📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Actes des Apôtres 15, 7-21

DES ACTES DES APÔTRES

Texte

7 Après une longue discussion, Pierre se leva et dit : ” Frères, vous le savez : dès les premiers jours, Dieu m’a choisi parmi vous pour que les païens entendent de ma bouche la parole de la Bonne Nouvelle et embrassent la foi.
8 Et Dieu, qui connaît les cœurs, a témoigné en leur faveur, en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous.
9 Et il n’a fait aucune distinction entre eux et nous, puisqu’il a purifié leur cœur par la foi.
10 Pourquoi donc maintenant tentez-vous Dieu en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons eu la force de porter ?
11 D’ailleurs, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, exactement comme eux. “
12 Alors toute l’assemblée fit silence. On écoutait Barnabé et Paul exposer tout ce que Dieu avait accompli par eux de signes et prodiges parmi les païens.
13 Quand ils eurent cessé de parler, Jacques prit la parole et dit : ” Frères, écoutez-moi.
14 Syméon a exposé comment, dès le début, Dieu a pris soin de tirer d’entre les païens un peuple réservé à son Nom.
15 Ce qui concorde avec les paroles des Prophètes, puisqu’il est écrit :
16 Après cela je reviendrai et je relèverai la tente de David qui était tombée , je relèverai ses ruines et je la redresserai,
17 afin que le reste des hommes cherchent le Seigneur, ainsi que toutes les nations qui ont été consacrées à mon Nom, dit le Seigneur qui fait
18 connaître ces choses depuis des siècles.
19 ” C’est pourquoi je juge, moi, qu’il ne faut pas tracasser ceux des païens qui se convertissent à Dieu.
20 Qu’on leur mande seulement de s’abstenir de ce qui a été souillé par les idoles, des unions illégitimes, des chairs étouffées et du sang.
21 Car depuis les temps anciens Moïse a dans chaque ville ses prédicateurs, qui le lisent dans les synagogues tous les jours de sabbat. “

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).


Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage se continue la grande partie des Actes, traitant de la mission qui se déroule hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35). Il y a d’abord été question des responsabilités et du témoignage des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque, incluant le martyre d’Etienne, la persécution de ces disciples Héllénistes et leur dispersion, avec, comme conséquence, la prédication en Samarie de la Bonne Nouvelle de Jésus par Philippe (6, 1 - 8, 40).

Avec la conversion de Saül (Paul) , mis à part par le Seigneur pour porter son Nom auprès des païens (9, 1 - 20), une nouvelle étape se dessine. Mais, le Seigneur lui-même a décidé de préparer l’Eglise à cette nouvelle extension, en envoyant Pierre convertir le 1er païen, le centurion Corneille. Désormais, les choses s’accélèrent : des premières conversions de païens ont eu lieu à Antioche de Syrie, où Barnabé et Saül (Paul) accompagnent de leur enseignement une Eglise qui se développe très rapidement.

Après un voyage rapide à Jérusalem, où ils sont allés porter une aide financière des chrétiens d’Antioche, Paul et Barnabé ont été envoyés en mission à l’extérieur par l’Eglise d’Antioche, pour porter au loin la Bonne Nouvelle de Jésus : passant par l’île de Chypre et la Pamphylie, puis parvenus à Antioche de Pisidie, où Paul a prononcé un grand discours aux Juifs, ils ont poursuivi leur route par Iconium et Lystres jusqu’à Derbé, en opérant de nombreuses conversions, mais en se faisant chasser de plusieurs villes. et Paul étant même une fois quasi mortellement lapidé.

Après être repassés dans la plupart de ces villes sur leur chemin du retour, ils viennent de rejoindre leur point de départ, Antioche de Syrie, et ont rendu compte de leur mission à la communauté. Mais voilà que surgit un grand problème à devoir résoudre : comment situer ces païens devenus chrétiens face aux pratiques de la Loi Juive ? Et pour cela Paul et Barnabé s’en vont consulter à ce propos l’Eglise-mère de Jérusalem qui se réunit en Assemblée pour en traiter.

2. Message

Suite à la conversion au message de Jésus d’un grand nombre de païens, l’ensemble des communautés se trouvent maintenant confrontées à un problème très important concernant le satut de ces chrétiens non-Juifs face aux traditions d’Israël toujours vécues et appliquées par les chrétiens d’origine Juive. Faut-il que les chrétiens d’origine païenne deviennent également Juifs pour être consifdérés comme des chrétiens à part entière (avec donc le rite de la circoncision et la pratique des obligations de la Loi de Moïse) ?

En d’autres termes, la foi en Jésus Ressuscité qui accomplit tout le projet de Dieu, qui est professée lors du baptême au Nom de Jésus et s’accompagne de la réception du don de l’Esprit Saint, ne suffirait-elle pas pour être sauvé ? Faut-il ajouter un “plus” à Jésus Ressuscité et au don de l’Esprit ? D’aucuns le prétendent, et des chrétiens d’origine Juive sont venus semer le trouble à Antioche à ce sujet.

D’où cette rencontre à Jérusalem, dont nous lisons le récit.

Après un long débat sur lequel nous n’avons pas de détails, sauf qu’il soit devenu vif, Pierre intervient pour régler une première question qui semble concerner la circoncision éventuelle des païens devenus chrétiens. Pierre rappelkle son expérience de la conversion du premier païen, le centurion Corneille, démarche qui lui avait été inspirée par Dieu, qui l’avait envoyé chez Corneille après une vision, et que Dieu avait confirmée en répandant l’Esprit Saint sur Corneille et les gens de sa maison.

Pierre tire les conclusions de cet événement (rapporté en Actes, 10, 1 - 11, 18) : il s’agit d’une volonté claire du Seigneur qui a purifié ces païens par la foi en Jésus Sauveur. Il n’y a donc plus, de ce point de vue, de différence entre chrétiens d’origine Juive et chrétiens d’origine païenne. Tous sont sauvés, au même titre, par la grâce de Dieu liée à la foi en Jésus. Ce serait donc provoquer Dieu que d’imposer à ces chrétiens d’origine païenne le joug des rites et des pratiques de la Loi Juive, dont l’histoire d’Israël atteste que les Juifs eux-mêmes n’ont pas su les vivre ni les pratiquer dans la fidélité.

Barnabé et Paul font alors le récit de leur mission, et de l’action que Dieu avait menée à travers leur ministère auprès des païens.

Jacques, le “cousin” (ou le “frère”, selon l’interprétation qu’on donne à ce mot) du Seigneur, non pas l’un des Douze, et responsable de la communauté de Jérusalem, propose alors les conclusions de ce débat. Il parle dans le mêms sens que Pierre, en citant le prophète Amos, 9, 11 - 12.

Ensuite, abordant, semble-t-il, une question différente, celle du partage de repas communs entre chrétiens d’origine Juive et chrétiens d’origine païenne, il propose que l’on demande aux païens convertis à Jésus de ne pas se souiller au contact des idoles (c’est-à-dire de ne pas manger de viandes qui avaient été offertes aux idoles et qu’on pouvait ensuite acheter au marché), de ne pas engager d’unions illégitimes, et de ne pas manger de viandes dont on n’aurait pas vidé le sang.

La raison invoquée par Jacques est qu’il y a des Juifs partout dans le bassin méditerranéen, et qu’il faut leur montrer que la foi en Jésus permet des relations de convivialité entre chrétiens Juifs et non-Juifs, d’une part, ainsi qu’entre chrétiens d’origine païenne et Juifs, chrétiens ou non, d’autre part.

Suite à cette intervertion de Jacques, à laquelle l’Assemblée se rallie, une lettre directrice sera adressée à toutes les communautés chrétiennes.

3. Decouvertes

Dans ce contexte Juif, Barnabé, converti avant Paul, est nommé le premier, et Jacques parle de “Siméon” quand il fait référence à Pierre.

Tout ce texte, avec également la suite du récit de cette Assemblée de Jérusalem, est à comparer avec ce que Paul en dit dans sa lettre aux Galates. Il nous y raconte, en particulier, l’incident d’Antioche, où il fit des remonstrances publiques à Pierre quand ce dernier avait quitté la table des chrétiens issus du paganisme pour aller manger avec des Judéo-chrétiens (Galates, 2, 11 - 14).

Il demeure difficile, malgré toutes les tentatives qui en ont été faites, d’harmoniser les deux récits, celui de Paul, et celui des Actes des Apôtres, concernant cette Assemblée de Jérusalem : dans le compte-rendu qu’il y fait de sa rencontre de Jérusalem, Paul ne fait allusion qu’au problème de la circoncision que certains voulaient imposer aux chrétiens issus du paganisme, et n’aborde pas du tout la question des repas pris en commun (Galates, 2, 1 - 10).

En effet, c’est bien un second point de friction que mentionne Jacques dans les quelques exigences qu’il souhaite que l’on demande aux convertis du paganisme : celui du partage des repas entre chrétiens d’origine Juive et chrétiens d’origine païenne, compte-tenu du fait que les Judéo-chrétiens se soumettaient toujours aux pratiques du Judaïsme tout en étant chrétiens.

Par les grandes lettres de Paul (Romains 14 et 1 Corinthiens, 8 et 10), nous savons que sa position sur ce problème était bien différente, manifestant une très grande ouverture : les chrétiens d’origine païenne peuvent manger de tout ce qu’ils achètent au marché, sans se poser des questions de conscience, car la terre, et tout ce qu’elle contient, appartient au Seigneur (1 Corinthiens, 10, 25 - 26).

Luc lui-même, en Actes, 21, 26, nous raconte une rencontre bien plus tardive de Paul et Jacques à Jérusalem, au cours de laquelle Jacques explique à Paul les décisions prises en cette Assemblée de Jérusalem, et communiquées aux commmunautés chrétiennes, comme si Paul n’avait pas été témoin de cette prise de décision.

On a constaté un certain nombre d’incohérences çà et là dans les Actes, et que beaucoup expliquent par le souci constant de Luc de nous transmettre un portrait quasi idyllique de l’Eglise apostolique sous la conduite de l’Esprit. Il n’hésite pas à faire dire à l’Assemblée de Jérusalem, dans le texte de la lettre à envoyer aux Eglises suite à cette réunion : “l’Esprit Saint et nous-mêmes, avons décidé…” (15, 28).

A noter que Paul ne fait jamais allusion, dans ses propres lettres, à l’existence d’une telle lettre envoyée depuis Jérusalem suite à cette Assemblée. Luc a dû, semble-t-il, styliser et idéaliser cet événement qui n’en demeure pas moins très important dans la vie de l’Eglise apostolique.

4. Prolongement

Ce qui a été la première et la plus grande crise de l’Eglise au cours de son histoire, vu l’importance de savoir si l’Eglise était le nouveau peuple de Dieu fondé sur le mystère pascal de Jésus, accomplissant toute l’histoire d’Israël, ou simplement une branche particulière du Judaïsme, cela peut-il être encore de quelque intérêt pour notre vie de chrétiens du 21ème siècle ? Oui, en ce sens que la tentation peut demeurer pour nous d’ajouter quelque chose à Jésus, de dire : “être chrétien, c’est adhérer à Jésus Christ”, “plus” autre chose, cet autre chose pouvant être tout ce que nous édifions dans nos programmes spirituels, même les meilleurs.

S’il y a pluralisme normal et souhaitable dans nos communautés d’Eglise, ce n’est pas sous la forme de Jésus Christ “plus” quelque chose, que ce soit du passé (comme la Loi Juive), ou du futur (comme nos adaptations écclésiales face à la modernité). Ce ne peut exister que sous la forme ” il n’y a que Jésus Christ”, à travers nos expressions plus ou moins originales de styles de vie chrétienne, d’engagements, de formes de témoignage, etc., mais qui ne touchent rien à l’aspect central de notre foi partagée, en deçà de ces originalités et diversités légitimes, sur l’unique voie de salut qu’est Jésus en son mystère pascal.

Car “il n’y aura jamsis d’autre Nom donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés” que le Nom de Jésus Christ crucifié-ressuscité-donnant l’Esprit, pour ceux qui acceptent de le suivre dans la foi. Tout le reste est “superstructure” d’expression qui, tout en étant très importante, n’en demeure pas moins, en soi, tout-à-fait “secondaire” face au mystère central de Jésus.

Prière

*Seigneur Jésus, en nous faisant découvrir l’aspect unique et central de ton “OUI” au Père qui t’a fait prendre tous les risques pour toujours vivre ta mission en vérité, ce qui t’a conduit à mourir sur une croix, tu nous indiques, de la façon la plus claire, qu’il n’y a pas et n’y aura plus jamais d’autre chemin que toi pour rejoindre le Père, qui se rend, par toi, présent au coeur de nos vies : fais-moi mesurer toute l’importance de cette rencontre du Père, en te voyant agir et en t’écoutant parler dans les récits évangéliques, et donne-moi la foi qui me rend disponible à tout ce que tu as ainsi dit et vécu pour nous obtenir le salut et l’intimité avec Dieu. AMEN.

22.05.2003.*

Évangile : Jean 15, 9-11

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour.
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour.
11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.

Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).

A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.


Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.

Notre texte se situe ainsi dans la Section 2 de ce Dernier Discours de Jésus, et dans la sous-section 1 de cette Section (15, 1 - 17), où Jésus se déclare être le cep de vigne dont nous sommes les sarments, dans une étonnante image nous décrivant notre unité avec lui.

En effet, comme il est toujours question de “porter du fruit” au verset 16, tout le monde s’accorde à considérer que les versets 1 à 17 de ce chapitre 15 forment un tout. Mais alors, où situer les versets retenus dans notre passage liturgique de ce jour? On est d’abord tenté, comme beaucoup, de distinguer deux parties dans cet ensemble : d’une part, les versets 1 - 8, traitant de la vigne et des sarments (notre texte), et d’autre part, les versets 9 - 17, insistant sur l’amour des disciples.

Une autre répartition semble toutefois plus intéressante à certains : limiter aux versets 1 - 6 la présentation de l’image ou de l’allégorie de la vigne et des sarments, pour étendre aux versets 7 - 17 l’explication par Jésus de cette image dans le contexte des thèmes principaux de l’ensemble du Dernier discours de Jésus.

2. Message

Avec cette 2ème partie du discours d’adieu de Jésus, nous quittons le thème des adieux, ou de l’annonce du départ et du retour de Jésus, pour découvrrir et méditer le “mystère” de l’union intime permanente entre Jésus et nous, ses disciples.

Dans l’image du Cep de vigne et son interprétation, que Jésus présente maintenant (15, 1 - 17), l’explication fournie est incluse dans le récit proprement dit de l’histoire-exemple qui nous est racontée. Après s’être identifié comme le vrai Cep de vigne, dont le Père est le vigneron, qui émonde le plant de vigne en collaboration avec sa propre Parole purifiante, Jésus souligne le lien qui existe entre lui-même, le Cep de vigne tout entier, et nous, ses disciples, qui en sommes les branches, et ce, après nous avoir demandé de demeurer en lui et de faire en sorte que lui demeure en nous.

L’importance de cette inhabitation réciproque, lui en nous et nous en lui, est telle que si elle n’a pas lieu, nous ne pouvons connaître que le sort des sarments désséchés que l’on jette au feu. A l’inverse, ce “demeurer” réciproque, entre Jésus et nous, rend notre prière efficace, et nous permet de glorifier le Père par les fruits que nous portons de par ce lien intime avec Jésus.

En effet, hors de Jésus, nous ne pouvons rien faire. En demeurant en lui et produisant ainsi du fruit, nous sommes vraiment pour lui des disciples, et, en nous, circule la sève de l’amour qui coule du Père à Jésus et de Jésus jusqu’en nous, et inversement, de notre obéissance, qui nous fait demeurer dans l’amour de Jésus, comme son obéissance le fait demeurer dans l’amour du Père.

Mouvement du Père à Jésus et de Jésus à nous qui ne peut se traduire que par la communication que Jésus nous fait de sa joie, de façon à ce que notre propre joie atteigne sa perfection.

Nous pouvons constater qu’en ce message, tout se tient, et tout s’explique, dans le cadre de cette parabole du Cep de vigne et des sarments.

3. Decouvertes

L’ensemble de cette 2ème partie (15, 1 - 16, 4a) du discours d’adieu de Jésus se construit ainsi :

  • Une première section traite de l’amour qui relie le Père à Jésus et Jésus à nous (15, 1 - 17).Cette section commence par une courte parabole sur le cep de vigne, et son explication (15, 1 - 10), explication qui se développe avec plus d’ampleur en 15, 11 - 17.
  • Une deuxième section traite de la haine du monde, qu’elle décrit (15, 17 - 25), avant de situer le témoignage rendu à Jésus par le Paraclet, qu’il enverra d’auprès du Père, ainsi que par ses disciples, dont nous sommes aujourd’hui les héritiers et successeurs (15, 27 - 28).

De même que le croyant doit manger le pain descendu du ciel pour avoir la vie éternelle (Jean, 6, 58 - 59), il doit demeurer en Jésus, qui est le vrai Cep de vigne, pour porter du fruit. On pense que ce chapitre 15 a ainsi une tonalité eucharistique.

L’amour de Jésus à l’égard du Père, comme notre amour à l’égard de Jésus, se traduit en obéissance, à laquelle correspond l’amour du Père qui glorifie Jésus, et l’amour de Jésus, qui nous fait vivre comme lui. Tel est le modèle de notre existence chrétienne, qui s’exprime dans l’application du commandement unique de la charité, dont Paul dit, par ailleurs, qu’elle vient du don qui nous est fait, par Jésus, de son Esprit (Romains, 5, 5).

La “joie” est le signe d’une vie qui s’épanouit, et elle est considérée comme un élément de la paix et du salut de la fin des temps que nous apporte Jésus. C’est donc une sorte de plénitude, qui, dans l’Evangile de Jean, commence avec le don de l’Esprit par le Christ ressuscité (Jean, 17, 13; 1 Jean, 1, 4), mais qui peut également coexister avec la souffrance (16, 20 - 24).

4. Prolongement

Le Père demeure en Jésus et Jésus demeure en nous, Le Père aime Jésus, et Jésus nous aime de ce même amour, dont, à notre tour, nous devons nous aimer les uns les autres. Jésus, dans sa grande prière finale du chapître 17 de cet Evangile, prie pour que nous soyons “un” avec lui, et entre nous, comme il est “un” avec le Père, cette unité étant liée au mystère de l’inhabitation réciproque : nous sommes en Jésus, et lui en nous, comme il est dans le Père et le Père est en lui.

Mystère de descente et de remontée, de communication en chaîne, d’interpénétration, entre Dieu et nous, et par lequel Dieu nous associe à sa gloire, et nous donne part à sa divinité par Jésus, en qui il a eu part à notre humanité (Jean, 1, 1 - 18 et 2 Pierre, 1, 4).

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as non seulement révélé qui est Dieu ton Père, par toutes tes paroles et tous tes gestes sauveurs, mais encore tu nous fais entrer dans ton intimité et l’intimité du Père, en nous invitant à demeurer en toi comme tu demeures dans le Père, ainsi qu’à recevoir et transmettre à nos frères et nos soeurs, l’amour que le Père a pour toi et que tu nous communiques, pour que nous ayons part à ta vie : donne-moi de ne jamais me détacher de toi, qui es ma source de vie, de ne jamais devenir un sarment mort sur toi, le seul véritable cep de vigne, en me centrant et me repliant sur moi-même, et en empêchant ainsi ta sève d’amour venant du Père, et d’obéissance totale au Père, de me pénétrer, de me transformer, et de me faire vivre de ta vie. AMEN.

02.05.2002*


La Bible commentée · Liturgie du jour