📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 17, 1-34
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
15 Ceux qui escortaient Paul le conduisirent jusqu’à Athènes et s’en retournèrent ensuite avec l’ordre pour Silas et Timothée de le rejoindre au plus vite
…
22 Debout au milieu de l’Aréopage, Paul dit alors : ” Athéniens, à tous égards vous êtes, je le vois, les plus religieux des hommes.
23 Parcourant en effet votre ville et considérant vos monuments sacrés, j’ai trouvé jusqu’à un autel avec l’inscription : “Au dieu inconnu”. Eh bien ! ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer.
24 ” Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, lui, le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main d’homme.
25 Il n’est pas non plus servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses.
26 Si d’un principe unique il a fait tout le genre humain pour qu’il habite sur toute la face de la terre ; s’il a fixé des temps déterminés et les limites de l’habitat des hommes,
27 c’était afin qu’ils cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons et la trouver ; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous.
28 C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ainsi d’ailleurs l’ont dit certains des vôtres : “Car nous sommes aussi de sa race. “
29 ” Que si nous sommes de la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l’or, de l’argent ou de la pierre, travaillés par l’art et le génie de l’homme.
30 ” Or voici que, fermant les yeux sur les temps de l’ignorance, Dieu fait maintenant savoir aux hommes d’avoir tous et partout à se repentir,
31 parce qu’il a fixé un jour pour juger l’univers avec justice, par un homme qu’il y a destiné, offrant à tous une garantie en le ressuscitant des morts. “
32 A ces mots de résurrection des morts, les uns se moquaient, les autres disaient : ” Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. “
33 C’est ainsi que Paul se retira du milieu d’eux.
34 Quelques hommes cependant s’attachèrent à lui et embrassèrent la foi. Denys l’Aréopagite fut du nombre. Il y eut aussi une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux.
1 Après cela, Paul s’éloigna d’Athènes et gagna Corinthe.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, notre passage se trouve dans la dernière partie des Actes (15, 36 - 28, 31), qu’on pourrait, selon cette division du Livre, intituler “le chemin de Paul jusqu’à Rome”. En effet, désormais, il n’y sera plus question que de Paul, que nous allons suivre dans son 2ème et son 3ème grands voyages missionnaires, sa captivité en Palestine, et son voyage maritime de prisonnier jusque Rome. Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.
Nous le rejoignons ici au cours de son 2ème grand voyage missionnaire, pour lequel il a pris Silas comme compagnon, car il s’est querellé avec Barnabé, qui voulait emmener avec eux Jean-Marc, qui n’avait pas su les accompagner jusqu’au bout de leur premier voyage commun. Paul a donc pris un chemin différent de celui de Barnabé, et c’est par la terre, et en sens inverse, qu’il s’en est allé, avec l’intention de rendre visite aux communautés fondées lors de sa première mission. Sa première étape a, de ce fait, été Derbé.
Cependant, Paul va être empêché, à plusieurs reprises, de suivre son itinéraire prévu, difficultés qu’il interprète positivement comme des appels de l’Esprit de Jésus. Il a ainsi traversé le pays des Galates, et suite à une vision, il a décidé de passer en Macédoine, c’est-à-dire en Europe, et s’est successivement arrêté à Philippes, où il a fondé deux communautés domestiques, puis à Thessalonique et Bérée, où il a effectué de nombreuses conversions à Jésus, mais qu’il a dû quitter rapidement, sous la pression de Juifs hostiles au message concernant Jésus.
Et c’est ainsi qu’il est parvenu à Athènes, où nous le retrouvons, après qu’il ait visité la ville et parlé non seulement à la synagogue, mais à beaucoup de personnes sur la place publique, où son enseignement a été remarqué comme sortant de l’ordinaire. Le voici donc conduit devant l’Aréopage, grand conseil académique et religieux d’Athènes, où on l’invite à s’expliquer sur les idées qu’il propose.
2. Message
Déjà à Lystres,au cours de son premier voyage avec Barnabé (14, 15 - 17), Paul avait dû s’adresser à des païens idolâtres, qui les prenaient pour des dieux. Cette fois, devant l’Aréopage d’Athènes, Paul reprend, certes, le même type d’argumentation, mais de façon beaucoup plus élaborée, si bien que cette page que nous lisons représente une manière-type d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus à des auditoires païens, mais à partir d’une réflexion sur le mystère de la création du monde par le Dieu unique et au-delà de tout.
Les points importants du discours de Paul sont donc les suivants : D’abord, il faut répudier toute forme d’idolâtrie, pour se tourner vers l’unique Dieu Vivant, dont dépend tout l’univers créé, et qui est proche de nous, puisque nous sommes de sa race (versets 24 à 28). Après cette présentation de Dieu ainsi situé par rapport à l’humanité, Paul se présente comme celui qui annonce un Dernier Jour de cet univers dans lequel nous existons, Dernier Jour où un jugement de toute l’humanité sera exercé, au nom du Dieu unique par un homme que Dieu a choisi (Jésus le Christ), et qu’il a authentifié, en le ressuscitant d’entre les morts (verset 31). C’est donc dans cette perspective que tous les hommes ont à se convertir selon le message de Paul (c’est-à-dire l’Evangile de Jésus, dont Paul ne parle pas davantage ici, mais dont on pressent très bien que ce sera ensuite le menu important de sa prédication, après cette “ouverture”).
Les courants de pensée grecque pouvant difficilement admettre l’idée d’une “résurrection” des morts, puisqu’ils affirmaient une immortalité de l’âme ou de l’esprit, dans le cadre de réincarnations successives, Paul est donc interrompu dans son développement et renvoyé de l’Aréopage, mais non sans avoir cependant convaincu quelques personnes qui sont devenues croyantes.
3. Decouvertes
Les Actes ne nous parlant plus par la suite d’une communauté chrétienne d’Athènes, que Paul aurait revisitée, il est clair que sa prédication aux païens n’a pas connu là un grand succès.
Mise à part la référence à Jésus le Christ, le discours de Paul à l’Aréopage se situe bien dans la tradition des Juifs de la diaspora, qui estimaient que le monde païen était porteur d’un péché d’idolâtrie, en refusant de reconnaître le Dieu Vivant, unique et créateur (versets 24 - 28), qui n’habite pas dans des temples construits de la main des hommes (vereset 24), et ne peut être représenté sous la forme d’images religieuses élaborées par les hommes, fût-ce avec le plus grand art et les meilleurs matériaux (verset 29).
D’autre part, comme les Juifs de son temps, Paul essaye de se trouver un “terrain” commun avec son auditoire : sa découverte d’un autel “Au dieu inconnu” lui permet de partir de là pour annoncer le Dieu unique qui soutient l’univers.
Autre point de rencontre, certains courants dans la philosophie grecque s’orientaient vers une forme de “monothéisme” de la divinité : Paul peut ainsi, tout-à-fait à propos, citer un vers d’un poète stoïcien, Aratus (verset 28), l’intérprétant dans le sens Biblique, mais sans le dire, que l’homme est créé à “l’image” de Dieu.
Dans ce discours d’Athènes, non achevé, puisque interrompu, Jésus n’est pas nommé, et pas la moindre allusion n’est faite à sa passion, ni à sa mort comme crucifié. On a été ainsi amené à constater des différences entre ce que l’auteur des Actes des Apôtres fait dire à Paul en ce discours, et ce que Paul lui-même écrit dans ses lettres sur ces différents points, en particulier dans Romains, 1 - 3 sur l’attitude religieuse des païens, et en 1 Corinthiens, 1 - 2 sur le Christ crucifié, “scandale pour les Juifs, folie pour les païens (1 Corinthiens, 1, 23).
4. Prolongement
Quelques textes de Paul sur les mêmes thèmes :
18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ;
19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté.
20 Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ;
21 puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré :
9 On raconte là-bas comment nous sommes venus chez vous, et comment vous vous êtes tournés vers Dieu, abandonnant les idoles pour servir le Dieu vivant et véritable,
10 dans l’attente de son Fils qui viendra des cieux, qu’il a ressuscité des morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.
15 Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,
16 car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui.
17 Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
18 Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : Il est le Principe, Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté ,
19 car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude
20 et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.
Prière
*Seigneur Jésus, nous sommes toujours tentés de nous fabriquer des images de Dieu quand nous essayons d’entrer en contact avec lui par notre prière, en oubliant que toi seul est l’image visible du Dieu invisible, et, qu’en te voyant, homme parmi nous, et en te croyant inséparable de la Parole de Dieu qui se communique à travers toi, nous voyons le Père avec nos yeux d’homme ou de femme, sûrs qu’en toi Dieu se donne à rencontrer au coeur de notre histoire : apprends-moi à te contempler, toi qui entraînes le cosmos tout entier dans ta création nouvelle, aide-moi à croire que, dans cet univers appelé à la transfiguration, nous avons, nous tes disciples, à manifester concrètement à quel point nous avons été nous-mêmes totalement transformés dans l’inauguration en nous de ta vie de ressuscité, à laquelle nous avons part dans l’Esprit Saint que tu nous as donné. AMEN.
08.05.2002.*
Évangile : Jean 16, 12-15
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
12 J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent.
13 Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir.
14 Lui me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous le dévoilera.
15 Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous le dévoilera.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.
Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).
A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.
Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.
Dans la Section 2 du Dernier Discours de Jésus (15, 1 - 16, 33), suite à la présentation et à l’explication de l’image-comparaison de la vigne et des sarments (sous-section 1 : 15, 1 - 17), ainsi qu’à la constatation de la haine du monde à l’égard de Jésus et de ses disciples (sous-section 2 : 15, 18 - 16, 4a), une dernière sous-section, que nous lisons maintenant, reprend les thèmes déjà abordés lors de la grande 1ère partie de ce discours (Section 1 : 13, 31 - 14, 31).
2. Message
Dans cette nouvelle partie du Discours, il est d’abord question du départ de Jésus et de la venue du Paraclet (16, 4b - 15) (ici se situe notre passage), avant que Jésus fasse comprendre à ses disciples que son retour “autrement” sera pour eux source de joie et de redécouverte approfondie de sa personne et de son message.
Au moment où commence notre texte, Jésus vient de reparler de son départ pour constater la tristesse qui envahit ses disciples, et leur faire comprendre que c’est bien leur intérêt qu’il s’en aille ainsi, pour qu’il puisse leur envoyer le Paraclet, dans lequel lui-même sera de retour, tout en leur étant présent dans son absence (16, 4b - 7).
Mais à quoi servira cette présence-absence de Jésus en son Paraclet ? Jésus commence par leur répondre sur ce point en évoquant les relations que le Paraclet aura avec le monde :
- d’abord, il fera la preuve que, Jésus ayant été glorifié en sa résurrection, le péché de ceux qui ne croient pas en lui sera manifesté,
- ensuite, il fournira la preuve de la justice de Jésus en soulignant qu’il achève sa mission en retournant au Père,
- enfin, il montrera comment le “monde” de ceux qui s’opposent à Jésus et refusent de le suivre est un “monde” voué à la condamnation, et à l’échec total sur le plan du salut (16, 8 -11).
Dans les quelques lignes de notre passage, nous est maintenant résumé le rôle du Paraclet dans la vie des disciples de Jésus (16, 12 - 15). Ce rôle est d’approfondir la connaissance de Jésus et de son mystère par les disciples. L’Esprit est chargé de les conduire à la Vérité toute entière.
En effet, de même que Jésus renvoie toujours au Père qui l’a envoyé, le Paraclet renverra toujours à Jésus. Aussi, n’ajoutera-t-il rien au message de Jésus dont il éclairera tous les enjeux permanents et dont il manifestera toutes les dimensions “dernières” et ultimes. Ainsi, il mettra en valeur l’accomplissement achevé de la mission de Jésus, qui est de révéler et glorifier le Père en nous conduisant à lui.
3. Decouvertes
Que veut dire Jésus en affirmant de l’Esprit “qu’il nous communiquera tout ce qui doit venir” ? Jésus n’aurait-il pas déjà tout révélé du projet de Dieu qu’il accomplit ? En fait “communiquer” ou “annoncer” signifie ici “déclarer”, c’est-à-dire “interpréter” pour chaque génération de croyants le véritable sens, pour eux, à leur époque, de tout ce que Jésus a fait et dit lors de sa mission terrestre.
En ce sens, le Paraclet continue l’oeuvre de Jésus en favorisant l’accueil qui doit lui être fait à chaque période de l’histoire des hommes.
Le verset 14 vient renforcer cette explication, car Jésus nous y précise que le Paraclet ne dira rien qui ne vienne de Jésus, et c’est ainsi qu’il le glorifiera.
Pour toutes les générations, l’Esprit rend présent Jésus avec sa Parole, son engagement pour notre salut, ainsi que sa relation au Père dont il a tout reçu. De cette façon, l’Esprit communique tout ce que Jésus a reçu lui-même du Père. Ainsi devenons-nous des témoins de Jésus et manifestons-nous visiblement sa gloire aux hommes et aux femmes de notre temps.
N’oublions pas non plus que le Paraclet nous est présent comme l’envoyé du Père (14, 16. 26). Comme Jésus a tout reçu du Père, le Paraclet, en nous interprétant Jésus, nous fait connaître tout ce que le Père a remis à Jésus. Nous constatons ici à quel point Père, Fils et Esprit sont joints et inséparables dans l’unité et la diversité de leur rôle à notre égard, via Jésus, notre frère en humanité.
4. Prolongement
Notre rôle n’est que de recevoir et d’accueillir, dans la foi qui anime tous nos engagements d’hommes et de femmes d’aujourd’hui. Jésus nous est donné, ainsi que son interprétation. Si nous sommes, dans la foi, ouverts à cette présence constante de Jésus dans le Paraclet, nous serons de plus en plus conduits à la Vérité toute entière, dont Jésus nous parle, et qu’il nous déclare être lui-même (14, 6 et 18, 37).
Pour nous aujourd’hui, tout le coeur et tout l’essentiel du message de Jésus se trouve dans ce que nous en ont écrit les auteurs du Nouveau Testament, à partir du témoignage de ceux qui ont connu Jésus et l’ont vu ressuscité. Mais, comprendre le message du Nouveau Testament en sa “réalité” profonde n’est possible que dans une ouverture, renouvelée sans cesse dans notre foi, à l’Esprit de Jésus, qui seul nous en fait “saisir” la “sève” divine.
A ce niveau, toute science, toute exégèse, toute recherche intellectuelle, si utiles soient-elles, sont dépassées dans la foi de ceux qui écoutent Jésus et accueillent sa réalité. D’où cette question que nous sommes appelés à nous poser et nous re-poser continuellement : sommes-nous dociles à Jésus, notre seul Maître intérieur, dans son Esprit ?
Seigneur Jésus, depuis ta résurrection tu es auprès du Père, mais tu continues de nous accompagner de ta présence vivante, en ton Esprit Saint, sans être cependant visible à nos yeux, mais avec ta capacité nouvelle de nous rejoindre sans cesse tous, là où nous sommes, et de nous faire comprendre intérieurement tout ce que nous ont rapporté de toi, de tes paroles et de tes actions, ceux qui ont partagé ton existence terrestre limitée dans le temps et dans l’espace de la Palestine d’il y a deux mille ans : aide-moi à croire que tu nous apportes et nous donnes aujourd’hui autant de toi-même, de ta Révélation du Père, et de ton message de salut qu’à tes premiers disciples, avec la mission conjointe de te communiquer à notre tour à nos contemporains par un témoignage aussi vivant et engagé que le leur. AMEN.
28.05.2003.
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Prière
*Seigneur Jésus, depuis ta résurrection tu es auprès du Père, mais tu continues de nous accompagner de ta présence vivante, en ton Esprit Saint, sans être cependant visible à nos yeux, mais avec ta capacité nouvelle de nous rejoindre sans cesse tous, là où nous sommes, et de nous faire comprendre intérieurement tout ce que nous ont rapporté de toi, de tes paroles et de tes actions, ceux qui ont partagé ton existence terrestre limitée dans le temps et dans l’espace de la Palestine d’il y a deux mille ans : aide-moi à croire que tu nous apportes et nous donnes aujourd’hui autant de toi-même, de ta Révélation du Père, et de ton message de salut qu’à tes premiers disciples, avec la mission conjointe de te communiquer à notre tour à nos contemporains par un témoignage aussi vivant et engagé que le leur. AMEN.
28.05.2003.*