📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 7, 1-60
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
51 ” Nuques raides, oreilles et cœurs incirconcis, toujours vous résistez à l’Esprit Saint ! Tels furent vos pères, tels vous êtes !
52 Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils point persécuté ? Ils ont tué ceux qui prédisaient la venue du Juste, celui-là même que maintenant vous venez de trahir et d’assassiner,
53 vous qui avez reçu la Loi par le ministère des anges et ne l’avez pas observée. “
54 A ces mots, leurs cœurs frémissaient de rage, et ils grinçaient des dents contre Étienne.
55 Tout rempli de l’Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu.
56 ” Ah ! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. “
57 Jetant alors de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et, comme un seul homme, se précipitèrent sur lui,
58 le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul.
59 Et tandis qu’on le lapidait, Étienne faisait cette invocation : ” Seigneur Jésus, reçois mon esprit. “
60 Puis il fléchit les genoux et dit, dans un grand cri : ” Seigneur, ne leur impute pas ce péché. ” Et en disant cela, il s’endormit.
1 Saul, lui, approuvait ce meurtre.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).
Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.
Avec notre passage nous continuons de parcourir les débuts de la 3ème partie des Actes, qui traite de la mission hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), et où il est, pour le moment, question des responsabilités et du témoignage des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque (6, 1 - 8, 40).
L’épisode que couvrent les Actes du chapitre 6, verset 8 au chapitre 8, verset 1, traite de l’activité, de l’arrestation, du discours d’Etienne devant le grand conseil d’Israël, et de la mort d’Etienne. Il forme donc un tout indissociable, même si le verset 15 du chapitre 6 appelle, comme suite immédiate normale, le verset 55 du chapitre 7, où l’extase rayonnante d’Etienne se continue en vision du Christ ressuscité, par delà tout ce qui précède dans ce chapitre 7, à savoir le discours d’Etienne. Ce discours est, en fait, le plus long que nous trouvions dans les Actes : Etienne y rappelle l’histoire d’Israël d’Abraham à l’inauguration du Temple de Salomon, avant de conclure son exposé par ce que nous trouvons, à partir du verset 51, dans notre texte de ce jour.
2. Message
En conclusion de son discours, Etienne s’en prend violemment à l’endurcissement permanent d’Israël depuis au moins le temps de Moïse. Cet endurcissement s’est manifesté, en particulier, dans la perécution constante des prophètes, y compris de ceux qui annonçaient ou anticipaient la venue de Jésus, et il a atteint son comble dans la passion et la mort de Jésus. Et Etienne de reprocher au grand conseil devant lequel on le fait comparaître, de n’avoir pas su, à son tour, obéir à la Parole exigeante de Dieu.
A partir du verset 55, Etienne partage ce qu’il “voit” dans son extase et sa vision : Jésus, le Fils de l’homme ressuscité, est debout, à la droite de Dieu, et du même coup, reconnu comme “Seigneur”.
Cette affirmation enflamme à ce point l’Assemblée, qu’elle entraîne le lynchage immédiat et spontané d’Etienne, sans procès, sans recours au Procurateur Romain, lynchage par une lapidation, dont Luc semble toutefois souligner la dimension légale de mise à mort selon le droit, puisqu’il fait allusion à la présence de “témoins”.
Etienne meurt à la façon dont est mort Jésus au chapitre 23 de l’Evangile de Luc, en poussant u grand cri, en demandant le pardon pour ses assassins, et en remettant son esprit. Mais tout cela est exprimé avec le “décalage” spécifique aux temps qui suivent la résurrection de Jésus : là où Jésus s’adressait au Père, Etienne s’adresse au Christ ressuscité, qu’il appelle “Seigneur”. Jésus ressuscité est désormais, à la fois, présence de Dieu et chemin vers Dieu : c’est donc à lui que nous nous adressons, “Dieu-avec-nous”, “l’Emmanuel”.
A noter qu’à deux reprises Saül (Paul) est mentionné dans cette page, comme étant totalement opposé aux disciples de Jésus.
3. Decouvertes
La vision par Etienne de la gloire de Dieu le met en continuité avec Abraham (Actes, 7, 2) et Moïse (Exode, 33, 18 - 23), dont il venait de parler longuement dans son discours.
Que Jésus soit déclaré être à la droite de Dieu implique la plus grande place d’honneur dans le Royaume et le monde de Dieu. La vision, dont il rend compte, confirme ainsi le témoignage précédent d’Etienne : Jésus, qui a été rejeté par les responsables d’Israël est bien le “Juste”, le seul véritable Juste devant Dieu.
La présence de Saül (Paul), annonce déjà les persécutions contre les disciples de Jésus, dont il va être l’auteur et l’instigateur.
Quoi qu’en dise le texte, il semble difficile, vu le mouvement brusque et spontané des membres du grand conseil, qui se sont jetés sur Etienne en poussant des cris, que des témoins officiels de la lapidation d’Etienne aient pu être désignés.
4. Prolongement
Témoigner de Jésus, c’est toujours le situer dans la continuité de l’histoire d’Israël, et du plan de Dieu dans l’histoire, qu’il achève, à la fois en accomplissant et en dépassant de façon radicale tout ce qui l’a précédé, mais sans lequel on ne pourrait arriver à le comprendre vraiment.
Témoigner de Jésus, c’est accepter de “faire mémoire” de sa condition de prophète rejeté et de revivre son expérience, en particulier d’annoncer la Vérité jusqu’au bout, en prenant comme lui tous les risques, au Nom de Dieu, comme cela apparaît très fortement tout au long des chapitres 5 à 12 de l’Evangile de Jean, dans lesquels il nous est dit, à plusieurs reprises, que Jésus a failli lui-même être lynché et lapidé :
24 Les Juifs firent cercle autour de lui et lui dirent : ” Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en haleine ? Si tu es le Christ, dis-le-nous ouvertement. ”
25 Jésus leur répondit : ” Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent de moi ;
26 mais vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis.
27 Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent ;
28 je leur donne la vie éternelle ; elle ne périront jamais et nul ne les arrachera de ma main.
29 Mon Père, quant à ce qu’il m’a donné, est plus grand que tous. Nul ne peut rien arracher de la main du Père.
30 Moi et le Père nous sommes un. ”
31 Les Juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider.
32 Jésus leur dit alors : ” Je vous ai montré quantité de bonnes œuvres, venant du Père ; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? ”
33 Les Juifs lui répondirent : ” Ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème et parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. ”
Témoigner de Jésus, c’est essayer, comme lui, de vivre en permanence selon la “volonté” du Père (Jean, 4, 34 et 6, 38).
Témoigner de Jésus, c’est reproduire son visage, vivre et mourir comme lui, ce qui suppose que nous fassions tout “pour lui”, et qu’en toute démarche, nous lui appartenions :
6 Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur ; et celui qui mange le fait pour le Seigneur, puisqu’il rend grâce à Dieu. Et celui qui s’abstient le fait pour le Seigneur, et il rend grâce à Dieu.
7 En effet, nul d’entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même ;
8 si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es notre seul modèle à imiter, notre seule Parole à accueillir, notre seule vraie vie à recevoir, notre seul chemin à parcourir, notre seul lieu où demeurer : apprends-moi à te ressembler en toutes mes démarches, ouvre mon coeur à ta Parole, comme une bonne terre où elle portera son fruit, creuse en moi la disponibilité de la foi pour que ta vie me saisisse, accompagne-moi tout au long de mon chemin, crée en moi la demeure où tu séjournes avec le Père, en me rendant capable d’obéir, comme tu l’as fait, à la volonté de Dieu. AMEN.
16.04.2002.*
Évangile : Jean 6, 30-35
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
30 Ils lui dirent alors : ” Quel signe fais-tu donc, pour qu’à sa vue nous te croyions ? Quelle œuvre accomplis-tu ?
31 Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur a donné à manger du pain venu du ciel. “
32 Jésus leur répondit : ” En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c’est mon Père qui vous le donne, le pain qui vient du ciel, le vrai ;
33 car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. “
34 Ils lui dirent alors : ” Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là. “
35 Jésus leur dit : ” Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :
- le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).
Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :
- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).
Dans la 3ème partie du Livre des Signes, nous entrons dans l’épisode où nous rencontrons Jésus au temps de la Fête de la Pâque Juive, avec le “signe” de la multiplication des pains (6, 1 - 15), le “signe” de sa marche sur les eaux (6, 16 -21), la foule qui le rejoint une 2ème fois (6, 22 - 24), sa préface au discours qu’il va donner sur le thème du “pain de vie” (6, 25 - 34), son discours sur le “pain de vie” (6, 35 - 50), une suite de ce discours, avec une approche différente du même thème (6, 51 - 59), suivie, pour conclure et jusqu’à la fin du chapitre, des réactions de la foule et des disciples.
2. Message
Ces versets 30 - 35 sont à lire dans le prolongement immédiat des versets 22 - 29. La foule nourrie par Jésus la veille, lors de sa multiplication des pains - ou du moins une partie de cette foule - l’a rejoint sur l’autre rive du lac, surprise de l’y trouver. Jésus, constatant qu’ils le recherchent ainsi, les interroge sur leur démarche, en leur faisant remarquer qu’ils le cherchent pour avoir mangé du pain qu’il leur a donné, et dont ils ont été rassasiés, et non pas pour avoir vu des signes.
Et Jésus de les inviter à travailler aux oeuvres de Dieu, et pour la nourriture qui ouvre à la vie éternelle que lui même leur donne en tant que Fils de l’homme. Lorsque les gens de la foule s’enquièrent de ce qu’il leur faut faire dans cette perspective, Jésus leur répond tout simplement qu’ils doivent croire en lui.
Les Juifs lui demandent alors, d’un ton agressif, en vertu de quel signe il peut se permettre d’attendre leur foi en lui, et lui rappellent, à cet effet, que lors de l’Exode du temps de Moïse, Dieu avait fourni la “manne” à leurs ancêtres dans le désert du Sinaï, semblant oublier qu’ils avaient, la veille, été témoins du “signe” de Jésus multipliant des pains.
Ce qui conduit Jésus à préciser que ce n’est pas Moïse, mais Dieu son Père qui, en sa personne descendue du ciel et qui procure la vie au monde, leur donne le vrai pain qui vient du ciel. D’où la demande que lui formulent ces Juifs : “donne toujours de ce pain-là”, demande à laquelle Jésus va répondre par son premier discours sur le pain de vie (6, 35 - 50), dont nous est citée ici la première phrase, en ce verset 35, où Jésus se déclare être le pain de la vie.
3. Decouvertes
Si, comme nous le lisons en 6, 14 - 15, à la vue des signes de Jésus, la foule voulait faire de lui leur roi temporel, on comprend que Jésus s’attache à leur montrer qu’ils n’ont rien compris lors du miracle des pains.
Jésus les conduit donc progressivement, au-delà du superficiel et du visible, à découvrir que la foi est une “oeuvre”, à vrai dire l’accueil de l’oeuvre de Dieu agissant en Jésus (la foi est également présentée ainsi dans les Actes des Apôtres, 16, 30 - 31).
Comme cela nous est égalemnt rapporté en Marc, 8, 11, après une multiplication des pains, la foule demande alors un nouveau “signe” à Jésus, en le mettant au défi de faire aussi bien que Moïse, s’il est le “Prophète-comme-Moïse”, annoncé en Deurtéronome 18, 15, et donc de leur donner la manne. Il faut savoir, à ce propos, qu’il existait alors en Israël une attente d’un retour du Messie au moment de la Fête de la Pâque, retour dont on pensait qu’il serait accompagné d’une reprise par Dieu du don de la “manne”.
Jésus dit alors que cette “attente eschatologique d’une telle arrivée du Messie à la fin des temps” est accomplie avec sa venue pour donner la vie, et, parlant ainsi, Jésus, comme indiqué par ailleurs en Deutéronome, 8, 3, Sagesse, 16, 20 et 26, et Néhémie, 9, 20, fait allusion à une nourriture “spirituelle”.
Une fois de plus, comme cela est fréquent dans cet Evangile de Jean, et comme il l’avait déjà fait avec la femme rencontrée au puits de Jacob, en Samarie (4, 9 - 15), Jésus pratique ici le “malentendu”, utilisant les mots qu’il emploie selon une signification seconde, visant un autre type de réalité, qui suppose un dépassement de notre monde matériel “terre-à-terre”.
Dans le discours qui va suivre (6, 35 - 50), et dont nous lisons le tout début au dernier verset de notre passage de ce jour, Jésus va fournir toutes les explications nécessaires et lever toute ambiguïté.
4. Prolongement
Relire des textes de l’Ancien Testament qui constituent une “ouverture” réelle au message de Jésus :
2 Souviens-toi de tout le chemin que Yahvé ton Dieu t’a fait faire pendant quarante ans dans le désert, afin de t’humilier, de t’éprouver et de connaître le fond de ton cœur : allais-tu ou non garder ses commandements ?
3 Il t’a humilié, il t’a fait sentir la faim, il t’a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères n’aviez connue, pour te montrer que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais que l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Yahvé.
20 Tu leur as donné ton bon esprit pour les rendre sages, tu n’as pas retenu ta manne loin de leur bouche et tu leur as fourni l’eau pour leur soif.
20 Au contraire, c’est une nourriture d’anges que tu as donnée à ton peuple, et c’est un pain tout préparé que, du ciel, tu leur as fourni inlassablement, un pain capable de procurer toutes les délices et de satisfaire tous les goûts; …
26 ainsi tes fils que tu as aimés, Seigneur, l’apprendraient ce ne sont pas les diverses espèces de fruits qui nourrissent l’homme, mais c’est ta parole qui conserve ceux qui croient en toi.
Remarquons que Jésus, dans cet Evangile de Jean, s’identifie successivement, et de façon permanente, à tous les dons de Dieu qu’il nous apporte, et qui sont autant de “nuances”, ou d’aspects, de ce qu’il est lui-même en plénitude : il est le chemin, la vérité, la vie, la lumière du monde, la porte des brebis, le bon berger, le cep de vigne, la résurrection… en sa personne il résume et contient la totalité du “don” de Dieu.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es le don unique et parfait que Dieu nous a fait une fois pour toutes, parce qu’il a tant aimé le monde qu’il nous offre, par toi et en toi, son salut : puisque nous t’avons reçu comme Parole, Lumière et Vie, et que tu nous partages ton “OUI”, apprends-moi à vivre de plus en plus totalement de toi et de ce que tu m’apportes, en mettant toutes mes expressions et capacités humaines au service de ta Parole, et de ta présence efficace, en ton Esprit Saint, au coeur de notre monde d’aujourd’hui. AMEN.
06.05.2003.*