📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 18, 22-28
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
22 Débarqué à Césarée, il monta saluer l’Église, puis descendit à Antioche ;
23 après y avoir passé quelque temps, il repartit et parcourut successivement le territoire galate et la Phrygie en affermissant tous les disciples.
24 Un Juif nommé Apollos, originaire d’Alexandrie, était arrivé à Éphèse. C’était un homme éloquent, versé dans les Écritures.
25 Il avait été instruit de la Voie du Seigneur, et, dans la ferveur de son âme, il prêchait et enseignait avec exactitude ce qui concerne Jésus, bien qu’il connût seulement le baptême de Jean.
26 Il se mit donc à parler avec assurance dans la synagogue. Priscille et Aquilas, qui l’avaient entendu, le prirent avec eux et lui exposèrent plus exactement la Voie.
27 Comme il voulait partir pour l’Achaïe, les frères l’y encouragèrent et écrivirent aux disciples de lui faire bon accueil. Arrivé là, il fut, par l’effet de la grâce, d’un grand secours aux croyants :
28 car il réfutait vigoureusement les Juifs en public, démontrant par les Écritures que Jésus est le Christ.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l’Assemblée de Jérusalem jusqu’à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.
Nous le rejoignons ici tout à la fin de son 2ème grand voyage missionnaire, au cours duquel, accompagné de Silas, puis de Timothée, et détourné plusieurs fois de son itinéraire initialement prévu, par suite de ciorconstances adverses, il est passé par Derbé, le pays des Galates, avant de se rendre en Macédoine, suite à une vision, et de passer ainsi en Europe : après s’être arrêté à Philippes, Thessalonique, Bérée, où il a créé de nouvelles communautés, mais rencontré de nombreux obstacles suscités par des Juifs hostiles à toute proclamation de la Bonne Nouvelle de Jésus, il est enfin parvenu à Athènes, où, invité à présenter son message devant l’Aréopage, il n’a pas, semble-t-il, rencontré grand succès. Du coup, Paul a continué sa route jusqu’à Corinthe, où il a exercé une bien plus longue mission de fondation et de consolidation d’une grande communauté de croyants, avant de quitter cette ville pour retourner en Syrie, en faisant une brève escale à Ephèse.
2. Message
A la fin de son 2ème voyage, Paul est donc revenu à son point de départ, l’Eglise d’Antioche de Syrie, pour rencontrer cette Eglise qui l’avait d’abord envoyé en mission au-delà des mers. Mais le voici, après quelque temps, rapidement reparti pour une 3ème mission, voyage qui le conduit d’abord jusqu’en Phrygie, en traversant le pays des Galates. Son but est d’affermir dans la foi les disciples qui se trouvent dans les communautés qui y ont été fondées.
Bien que l’auteur des Actes centre toute la grande activité missionnaire de l’Eglise primitive autour de ces missions de Paul, d’autres évangélisateurs que lui étaient cependant à l’oeuvre dans le champ du Seigneur. C’est ainsi qu’Apollos, un Juif d’Alexandrie converti à Jésus, est arrivé à Ephèse, en vue de passer ensuite en Grèce. Cet homme est un très bon débatteur, qui sait remarquablement argumenter pour montrer à quel point Jésus a totalement accompli les Ecritures de l’Ancien Testament.
Néanmoins, Apollos, très au point, semble-t-il, sur le sens de l’événement Jésus, ne l’est pas en ce qui concerne la baptême chrétien, car il ne connaît que le baptême d’eau de Jean Baptiste, qui n’est qu’un rite de purification, et ne correspond pas au baptême d’eau et d’Esprit Saint pratiqué par les apôtres depuis la 1ère Pentecôte chrétienne et les tout débuts de l’Eglise.
C’est alors que d’autres chrétiens, les amis et collègues professionnels de Paul, Priscille et son mari Aquila, eux-mêmes Juifs convertis à Jésus, interviennent pour aider Apollos à mieux se situer sur ce point du baptême et de l’exacte doctrine de Dieu.
Les chrétiens d’Ephèse aident ensuite Apollos à se rendre en Grèce, où il exerce un ministère très fructueux.
3. Decouvertes
Par tous ces détails, nous voyons une Eglise vivre sous toutes ses dimensions, ayant déjà ses réseaux pour faire accueillir ses envoyés missionnaires, et soucieuse de la vérité exacte de l’Evangile de Jésus et du salut de Dieu, dont tous se sentent responsables.
D’après la 1ère lettre de Paul aux Corinthiens, Apollos a connu un succès important à Corinthe, au point qu’un parti s’était constitué derrière lui.
Priscille et Aquila sont un couple de Judéo-chrétiens, fabriquants de tentes, comme Paul , et qui ont des comptoirs tout autour dui bassin Méditerranéen, à Rome, Ephèse et Corinthe, toutes villes très importantes comptant plusieurs centaines de milliers d’habitants. Priscille, appelée encore Prisca, est toujours mentionnée en premier, et à 6 reprises, dans le Nouveau Testament. Tous les deux étaient des membres importants des communautés primitives, et souvent “l’Eglise se réunissait chez eux” (Romains, 16, 3 - 5).
En tant que Juif d’Alexandrie, Apollos appartenait à l’une des plus grandes communautés Juives de l’époque, où se pratiquait une méthode d’interprétation philosophique, dont Philon le Juif est le plus célèbre témoin. Cette approche philosophique, différente de la méthode de Paul, explique sans doute l’engouement de nombreux Corinthiens pour l’enseignement d’Apollos.
4. Prolongement
Avec des fonctions et des charismes différents, nous sommes tous solidaires de la Vérité authentique du Christ, d’une part, et du témoignage de nos frères, d’autre part. Membres les uns des autres, nous avons à travailler, chacun à notre place, dans ce qui est le champ de Dieu, la mission de l’Eglise jusqu’aux extrémités de la terre, et pour tous les hommes et femmes de tous les temps.
Paul, sur ce point, nous a laissés des pages très éclairantes et inoubliables :
4 Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit ;
5 diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur ;
6 diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous.
7 A chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun.
8 A l’un, c’est un discours de sagesse qui est donné par l’Esprit ; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit ;
9 à un autre la foi, dans le même Esprit ; à tel autre les dons de guérisons, dans l’unique Esprit ;
10 à tel autre la puissance d’opérer des miracles ; à tel autre la prophétie ; à tel autre le discernement des esprits ; à un autre les diversités de langues, à tel autre le don de les interpréter.
11 Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l’entend.
12 De même, en effet, que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ.
4 Lorsque vous dites, l’un : ” Moi, je suis à Paul ”, et l’autre : ” Moi, à Apollos ”, n’est-ce pas là bien humain ?
5 Qu’est-ce donc qu’Apollos ? Et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi, et chacun d’eux selon ce que le Seigneur lui a donné.
6 Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance.
7 Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu.
8 Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire selon son propre labeur.
9 Car nous sommes les coopérateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu.
10 Selon la grâce de Dieu qui m’a été accordée, tel un bon architecte, j’ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit.
11 De fondement, en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, c’est-à-dire Jésus Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est en communion avec tous nos frères et soeurs, que tu nous invites à travailler à ta moisson, en annonçant ton Evangile, et en reproduisant tes gestes de miséricorde et de pardon, de la même façon que tu as envoyé ton apôtre Paul en mission, par l’intermédiaire d’une communauté bien précise : apprends-moi à vivre en solidarité avec tous ceux et toutes celles qui croient en toi et cherchent à répandre ton Evangile du salut, aide-moi à accepter, dans un esprit de tolérance et de collaboration, tous ceux qui ont des positions et des méthodes différentes des miennes, garde-moi cependant dans ta Vérité, telle que tu me la donnes à percevoir dans la foi, avec une bonne conscience. AMEN.
11.05.2002.*
Évangile : Jean 16, 23-28
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
23 b- En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom.
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète.
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté.
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père,
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu.
28 Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. A présent je quitte le monde et je vais vers le Père. “
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.
Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).
A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.
Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.
Dans la Section 2 du Dernier Discours de Jésus (15, 1 - 16, 33), suite à la présentation et à l’explication de l’image-comparaison de la vigne et des sarments (sous-section 1 : 15, 1 - 17), ainsi qu’à la constatation de la haine du monde à l’égard de Jésus et de ses disciples (sous-section 2 : 15, 18 - 16, 4a), une dernière sous-section, que nous lisons maintenant (16, 4b - 33), reprend les thèmes déjà abordés lors de la grande 1ère partie de ce discours (Section 1 : 13, 31 - 14, 31).
Dans cette nouvelle partie du Discours, après nous avoir reparlé de son départ et de la venue du Paraclet (16, 4b - 15), Jésus fait comprendre à ses disciples que son retour “autrement” sera pour eux source de joie et de redécouverte approfondie de sa personne et de son message (16, 16 - 23a). Il annoncera ensuite que toutes nos requêtes nous seront alors accordées et que nous serons capables de comprendre vraiment ses paroles et le sens total de sa mission (16, 23b - 33).
2. Message
Ce que va changer dans la vie de ses disciples le départ de Jésus et son retour dans le Paraclet-Esprit Saint, c’est d’abord que, désormais, ils pourront tout demander au Père en passant par lui, en invoquant son Nom.
C’est ensuite que Jésus communiquera avec ses disciples dans un langage direct, immédiat, les rejoignant au plus profond de leur être. Et dans cette Présence-Parole de Jésus, le Père sera lui aussi immédiatement à notre portée, et ce, dans la mesure où nous avons foi en Jésus et croyons qu’il est sorti du Père et qu’il vient de Dieu.
3. Decouvertes
Notons que ces paroles de Jésus en cette partie du chapitre 16 (16, 23b - 28) sont parallèles à celles qu’il a prononcées tout juste auparavant, en 16, 20 - 23a. Elles y renvoient donc, tout en leur apportant un éclairage supplémentaire.
C’est bien deux privilèges que Jésus accorde à ses disciples : celui d’une telle intimité que toutes leurs demandes seront exaucées (versets 23b, 24, 26), et celui de vraiment comprendre Jésus comme étant la révélation du Père (verset 25).
Nous avons désormais l’expérience de Jésus dans le mystère de l’inhabitation de son Esprit en nous (15, 7). Avec cette présence de Jésus unie à celle en nous du Paraclet, nous sommes donc totalement unis à Jésus, et donc tout-à-fait proches du Père.
Prier ainsi au Nom de Jésus, rejoindre ainsi le Père par, et en, Jésus, ne faire qu’un avec Jésus, tout cela n’est possible qu’au terme de son “Heure” de passion-mort-résurrection-ascension-don de l’Esprit Paraclet : voir Ephésiens, 2, 18.
Qu’attend Jésus que nous demandions au Père par lui et en lui ? Tout ce qui peut contribuer à insérer la vie éternelle de Dieu au coeur de notre existence, tout ce qui est le fruit en nous du Paraclet, et, particulièrement, tout ce qui peut nous ouvrir à une meilleure connaissance de Jésus et de ce qu’il nous révèle du Père.
Que veut dire Jésus quand il nous promet de nous annoncer clairement et ouvertement ce qui concerne le Père ? Sans doute que sa Parole sera Lumière totale sur notre route. Egalement, ce qu’il a déjà dit en 14, 25 - 26, concernant l’Esprit qui nous enseignera toutes choses. Surtout, que nous découvrirons le Père dans l’Esprit qui vient du Père, et fait de nous des “enfants” du Père, capables d’une authentique rencontre avec lui.
Cette découverte du Père par et en Jésus n’est possible que dans l’amour du Père pour nous et dans notre amour pour Jésus. Se crée ainsi une situation d’intimité si forte que Jésus n’est plus un intermédiaire entre nous et le Père, mais le “lieu” de notre rencontre directe du Père. Ce mystère nous sera précisé dans la prière de Jésus en 17, 23 - 26 (le Père nous aime du même amour dont il aime Jésus), et en 17, 21 - 23 (le Père, Jésus, et nous, nous sommes “un”). A ce niveau d’unité, notre prière sera la prière même de Jésus.
Une pareille unité, c’est ce que réalise Jésus en sa mission. Venu en ce monde partager notre condition humaine, il est un avec nous. Retournant au Père, et toujours revêtu de notre humanité, transfigurée en sa résurrection, il établit notre parfaite union avec le Père. Il accomplit ainsi sa mission à la façon dont le Prophète Isaïe nous décrit, en la deuxième partie de son Livre, l’achèvement de la mission de la Parole de Dieu envoyée sur la terre (Isaïe, 55, 10 - 11). S’il a part à notre humanité, c’est pour qu’en lui, nous ayons part à la divinité de Dieu, qu’il a mission de nous partager et de nous communiquer.
4. Prolongement
Avons-nous saisi ce que Jésus nous propose comme relation avec Dieu notre Père par sa Parole, et ce qu’il réalise dans notre existence par son Esprit en qui il nous est présent à jamais ?
Croyons-nous vraiment qu’il est venu de Dieu, qu’en lui Dieu a parlé notre langage et pris part à notre histoire pour que, dès maintenant, nous entrions par lui dans sa vie et en vivions chaque jour ?
Avons-nous mesuré l’enjeu de “l’Heure” de Jésus, nous à qui il nous est donné de la recevoir dans la foi, et de la vivre dans son Esprit qui crée en nous, face au Père et face à nos frères et soeurs, l’attitude même qu’avait Jésus ?
Prière
*Seigneur Jésus, ce mystère de la rencontre du Père par toi, dans l’Esprit, que tu nous proposes et que tu réalises en nous et pour nous, est d’un telle intensité d’intimité et d’unité, que nous restons toujours surpris et dépassés par ce don ineffable qui va infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, et, encore moins attendre : ouvre mes yeux, ouvre mon coeur, à cette grâce et cette révélation inattendues de ce projet de Dieu qui nous appelle ainsi à entrer dans la gloire de sa divinité, en devenant réellement ses “enfants” bien-aimés. AMEN.
31.05.2003.*