📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Actes des Apôtres 11, 1-18

DES ACTES DES APÔTRES

Texte

1 Cependant les apôtres et les frères de Judée apprirent que les païens, eux aussi, avaient accueilli la parole de Dieu.
2 Quand donc Pierre monta à Jérusalem, les circoncis le prirent à partie :
3 ” Pourquoi, lui demandèrent-ils, es-tu entré chez des incirconcis et as-tu mangé avec eux ? “
4 Pierre alors se mit à leur exposer toute l’affaire point par point :
5 ” J’étais, dit-il, en prière dans la ville de Joppé quand, en extase, j’eus une vision : du ciel un objet descendait, semblable à une grande nappe qui s’abaissait, tenue aux quatre coins, et elle vint jusqu’à moi.
6 Je regardais, ne la quittant pas des yeux, et j’y vis les quadrupèdes de la terre, les bêtes sauvages, les reptiles ainsi que les oiseaux du ciel.
7 J’entendis alors une voix me dire : “Allons, Pierre, immole et mange. “
8 Je répondis : “Oh non ! Seigneur, car rien de souillé ni d’impur n’entra jamais dans ma bouche ! “
9 Une seconde fois, la voix reprit du ciel : “Ce que Dieu a purifié, toi, ne le dis pas souillé. “
10 Cela se répéta par trois fois, puis tout fut de nouveau retiré dans le ciel.
11 ” Juste au même moment, trois hommes se présentèrent devant la maison où nous étions ; ils m’étaient envoyés de Césarée.
12 L’Esprit me dit de les accompagner sans scrupule. Les six frères que voici vinrent également avec moi et nous entrâmes chez l’homme en question.
13 Il nous raconta comment il avait vu un ange se présenter chez lui et lui dire : “Envoie quérir à Joppé Simon, surnommé Pierre.
14 Il te dira des paroles qui t’apporteront le salut, à toi et à toute ta famille. “
15 ” Or, à peine avais-je commencé à parler que l’Esprit Saint tomba sur eux, tout comme sur nous au début.
16 Je me suis alors rappelé cette parole du Seigneur : Jean, disait-il, a baptisé avec de l’eau mais vous, vous serez baptisés dans l’Esprit Saint.
17 Si donc Dieu leur a accordé le même don qu’à nous, pour avoir cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour faire obstacle à Dieu. “
18 Ces paroles les apaisèrent, et ils glorifièrent Dieu en disant : ” Ainsi donc aux païens aussi Dieu a donné la repentance qui conduit à la vie ! “

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.


Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 2, qui se déploie en 4 scènes : Samarie et Gaza (8, 1 - 40), Damas (9, 1 - 31), Césarée (9, 32 - 11, 18), Antioche et Jérusalem (11, 19 - 12, 25).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage se continue la grande partie des Actes, traitant de la mission qui se déroule hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), où il est question successivement des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque, incluant le martyre d’Etienne, la persécution de ces disciples Héllénistes et leur dispersion, avec, comme conséquence, la prédication en Samarie de la Bonne Nouvelle de Jésus par Philippe (6, 1 - 8, 40). de la conversion de Saül (Paul) (9, 1 - 31), d’une mission de Pierre, incluant la première conversion d’un païen (9, 32 - 11, 18), la fondation de l’Eglise d’Antioche, suivie de la 1ère mission de Paul, et de l’Assemblée de Jérusalem, où seront abordées des questions nées de cette mission parmi les païens (11, 19 - 15, 35).

Avec la conversion de Saül (Paul) , mis à part par le Seigneur pour porter son Nom auprès des païens (9, 1 - 20), une nouvelle étape se dessine. Mais, le Seigneur lui-même a décidé de préparer l’Eglise à cette nouvelle extension, en envoyant Pierre convertir le 1er païen, le centurion Corneille, Pierre que nous rejoignons actuellement au moment où il rend compte, à la communauté de Jérusalem, de cette 1ère conversion d’un païen.

2. Message

Ce passage constitue la phase finale de tout un ensemble qui a commencé avec la vision qu’a eue le centurion Corneille à Césarée, dans laquelle il est invité à envoyer chercher Simon-Pierre, et à le faire venir chez lui (10, 1 - 8), puis a continué par la vision qu’a eue Pierre lui-même à Joppé, lui demandant de ne plus considérer comme impurs certains aliments, et suite à laquelle il accompagne les émissaires de Corneille (10, 9 - 23). Pierre arrive ainsi chez le païen Corneille, pour s’entendre dire la vision qu’a eue ce dernier, y proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus, constater la descente de l’Esprit sur tous ces païens, et procéder ensuite au baptême de Corneille et des siens. La nouvelle de cette conversion étant parvenue à la communauté de Jérusalem, Pierre est appelé à en rendre compte, ce qu’il fait, dans le détail, en rappelant toutes les étapes de cet événement.

En effet, en rentrant dans la maison d’un païen, et en y résidant quelques jours, Pierre, comme il l’avait d’ailleurs déclaré lui-même à son arrivée chez Corneille, commettait une faute grave selon la Loi Juive.

Il se trouve donc dans l’obligation de raconter sa vision, lui ordonnant de manger des animaux considérés impurs par les Juifs, ainsi que l’ordre que lui a donné l’Esprit d’aller à Césarée chez Corneille, mais sans repréciser ce qu’avait été sa réelle découverte : l’interdiction qu’il avait eue, dans sa vision, d’appeler quoi que ce soit impur, ne concernait pas d’abord telle ou telle nourriture, mais les personnes que l’on rencontre et auxquelles on s’associe.

En rapportant la descente de l’Esprit sur toute l’Assemblée de Césarée, y compris les païens, Pierre en conclut qu’on n’avait pas le droit d’empêcher Dieu d’agir ainsi, en refusant à ces païens le baptême au Nom de Jésus, associé qu’il est au don de l’Esprit Saint.

Cette avancée dans la mission, et dans le développement de l’Eglise, a donc, comme tout ce qui s’est passé depuis la Pentecôte, été initiée par Dieu, avec le Christ ressuscité, dans l’Esprit Saint.

3. Decouvertes

Les disciples de la communauté de Jérusalem réagissent d’abord comme Pierre lui-même l’avait fait au cours de sa vision, en Actes, 10, 14, et l’interpellent sur le fait qu’il a mangé avec et chez des paîens incirconcis.

Pierre avait du mal à comprendre sa vision, rapportée en Actes, 10, 9 - 16, et il avait fallu que l’Esprit lui-même lui dise de ne pas hésiter à accompagner les envoyés de Corneille, et à aller chez lui.

En racontant ce que lui avait rapporté Corneille de sa propre vision (Actes, 10, 30 - 33), Pierre souligne l’ampleur de l’initiative du Seigneur, qui est intervenu au niveau de chacun des acteurs de cette rencontre. C’est bien Jésus ressuscité qui mène le jeu.

Alors que, chez Corneille, Pierre a expliqué, dans un grand discours, les enjeux de l’événement qu’a été la mission de Jésus, et cela préalablement à la descente de l’Esprit, il déclare maintenant que la descente de l’Esprit à Césarée s’est produite dès le début de son discours.

Malgré l’accueil positif fait au compte-rendu de Pierre, la suite des Actes des Apôtres nous montre les difficultés du partage des repas entre chrétiens d’origine Juive et d’origine païenne (voir l’Assemblée de Jérusalem, 15, 1 - 35, et les remarques de Paul aux Galates, 2, 11 - 14).

4. Prolongement

La dernière phrase de notre page nous invite à partager l’action de grâces des auditeurs de Pierre. Dans le salut de Dieu offert à tous les hommes, la Vie véritable et la conversation sont un don de Dieu.

A quatre reprises Paul précise la fin de toute discrimination en Eglise :

27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :

28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.

29 Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse.

(Voir aussi Colossiens, 3, 11; 1 Corinthiens, 12, 13; Romains, 10, 12)

La diifficulté et le défi d’une telle unité nous sont bien soulignés par Paul dans l’importance qu’il accorde à cette découverte de cet élément fondamental du “mystère” de Dieu :

4 à me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du Mystère du Christ.

5 Ce Mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit :

6 les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l’Évangile.

7 Et de cet Évangile je suis devenu ministre par le don de la grâce que Dieu m’a confiée en y déployant sa puissance :

8 à moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ

9 et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses

(Voir aussi Ephésiens, 2, 11 - 22)

Prière

*Seigneur Jésus, depuis l’Heure de ton passage au Père, tout homme et toute femme sont désormais un frère et une soeur pour qui tu es mort, et dont tu as fait ton ami(e), dans le refus de toute discrimination que ce soit dans ton Eglise : apprends-moi à vivre concrètement cette diversité entre tous ceux qui croient en ton Nom, avec un esprit d’accueil, de respect et de tolérance, afin qu’en demeurant fidèle à ta vérité, je demeure, en même temps, témoin de l’ouverture infinie de ta miséricorde. AMEN.

22.04.2002.*

Évangile : Jean 10, 1-10

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

1 ” En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis, mais en fait l’escalade par une autre voie, celui-là est un voleur et un brigand ;
2 celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis.
3 Le portier lui ouvre et les brebis écoutent sa voix, et ses brebis à lui, il les appelle une à une et il les mène dehors.
4 Quand il a fait sortir toutes celles qui sont à lui, il marche devant elles et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix.
5 Elles ne suivront pas un étranger ; elles le fuiront au contraire, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers. “
6 Jésus leur tint ce discours mystérieux, mais eux ne comprirent pas ce dont il leur parlait.
7 Alors Jésus dit à nouveau : ” En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis.
8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
9 Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et trouvera un pâturage.
10 Le voleur ne vient que pour voler, égorger et faire périr. Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Dans la 3ème partie du Livre des Signes, après s’être situé, face au Sabbat, suite à sa guérison du paralytique de la piscine de Bethesda, face à la Fête de la Pâque, dans son discours sur le pain de vie après avoir multiplié les pains et rejoint ses disciples en marchant sur la mer, puis face à la Fête des Tentes, en proclamant dans le Temple que lui seul donne l’eau vive et qu’il est la lumière du monde, Jésus nous est maintenant présenté à un moment proche de la Fête de la Dédicace du Temple de Jérusalem, qui a lieu trois mois après la Fête des Tabernacles ou des Tentes, Fête où il va rencontrer de nouveau beaucoup d’opposition à tout ce qu’il propose au nom de Dieu, et à tout ce qu’il déclare de lui-même.

Cette page de l’Evangile de Jean, que nous lisons ce jour, peut-être interprétée comme un “entre-deux” séparant la manifestation de Jésus lors de ces deux Fêtes Juives. Elle se poursuit d’ailleurs jusqu’au verset 21 de ce chapitre 10, où est rappelée la guérison de l’aveugle-né (racontée au chapitre précédent), et elle sera reprise, comme en écho, dans le cadre de la célébration de la Fête de la Dédicace, lorsque Jésus répondra à ses détracteurs qui ne croient pas en lui, “qu’ils ne sont pas de ses brebis” (Jean, 10, 26 - 29).

2. Message

Faut-il appeler cette parabole la “parabole de la bergerie” ou de “l’enclos du troupeau” (10, 1 - 5), ou bien plutôt y voir deux petites paraboles distinctes et séparées, qui se suivent ?

Dans ce cas, la première, celle de la “porte des brebis” (10, 1 - 3a), établit un contraste dans l’approche du troupeau, entre le voleur et le brigand, d’une part, qui pénètrent dans la bergerie sans passer par la porte, et, d’autre part, le berger des brebis qui, lui, entre vraiment par la porte.

Quant à la seconde, celle du “vrai berger” (10, 3b - 5), elle se concentre sur la relation entre les brebis et le berger : relation de connaissance intime et de fidélité, liée à l’appartenance des brebis au berger, seul maître du troupeau.

Cela dit, Jésus se définit comme “la porte” par laquelle il faut passer, ou entrer, pour être sauvé dans un espace de liberté et de vie, car Jésus précise alors immédiatement qu’il est venu pour que les hommes aient la vie et la vie en abondance.

Puis, plus loin dans le texte, Jésus va se présenter comme le “Bon Pasteur” et le “Vrai Berger”, qui connaît ses brebis, donne sa vie pour elles, et a pour mission, également, de rassembler dans l’unité d’un unique troupeau, les brebis qui n’appartiennent pas à l’enclos de l’actuel Peuple d’Israël.

3. Decouvertes

Cette (ou ces) parabole(s) est (ou sont) liée(s) à la continuité de tout un contexte biblique.

Dans l’Ancien Testament, Dieu, qui conduit son peuple Israël, confie cette mission de berger à des chefs comme David et les rois qui lui ont succédé. Mais la plupart de ces chefs ne se comportent pas selon le plan de Dieu, et, dans la grand chapitre 34 du Livre du Prophète Ezéchiel,, le Seigneur déclare, d’une part, qu’il est lui-même le Berger de son peuple qu’il va rassembler et mener là où il doit être, et, d’autre part, que, le moment venu, il fera appel à un nouveau David pour le relayer dans sa fonction de Berger.

Dans le Nouveau Testament, en Marc, 6, 35, les foules qui courent vers Jésus sont comparées à des brebis sans pasteur. En Luc, 15, 3 - 7, la parabole de la brebis perdue, que raconte Jésus, répond aux critiques des Pharisiens qui l’accusent de fréquenter les publicains et les pécheurs. En Matthieu, 7, 15, les croyants sont comparés à des brebis qui doivent demeurer sur leur garde au milieu des loups. En Matthieu, 25, 32 - 34, les brebis symbolisent les justes qui sont sauvés lors du jugement final. Voir également, à ce propos, TOB, Jean, 10, 11, note “z”.

A noter que Jésus va devoir, dans un deuxième temps (10, 6 - 18), expliquer ces paraboles en se déclarant successivement la “porte des brebis” (10, 6 - 10) et le “bon pasteur” (10, 11 - 18), et cela, parce qu’il n’a pas été compris. Comme le remarque TOB (Jean, 10, 3, note “r”), il y a deux catégories d’hommes au sein d’Israël, “ceux qui appartiennent effectivement au berger et qui répondent à son appel, et à lui seul, et ceux qui n’y répondent pas parce qu’ils ne lui ont jamais appartenu”.

Il est, de même, facile, compte tenu du contexte immédiat de l’aveugle-né, où Jésus fait comprendre aux Pharisiens qu’ils sont des aveugles même s’ils prétendent voir clair (9, 40 - 41), de déduire que l’image du voleur et du brigand, employée par Jésus dans la première des deux petites paraboles, les vise, et invite ceux qui écoutent Jésus à ne pas les prendre pour maîtres et pour guides.

4. Prolongement

Comme il l’avait déjà fait plusieurs fois depuis le discours sur le “pain de vie” (Jean, 6, 35 - 59), Jésus nous dit de lui-même : “Je suis… (ceci ou cela)”, autant d’attributs qu’il se donne (le pain, la lumière du monde, la porte des brebis, le bon berger, la résurrrection et la vie, le chemin, la vérité et la vie, la vigne… etc.) et qui nous montrent à quel point toutes les valeurs que nous apporte le salut de Dieu sont concentrées en lui. Et ce, à un tel point qu’à plusieurs reprises (Jean, 8, 24. 28. 58, et 13, 19), Jésus se présentera comme “JE SUIS” (tout court), nom même de Dieu dans la Bible (Exode, 3, 14 - 16), Source dernière et absolue de tout ce qui existe (Jean, 1, 1 - 3).

Mais, ce qu’il nous dit être, Jésus nous le donne en partage : ce qu’il précise bien ici, dans cette page, lorsqu’il nous affirme “qu’il est venu pour que nous ayons la vie”.

A condition que, dans une attitude de foi, nous nous désappropriions de nous-mêmes pour lui appartenir et recevoir tout de lui.

Notons que la liturgie catholique de ce temps de Pâques nous fait découvrir les différentes approches que l’Evangile de Jean nous présente de Jésus : autant d’aspects de la richesse du Seigneur Ressuscité qui vient à nous en son Esprit Saint.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es le seul par qui nous devons passer pour aller jusqu’à toi, qui es également le seul qui peut nous conduire au Père en son Royaume, où Dieu nous offre d’avoir part, par toi et en toi, à sa propre vie divine, et déjà tu nous donnes la proximité, l’intimité de ta présence et de ta rencontre, en nous communiquant ce que tu es et vis, dans l’Esprit Saint : rends-moi capable d’avoir toujours les yeux ouverts à la grandeur du mystère que tu nous partages, et par lequel nous sommes configurés à ton image, recevant de toi la dignité de “fils” et “d’enfants de Dieu”, achèvement total de toute notre existence selon le projet de Dieu, qui nous a créés à son image, et nous fait devenir création nouvelle, en toi Ressuscité, et la puissance de son Esprit. AMEN.

12.05.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour