment, les voici tous parvenus à leur destination, de l’autre côté de la mer.
C’est ainsi que deux nouveaux “signes” effectués par Jésus nous sont racontés, situés entre le “signe”, qui les a précédés, de la mutiplication des pains et le grand discours de Jésus, qui va suivre, sur le sens de cette multiplication des pains. C’est dans la conjonction de ces trois “signes” que Jésus se révèle comme celui que le Père a envoyé pour accomplir définitivement les grands événements miraculeux de la libération du peuple Juif de l’esclavage Egyptien, réalisés successivement au temps de Moïse, lors de la traversée de la Mer des Roseaux, et du désert du Sinaï, ce dernier endroit étant le lieu où Dieu donna la “manne” à son peuple.
3. Decouvertes
Dans le texte parallèle de Marc, 6, 48, c’est le matin que Jésus rejoint ainsi ses disciples. D’autre part, ce texte de Marc, 6, 45 - 52, peut, sur certains points, se comparer volontiers au récit de Marc, 4, 35 - 41 (et les textes parallèles). En effet, dans les deux cas, c’est un vent fort que Jésus apaise, avec la différence toutefois, que dans le cas de notre texte, Jésus absent rejoint ses disciples, alors que dans le récit de la tempête apaisée, il est avec eux, endormi, dans leur barque. On s’est demandé si ces deux récits de la marche sur les eaux et de la tempête apaisée ne nous rapportaient pas un seul et même événement.
A noter également qu’en Marc, 6, 45 - 52, lorsque Jésus rejoint ses disciples sur la mer, ces derniers n’interprètent pas son arrivée surprenante comme une “épiphanie du Christ qui les sauve, au sens fort du terme”, à la différence de ce que nous rapporte Matthieu, dans sa version du même événement, en 14, 22 - 33, scène qui se termine par la confession de foi des disciples s’adressant à Jésus en lui disant : “Vraiment, tu es le Fils de Dieu”.
Dans notre passage, Jésus se fait reconnaître par ces mots “c’est moi”, littéralement : “Je suis”. Dans trois autres textes de l’Evangile de Jean, en 8, 24; 8, 28 et 13, 19, l’utilisation par Jésus de cette formule “JE SUIS”, sans attribut et de façon absolue, renvoie clairement à l’expression hébraïque qui désigne le Nom de “Yahvé” dans l’Ancien Testament, partculièrement en Deutéronome, 32, 39, Isaïe, 43, 10 et 52, 6.
Dans notre passage, comme d’ailleurs en Jean, 18, 5. 6. 8, cette expression “Je suis” (c’est moi) se présente comme une parole pour se faire reconnaître de quelques personnes qui se demandent devant qui elles se trouvent, mais rien ne nous interdit de l’interpréter également, comme le font beaucoup d’éxégètes, au sens fort du Nom divin que Jésus se donne “JE SUIS”.
L’arrivée immédiate à sa destination de la barque des disciples que Jésus a rejoints au milieu de la mer constitue donc ici un deuxième événement miraculeux, qu’on ne trouve que dans ce récit de Jean, et qui nous rappelle ce qu’il est écrit de l’action de Yahvé-Dieu, dans le psaume 107, 23 - 30.
Associée à la multiplication des pains, que Jésus, dans son discours sur le pain de vie, va réinterpréter comme rappelant et dépassant l’action de Dieu qui nourrissait son peuple de la “manne” au désert du Sinaï, cette marche de Jésus sur les eaux, suivie de la fin immédiate de la traversée de la mer pour tous, semble bien être un rappel de la traversée libératrice de la Mer des Roseaux par le peuple Juif conduit par Moïse, lors de la sortie d’Egypte, racontée au livre de l’Exode. Remarquons cependant que les deux événements successifs de la sortie d’Egypte (traversée de la mer et don par Dieu de sa nourriture) sont inversés dans cet ensemble de textes de l’Evangile de Jean que nous lisons.
4. Prolongement
Dans la mesure où, dans le discours sur le pain de vie qui va suivre cette scène, Jésus interprète son “signe” de la multiplication des pains comme l’annonce du “pain de vie” de sa Parole et de son mémorial eucharistique, il n’est pas interdit de lire dans le “signe” de sa marche sur les eaux l’annonce de l’accomplissement de la libération de la servitude d’Egypte qu’il effectuera comme libération de tous les hommes en son “passage” pascal.
Cette libération nous est transmise comme don de l’Esprit qui fait de nous des “fils adoptifs” du Père, don de l’Esprit qui a été, pour chacune et chacun de nous, associé à notre plongée dans l’eau du baptême, “signe” de notre enfouissement dans la mort de Jésus, et de notre relèvement d’entre les morts pour une vie nouvelle selon Dieu, en sa résurrection.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous fais maintenant traverser la mer de nos adversités et de nos résistances au salut que Dieu nous offre, en nous rejoignant sur notre route par ton Esprit Saint qui nous habite et nous conduit, et par lequel tu nous replonges dans le sens profond de ta Parole et de ton “passage” au Père dans “l’Heure” unique, et vécue une fois pour toutes, de ta Pâque : apprends-moi à toujours d’abord vivre de ta vie, de ta présence, de ta Parole, de ta charité, de ta Vérité sans cesse obéissante au Père, et de ta Lumière, en laissant reproduire en nous ton image de “Fils”. AMEN.
03.05.2003.*