📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 8, 26-40
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
26 L’Ange du Seigneur s’adressa à Philippe et lui dit : ” Pars et va-t’en, à l’heure de midi, sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. “
27 Il partit donc et s’y rendit. Justement un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, reine d’Éthiopie, et surintendant de tous ses trésors, qui était venu en pèlerinage à Jérusalem,
28 s’en retournait, assis sur son char, en lisant le prophète Isaïe.
29 L’Esprit dit à Philippe : ” Avance et rattrape ce char. “
30 Philippe y courut, et il entendit que l’eunuque lisait le prophète Isaïe. Il lui demanda : ” Comprends-tu donc ce que tu lis ? ” -
31 ” Et comment le pourrais-je, dit-il, si personne ne me guide ? ” Et il invita Philippe à monter et à s’asseoir près de lui.
32 Le passage de l’Écriture qu’il lisait était le suivant : Comme une brebis il a été conduit à la boucherie ; comme un agneau muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre pas la bouche.
33 Dans son abaissement la justice lui a été déniée. Sa postérité, qui la racontera ? Car sa vie est retranchée de la terre.
34 S’adressant à Philippe, l’eunuque lui dit : ” Je t’en prie, de qui le prophète dit-il cela ? De lui-même ou de quelqu’un d’autre ? “
35 Philippe prit alors la parole et, partant de ce texte de l’Écriture, lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus.
36 Chemin faisant, ils arrivèrent à un point d’eau, et l’eunuque dit : ” Voici de l’eau. Qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? “
37
38 Et il fit arrêter le char. Ils descendirent tous deux dans l’eau, Philippe avec l’eunuque, et il le baptisa.
39 Mais, quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus. Et il poursuivit son chemin tout joyeux.
40 Quant à Philippe, il se trouva à Azot ; continuant sa route, il annonçait la Bonne Nouvelle dans toutes les villes qu’il traversait, jusqu’à ce qu’il arrivât à Césarée.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).
Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des Apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - Actes 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant tout au début de l’ACTE 2, qui se déploie en 4 scènes : Samarie et Gaza (8, 1 - 40), Damas (9, 1 - 31), Césarée (9, 32 - 11, 18), Antioche et Jérusalem (11, 19 - 12, 25).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage nous sommes toujours dans les débuts de la troisième grande partie des Actes, traitant des origines de la mission qui va très bientôt se dérouler hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), où il sera question successivement des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque (6, 1 - 8, 40), de la conversion de Saül (Paul) (9, 1 - 31), d’une mission de Pierre, incluant la première conversion d’un païen (9, 32 - 11, 18), la fondation de l’Eglise d’Antioche, suivie de la 1ère mission de Paul, et de l’Assemblée de Jérusalem, où seront abordées des questions nées de cette mission parmi les païens (11, 19 - 15, 35).
Après la constitution d’une communauté comprenant des disciples Juifs de langue grecque, nous avons assisté au témoignage et à la mort d’Etienne, l’un de ses responsables, suivie d’une violente persécution lancée à Jérusalem contre ces croyants de la diaspora, qui entraîne une dispersion de ces disciples dans les pays voisins. C’est la raison pour laquelle Philippe est allé évangéliser la Samarie. Ainsi la bonne Nouvelle de Jésus commence-t-elle de se répandre de plus en plus largement, en s’éloignant de Jérusalem. Et ce mouvement va s’amplifiant.
2. Message
Nous rejoignons aujourd’hui Philippe, invité, par l’Ange du Seigneur, à une mission particulière qui le conduit dans une toute autre direction : la conversion à Jésus d’un Ethiopien de religion juive, semble-t-il, puisqu’il lit la Bible, haut fonctionnaire de son pays, qui est venu à Jérusalem adorer Dieu, et qui s’en retourne maintenant chez lui.
Philippe rejoint cet homme sur sa route, l’interpelle sur ce qu’il lit du 4ème chant du Serviteur du 2ème Prophète Isaïe (Isaïe, 52, 13 - 53, 12), et répond à la question que lui pose cet homme sur l’identité de ce Serviteur. Bonne occasion pour Philippe de lui annoncer que dans la mission, la mort et la résurrection de Jésus, ce texte est totalement accompli, et qu’en Jésus seul se trouve désormais le chemin du salut.
L’homme adhère immédiatement à cette Bonne Nouvelle de Jésus, et, dès son arrivée à un point d’eau, demande le baptême au Nom du Seigneur Jésus, baptême qu’il reçoit de Philippe, avant que ce dernier ne disparaisse de cet endroit, emporté par l’Esprit du Seigneur.
La Bonne Nouvelle de Jésus va pouvoir ainsi être annoncée à des milliers de kilomètres de Jérusalem, dans la lointaine Ethiopie.
Nous constatons qu’une fois de plus, le Seigneur ressuscité prend lui-même l’initiative d’étendre la portée de la mission de salut qu’il a achevée, et dont il demeure le maître de la transmission par l’envoi de l’ Esprit Saint. Action qu’il va poursuivre en transformant Saül, le violent persécuteur de l’Eglise, en un fervent disciple et l’Apôtre des nations, comme les Actes vont nous l’apprendre, dès le chapitre suivant.
3. Decouvertes
Les 4 chants du Serviteur du 2ème Prophète Isaïe font partie des textes souvent cités comme directement accomplis par Jésus, et qui permettent de comprendre sa mission. Voir, par exemple, Matthieu, 8, 16 - 17 et 12, 16 - 21.
A noter que dans cet épisode, Philippe se comporte exactement avec cet Ethiopien, comme Jésus l’avait fait avec les 2 disciples d’Emmaüs, le jour de sa résurrection : envoyé par le Seigneur, il rejoint l’Ethiopien sur son chemin, le surprend dans son étude d’Isaïe, l’interpelle sur ce qu’il lit, lui annonce et lui explique, à partir de ce texte d’Ecriture, la Bonne Nouvelle de Jésus, est invité par cet étranger à le baptiser, et ce “signe” de plongée dans la mort-résurrection de Jésus étant accompli, disparaît subitement, emporté par l’Esprit, comme Jésus avait disparu dès que les 2 disciples d’Emmaüs l’avaient reconnu à la fraction du pain. Certes il y a des différences, qui tiennent au fait que Philippe n’est pas le Ressuscité, que donc il vit et agit dans l’histoire, mais “saisi” par l’Esprit de Jésus, il réactualise avec un autre homme, qui lui aussi s’éloigne de Jérusalem, le “scénario” de Jésus avec les 2 disciples, le soir de Pâques.
Comment cet Ethiopien pouvait-il connaître le Judaïsme ? Selon la géogrephie ancienne, l’Ethiopie était située au niveau de la Nubie, le Soudan actuel, au Sud de l’Egypte, et donc non loin d’une communauté Juive de l’Egypte du Sud, dont l’existence nous est bien attestée par des documents. Dans l’Ancien Testament, les Ethiopiens ou “Cushites” (en hébreu), figuraient parmi les peuples les plus lointains avec lesquels Dieu se rassemblerait un “reste” pour l’adorer à Jérusalem (voir Isaïe, 11, 11 et Sophonie, 3, 9 - 10).
Dans ce passage nous est indiquée, une fois de plus, l’importance que les premiers disciples de Jésus apportaient à une interprétation correcte de l’Ecriture, interprétation qui était au centre de la prédication apostolique sur Jésus, en qui s’accomplissent toutes les Ecritures.
4. Prolongement
Nous avons toujours à redécouvrir Jésus selon les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testaments, où l’Eglise nous renvoie comme à la source irremplaçable de son message sur Jésus, et nous considérer envoyés, par Jésus et notre Eglise, annoncer Jésus comme celui qui accomplit toute l’histoire d’Israêl, c’est-à-dire toutes les Ecritures de l’Ancien Testament, dans lesquelles nous sont rapportées toutes les initiatives de Dieu vis-à-vis de son peuple jusqu’à l’apparition de Jésus, “à la plénitude des temps”.
Après la mort et la résurrection de Jésus, “l’affaire Jésus” continue, ainsi que sa présence et sa mission, à travers notre engagement et notre témoignage de foi et de charité. C’est en rayonnant tout ce qu’a été Jésus, en nous rappelant ses paroles et en les méditant, en vivant comme lui la miséricorde à l’égard de tous les hommes et de toutes les femmes “pour lesquels il est mort”, que nous le représentons aujourd’hui, et permettons à son efficacité de passer à travers nos comportements de croyants.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as rejoints un jour, en permettant que nous rencontrions des frères et soeurs qui nous ont interpellés sur notre route, et transmis la Bonne Nouvelle de ta mission, de ta mort, et de ta résurrection, et c’est ainsi que nous sommes devenus tes disciples et tes amis, appelés et envoyés par toi, à notre tour, pour faire connaître à d’autres ce que nous appris ou reçus de toi : Aide-moi à ne jamais penser que je te connais suffisamment pour n’avoir plus à te découvrir dans les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testaments, renouvelle en moi la soif de te rencontrer davantage en la profondeur de ton mystère de Fils du Père dans l’Esprit Saint, où tu m’introduis à mesure que tu me transformes davantage à ton image, et me partages ta dignité de “fils” ou “fille” du Père. AMEN.
18.04.2002.*
Évangile : Jean 6, 44-51
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
44 Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
45 Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés par Dieu. Quiconque s’est mis à l’écoute du Père et à son école vient à moi.
46 Non que personne ait vu le Père, sinon celui qui vient d’auprès de Dieu : celui-là a vu le Père.
47 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle.
48 Je suis le pain de vie.
49 Vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et sont morts ;
50 ce pain est celui qui descend du ciel pour qu’on le mange et ne meure pas.
51 Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. “
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :
- le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).
Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :
- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).
Dans la 3ème partie du Livre des Signes, nous avançons dans l’épisode où nous rencontrons Jésus au temps de la Fête de la Pâque Juive, avec le “signe” de la multiplication des pains (6, 1 - 15), le “signe” de sa marche sur les eaux (6, 16 -21), la foule qui le rejoint une 2ème fois (6, 22 - 24), sa préface au discours qu’il va donner sur le thème du “pain de vie” (6, 25 - 34), son discours sur le “pain de vie” (6, 35 - 50), une suite de ce discours, avec une approche différente du même thème (6, 51 - 59), suivie, pour conclure et jusqu’à la fin du chapitre, des réactions de la foule et des disciples.
Nous lisons ce jour la fin de la 1ère partie du discours de Jésus sur le “pain de vie”, identifié principalement à la Parole de Dieu qu’il révèle et explique.
2. Message
Jésus continue de nous expliquer que, pour avoir la vie éternelle, il faut croire en lui, qui se manifeste comme envoyé du Père. Et s’il constate que certains, parmi ses auditeurs, ne croient pas en lui, il précise que ce sont ceux que le Père lui donne qui viennent à lui, ou ceux que le Père attire vers lui. La “foi” est bien une remise de soi, une ouverture, à un don de Dieu, devant lequel on accepte de se laisser conduire, de perdre la “maitrise” de sa vie.
Ceux qui viennent ainsi à lui dans la foi, Jésus les prend en charge totalement et leur assure la vie éternelle, ainsi que la résurrection au dernier Jour.
C’est ainsi que Jésus, qui est le seul à avoir vu le Père, peut se définir comme le “pain de vie ” éternelle pour tous ceux qui le reçoivent en sa mission, en “mangeant-croyant” sa Parole.
Avec le verset 51, commence, à vrai dire, la 2nde partie de ce discours sur le Pain de vie, dans lequel, le “pain qui descend du ciel” est identifié comme l’eucharistie que Jésus laissera aux siens, la veille de sa mort, en mémorial de son “Heure” de passage au Père, Avec ce verset 51, nous avons la version de Jean des paroles eucharistiques sur le pain : “ma chair, pour la vie du monde” correspond bien à la formule de tous les récits d’institution eucharistique du Nouveau Testament, aussi bien dans les trois Evangiles de Marc, Matthieu et Luc, que dans 1 Corinthiens, 11, de Paul : “ceci est mon corps qui est (livré) pour vous”.
3. Decouvertes
Le vrai pain que Jésus nous donne ne nous conduit plus à la mort.
Le “pain de vie” dans la première partie du discours (6, 35 - 50) désigne d’abord la révélation que Jésus apporte en sa Parole, et fait également allusion, de façon secondaire,à l’Eucharistie : ainsi, le fait, par exemple, qu’au verset 35, Jésus déclare qu’on n’aura plus jamais ni faim ni soif, si l’on vient à lui, alors qu’il n’y a aucune allusion à “l’eau” dans tout ce discours, donne une tonalité “eucharistique” à ce verset.
Ce que Jésus attend de nous comme réponse, dans les versets 35 - 50 (première partie de son discours), c’est la foi. C’est seulement au verset 50 qu’il est question de “manger” ce pain de vie qu’il nous donne, tandis que, dans la 2nde partie de son discours (à partir de 6, 51), il ne s’agit pour nous que de “manger” et de “boire”.
Néanmoins, le rappel de la “manne” que Jésus avait fait dans l’introduction de son discours,et qu’il reprend vers la fin de notre passage, en 6, 49, ne pouvait pas ne pas être compris sans une certaine tonalité “eucharistique” par les premiers chrétiens auxquels cet Evangile était adressé. Relire à ce propos 1 Corinthiens, 10, 1 - 4.
Avec Jésus s’accomplissent ainsi, dans la Parole de Dieu qu’il apporte, un certain nombre de textes importants de l’Ancien Testament : Amos, 8, 11 - 13, Siracide, 15, 3 et 24, 21, Isaïe, 55, 10 - 11.
A noter que Jésus ne parle jamais de la question de son origine sur un plan seulement humain : il se dit “envoyé” de Dieu, “venant” de Dieu.
A noter également que les versets, 48 - 50 sont parallèles, en sens inverse, aux versets 31 - 35 de ce même chapitre 6, le verset 48 renvoyant au verset 35, tandis que les versets 49 - 50 reprennent les versets 31 - 33.
4. Prolongement
Relire des textes de l’Ancien Testament qui constituent une “ouverture” réelle au message de Jésus :
11 Voici venir des jours - oracle de Yahvé - où j’enverrai la faim dans le pays, non pas une faim de pain, non pas une soif d’eau, mais d’entendre la parole de Yahvé.
12 On ira titubant d’une mer à l’autre mer, du nord au levant, on errera pour chercher la parole de Yahvé et on ne la trouvera pas !
10 De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger,
11 ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission.
1 Ainsi fait celui qui craint le Seigneur; celui qui se saisit de la loi reçoit la sagesse.
2 Elle vient au-devant de lui comme une mère, comme une épouse vierge elle l’accueille;
3 elle le nourrit du pain de la prudence, elle lui donne à boire l’eau de la sagesse;
4 il s’appuie sur elle et ne chancelle pas, il s’attache à elle et n’est pas confondu.
19 Venez à moi, vous qui me désirez; et rassasiez-vous de mes produits.
20 Car mon souvenir est plus doux que le miel, mon héritage plus doux qu’un rayon de miel.
21 Ceux qui me mangent auront encore faim, ceux qui me boivent auront encore soif.
1 Car je ne veux pas que vous l’ignoriez, frères : nos pères ont tous été sous la nuée, tous ont passé à travers la mer,
2 tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer,
3 tous ont mangé le même aliment spirituel
4 et tous ont bu le même breuvage spirituel - ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher c’était le Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, le pain de ta Parole, comme celui de ton mémorial eucharistique, nous ont été transmis d’âge en âge depuis ton départ de ce monde comme don de ta présence, de ton engagement et du salut de Dieu offert à notre foi : aide-moi à ne jamais banaliser cette richesse qui m’est ainsi offerte, au risque de manquer d’accueillir la puissance du Règne de Dieu qui vient au coeur de mon existence, ainsi que la capacité que tu me donnes de redire ton “OUI” au Père, en me laissant tout entier saisir dans le mystère de ton obéissance qui nous sauve. AMEN.
08.05.2003.*