📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 5, 34-42
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
34 Alors un Pharisien nommé Gamaliel se leva au milieu du Sanhédrin ; c’était un docteur de la Loi respecté de tout le peuple. Il donna l’ordre de faire sortir ces hommes un instant.
35 Puis il dit aux sanhédrites : ” Hommes d’Israël, prenez bien garde à ce que vous allez faire à l’égard de ces gens-là.
36 Il y a quelque temps déjà se leva Theudas, qui se disait quelqu’un et qui rallia environ quatre cents hommes. Il fut tué, et tous ceux qui l’avaient suivi se débandèrent, et il n’en resta rien.
37 Après lui, à l’époque du recensement, se leva Judas le Galiléen, qui entraîna du monde à sa suite ; il périt, lui aussi, et ceux qui l’avaient suivi furent dispersés.
38 A présent donc, je vous le dis, ne vous occupez pas de ces gens-là, laissez-les. Car si leur propos ou leur œuvre vient des hommes, il se détruira de lui-même ;
39 mais si vraiment il vient de Dieu, vous n’arriverez pas à les détruire. Ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu. ” On adopta son avis.
40 Ils rappelèrent alors les apôtres. Après les avoir fait battre de verges, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis les relâchèrent.
41 Pour eux, ils s’en allèrent du Sanhédrin, tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom.
42 Et chaque jour, au Temple et dans les maisons, ils ne cessaient d’enseigner et d’annoncer la Bonne Nouvelle du Christ Jésus.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).
Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - Actes 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).
Selon cette présentation, nous en sommes toujours à l’ACTE 1, qui se déploie en 4 scènes : l’effusion de l’Esprit le jour de Pentecôte (2, 1 - 47), la guérison du boiteux au Temple (3, 1 - 4, 22), après un interlude sur l’action de l’Esprit, les Apôtres en jugement (5, 17 - 42), le premier martyre (6, 1 - 7, 60).
Avec notre page nous assistons à la fin d’une seconde mise en jugement des Apôtres (scène 3 de cet ACTE 1), qui a commencé au verset 17, avec l’arrestation des apôtres (les Douze, semble-t-il, cette fois-ci). En effet, les disciples n’ont pas prêté attention à l’interdiction d’annoncer le Nom de Jésus Resssucité, qui leur avait été faite par le Sanhédrin, suite à la guérison que Pierre et Jean avaient effectuée au Temple en faisant justement appel au Nom de Jésus. Décidés, comme ils l’avaient dit, à obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, ils n’en ont pas moins continué de proclamer hardiment au peuple l’accomplissement de tout le plan de Dieu sur Israël, achevé en la mort et la résurrection de Jésus. Après avoir été, mystérieusement et miraculeusement, libérés de leur prison, et être retournés au Temple, les voici de nouveau conduits devant les chefs d’Israël, qui sont remplis de jalousie à cause de leur succès auprès du peuple.
2. Message
Tous les soubresauts de cette première mission à Jérusalem, par ceux qui sont disciples de Jésus, et l’annoncent avec force et puissance, sont autant d’avancées de la cause du Seigneur Ressuscité.
Cette page est moins porteuse d’un message direct que d’une constatation. Elle nous informe de l’attitude d’un des grands docteurs de la Loi, - celui dont Paul nous dira qu’il a été son maître (selon Luc, en Actes, 22, 3) - qui réagit en homme qui réfléchit et s’interroge honnêtement sur ce qui se passe, et se montre prêt à se laisser interpeller par l’événement de cette annonce de Jésus, sans pour autant se rallier à la cause de Jésus.
Son intervention peut se résumer ainsi : ne vous affolez pas devant le succès des disciples de Jésus. Prenez le temps de voir comment leur activité va évoluer. Si ce qu’ils font vient d’eux-mêmes, cela ne durera pas. Mais si cela vient de Dieu, non seulement vous ne pourrez pas l’empêcher, mais encore vous risquez de vous dresser contre Dieu. Laissez-les donc faire, et discernez.
Gamaliel est suivi par le Sanhédrin, et les apôtres de la première communauté chrétienne hébraïque ne seront plus désormais inquiétés par les autorités “religieuses” d’Israël.
3. Decouvertes
On a trop souvent interprété cette attitude de Sagesse de Gamaliel comme une Parole de Dieu immédiatement applicable en toutes situations, et un principe de discernement absolu, que l’on pourrait formuler ainsi : la réussite de ce que nous entreprenons est le signe que Dieu est de notre côté. Ce qui reviendrait à donner une portée spirituelle “fondamentaliste” à l’une des maximes du capitalisme moderne : “rien ne réussit tant que le succès”.
Or, vue de l’extérieur, au niveau des appréciations du monde, la mission de Jésus peut être considérée comme un échec, même s’il est vrai que, depuis sa résurrection, l’événement de la croix est devenu lieu de la victoire de Dieu et de son dessein de salut pour Israël et toute l’humanité. Mais ce n’est pas d’une manière simpliste, ni de l’ordre de l’évidence constatable sur le champ. Car, c’est en suivant la volonté de Dieu dans tous les événements et situations humaines, heureuses ou malheureuses, que le croyant, comme Jésus, et maintenant avec Jésus ressuscité, fait de son existence le “lieu” de la victoire de Dieu.
Là où, en revanche, l’attitude de Gamaliel nous interpelle, c’est dans son ouverture. Dans la mesure où il n’exclut pas “a priori” que Dieu puisse être derrière la cause de Jésus, il se dit prêt à accueillir ce qui est pour lui l’inattendu, la nouveauté non prévisible de l’action de Dieu dans l’histoire d’Israël, le peuple de Dieu.
Relue du point de vue chrétien, qui est le nôtre aujourd’hui, cette réflexion de Gamaliel n’est pas qu’une hypothèse conditionnelle : elle affirme la réalité que Dieu est bien le fondateur de la communauté apostolique des disciples de Jésus, et celui qui en garantit la mission.
Il semble difficile à des autorités humaines, voire religieuses, de se rallier à la vérité tout court. Pourquoi vouloir à tout prix maintenir le prestige de l’autorité à qui l’on a désobéi, et sauver la face si l’on change d’avis, en punissant les disciples et en leur renouvelant l’interdiction de prêcher le Nom de Jésus ?
Jésus Ressuscité, qui a répandu son Esprit sur les siens, leur fait surmonter l’épreuve et la persécution, qu’il transforme en source d’un nouveau dynamisme pour la mission en son Nom.
4. Prolongement
Notre foi au Christ doit être telle que nous sommes convaincus qu’en lui “tout est accompli”, que Dieu a dit son dernier mot; et qu’il nous envoie l’Esprit Saint et la présence de Jésus Ressuscité, pour que cet accomplissement définitif transforme l’histoire de l’humanité postérieure à la résurrection de Jésus, et lui donne un sens nouveau qui rende visible le salut de Dieu.
Nous n’avons donc pas à aller plus loin que cette conviction essentielle. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous devons bloquer l’action et la Parole de Dieu autour des expressions concrètes, et donc passagères et imparfaites, que nous donnons de cet accomplissement, qui est une puissance de vie mystérieuse capable d’accueillir et de situer dans le projet de Dieu toute situation humaine.
Car tout événement peut désormais être “intégré” dans la résurrection de Jésus et le don de l’Esprit. Dieu doit toujours rester pour nous “Celui qui peut, par sa puissance qui agit en nous, faire au-delà, infiniment au-delà, de ce que nous demandons et concevons” (Ephésiens, 3, 21).
Prière
*Seigneur Jésus, tu demeures pour nous le Vivant, le Ressuscité, présent par ton Esprit Saint au milieu de nous, “avec-nous”, et en nous, pour que toute notre existence, et toute notre histoire personnelle et communautaire, soient le lieu permanent de la “saisie ” par Dieu, en son plan de salut pour tous les hommes, de tous les événements que nous rencontrons, et toutes les situations humaines et terrestres que nous traversons : fais que je sois toujours conscient de la réalité de ta présence efficace au coeur de ma vie, afin que je me laisse guider par toi en tous les moments successifs de mon histoire, qui devient, de ce fait, ton histoire, ton “affaire”, qui continue de donner sens à ce monde et de l’orienter vers Dieu. AMEN.
02.05.2003.*
Évangile : Jean 6, 1-15
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
1 Après cela, Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade.
2 Une grande foule le suivait, à la vue des signes qu’il opérait sur les malades.
3 Jésus gravit la montagne et là, il s’assit avec ses disciples.
4 Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
5 Levant alors les yeux et voyant qu’une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : ” Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? “
6 Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait ce qu’il allait faire.
7 Philippe lui répondit : ” Deux cents deniers de pain ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau. “
8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
9 ” Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? “
10 Jésus leur dit : ” Faites s’étendre les gens. ” Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. Ils s’étendirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
11 Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu’ils en voulaient
12 Quand ils furent repus, il dit à ses disciples : ” Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu. “
13 Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux des cinq pains d’orge restés en surplus à ceux qui avaient mangé.
14 A la vue du signe qu’il venait de faire, les gens disaient : ” C’est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde. “
15 Alors Jésus, se rendant compte qu’ils allaient venir s’emparer de lui pour le faire roi, s’enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :
- le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).
Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :
- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).
Dans la 3ème partie du Livre des Signes, nous entrons dans l’épisode où nous rencontrons Jésus au temps de la Fête de la Pâque Juive, avec le “signe” de la multiplication des pains (6, 1 - 15), le “signe” de sa marche sur les eaux (6, 16 -21), la foule qui le rejoint une 2ème fois (6, 22 - 24), sa préface au discours qu’il va donner sur le thème du “pain de vie” (6, 25 - 34), son discours sur le “pain de vie” (6, 35 - 50), une suite de ce discours, avec une approche différente du même thème (6, 51 - 59), suivie, pour conclure et jusqu’à la fin du chapitre, des réactions de la foule et des disciples.
2. Message
Comme dans les autres récits de la multiplication des pains (dont nous avons 6 relations dans l’ensemble des 4 Evangiles), Jésus multiplie 5 pains et 2 poissons, permettant ainsi à une foule de 5000 hommes de manger à satiété, de l’une et de l’autre de ces deux nourritures. Avant de distribuer ces pains, Jésus effectue sur eux les gestes de bénédiction des repas Juifs festifs : il prend, il rend grâces et distribue. Ces 3 gestes, avec, en plus, celui de la fraction du pain non mentionné ici, seront repris à son dernier repas, selon les 3 autres Evangiles et la 1ère Lettre aux Corinthiens, au chapitre 11, et deviendront ceux de notre Eucharistie chréitenne. Jésus donne ensuite l’ordre de ramasser les restes des morceaux de pain, dont on remplit 12 corbeilles.
Cet événement se passe quelques jours avant la Pâque Juive, et sans que Jésus ait été amené à poser ce “signe” à la fin d’une journée de prédication à la foule. En effet, dès qu’il voit ces gens, il prend de lui-même l’initiative de les nourrir : acte voulu par lui, dans toute sa dimension.
De ce fait, Jésus est reconnu comme le “grand prophète” annoncé par Moïse au Livre du Deutéronome (18, 15 - 18), mais il ne veut pas du tout être récupéré comme “roi”, comme il pressent que ces gens en ont l’intention. Il se retire donc, tout seul, dans la montagne, sa royauté à lui étant d’un tout autre ordre, comme il en témoignera en son “Heure” de passage au Père (Jean, 18, 33 - 34).
3. Decouvertes
On ne peut séparer ce “signe” de tout ce qui le suit dans le chapitre 6 de Jean : après la marche sur les eaux, la multiplication des pains va être relue et expliquée, par Jésus lui-même, dans un long discours où il va donner un sens nouveau à la Pâque Juive, qui trouve ainsi son achèvement en sa personne, inséparable de sa mission.
Dans la mesure où cette multiplication va, dans la discussion et le discours qui suivent, être mise en relation avec la “manne” donnée par Dieu dans le désert du Sinaî au temps de Moïse, la marche sur les eaux, que Jésus effectue immédiatement après la scène rapportée par notre page, peut rappeler la traversée de la Mer des roseaux par le peuple aux jours de sa sortie d’Egypte, ces deux événements ayant coïncidé avec la première Pâque célébrée en Israël (Exode, 12 - 16).
Cette mention de la Pâque anticipe le dernier repas de Jésus, dans lequel il remplacera ses paroles et ses gestes de bénédiction sur le pain et sur la coupe de vin (rapportés par les autres Evangiles) par le lavement des pieds de ses disciples (Jean, 13, 1 - 17).
Dans notre récit, Jésus interroge Philippe seul, à propos de la nourriture à trouver pour cette foule, et c’est André qui signale la présence d’un jeune garçon avec les 5 pains et les 2 poissons.
Il ne nous est pas précisé que Jésus ait rendu grâces sur les 2 poissons avant de les distribuer, ni que les restes de ces poissons aient été ramassés.
4. Prolongement
Même si l’on peut voir dans ce “signe” de la multiplication des pains l’annonce du banquet de la fin des temps où Jésus nous fera partager la table du Père et son abondance inépuisable, c’est bien le discours-discussion de Jésus avec les Juifs, après la marche sur la mer de Galilée (6, 25 - 59), qui constitue le véritable prolongement de la multiplication des pains dans cet Evangile de Jean.
Jésus va opposer la nourriture qui périt à celle qui donne la vie éternelle, ce pain de vie qu’il est par sa Parole. Lui seul donc est ce vrai pain qui vient de Dieu et procure la vie, à la différence de la manne distribuée par Moïse au désert de l’Exode aux “Pères” d’Israël, qui pourtant sont morts (6, 35 - 50).
Jésus va préciser, ensuite, dans la seconde partie de son discours, qu’il est également, en toute son humanité engagée à faire la volonté du Père, le “pain vivant descendu ciel”, dont le pain et la coupe Eucharistiques partagés transmettent aux croyants que nous sommes la réalité de sa “chair” donnée et de sa “vie (son sang)” répandue pour la vie du monde. Dans cette perspective, il déclarera que sa “chair” et son “sang” sont véritables nourriture et boisson donnant la vie éternelle et ouvrant à la résurrection (6, 51 -59).
Prière
*Seigneur Jésus, c’est toi qui, de différentes manières, nous offres la vie, et la vie en abondance, cette vie que tu “es” en plénitude, puisque le “Verbe de vie”, qui nous vient de Dieu, se communique à nous à travers ton humanité : aide-moi à te redécouvrir comme la source de vie qui me fait renaître, comme la Parole de vie qui alimente toute mon existence, renouvelée par ta mort-résurrection, comme le pain de vie, qui me fait participer à ton engagement total d’obéissance au Père, don de toi-même, et révélation que Dieu est amour. AMEN.
12.04.2002.*