📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Actes des Apôtres 15, 22-31

DES ACTES DES APÔTRES

Texte

22 Alors les apôtres et les anciens, d’accord avec l’Église tout entière, décidèrent de choisir quelques-uns d’entre eux et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabé. Ce furent Jude, surnommé Barsabbas, et Silas, hommes considérés parmi les frères.
23 Ils leur remirent la lettre suivante : ” Les apôtres et les anciens, vos frères, aux frères de la gentilité qui sont à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut !
24 Ayant appris que, sans mandat de notre part, certaines gens venus de chez nous ont, par leurs propos, jeté le trouble parmi vous et bouleversé vos esprits,
25 nous avons décidé d’un commun accord de choisir des délégués et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabé et Paul,
26 ces hommes qui ont voué leur vie au nom de notre Seigneur Jésus Christ.
27 Nous vous avons donc envoyé Jude et Silas, qui vous transmettront de vive voix le même message.
28 L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d’autres charges que celles-ci, qui sont indispensables :
29 vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. Vous ferez bien de vous en garder. Adieu. “
30 Prenant congé donc, les délégués descendirent à Antioche, où ils réunirent l’assemblée et remirent la lettre.
31 Lecture en fut faite, et l’on se réjouit de l’encouragement qu’elle apportait.

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).


Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage se continue la grande partie des Actes, traitant de la mission qui se déroule hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35). Il y a d’abord été question des responsabilités et du témoignage des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque, incluant le martyre d’Etienne, la persécution de ces disciples Héllénistes et leur dispersion, avec, comme conséquence, la prédication en Samarie de la Bonne Nouvelle de Jésus par Philippe (6, 1 - 8, 40).

Avec la conversion de Saül (Paul) , mis à part par le Seigneur pour porter son Nom auprès des païens (9, 1 - 20), une nouvelle étape se dessine. Mais, le Seigneur lui-même a décidé de préparer l’Eglise à cette nouvelle extension, en envoyant Pierre convertir le 1er païen, le centurion Corneille. Désormais, les choses s’accélèrent : des premières conversions de païens ont eu lieu à Antioche de Syrie, où Barnabé et Saül (Paul) accompagnent de leur enseignement une Eglise qui se développe très rapidement.

Après un voyage rapide à Jérusalem, où ils sont allés porter une aide financière des chrétiens d’Antioche, Paul et Barnabé ont été envoyés en mission à l’extérieur par l’Eglise d’Antioche, pour porter au loin la Bonne Nouvelle de Jésus : passant par l’île de Chypre et la Pamphylie, puis parvenus à Antioche de Pisidie, où Paul a prononcé un grand discours aux Juifs, ils ont poursuivi leur route par Iconium et Lystres jusqu’à Derbé, en opérant de nombreuses conversions, mais en se faisant chasser de plusieurs villes. et Paul étant même une fois quasi mortellement lapidé.

Après être repassés dans la plupart de ces villes sur leur chemin du retour, ils sont revenus à Antioche de Syrie, pour être de nouveau envoyés par leur communauté, à Jérusalem, cette fois, afin de participer à l’Assemblée de l’Eglise qui s’y tient, pour décider dans quelle mesure il faut imposer aux païens convertis à Jésus d’entrer également dans le Judaïsme par la circoncision et la pratique de la Loi de Moïse.

2. Message

A cette Assemblée de Jérusalem, Pierre a commencé par rappeler que c’est Dieu qui a été, par lui, à l’origine de la conversion des païens au Seigneur Jésus, et que c’est donc par la seule grâce du Seigneur Jésus que Juifs et païens sont sauvés. Ensuite, Jacques, qui se comporte en responsable de l’Eglise de Jérusalem, a proposé une décision, certes ouverte aux chrétiens d’origine païenne, dans le sens indiqué par Pierre, mais qui n’en reprend pas moins les restrictions appliquées depuis toujours en Israël aux étrangers qui voulaient vivre parmi le peuple de Dieu (Actes, 15, 19 et Lévitique, 17 - 18).

En fait, Jacques demande aux chrétiens d’origine Juive de renoncer à exiger la circoncision des païens devenus chrétiens, et il demande à ces derniers de faciliter les relations humaines avec leurs frères d’origine Juive, en se pliant à quelques exigences légales acceptables (15, 19 - 21). Ainsi la communauté de table sera possible entre tous les disciples de Jésus, quelle que soit leur origine.

Une fois acceptée par l’Assemblée, cette “décision” de Jacques (non pas l’un des Douze, mais le “frère” ou cousin de Jésus) est formellement adressée par lettre aux chrétiens d’origine païenne d’Antioche, de Syrie et de Cilicie, et non pas, semble-t-il, à toutes les Eglises. De plus, cette lettre est confiée à des émissaires officiels qui vont accompagner Barnabé et Paul dans leur retour à Antoche, où la communauté , nous dit l’auteur des Actes, fait bon accueil aux mesures proposées.

A noter le ton “officiel”, solennel et “hiérarchique” de cette lettre des apôtres et des anciens de Jérusalem, qui considèrent leur décision comme représentant la volonté de Dieu, dans la formule : “L’Esprit Saint et nous-mêmes, avons décidé…“

3. Decouvertes

Si l’on compare le verset 15, 20 (propositions de Jacques) et le verset 15, 29 (décisions portées sur la lettre officielle), il apparaît que le texte écrit sur la lettre est plus précis sur ce que Jacques appelait “s’abstenir de l’idôlatrie”, car il y est maintenant précisé que cela veut dire “s’abstenir des viandes des sacrifices païens”.

L’incident d’Antioche opposant Paul à Pierre, et rapporté par Paul dans sa lettre aux Galates (Galates, 2, 11 - 12), sur la participation des chrétiens d’origine Juive et d’origine païenne à une table commune, a dû se produire avant ce décret pris à l’assemblée de Jérusalem, si le compte-rendu qui nous en est fait dans les Actes est vraiment conforme à ce qui s’y est passé.

Il reste toutefois surprenant que Paul ne fasse aucune allusion à ce décret dans aucune de ses lettres, même si l’on peut considérer que sa montée à Jérusalem avec Barnabé, mentionnée au chapitre 2 de la Lettre aux Galates, doit correspondre à l’Assemblée de Jérusalem dont rend compte notre page d’aujoud’hui.

A noter encore que Paul a écrit longuement aux Corinthiens (1 Corinthiens, 8 - 10), à propos justement des viandes offertes aux idoles, mais en adoptant une position différente, faite à la fois de liberté, et de respect vis-àvis des frères qui risqueraient d’être scandalisés, s’ils voyaient d’autres chrétiens en manger (voir aussi Romains, 14).

4. Prolongement

Unité et diversité, vérité et tolérance de points de vue différents dans le respect du pluralisme, c’est à cela que chacune et chacun de nous, au sein de nos communautés, et entre communautés, sommes toujours appelés, depuis les origines de l’Eglise jusqu’à nos jours.

En contrepartie de cette lettre officielle faisant connaître les décisions de l’Assemblée de Jérusalem, lisons quelques lignes de Paul à ce propos :

1 Ensuite, au bout de quatorze ans, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabé et Tite que je pris avec moi.

2 J’y montai à la suite d’une révélation ; et je leur exposai l’Évangile que je prêche parmi les païens - mais séparément aux notables, de peur de courir ou d’avoir couru pour rien.

3 Eh bien ! de Tite lui-même, mon compagnon qui était grec, on n’exigea pas qu’il se fît circoncire.

4 Mais à cause des intrus, ces faux frères qui se sont glissés pour espionner la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire en servitude,

5 gens auxquels nous refusâmes de céder, fût-ce un moment, par déférence, afin de sauvegarder pour vous la vérité de l’Évangile…

6 Et de la part de ceux qu’on tenait pour des notables - peu m’importe ce qu’alors ils pouvaient être ; Dieu ne fait point acception des personnes -, à mon Évangile, en tout cas, les notables n’ont rien ajouté.

6 Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur ; et celui qui mange le fait pour le Seigneur, puisqu’il rend grâce à Dieu. Et celui qui s’abstient le fait pour le Seigneur, et il rend grâce à Dieu.

7 En effet, nul d’entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même ;

8 si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Donc, dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur.

9 Car le Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants.

10 Mais toi, pourquoi juger ton frère ? et toi, pourquoi mépriser ton frère ? Tous, en effet, nous comparaîtrons au tribunal de Dieu,

Prière

*Seigneur Jésus, comme toi nous sommes appelés à rendre témoignage à la vérité, et à donner, à notre façon, notre vie pour nos frères, même si nous ne sommes pas toujours d’accord avec leurs agissements et leurs prises de position en tous genres face à nous : apprends-moi à ne jamais scandaliser des frères ou des soeurs pour lesquels tu es mort, aide-moi à ne jamais pour autant renoncer à ce que je crois être, en conscience, la vérité de ton Evangile et de ton achèvement définitif du plan de Dieu, que tu as accompli, et qui relativise toutes nos différences dans l’expression de notre foi, qui doit toujours agir dans la charité. AMEN.

03.05.2002.*

Évangile : Jean 15, 12-17

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés.
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis.
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.

Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).

A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.


Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.

Notre texte se situe ainsi dans la Section 2 de ce Dernier Discours de Jésus, et dans la sous-section 1 de cette Section (15, 1 - 17), où Jésus se déclare être le cep de vigne dont nous sommes les sarments, dans une étonnante image nous décrivant notre unité avec lui.

En effet, comme il est toujours question de “porter du fruit” au verset 16, tout le monde s’accorde à considérer que les versets 1 à 17 de ce chapitre 15 forment un tout. Mais alors, où situer les versets retenus dans notre passage liturgique de ce jour? On est d’abord tenté, comme beaucoup, de distinguer deux parties dans cet ensemble : d’une part, les versets 1 - 8, traitant de la vigne et des sarments (notre texte), et d’autre part, les versets 9 - 17, insistant sur l’amour des disciples.

Une autre répartition semble toutefois plus intéressante à certains : limiter aux versets 1 - 6 la présentation de l’image ou de l’allégorie de la vigne et des sarments, pour étendre aux versets 7 - 17 l’explication par Jésus de cette image dans le contexte des thèmes principaux de l’ensemble du Dernier discours de Jésus.

2. Message

La nécessité pour nous de ne faire qu’un avec Jésus en étant attachés à lui comme le sarment sur le cep de vigne, en demeurant en lui , et en laissant sa vie passer en nous de façon à ce qu’il demeure en nous, cette nécessité s’impose à nous au point que “hors de lui nous ne pouvons rien faire”, alors qu’en lui seulement nous pouvons porter du fruit et du fruit en abondance.

Porter du fruit en étant ainsi attachés à Jésus pour que sa vie passe en nous, c’est aimer à la façon de Dieu et à la façon de Jésus. C’est accueillir en nous cet amour qui passe du Père à Jésus, et de Jésus à nous. C’est ensuite, à notre tour, communiquer cet amour à nos frères et soeurs en les aimant comme Jésus nous a aimés. Aimer ainsi devient un commandement, car l’amour et l’obéissance dépendent l’un de l’autre.

En effet, notre OUI d’ouverture à l’amour qui nous vient de Dieu par Jésus est obéissance, c’est-à-dire unité de vouloir avec Dieu. Quand Jésus nous donne le commandement de nous aimer les uns les autres, il nous demande d’entrer, de façon positive et dynamique, dans la démarche du Père et la sienne, en aimant comme nous sommes aimés de Dieu et de lui. Et comme Jésus le premier a vécu ce commandement d’aimer en nous aimant jusqu’à l’extrême (13, 1), nous avons à le suivre dans toutes les dimensions de l’amour le plus grand possible, qui est de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Nous sommes donc invités à tout mettre en oeuvre pour mettre nos frères et nos soeurs debout, à la façon de Jésus, qui a tout fait pour que nous ayons la plénitude de sa vie (10, 10).

En outre, l’amour est également commandement dans la mesure où l’amour ne peut subsister s’il ne produit pas davantage d’amour. Demeurer en Jésus suppose cette exigence positive d’exprimer ce que nous recevons de lui.

Cette logique de l’amour reçu, qui doit se traduire par une imitation de Jésus en aimant nos frères et soeurs jusqu’au bout, comme il nous a aimés, est une logique de communion et d’unité avec Jésus. C’est pourquoi il ne nous appelle plus ses serviteurs mais ses amis, car, dans cette logique, il nous partage tout ce qu’il a reçu et appris du Père.

Tout ce mouvement de don gratuit qui nous vient de Dieu par Jésus, qui se comporte vis-à-vis de nous comme le Père se comporte vis-à-vis de lui, explique pourquoi Jésus nous précise que ce n’est pas nous qui l’avons choisi, mais bien l’inverse, lui qui nous a choisis pour que nous portions du fruit et un fruit qui demeure. Et ce fruit ne peut être que d’aimer à la façon de Jésus, exigence fondamentale pour que notre amour soit bien celui que nous avons, par lui, reçu du Père.

3. Decouvertes

Notons le parallélisme entre le verset 12 et le verset 17, qui se répondent et encadrent (ce qu’on appelle une “inclusion”) tout ce qui nous est dit par Jésus entre ces deux versets, qui nous définissent ce qu’il a appelé son commandement nouveau (13, 34 ) : “aimez-vous les uns les autres comme je vous aimés”. Ce qui nous aide à comprendre qure tout le reste de cette page vient nous initier à ce que veut dire ce commandement de Jésus : il nous propose une attitude sans limite qui doit toujours croître, attitude qui est une exigence réservée à ses amis, une transmission du mystère de Dieu que Jésus nous découvre, un appel particulier qui est une faveur de gratuité quand il nous choisit ainsi.

Nous le voyons, toutes ces notions ne font qu’un et se rejoignent : le commandement, l’appel et le choix, le don jusqu’au bout, la proximité et l’intimité avec Jésus dont nous sommes les amis, le partage des secrets du Père, tout cela est la dimension intérieure, la réalité qui nous arrive de Jésus, et que nous exprimons quand nous aimons nos frères comme il nous a aimés.

La vérité de Dieu nous habite : il se donne à nous pour que nous prolongions visiblement, jusqu’à tous nos frères et soeurs, cet acte de donner. Dieu nous partage en Jésus le meilleur de lui-même, c’est-à-dire sa réalité même, quand nous demeurons en Jésus. Cela nous permet de comprendre que, dans la première lettre de Jean, il nous soit dit que “Dieu est amour” (1 Jean, 4, 7 - 16).

4. Prolongement

Cette découverte d’une telle proximité de Dieu qui vient habiter ainsi notre vie quand nous demeurons en Jésus Ressuscité, ne devrait-elle pas être pour nous un “coup de foudre” ? A force de lire ces beaux textes, nous courons le risque de les “banaliser”, d’en perdre toute la nouveauté qui devrait toujours se renouveler pour nous.

Quand Paul a rencontré cet amour infini de Dieu, il nous a fait part de la profondeur qu’il en a perçue, dans la finale du chapitre 8 de sa Lettre aux Romains : en nous donnant son Fils, Dieu ne nous a-t-il pas tout donné ? Qui nous séparera de l’amour du Christ ? Rien, absolument rien, répond Paul (Romains, 8, 31 - 39 : à relire).

Où en sommes-nous de cette redécouverte permanente ?

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous offres une union et une communion totales avec toi, et tu nous communiques ainsi la richesse du Père qui, par toi, nous rencontre, vient demeurer en nous avec toi, et nous transmet, comme une vie à répandre et à partager avec tous nos frères et soeurs, la manière d’aimer gratuitement qui lui est propre, et dont tu es le premier bénéficiaire, dans le mystère de ton unité divine avec le Père dans l’Esprit : donne-moi de rédécouvrir sans cesse la nouveauté de ce don et de ce partage, sans jamais me lasser de l’accuellir en ma vie et de le révéler à mon tour, en toutes mes actions et paroles. AMEN.

23.05.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour