📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Actes des Apôtres 9, 1-22

DES ACTES DES APÔTRES

Texte

1 Cependant Saul, ne respirant toujours que menaces et carnage à l’égard des disciples du Seigneur, alla trouver le grand prêtre
2 et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il y trouvait quelques adeptes de la Voie, hommes ou femmes, il les amenât enchaînés à Jérusalem.
3 Il faisait route et approchait de Damas, quand soudain une lumière venue du ciel l’enveloppa de sa clarté.
4 Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : ” Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ? ” -
5 ” Qui es-tu, Seigneur ? ” demanda-t-il. Et lui : ” Je suis Jésus que tu persécutes.
6 Mais relève-toi, entre dans la ville, et l’on te dira ce que tu dois faire. “
7 Ses compagnons de route s’étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient bien la voix, mais sans voir personne.
8 Saul se releva de terre, mais, quoiqu’il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. On le conduisit par la main pour le faire entrer à Damas.
9 Trois jours durant, il resta sans voir, ne mangeant et ne buvant rien.
10 Il y avait à Damas un disciple du nom d’Ananie. Le Seigneur l’appela dans une vision : ” Ananie ! ” - ” Me voici, Seigneur ”, répondit-il.-
11 ” Pars, reprit le Seigneur, va dans la rue Droite et demande, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car le voilà qui prie
12 et qui a vu un homme du nom d’Ananie entrer et lui imposer les mains pour lui rendre la vue. “
13 Ananie répondit : ” Seigneur, j’ai entendu beaucoup de monde parler de cet homme et dire tout le mal qu’il a fait à tes saints à Jérusalem.
14 Et il est ici avec pleins pouvoirs des grands prêtres pour enchaîner tous ceux qui invoquent ton nom. “
15 Mais le Seigneur lui dit : ” Va, car cet homme m’est un instrument de choix pour porter mon nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites.
16 Moi-même, en effet, je lui montrerai tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon nom. “
17 Alors Ananie partit, entra dans la maison, imposa les mains à Saul et lui dit : ” Saoul, mon frère, celui qui m’envoie, c’est le Seigneur, ce Jésus qui t’est apparu sur le chemin par où tu venais ; et c’est afin que tu recouvres la vue et sois rempli de l’Esprit Saint. “
18 Aussitôt il lui tomba des yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. Sur-le-champ il fut baptisé ;
19 puis il prit de la nourriture, et les forces lui revinrent. Il passa quelques jours avec les disciples à Damas,
20 et aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu’il est le Fils de Dieu.
21 Tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits et disaient : ” N’est-ce pas là celui qui, à Jérusalem, s’acharnait sur ceux qui invoquent ce nom, et n’est-il pas venu ici tout exprès pour les amener enchaînés aux grands prêtres ? “
22 Mais Saul gagnait toujours en force et confondait les Juifs de Damas en démontrant que Jésus est bien le Christ.

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.


Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des Apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - Actes 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 2, qui se déploie en 4 scènes : Samarie et Gaza (8, 1 - 40), Damas (9, 1 - 31), Césarée (9, 32 - 11, 18), Antioche et Jérusalem (11, 19 - 12, 25).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage nous continuons d’avancer dans la troisième grande partie des Actes, traitant successivement des origines de la mission qui va très bientôt se dérouler hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), où il sera question successivement des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque (6, 1 - 8, 40), de la conversion de Saül (Paul) (9, 1 - 31), d’une mission de Pierre, incluant la première conversion d’un païen (9, 32 - 11, 18), la fondation de l’Eglise d’Antioche, suivie de la 1ère mission de Paul, et de l’Assemblée de Jérusalem, où seront abordées des questions nées de cette mission parmi les païens (11, 19 - 15, 35).

Rien qu’à la lecture des différentes divisions proposées ci-dessus pour la lecture des Actes des Apôtres, nous apparaît l’importance de la page de ce jour, consacrée à l’un des événements qui sont la clé de l’expansion de la mission hors de Jérusalem, qui vient de commencer : Saul-(Paul), le persécuteur, va devenir le grand témoin, à son tour souvent persécuté, du Nom de Jésus.

2. Message

Notre page nous montre d’abord, et dans sa plus grande partie, le récit de la conversion de Saul-(Paul) (9, 1 - 19). L’ennemi redoutable de l’Eglise primitive qu’est Saul de Tarse en devient le plus grand missionnaire et le principal personnage de la suite du Livre des Actes.

Cette conversion se situe, avec celle du centurion Corneille, racontée au chapitre suivant, au point central, au pivot, de l’ensemble du Livre des Actes. et ces deux événements nous sont racontés, d’abord comme un fait qui nous est décrit, et, ensuite, à l’intérieur d’un ou plusieurs discours qui relatent ce qui s’est passé : nous avons ainsi 3 textes qui nous parlent de la conversion de Paul, et 2 qui traitent de la conversion de Corneille, le premier païen qui est devenu disciple de Jésus.

Le récit descriptif de l’événement de la conversion de Paul, que nous lisons ce jour, est bien un récit de conversion, et non un récit de vocation. Aucune mission n’est confiée à Saul, mise à part l’annonce indirecte qu’il sera témoin et témoin persécuté pour le Nom de Jésus (9, 15 - 16).

Il n’en sera plus ainsi dans les deux discours de la suite des Actes, dans lesquels Paul raconte sa conversion (Actes, 22, 14 - 16 et 26, 15 - 18) : en effet, dans ces deux relations que donne Paul, bien des années plus tard, de ce qui lui est arrivé sur la route de Jérusalem à Damas, nous constatons la réduction sensible, puis la disparition totale, du rôle du représentant de l’Eglise qu’est Ananie, qui, dans notre texte, rencontre Saul, le guérit et le baptise au Nom de Jésus. Si bien que, dans le second compte-rendu oral que donnera Paul de sa conversion, il précisera qu’il a reçu directement sa mission du Christ Ressuscité, dans l’événement même de sa conversion.

A regarder notre texte de près, on y discerne le terrassement brutal d’un adversaire du Seigneur (comme en 2 Maccabées, 3, 27 - 29). D’autre part, l’on y distingue une double vision, l’une dans l’autre (9, 10 - 13) : dans une vision, Ananie apprend que Saul a eu vision d’Ananie venu lui imposer les mains (verset 12).

Cette double vision, que l’on retrouve également au chapitre 10 concernant la vocation du païen Corneille, n’est pas le seul point commun entre ces deux pages : dans les deux cas, le “converti” ou le témoin de l’Eglise (Ananie pour Saul et Pierre pour Corneille) ont chacun une vision, puis le témoin de l’Eglise fait part de ses hésitations face à la démarche qui lui est demandée, puis vient la rencontre des 2 personnes, suivie du baptême et du don de l’Esprit.

Il paraît très significatif que Luc ait ainsi associé le récit de la conversion de Saul-(Paul), qui va devenir l’apôtre de la mission aux païens, à celui de la conversion effective du premier païen, réalisée par Pierre, à l’invite du Seigneur.

La fin de notre page nous montre comment Saul se lance immédiatement dans sa mission de témoin de Jésus, avec une force croissante, face à uine résistance qui va s’organiser contre lui, au point qu’il devra quitter Damas, pour échapper à ses adversaires. Saul participera ensuite à la mission de Jérusalem, mais il devra également quitter la ville pour assurer sa propre sécurité. (9, 26 - 30).

3. Decouvertes

Aux versets 3 - 4, la lumière qui surgit est une lumière aveuglante à l’encontre du “persécuteur”, et non pas une lumière de Révélation.

Au verset 4, le Seigneur est persécuté à travers ses disciples.

Au verset 5, la question de Saul : “Qui es-tu Seigneur”, renforce l’idée que la lumière du chemin n’est pas une révélation. On comprend, en revanche, que la réponse que Paul reçoit (qui n’était sans doute pas celle qu’il attendait, pensant que Dieu lui-même lui parlait) : “Je suis Jésus”, et dans le cadre d’une si forte expérience, qu’il ne pouvait interpréter que comme venant de Dieu, l’ait mené à la conclusion, qui va le marquer très fortement pour son “Evangile”, que Jésus et Dieu ne font qu’un.

Aux versets 15 - 16, le Seigneur fait allusion de façon générale et imagée à l’avenir de Paul : vase d’élection, pour témoigner du Nom de Jésus, pratiquement dans tous les cas de figure, avec les souffrances qu’l devra supporter en tant que confesseur de la foi.

4. Prolongement

Quelle que soit la méthode adoptée par le Seigneur pour terrasser et convertir le persécuteur de Jésus à travers ses frères, Paul a relu cette expérience brutale de conversion comme une grâce d’élection. Il relit l’événement à partir de ce qu’il est devenu par la suite, et semble aller jusqu’à l’identifier comme une rencontre-apparition du Christ Ressuscité :

11 Sachez-le, en effet, mes frères, l’Évangile que j’ai annoncé n’est pas à mesure humaine :

12 ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par une révélation de Jésus Christ.

13 Vous avez certes entendu parler de ma conduite jadis dans le judaïsme, de la persécution effrénée que je menais contre l’Église de Dieu et des ravages que je lui causais,

14 et de mes progrès dans le judaïsme, où je surpassais bien des compatriotes de mon âge, en partisan acharné des traditions de mes pères.

15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna

16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang,

17 sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas.

3 Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures,

4 qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures,

5 qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze.

6 Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois - la plupart d’entre eux demeurent jusqu’à présent et quelques-uns se sont endormis -

7 ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.

8 Et, en tout dernier lieu, il m’est apparu à moi aussi, comme à l’avorton.

9 Car je suis le moindre des apôtres ; je ne mérite pas d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu.

10 C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous : oh ! non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.

Prière

*Seigneur Jésus, plus vigoureuse a été la manière dont tu as terrassé et saisi Paul, ton disciple et apôtre, et plus forte, plus décisive, a été, du même coup, la rencontre que tu lui as accordée, dans cet événement même, de ton mystère de Ressuscité des morts Fils de Dieu : bien que tu ne m’aies pas donné de te découvrir de façon si surprenante et si violente, inscris en moi, comme tu l’as fait en Paul, cette conviction profonde que tu m’as saisi, à ta façon, et que je dois toujours davantage chercher à te saisir, de tout mon être marqué par la lumière du don que tu me fais en permanence, de ta présence en mon coeur par la foi, de ta Parole de Vie reçue dans les écrits qui nous viennent de tes premiers disciples et témoins, de ton Esprit Saint, qui me configure à toi dans une croissance incessante. AMEN.

09.05.2003.*

Évangile : Jean 6, 51-59

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

51 Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. “
52 Les Juifs alors se mirent à discuter fort entre eux ; ils disaient : ” Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? “
53 Alors Jésus leur dit : ” En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous.
54 Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour.
55 Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson.
56 Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.
57 De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
58 Voici le pain descendu du ciel ; il n’est pas comme celui qu’ont mangé les pères et ils sont morts ; qui mange ce pain vivra à jamais. “
59 Tel fut l’enseignement qu’il donna dans une synagogue à Capharnaüm.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Dans la 3ème partie du Livre des Signes, nous rencontrons Jésus au temps de la Fête de la Pâque Juive, après les “signes” qu’il a accomplis de la multiplication des pains (6, 1 - 15), et de sa marche sur les eaux (6, 16 -21), alors que la foule l’a rejoint une 2ème fois (6, 22 - 24). Jésus, après avoir interpellé ces gens sur leur démarche, en préface à son discours sur le “pain de vie” (6, 25 - 34), a prononcé ce discours sur le pain de vie, qu’il est lui-même dans la mesure où sa Parole est révélation de Dieu (6, 35 - 50), discours que l’on peut considérer comme un 1er discours, avant une suite qu’il nous en propose, et que nous lisons dans la page de ce jour, selon une approche différente du même thème (6, 51 - 59), puisqu’il s’agit maintenant du “pain de vie” , comme signifiant les gestes “eucharistiques” qu’il nous a laissés, sur le pain et la coupe que nous avons à partager ensemble, en Eglise. Le chapitre se terminera, ensuite, en nous faisant part des réactions de la foule et des disciples.

2. Message

Jésus vient de dire : “Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie”. Ce qui fait réagir ses auditeurs qui se mettent à commenter agressivement entre eux : “comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ?”

Jésus leur répond, en insistant très fortement, que ce qu’il dit, c’est à prendre ou à a laisser : ceux qui n’acceptent pas de manger sa chair et de boire son sang, ne recevront pas la vie qu’il propose, alors que ceux qui, à l’inverse, le feront, auront la vie éternelle et la résurrection au dernier jour.

Affirmation que Jésus développe ensuite en plusieurs points :

  • sa chair est la vraie nourriture et son sang la vraie boisson,
  • en mangeant sa chair et en buvant son sang, on entre dans l’intimité totale avec Jésus, que traduit l’expression verbale “demeurer l’un dans l’autre”,
  • de ce fait, on vit désormais par Jésus, de sa propre vie, de la même façon que lui vit par le Père, qui l’a envoyé.

Une fois de plus, Jésus demande à ceux qui l’écoutent de passer du temps de l’Ancien Testament à celui de l’accomplissement, que lui seul réalise : comme il l’a déjà dit auparavant, avec lui, Israël tout entier entre dans l’achèvement définitif. Alors que les Pères d’Israël, au désert, avec Moïse, ont mangé la manne et sont morts, celui qui entre dans le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus , en mangeant sa chair et en buvant son sang, ne mourra jamais.

En un mot, il faut choisir Jésus et accueillir tout ce qu’il nous apporte : sa révélation de Dieu par sa Parole, la communication de la vie même de Dieu dans son acte de passage au Père, que rend présent la célébration des gestes eucharistiques qu’il nous a laissés.

3. Decouvertes

Jésus, par le “malentendu” que crée son vocabulaire surprenant, invite ses auditeurs à un double dépassement : celui de la foi, en acceptant qu’avec lui tout le projet de Dieu est accompli définitivement, celui ensuite d’exprimer, en termes d’expérience humaine “symbolisée” par des gestes, notre participation au don de Dieu qu’il nous présente :

  • sa chair livrée traduit toute sa vie, dans les limtes de son humanité et en situation de faiblesse, livrée pour tous les humains, dans son obéissance au Père, en prenant tous les risques,
  • son sang (le “sang” est le lieu de la vie dans la tradition biblique) est le symbole de son existence donnée jusqu’à l’épuisement,
  • les symboles du “pain”, et du “vin” (non exprimé en ce passage) comme ceux de “manger” et de “boire”, pour signifier la nécessité d’assimiler , de faire nôtre, d’intégrer, ce que l’on accueille dans notre unité et notre intimité la plus profonde, dans la mesure où ce que l’on “mange” et “boit” devient nous-mêmes.

Ce 2ème discours, ou cette 2ème partie du discours, est consacré(e) à l’Eucharistie, et tient dans l’Evangile de Jean la place du récit des gestes de bénédiction sur le pain et sur la coupe de vin, auxquels Jésus a donné le sens nouveau et définitif du partage de son corps/chair livré(e), et de son sang versé, c’est-à-dire de la participation à l’événement de sa mort-résurrection. Ces gestes eucharistiques ne font pas partie du dernier repas de Jésus dans cet Evangile de Jean, alors qu’ils figurent dans la relation de ce dernier repas selon les 3 autres Evangiles : ils sont remplacés en Jean par le “lavement des pieds” des disciples par Jésus, mais également par ce 2ème discours sur le pain de vie que nous lisons dans notre page de ce jour.

4. Prolongement

Tout au long de l’Evangile de Jean, Jésus nous est présenté comme celui qui nous apporte la vie même de Dieu :

  • comme “Verbe” de Dieu, en lui était la Vie 1, 4), - il est venu pour que tous les hommes aient la vie (10, 10), - il est la résurrection et la vie (11, 25), et, dans l’ensemble où se trouve notre passage, il est le pain de la vie, ou le pain vivant descendu du ciel (6, 35 - 59), selon une expression qui souligne à quel point il tient à ce que cette vie de Dieu nous soit communiquée à l’intime de nous-mêmes, jusqu’à nous transformer totalement.

Paul a bien perçu la richesse du langage symbolique, concernant, d’une part, le pain et le vin partagés, qui changent de sens au niveau le plus profond pour exprimer la réalité “autre” du corps/chair de Jésus livré(e) et de son sang répandu, et, d’autre part, des gestes liés à ce pain et cette coupe quz nous bénissons ensemble pour faire mémoire de sa mort-résurection (prendre, rendre grâces/bénir, rompre, partager, manger, boire) :

23 Pour moi, en effet, j’ai reçu du Seigneur ce qu’à mon tour je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain

24 et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit : ” Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. ”

25 De même, après le repas, il prit la coupe, en disant : ” Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi. ”

26 Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

16 La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ?

17 Parce qu’il n’y a qu’un pain, à plusieurs nous ne sommes qu’un corps, car tous nous participons à ce pain unique.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous donnes d’avoir part à ton engagement et à ton “OUI” au Père, prononcé jusqu’en ta mort sur la croix, en relisant le compte-rendu écrit de ta Parole, qui nous révèle le Père et son projet de salut, ainsi qu’en refaisant en Eglise les gestes mêmes que tu nous as laissés pour “faire mémoire” de ton “Heure” de passage au Père : aide-moi à toujours mieux mesurer l’enjeu de ta Parole et de ton eucharistie dans mon existence quotidienne, pour que ta vie devienne ma vie, que vraiment je vive par toi comme tu vis par le Père, et que je demeure en toi comme tu demeures en moi. AMEN.

19.04.2002.*


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