📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Actes des Apôtres 18, 9-18

DES ACTES DES APÔTRES

Texte

9 Une nuit, dans une vision, le Seigneur dit à Paul : ” Sois sans crainte. Continue de parler, ne te tais pas.
10 Car je suis avec toi, et personne ne mettra sur toi la main pour te faire du mal, parce que j’ai à moi un peuple nombreux dans
cette ville. “
11 Il séjourna là un an et six mois, enseignant aux gens la parole de Dieu.
12 Alors que Gallion était proconsul d’Achaïe, les Juifs se soulevèrent d’un commun accord contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal
13 en disant : ” Cet individu cherche à persuader les gens d’adorer Dieu d’une manière contraire à la Loi. “
14 Paul allait ouvrir la bouche, quand Gallion dit aux Juifs : ” S’il était question de quelque délit ou méfait, j’accueillerais, Juifs, votre plainte, comme de raison.
15 Mais puisqu’il s’agit de contestations sur des mots et des noms et sur votre propre Loi, à vous de voir ! Etre juge, moi, en ces matières, je m’y refuse. “
16 Et il les renvoya du tribunal.
17 Tous alors se saisirent de Sosthène, le chef de synagogue, et, devant le tribunal, se mirent à le battre. Et de tout cela Gallion n’avait cure.
18 Paul resta encore un certain temps à Corinthe, puis il prit congé des frères et s’embarqua pour la Syrie. Priscille et Aquilas l’accompagnaient. Il s’était fait tondre la tête à Cenchrées, à cause d’un vœu qu’il avait fait.

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).


Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l’Assemblée de Jérusalem jusqu’à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.

Nous le rejoignons ici vers la fin de son 2ème grand voyage missionnaire, au cours duquel, accompagné de Silas, puis de Timothée, et détourné plusieurs fois de son itinéraire initialement prévu, par suite de ciorconstances adverses, il est passé par Derbé, le pays des Galates, avant de se rendre en Macédoine, suite à une vision, et de passer ainsi en Europe : après s’être arrêté à Philippes, Thessalonique, Bérée, où il a créé de nouvelles communautés, mais rencontré de nombreux obstacles suscités par des Juifs hostiles à toute proclamation de la Bonne Nouvelle de Jésus, il est enfin parvenu à Athènes. Là, invité à présenter son message devant l’Aréopage, il n’a pas, semble-t-il, rencontré grand succès, l’idée que Jésus ait pu ressusciter des morts n’ayant pas été admise, compte tenu des idées philosophiques courantes. Du coup, Paul a continué sa route jusqu’à Corinthe, où il a exercé une bien plus longue mission de fondation et de consolidation d’une grande communauté de croyants.

2. Message

Corinthe est l’une des villes où Paul est resté le plus longtemps, et où il a fondé et accompagné une communauté importante. Nous savons par ses lettres aux Corinthiens que cette communauté était d’un genre dynamique et turbulent, et posant de nombreuses questions à l’apôtre sur les principaux secteurs de la vie chrétienne.

Comme en beaucoup d’autres occasions au cours de ses missions et voyages successifs, Paul est, une fois de plus, poursuivi par des Juifs hostiles à l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus, qui, ici, organisent une manifestation de masse pour se saisir de Paul et le traduire devant le tribunal du Proconsul Gallion.

Toutefois, Gallion s’estimant incompétent face à l’accusation portée devant lui contre Paul, et concernant le culte de Dieu en Israël et la pratique de la Loi, aucun jugement n’est exercé à l’encontre de Paul, dont il déboute les adversaires.

Paul finit par quitter Corinthe, emmenant avec lui des amis et collègues de métier, Priscille et Aquila, Juifs convertis à Jésus, et dont Paul parle à plusieurs reprises dans ses lettres.

Bien que défenseur de l’inutilité de la Loi Juive pour être sauvé, Paul n’en continue pas moins de se comporter comme un Judéo-chrétien, qui demeure pratiquant de la religion Juive, dont il suit encore les rites, comme ici, à propos d’un voeu qu’il avait fait.

3. Decouvertes

L’accusation portée par les Juifs de Corinthe contre Paul va bien dans le sens de sa prédication. Ce n’est plus par la Loi de Moïse que l’on est sauvé, ni par les sacrifices de l’ancienne Alliance, mais par la foi au Christ Jésus, qui s’est offert pour nous, une fois pour toutes (même si Paul n’emploie pas ici exactement ce langage).

Gallion a été Proconsul de Grèce en 52, d’après une inscription découverte dans la ville grecque de Delphes. Et c’est à partir de cette date qu’on reconstitue le parcours historique de Paul, et que l’on arrive à situer ainsi avec précision les principales étapes de son ministère, cette date étant également une des dates-clés pour la chronologie du Nouveau Testament.

Même si cette dispute d’ordre religieux ne le concerne pas, Gallion constate le drame des relations, difficiles déjà, entre Juifs et chrétiens, que ces derniers soient d’origine Juive ou païenne : entre Jésus et l’Ancien Testament, il y a, à la fois, continuité et rupture : Jésus accomplit le passé sans l’abolir, mais avec un dépassement qui en change radicalement la nature.

4. Prolongement

Quelques textes de Paul sur sa mission et son Evangile offert aux païens autant qu’aux Juifs :

24 Ainsi la Loi nous servit-elle de pédagogue jusqu’au Christ, pour que nous obtenions de la foi notre justification.

25 Mais la foi venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue.

26 Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus.

27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :

28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.

29 Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse.

21 Mais maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes,

22 justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, à l’adresse de tous ceux qui croient - car il n’y a pas de différence :

23 tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu -

24 et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus :

25 Dieu l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi ; il voulait montrer sa justice, du fait qu’il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis

26 au temps de la patience de Dieu ; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d’être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus.

27 Où donc est le droit de se glorifier ? Il est exclu. Par quel genre de loi ? Celle des œuvres ? Non, par une loi de foi.

28 Car nous estimons que l’homme est justifié par la foi sans la pratique de la Loi.

29 Ou alors Dieu est-il le Dieu des Juifs seulement, et non point des païens ? Certes, également des païens ;

4 à me lire, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du Mystère du Christ.

5 Ce Mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit :

6 les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l’Évangile.

7 Et de cet Évangile je suis devenu ministre par le don de la grâce que Dieu m’a confiée en y déployant sa puissance :

8 à moi, le moindre de tous les saints, a été confiée cette grâce-là, d’annoncer aux païens l’insondable richesse du Christ

9 et de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère : il a été tenu caché depuis les siècles en Dieu, le Créateur de toutes choses,

Prière

*Seigneur Jésus, comme tu l’as fait avec Paul, ton disciple, tu nous encourages à annoncer ton message à temps et à contretemps, quelles que puissent être les difficultés rencontrées, de façon à ce que, de plus en plus de nos frères et soeurs parviennent à te découvrir, toi, le seul Sauveur de toute l’humanité : augmente en moi le souci et le sens de ta mission, au service de laquelle tu nous appelles dès que nous croyons en toi, donne-moi de ne jamais oublier que tous mes comportements sont porteurs d’une image que je présente de ta vie et de ta Parole, et que, de la qualité de mon obéissance au Père, et de l’imitation de tes gestes et paroles dans ma docilité à ton Esprit Saint, dépend la visibilité authentique de ton appel à travers mon témoignage. AMEN.

10.05.02.*

Évangile : Jean 16, 20-23

DE L’EVANGILE DE JEAN

Texte

20 En vérité, en
vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le
monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera
en joie.
21 La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste
parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à
l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme
soit venu au monde.
22 Vous aussi, maintenant vous voilà
tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie,
et votre joie, nul ne vous l’enlèvera.
23 Ce jour-là, vous ne
me poserez aucune question.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.

Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).

A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.


Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.

Dans la Section 2 du Dernier Discours de Jésus (15, 1 - 16, 33), suite à la présentation et à l’explication de l’image-comparaison de la vigne et des sarments (sous-section 1 : 15, 1 - 17), ainsi qu’à la constatation de la haine du monde à l’égard de Jésus et de ses disciples (sous-section 2 : 15, 18 - 16, 4a), une dernière sous-section, que nous lisons maintenant (16, 4b - 33), reprend les thèmes déjà abordés lors de la grande 1ère partie de ce discours (Section 1 : 13, 31 - 14, 31).

2. Message

Le passage de Jésus au Père en son “Heure”, c’est-à-dire son départ de ce monde, va être vécu comme une grande épreuve par les disciples de Jésus.

Jésus précise néanmoins que cette épreuve va devenir pour eux une source de très grande joie, liée à une transformation radicale qui va s’opérer dans leur être et dans leur vie.

Cette transformation, évoquée ici dans l’image de la femme qui met au monde un nouvel être humain, dans les douleurs de l’enfantement, ne sera rien moins qu’une nouvelle naissance à un autre type d’existence pour les disciples de Jésus.

Et ce changement qui va ainsi s’opérer en eux sera son oeuvre, son retour intérieur, absolument efficace, bien qu’invisible, au coeur de leur existence, dans l’Esprit Saint qu’il leur donnera lorsqu’il se manifestera lui-même à eux, à la fois comme étant lui-même et tout autre, en leur apparaissant dans sa gloire de Ressuscité.

Ainsi leur demeurera-t-il constamment présent et agissant, en son absence. Ce qui sera pour eux, dans leur foi accueillant l’Esprit de Jésus et se laissant conduire par lui, source d’une joie indéfectible et d’une connaissance intime du mystère de Dieu révélé en Jésus, et inscrit par lui, en eux.

3. Decouvertes

Dans cette nouvelle partie du Discours, après nous avoir reparlé de son départ et de la venue du Paraclet (16, 4b - 15), Jésus fait comprendre à ses disciples que son retour “autrement” sera pour eux source de joie et de redécouverte approfondie de sa personne et de son message (16, 16 - 23a). Il annoncera ensuite que toutes nos requêtes nous seront alors accordées et que nous serons capables de comprendre vraiment ses paroles et le sens total de sa mission (16, 23b - 33).

On s’est demandé quelle période vise exactement Jésus quand il parle ainsi de son retour. On a débord pensé, comme l’ont fait les Pères de l’Eglise, que Jésus parlait de ses futures apparitions de Ressuscité. Mais Jésus, compte tenu des limites de son authentique humanité, semblable en tous points à la nôtre à l’exception du péché (Hébreux, 2, 17 - 18 et4, 15), pouvait-il de son vivant avoir une prescience aussi exacte de sa future condition de Ressuscité ?

Saint Augustin estime, de son côté, que Jésus parlait ainsi plutôt de son retour en sa qualité de Fils de l’homme en gloire à la fin ultime des temps.

Peut-être Jésus, selon sa foi, unique et totale, en Dieu son Père, partageait-il simplement, dans ce contexte d’adieux de son dernier repas et dernier discours, sa conviction profonde que Dieu validerait sa mission et son témoignage d’obéissance engagée jusqu’au terme, en lui faisant remporter une victoire décisive sur la mort et toutes les formes du mal et du péché, mais sans définir pour autant les données concrètes de cette victoire et de la révélation qu’en auraient ses disciples.

Si bien que ses propos des versets 16 - 23a pourraient viser à la fois la connaissance qu’auraient rapidement ses disciples de cette victoire qu’il attendait, et la manifestation finale qu’en représenterait son retour en gloire comme Fils de l’homme au terme définitif de l’histoire de l’humanité.

Il n’en reste pas moins que, selon tout le contexte de cet Evangile de Jean, ce retour annoncé de Jésus, et le fait que nous sommes appelés ainsi à le voir ou revoir, fait également certainement allusion à la rencontre vivante que nous avons de lui, suite à l’envoi sur nous de son Esprit promis, qui le rend présent et actif en nous, comme en tous ceux qui, au fil des âges, sont devenus ou deviendront ses disciples.

A plusieurs reprises, en ce dernier discours, Jésus lie son départ et son retour à une situation nouvelle qui va leur être donnée : c’est ainsi qu’au chapitre 14, 26 - 27, il leur laisse et leur donne sa paix, avec le don de son Esprit, et qu’ici, dans ce passage, il leur annonce une expérience de joie inamissible, liée toujours au don de son Esprit.

4. Prolongement

Saint Paul, en ses lettres, nous parle en termes semblables de cette paix et de cette joie liées à la résurrection de Jésus, et au don de l’Esprit qui nous est fait constamment depuis lors, et qui anime notre vie, nous assurant transformation intérieure et découverte du mystère de Dieu révélé en Jésus Christ :

8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,

9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;

10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,

11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.

4 Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous.

5 Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.

6 N’entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu.

7 Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus.

17 que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour.

18 Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur,

19 vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, puisque nous croyons en toi, nous avons la conviction que ton Esprit Saint, qui te rend présent en nous avec la puissance de ta résurrection et ta révélation unique de Dieu, nous permet de te reconnaître et de te suivre ainsi, avec, en outre, la capacité de t’imiter dans toutes tes démarches de vérité et d’amour : donne-moi de vivre vraiment de ton Esprit et de ta présence qui lui est associée, dans une existence qui témoigne toujours concrètement, visiblement, et de plus en plus, de toi. AMEN.

30.05.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour