📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 22, 1-30
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
30 Le lendemain, voulant savoir de quoi les Juifs l’accusaient au juste, il le fit détacher et ordonna aux grands prêtres ainsi qu’à tout le Sanhédrin de se réunir ; puis il amena Paul et le fit comparaître devant eux.
1 Fixant du regard le Sanhédrin, Paul dit : ” Frères, c’est tout à fait en bonne conscience que je me suis conduit devant Dieu jusqu’à ce jour. “
2 Mais le grand prêtre Ananie ordonna à ses assistants de le frapper sur la bouche.
3 Alors Paul lui dit : ” C’est Dieu qui te frappera, toi, muraille blanchie ! Eh quoi ! Tu sièges pour me juger d’après la Loi, et, au mépris de la Loi, tu ordonnes de me frapper ! “
4 Les assistants lui dirent : ” C’est le grand prêtre de Dieu que tu insultes ? “
5 Paul répondit : ” Je ne savais pas, frères, que ce fût le grand prêtre. Car il est écrit : Tu ne maudiras pas le chef de ton peuple. “
6 Paul savait qu’il y avait là d’un côté le parti des Sadducéens, de l’autre celui des Pharisiens. Il s’écria donc dans le Sanhédrin : ” Frères, je suis, moi, Pharisien, fils de Pharisiens. C’est pour notre espérance, la résurrection des morts, que je suis mis en jugement. “
7 A peine eut-il dit cela qu’un conflit se produisit entre Pharisiens et Sadducéens, et l’assemblée se divisa.
8 Les Sadducéens disent en effet qu’il n’y a ni résurrection, ni ange, ni esprit, tandis que les Pharisiens professent l’un et l’autre.
9 Il se fit donc une grande clameur. Quelques scribes du parti des Pharisiens se levèrent et protestèrent énergiquement : ” Nous ne trouvons rien de mal en cet homme. Et si un esprit lui avait parlé ? ou un ange ? “
10 La dispute devenait de plus en plus vive. Le tribun, craignant qu’ils ne missent Paul en pièces, fit descendre la troupe pour l’enlever du milieu d’eux et le ramener à la forteresse.
11 La nuit suivante, le Seigneur vint le trouver et lui dit : ” Courage ! De même que tu as rendu témoignage de moi à Jérusalem, ainsi faut-il encore que tu témoignes à Rome. “
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 4, qui se déploie en 4 scènes : Paul en procès à Jérusalem (21, 17 - 23, 30), Paul en procès à Césarée (23, 31 - 26, 42), interlude : tempête et naufrage en Méditerranée (27, 1 - 28, 10), Paul à Rome (28, 11 - 31).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l’Assemblée de Jérusalem jusqu’à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.
Suite à sa seconde grande mission qui l’avait mené jusqu’en Europe (Macédoine et Grèce), Paul a effectué et terminé un 3ème grand voyage missionnaire, qui l’a conduit principalement à Ephèse, où il a séjourné plus de 2 ans, avant de le faire revenir par la Grèce et les villes de la côte d’Asie Mineure, pour enfin arriver à Jéursalem, où il avait choisi de se rendre, sans se faire d’illusions sur les difficultés qu’il y rencontrerait, mais qu’il avait acceptées d’avance comme faisant partie de sa mission. De fait, il ne s’était pas trompé, et malgré les précautions qu’il a prises pour aller dans le Templs selon les prescriptions de la Loi Juive, il s’y est fait rapidement arrêter au cours d’une émeute, et le voici prisonnier, statut qui sera désormais le sien.
2. Message
L’autorité romaine, ayant été obligée d’intervenir pour que Paul ne fût pas lynché par la foule, a d’abord accepté qu’il prenne tout de suite la parole pour se défendre devant cette foule, à laquelle Paul a ainsi pu raconter l’événement de sa conversion et préciser la mission qu’il avait reçue de Jésus. Comme ce discours n’avait pas calmé la foule, bien au contraire, le tribun a essayé de faire interroger Paul selon les méthodes policières de l’époque, mais a immédiatement pris peur quand Paul a décliné ses droits de “citoyen romain”. Le tribun décide donc d’une nouvelle confrontation entre Paul et les autorités Juives (les grands prêtres et le sanhédrin), confrontation à laquelle nous assistons.
Devant cette assemblée Paul se défend magistralement : il reproche d’abord au Grand Prêtre d’avoir donné l’ordre de le frapper et prophétise, semble-t-il, contre lui, tout en déclarant se soumettre à la Loi, et en s’excusant. Puis, se situant domme docteur de la Loi et Pharisien, il fait, à ce titre, profession de foi en la résurrection des morts, ce qui entraîne un tumulte tel entre les Pharisiens et les Sadducéens (qui, eux, refusent toute idée de résurrection, d’ange ou de réalité spirituelle ayant une existence propre), que, pour protéger Paul devant la violence croissante qui devenait incontrôlable, le tribun le fait retirer du milieu de cette assemblée par la force publique, et le ramène à la prison de la forteresse.
Une vision du Seigneur vient alors encourager Paul à continuer dans le témoignage qu’il rend à Jésus : en tant que citoyen romain, Paul dispose de la faculté de faire appel à la juridiction directe de l’Empereur, à Rome : c’est ce qui lui est, semble-t-il, ici suggéré au nom de sa mission, et c’est ce que Paul ne manquera pas de faire, le moment venu.
3. Decouvertes
Comme les sadducéens n’admettaient pas l’idée de résurrection, ils ne pouvaient tolérer que l’on annonce impunément la Bonne Nouvelle de Jésus, fondée justement sur l’événement pascal de sa mort-résurrection. Ce qui, en revanche, n’était pas un obstacle pour les Pharisiens, dont un certain nombre d’idées chrétiennes sont demeurées, d’ailleurs, proches de leur tradition.
En traitant le Grand Prêtre, qu’il n’avait pas identifié, de “muraille blanchie”, Paul a-t-il prophétisé sa fin misérable, assassiné dans un égout (voir TOB, Actes, 23, 2 - 3, notes “g” et “i”) ?
Même si Paul fait preuve d’une grande habileté en amenant le débat sur le thème de la résurrection, qui oppose radicalement Pharisiens et Sadducéens, il n’en annonce pas moins, par là, ce qui est la base de toute notre foi chrétienne :
12 Or, si l’on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts ?
13 S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité.
14 Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi.
15 Il se trouve même que nous sommes des faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas.
16 Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité.
17 Et si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi ; vous êtes encore dans vos péchés.
18 Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri.
Paul, appelé par le Seigneur au chemin de Damas, et envoyé ainsi en mission, a été régulièrement, selon les Actes des Apôtres, éclairé par le Seigneur sur les démarches nouvelles à entreprendre pour cette mission : voir Actes, 9, 10; 16, 9 - 10; 18, 9; 23, 11; 26, 19. En effet, tout au long des Actes, et des différentes étapes du développement missionnaire de la Bonne Nouvelle de Jésus, c’est Jésus ressuscité, dans l’Esprit, qui est le maître réel de la mission et de toutes ses évolutions, que cette mission soit confiée concrétement à Pierre, d’abord, à Paul, ensuite.
4. Prolongement
Dans ces interrogatoires et discours de défense, Paul ne cherche d’abord qu’à annoncer Jésus, et situe tout ce dont il fait l’expérience dans le cadre de sa mission, de la réponse à son appel. Dans la persécution qu’il subit, s’accomplissent des paroles de Jésus :
11 ” Lorsqu’on vous conduira devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre ou que dire,
12 car le Saint Esprit vous enseignera à cette heure même ce qu’il faut dire. ”
12 ” Mais, avant tout cela, on portera les mains sur vous, on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous traduira devant des rois et des gouverneurs à cause de mon Nom,
13 et cela aboutira pour vous au témoignage.
14 Mettez-vous donc bien dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer d’avance votre défense :
15 car moi je vous donnerai un langage et une sagesse, à quoi nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire.
27 S’approchant alors, quelques Sadducéens - ceux qui nient qu’il y ait une résurrection - l’interrogèrent …
34 Et Jésus leur dit : ” Les fils de ce monde-ci prennent femme ou mari;
35 mais ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part à ce monde-là et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari ;
36 aussi bien ne peuvent-ils plus mourir, car ils sont pareils aux anges, et ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection.
37 Et que les morts ressuscitent, Moïse aussi l’a donné à entendre dans le passage du Buisson quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.
38 Or il n’est pas un Dieu de morts, mais de vivants ; tous en effet vivent pour lui. ”
9 En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.
Prière
*Seigneur Jésus, comme tu nous l’as promis, tu es sans cesse à nos côtés, mais, pour qu’en nous remettant à toi avec une foi confiante, nous soyons toujours les témoins et les continuateurs de ta mission accomplie, dont nous avons à annoncer, à tous nos frères et soeurs en humanité, qu’elle les concerne tous : apprends-moi toujours et partout, quelles que soient les circonstances ou les difficultés, à témoigner que tu es ressuscité des morts, que, dans ta résurrection, tout le plan de Dieu, assumé par toi dans ton obéissance jusqu’à la mort, est définitivement accompli, et que la grande nouvelle qui éclaire les hommes et les femmes de tous les temps, est désormais celle du salut que tu nous offres, de toi-même à rencontrer, de ta Parole à recevoir, de l’unique chemin que tu es pour entrer totalement dans la famille de Dieu, qui nous appelle à partager sa vie, si nous nous laissons saisir par toi dans ton Esprit Saint. AMEN.
16.05.02.*
Évangile : Jean 17, 20-26
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi,
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé.
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un :
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.
25 Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé.
26 Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. “
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.
Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).
A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.
Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.
Dans la Section 3 du Dernier Discours de Jésus (17, 1 - 26), nous sommes parvenus dans la grande prière finale de Jésus à son Père, qui occupe tout le chapitre 17 de l’Evangile, et vient clore ce grand discours d’adieu-testament, que Jésus vient de prononcer devant ses disciples.
Dans une première unité, Jésus, au terme de sa mission, prie pour la gloire que le Père va lui donner (sous-section 1 : 17, 1 - 8), il prie ensuite, dans un deuxième temps, pour tous ceux que le Père lui a donnés (sous-section 2 : 17, 9 - 19), avant d’étendre sa prière en confiant au Père tous ceux qui, dans l’avenir, seront conduits à croire en lui par la prédication de ses dsiciples (sous-section 3 : 17, 20 - 26).
Notre passage reprend le troisième temps de cette prière ultime et solennelle de Jésus.
2. Message
Dans cette dernière partie de sa prière, après avoir d’abord priè pour que le Père le glorifie en cette “Heure” où s’achève sa mission (17, 1 - 8), puis, après avoir prié pour ceux que le Père lui a donnés et qui viennent de partager son dernier repas (17, 9 - 19), Jésus se tourne maintenant résolument vers l’avenir de l’évangélisation, vers les générations futures de tous ceux qui recevront sa Bonne Nouvelle, et croiront en lui. Il prévoit le succès de la mission de ses premiers disciples et de ceux qui les suivront, disciples dont il a dit plus haut au verset 18, qu’il les a envoyés dans le monde. Déjà, en priant auparavant pour les disciples qui l’entourent en ce dernier soir de sa vie d’homme (17, 9 - 19), Jésus priait pour les futurs chrétiens dont nous sommes : en effet, ses premiers disciples représentent déjà, sont l’image et le symbole de ce que devront être les croyants de toutes les générations.
Nous pouvons distinguer deux demandes que Jésus adresse maintenant au Père lorsqu’il prie ainsi pour nous : que tous ceux qui croiront en lui soient un avec lui et entre eux, et que tous soient avec lui pour partager sa gloire éternelle auprès du Père.
L’unité pour laquelle Jésus prie a deux dimensions : la première est verticale, car elle fonde cette unité sur la relation entre Jésus et Dieu. La seconde est horizontale et se résume dans le “commandement nouveau” de s’aimer les uns les autres comme il les aimés, laissé par Jésus à ses disciples (13, 34 - 35 et 15, 12. 17).
Ces 2 dimensions selon lesquelles doit se vivre le mystère de notre unité avec le Père par Jésus et entre nous, les croyants, vont bien au-delà de ce que l’on pourrait appeler une “solidarité” humaine ou sociale, d’une part, et ne s’expriment pas, d’autre part, dans une structure institutionnelle : elles viennent toutes deux de la révélation du Père manifestée en Jésus.
De plus, cette unité vécue et partagée entre les croyants n’est pas une expérience “privée” de la communauté des disciples de Jésus, mais un défi pour le monde, de la même façon que l’unité entre Jésus et le Père pose un défi à tous les hommes qui ont à choisir entre le salut proposé par Jésus ou le jugement, s’ils refusent de suivre Celui que le Père a envoyé pour le révéler (v. 21 et 23). En ce qui nous concerne, nous les croyants, il ne s’agit pas de lancer notre défi au monde avec un programme particulier de communion et de vie fraternelle en commun, mais simplement avec le message évangélique qui est révélation de la relation unique de Jésus au Père et manifestation de Dieu à travers les paroles et les oeuvres de Jésus.
Le point culminant de cette unité nouvelle se situe dans la seconde demande que Jésus formule dans sa prière pour nous : que puisse nous être partagée et communiquée, ainsi qu’à tous les croyants, la gloire que Jésus a en commun avec le Père depuis l’origine. Il apparaît clairement au v. 24 que le fondement de cette relation d’éternité entre Jésus et le Père qui nous est réservée en partage, est leur amour mutuel.
Déjà, les communautés de ceux qui croient en Jésus peuvent proclamer qu’elles ont vu la gloire du Verbe fait chair (1, 14). Mais, au coeur de ce “déjà-là”, le “pas-encore” de notre entrée définitive dans la communication finale de la relation que Jésus ressuscité vit avec le Père, demeure “à venir”.
N’oublions pas que c’est Jésus seul qui, par son “Heure” de passion-mort-résurrection-ascension-don de l’Esprit. nous fait entrer dans sa vie commune avec Dieu (10, 30; 14, 10 - 11; 14, 23; 15, 4 - 5).
3. Decouvertes
Deux traits sont importants dans la description des futurs disciples, tels qu’ils sont présentés par Jésus au v. 20 : d’abord, ils croient en Jésus. Ensuite, ils sont parvenus à la foi grâce à la parole et au témoignage des disciples de Jésus, selon une transmission de ce que l’on a reçu soi-même. Ceux qui vont ainsi bénéficier de cette communication de la Bonne Nouvelle de Jésus par l’intermédiaire des disciples envoyés en mission, ce sont des païens aussi bien que des Juifs. En Jean, 10, 16, Jésus avait déclaré qu’il avait d’autres brebis qui n’appartiennent pas à cette bergerie, et, en 11, 52, l’Evangéliste avait précisé que Jésus devait mourir non seulement pour la nation d’Israël, comme l’avait prophétisé Caïphe (11, 49 - 51), mais pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. La parole de Jésus prêchée par ses disciples est une force dynamique qu’entendent et reçoivent ceux qui appartiennent à son troupreau, quelle que soit leur origine ethnique (10, 3). Cette parole est “esprit et vie”, pour ceux qui l’entendent (6, 63), mais elle jugera ceux qui refusent de l’écouter.
Jésus demande au Père exactement la même chose pour nous, les croyants futurs, que ce qu’il a demandé pour ses disciples immédiats au v. 11 : que nous soyons un selon le modèle de l’unité du Père et du Fils (v. 21 - 23).
De ce fait, cette unité est bien plus qu’un bonne entente harmonieuse entre nous, telle que nous pouvons en faire de temps à autre l’expérience dans nos relations humaines. Notons à ce propos qu’en introduisant le Père aussi bien que le Fils dans cette unité, Jésus, tel que nous le présente ici l’Evangéliste Jean, va au delà de l’unité envisagée dans l’image du “corps du Christ” présentée par Paul. L’unité dont il est question ici est don d’une relation toute autre, reçue, celle de Jésus au Père et du Père à Jésus. De même, il s’agit d’autre chose qu’une union ou unité “morale”, car cette unité, qui est celle du Père et du Fils, implique un échange vital, dans la mesure où le Père donne la vie au Fils, et où le Fils nous transmet à son tour cette même vie. Enfin, puisqu’une telle unité doit mettre le monde au défi de croire en Jésus, elle ne peut se limiter à n’être qu’une unité purement spirituelle. Si nous relisons les versets 21 - 23 de ce chapitre 17 à la lumière des paroles de Jésus sur le bon Pasteur, qui déclarent qu’il y aura un seul troupeau et un seul berger (10, 16), il semble bien que cette unité suppose l’existence d’une communauté. De même, l’image-comparaison de la “vigne et des sarments”, que développe Jésus dans la 2ème partie de ce dernier discours, implique bien une communauté de vie selon laquelle tout, absolument tout, est partagé. Ce que confirment bien les premiers versets de la 1ère Lettre de Jean (1 Jean, 1, 3. 6 - 7).
Quel effet au juste peut avoir sur le monde, toujours selon les versets 21 - 23 de notre page, une telle unité, mystère profond de notre union au Père par et dans le Fils, qui est en même temps mystère profond de communion fraternelle entre croyants disciples de Jésus? Simplement que les disciples de Jésus vont présenter au monde le même défi que Jésus lui-même. De même que Jésus a mis le monde au défi de le suivre en prétendant ne faire qu’un avec le Père et révéler la gloire de Dieu, ainsi, dans la mesure où nous sommes un dans le Père et le Fils, “un en nous”, dit Jésus, et dans la mesure où Jésus nous a donné la gloire qu’il a reçue du Père (v. 22), son défi lancé au monde continue à travers la vie de ceux qui le suivent comme des disciples qui croient en lui.
Si une telle unité entre les croyants est un défi pour le monde qu’elle met en jugement, le terme de ce jugement est décrit dans les versets 25 et 26. Dans le v. 25, deux catégories de personnes sont situées devant le “Père très juste”, celles qui représentent un monde qui n’a pas “connu” Jésus, et ne peut connaître Dieu, et celles qui reconnaissent en Jésus l’envoyé du Père. Si Jésus ne précise pas en ce moment le destin du monde qui ne l’accepte pas, il manifeste sa volonté que les croyants soient avec lui, là où il est. et qu’ils contemplent sa gloire, la gloire que le Père lui a donnée. Il est vrai qu’ils ont déjà vu la gloire de Jésus au cours de son ministère (voir 2,11), il est vrai qu’ils verront sa gloire de ressuscité (1, 14; 17, 10 et 17, 22), mais il faut ajouter à cela qu’une manifestation définitive et achevée de la gloire de Jésus est réservée aux croyants qui rejoignent leur “Maître et Seigneur” là où il se trouve désormais, c’est-à-dire dans la gloire du Père (17, 1 - 5).
Tel est le dernier souhait, ou telle est la dernière volonté de Jésus quand il dit : “Je veux” dans la phrase : “Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée, car tu m’as aimé dès avant la création du monde.” (v. 24). Tel est donc le “testament” de Jésus, mais à recevoir, non pas comme le testament d’un homme mort, mais comme la volonté et le souhait permanents de Jésus Vivant, Ressuscité, qui est à jamais avec le Père.
4. Prolongement
Simplement quelques autres textes suggérés par notre page :
14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
11 Tel fut le premier des signes de Jésus, il l’accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.
21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. ”
1 Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu. mes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.
18 J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous.
19 Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu :
20 si elle fut assujettie à la vanité - non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise - c’est avec l’espérance
21 d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu.
18 Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est l’Esprit
Prière
*Seigneur Jésus, en nous faisant don de ton unité totale avec le Père, tu nous invites à nous situer les uns face aux autres selon un même degré d’unité et de partage, et tu as fait de notre amour mutuel et réciproque le seul signe que nous sommes vraiment tes disciples : apprends-moi à vivre mieux cette solidarité fraternelle essentielle avec tous mes frères et soeurs dans la foi, ainsi que dans l’ouverture à tous ceux et celles qui apparemment ne croient pas en toi, et rends-moi capable, en ton Esprit Saint, de vivre cette solidarité et cette ouverture comme un mystère toujours inséparable de ma rencontre profonde de toi-même au coeur de ma vie. AMEN.
05.06.2003.*