📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Actes des Apôtres 15, 1-6

DES ACTES DES APÔTRES

Texte

1 Cependant certaines gens descendus de Judée enseignaient aux frères : ” Si vous ne vous faites pas circoncire suivant l’usage qui vient de Moïse, vous ne pouvez être sauvés. “
2 Après bien de l’agitation et une discussion assez vive engagée avec eux par Paul et Barnabé, il fut décidé que Paul, Barnabé et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem auprès des apôtres et des anciens pour traiter de ce litige.
3 Eux donc, après avoir été escortés par l’Église, traversèrent la Phénicie et la Samarie, racontant la conversion des païens, et ils causaient une grande joie à tous les frères.
4 Arrivés à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les apôtres et les anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux.
5 Mais certaines gens du parti des Pharisiens qui étaient devenus croyants intervinrent pour déclarer qu’il fallait circoncire les païens et leur enjoindre d’observer la Loi de Moïse.
6 Alors les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette question.

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).


Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage se continue la grande partie des Actes, traitant de la mission qui se déroule hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35). Il y a d’abord été question des responsabilités et du témoignage des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque, incluant le martyre d’Etienne, la persécution de ces disciples Héllénistes et leur dispersion, avec, comme conséquence, la prédication en Samarie de la Bonne Nouvelle de Jésus par Philippe (6, 1 - 8, 40).

Avec la conversion de Saül (Paul) , mis à part par le Seigneur pour porter son Nom auprès des païens (9, 1 - 20), une nouvelle étape se dessine. Mais, le Seigneur lui-même a décidé de préparer l’Eglise à cette nouvelle extension, en envoyant Pierre convertir le 1er païen, le centurion Corneille. Désormais, les choses s’accélèrent : des premières conversions de païens ont eu lieu à Antioche de Syrie, où Barnabé et Saül (Paul) accompagnent de leur enseignement une Eglise qui se développe très rapidement.

Après un voyage rapide à Jérusalem, où ils sont allés porter une aide financière des chrétiens d’Antioche, Paul et Barnabé ont été envoyés en mission à l’extérieur par l’Eglise d’Antioche, pour porter au loin la Bonne Nouvelle de Jésus : passant par l’île de Chypre et la Pamphylie, puis parvenus à Antioche de Pisidie, où Paul a prononcé un grand discours aux Juifs, ils ont poursuivi leur route par Iconium et Lystres jusqu’à Derbé, en opérant de nombreuses conversions, mais en se faisant chasser de plusieurs villes. et Paul étant même une fois quasi mortellement lapidé.

Après être repassés dans la plupart de ces villes sur leur chemin du retour, ils viennent de rejoindre leur point de départ, Antioche de Syrie, et ont rendu compte de leur mission à la communauté. Mais voilà que surgit un grand problème qu’il va falloir résoudre.

2. Message

En effet, depuis les tout débuts, des évolultions ont eu lieu dans l’Eglise de Jésus. composée uniquement, à ses origines, de Juifs devenus chrétiens, mais qui n’en continuent pas moins de pratiquer les observances de la Loi de Moïse, mais qui compte maintenant également de nombreux membres d’origine païenne, qui vont rapidement devenir majoritaires. Déjà, à Antioche, ceux qui croient en Jésus sont appelés “chrétiens”, donc distingués des “Juifs” (11, 26). Au cours de leur voyage missionnaire, Paul et Barnabé opnt rencontré oppositions et persécutions de la part de Juifs qui refusaient la Bonne Nouvelle de Jésus.

Avec notre page, qui nous raconte l’arrivée à Antioche de gens venus de Judée qui déclarent que les chrétiens d’origine païenne doivent, pour être sauvés, recevoir la circoncision selon la Loi de Moïse, la question de fond est ouvertement posée :

  • la communauté chrétienne doit-elle être une branche du Judaïsme ?
  • L’Eglise de Jésus Christ ne serait-elle qu’une secte Juive ?
  • Est-ce qu’il est nécessaire d’être Juif pour être sauvé, si l’on est disciple de Jésus ?
  • Dans ce cas, à quoi sert la foi en Jésus, et comment reste vraie la parole de Pierre : “il n’est pas d’autre Nom donné aux hommes (que celui de Jésus) par lequel on puisse être sauvé (4, 12) ?
  • Le salut dépendrait-il d’autre chose que de Jésus ? Croire en Jésus ne suffirait-il pas pour entrer dans le Royaume de Dieu ?

Tel est l’enjeu de l’envoi de Paul, Barnabé, et de quelques autres délégués, à Jérusalem pour discuter de ce problème avec les Apôtres et les anciens, problème à propos duquel Paul et Barnabé se sont déjà fortement opposés à cette position des gens qui venaient de Judée.

3. Decouvertes

A noter que si l’Eglise de Jérusalem, où se trouvent les Apôtres de Jésus, demeure la “référence ultime”, c’est la communauté d’Antioche qui tient désormais une place centrale et dynamique : c’est elle qui soulève officiellement la question pour la soumettre aux Apôtres et aux anciens, c’est à elle que réponse sera transmise officiellement par une délégation envoyée spécialement à cet effet (15, 25 - 33).

La conversion des païens, racontée par Paul et Barnabé, au cours de leur descente vers Jérusalem, devient source de joie pour tous ceux qui les écoutent. Il est manifeste que l’auteur des Actes soutient la position de Paul et Barnabé en cette affaire.

Il apparaît rapidement dans notre page qu’à Jérusalem même existent des points de vue différents sur l’imposition ou non de la circoncision aux paîens, comme le demandent des chrétiens d’origine Juive et appartenant au parti des Pharisiens. Le fait qu’on décide de se réunir spécialement pour étudier ce problème, montre qu’un débat est nécessaire dans l’Eglise pour arriver à une conclusion sur cette affaire, à propos de laquelle chacun demeure fermement sur ses positions.

4. Prolongement

C’est seulement après la ruine de Jérusalem et du Temple, vers 80, que les Juifs Pharisiens qui vont faire renaître le Judaïsme, empêcheront désormais les chrétiens d’origine Juive de fréquenter la synagogue. Car, jusqu’à cette date, la sdouble appartenantce était, sauf sans doute pour les sacrifices du Temple, possible et normale pour les Juifs devenus chrétiens.

En effet, Paul lui-même, le champion de la liberté des chrétiens d’origine païenne face à la Loi Juive, se comportait lui-même, selon les Actes, en Judéo-chrétien, dans sa vie personnelle (voir Actes, 18, 18, puis 21, 22 - 26 et 23, 6).

Cela n’empêchera pas néanmoins Paul de maintenir, contre tous ses adversaires, Juifs non chrétiens ou même Judéo-chrétiens, qui le poursuivaient dans ses Eglises, comme le montre la Lettre aux Galates toute entière, qu’on ne peut être sauvé que par la seule foi en Jésus Christ :

21 Mais maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes,

22 justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, à l’adresse de tous ceux qui croient - car il n’y a pas de différence :

23 tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu -

24 et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus :

25 Dieu l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi ; il voulait montrer sa justice, du fait qu’il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis

26 au temps de la patience de Dieu ; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d’être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus.

27 Où donc est le droit de se glorifier ? Il est exclu. Par quel genre de loi ? Celle des œuvres ? Non, par une loi de foi.

28 Car nous estimons que l’homme est justifié par la foi sans la pratique de la Loi.

29 Ou alors Dieu est-il le Dieu des Juifs seulement, et non point des païens ? Certes, également des païens ;

30 puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu, qui justifiera les circoncis en vertu de la foi comme les incirconcis par le moyen de cette foi.

Prière

*Seigneur Jésus, avec Paul, ton apôtre, nous confessons ouvertement que tu es Seigneur, et, dans notre coeur, nous croyons que Dieu t’a ressuscité des morts, et que, de ce fait, tu nous sauves, puisque nous avons ainsi foi en ton Nom, et que, par l’Esprit Saint que tu nous as donné, la charité, c’est-à-dire la capacité d’aimer comme le Père t’a aimé, et comme tu nous as aimés, a été mise en nos coeurs : apprends-moi à ne pas me reconstruire une “Loi” intérieure qui canaliserait et étoufferait le dynamisme de ta présence et de ta vie en moi, et paralyserait le souffle de ton Esprit, qui doit animer toutes mes paroles, et toutes mes actions réalisées par toi, avec toi, et en toi. AMEN.

01.05.2002.*

Évangile : Jean 15, 1-8

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

1 ” Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron.
2 Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit.
3 Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre.
4 Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
5 Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire.
6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent.
7 Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez.
8 C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.

Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).

A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.


Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.

Notre texte se situe ainsi dans la Section 2 de ce Dernier Discours de Jésus, et dans la sous-section 1 de cette Section (15, 1 - 17), où Jésus se déclare être le cep de vigne dont nous sommes les sarments, dans une étonnante image nous décrivant notre unité avec lui.

En effet, comme il est toujours question de “porter du fruit” au verset 16, tout le monde s’accorde à considérer que les versets 1 à 17 de ce chapitre 15 forment un tout. Mais alors, où situer les versets retenus dans notre passage liturgique de ce jour? On est d’abord tenté, comme beaucoup, de distinguer deux parties dans cet ensemble : d’une part, les versets 1 - 8, traitant de la vigne et des sarments (notre texte), et d’autre part, les versets 9 - 17, insistant sur l’amour des disciples.

Une autre répartition semble toutefois plus intéressante à certains : limiter aux versets 1 - 6 la présentation de l’image ou de l’allégorie de la vigne et des sarments, pour étendre aux versets 7 - 17 l’explication par Jésus de cette image dans le contexte des thèmes principaux de l’ensemble du Dernier discours de Jésus. Ce qui veut dire qu’en commentant les versets 1 - 8 de notre passage, nous ne pouvons pas le séparer vraiment du message de la 2ème partie de cet ensemble, qui, dans cette deuxième manière de le répartir, commence au verset 7.

2. Message

Le message de base de ce passage est clair : tout comme Jésus est la source d’eau vive et le pain de vie qui descend du ciel, il est également le cep de vigne tout entier qui procure la vie à tous les sarments ou rameaux qui le composent, et sont donc inséparables de lui. Mais alors que boire à la source d’eau vive et manger le pain de la vie signifient “croire” en Jésus (avec, en plus, une allusion directe à l’Eucharistie dans l’image du “pain vivant”), demeurer sur le cep de vigne, c’est “être aimé et aimer” à la façon de Jésus et de son Père.

En effet, cette image-allégorie du cep de vigne et des sarments souligne la nécessité absolue pour nous de “demeurer” avec et “en” Jésus, et d’être reliés totalement à lui pour porter du fruit à partir de la vie qu’il nous transmet, telle une sève vivante que le cep de vigne communique à ses branches.

Il nous faut donc absolument “demeurer en” Jésus, être attachés à lui, comme le sarment sur le cep. Cette union est telle que Jésus, qui est le cep tout entier dont nous faisons partie, doit “demeurer en” nous autant que nous “demeurons en” lui. C’est à cette seule condition que nous serons ses disciples, et que nous porterons du fruit.

3. Decouvertes

Jésus est la “vraie” vigne. En 4, 23 et 6, 32, à propos de l’adoration du Père en esprit et en vérité, d’une part, et du pain de vie, d’autre part, Jésus emploie le mot “vrai” car il parle d’un symbole ou d’une réalité le concernant, et qui doit remplacer et accomplir une réalité de l’Ancien Testament. Les images de la vigne sont fréquentes dans l’Ancien Testament, où nous pouvons consulter : Isaïe, 5, 1 - 7 et 27, 2 - 6; Jérémie, 2, 21 et 5, 10; Ezéchiel, 15, 1 - 6; 17, 5. 10 et 19, 10 - 14, ainsi que le Psaume 80, 8 - 15.

N’oublions pas que le symbole du “berger” (Jean, 10, 28 - 29); comme le symbole du “pain vivant”, qui donne vie éternelle à qui le mange selon la tradition Eucharistique (6, 51 - 58), nous parlent également de la nécessité de “demeurer en” Jésus.

Il y a des données allégoriques précises dans cette image de la vigne et des sarments dans la mesure où des identifications sont affirmées pour le cep de vigne (Jésus), le vigneron (le Père), et les sarments (nous). De plus ce processus d’identification continue de façon diffuse un peu partout : ainsi, au verset 3, qui fait allusion à la pureté des disciples, nous avons une conséquence de l’action du jardinier-vigneron qui nettoie les sarments qui portent du fruit.

Même si Jésus s’identifie ici à un pied de vigne et non pas à un champ de vigne, forme sous laquelle l’image est souvent reprise dans l’Ancien Testament, il faut savoir qu’Israël y est également comparé parfois à une plante ou un arbre (Psaume, 80, 8 -13). D’autre part, quel que soit le sens (champ ou cep) selon lequel l’image de la vigne est utilisée, les textes de l’Ancien Testament insistent fréquemment sur l’absence de fruits ou la nécessité de couper les mauvaises branches.

Ainsi présentée dans le cadre du dernier repas de Jésus, l’image de la vigne et des sarments ne peut pas ne pas avoir une tonalité Eucharistique : être uni à Jésus en son mystère pascal par l’Eucharistie, c’est “demeurer en” lui de façon durable et porter du fruit.

“Porter du fruit” ne veut pas d’abord signifier ici “mener une vie vertueuse”. Dans l’Evangile de Jean, “aimer” et “garder les commandements” sont des dimensions de la vie qui vient de la foi. La vie n’y est considére que comme une vie reçue de Dieu, et qui est “vie engagée”. Sinon, ce n’est plus la vie, c’est être devenu une branche morte : c’est tout ou rien, une situation de vie ou une situation de mort, car il n’y a pas de possibilité de situation intermédiaire.

4. Prolongement

La “vraie” vie que Jésus nous propose en son passage pascal, c’est lui-même, auquel nous devons toujours être totalement attachés comme un sarment sur le cep, c’est donc ne faire qu’un avec lui pour recevoir la plénitude de vie qu’il nous transmet, et porter du fruit à partir de tout ce qu’il nous donne.

Les formules interprétant cette image du cep de vigne sont extrêmement fortes : hors de Jésus, rien ne nous est possible, nous ne pouvons strictement rien faire. Ce mystère d’une extraordinaire unité et intimité entre Jésus et nous, nous en lui et lui en nous, est, en même temps une nécessité absolue pour nous.

Mais, pour que la plénitude de vie de Jésus passe en nous, nous devons y être ouverts par une foi qui est confiance totale en Jésus, et devient cette forte conviction qu’il faut nous “décrocher” le plus possible de nous-mêmes, de nos projets, fussent-ils les plus spirituels, pour “demeurer en” lui et lui permettre de “demeurer en” nous dans un merveilleux échange d’existence.

A la façon de Paul, disant de sa relation au Christ : “Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi” (Galates, 2, 20).

Prière

*Seigneur Jésus, cette participation la plus unifiée et la plus intime qui soit que tu nous offres au mystère de ta propre vie qui est totalement vécue en parfaite unité avec Dieu ton Père, tel est le don suprême que tu nous es venu communiquer à tous ceux qui s’ouvrent avec foi et confiance à ta présence et ton action transformante et transfigurante au coeur de leur existence “retournée” par toi dans la direction première de Dieu, qui nous invite à partager la richesse de ce qu’il est en plénitude : dénoue en moi tous les liens qui peuvent encore gêner cette ouverture totale à toi, et fais que je ne cherche plus rien d’autre que de “demeurer en” toi, à la façon dont tu “demeures en” moi dans ton Esprit Saint, et que de traduire cela en toutes mes paroles et actions de chaque jour. AMEN.

21.05.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour