📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 19, 1-8
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
1 Tandis qu’Apollos était à Corinthe, Paul, après avoir traversé le haut-pays, arriva à Éphèse. Il y trouva quelques disciples
2 et leur dit : ” Avez-vous reçu l’Esprit Saint quand vous avez embrassé la foi ? ” Ils lui répondirent : ” Mais nous n’avons même pas entendu dire qu’il y a un Esprit Saint. “
3 Et lui : ” Quel baptême avez-vous donc reçu ? ” - ” Le baptême de Jean ”, répondirent-ils.
4 Paul dit alors : ” Jean a baptisé d’un baptême de repentance, en disant au peuple de croire en celui qui viendrait après lui, c’est-à-dire en Jésus. “
5 A ces mots, ils se firent baptiser au nom du Seigneur Jésus ;
6 et quand Paul leur eut imposé les mains, l’Esprit Saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues et à prophétiser.
7 Ces hommes étaient en tout une douzaine.
8 Paul se rendit à la synagogue et, pendant trois mois, y parla avec assurance. Il entretenait ses auditeurs du Royaume de Dieu et cherchait à les persuader.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l’Assemblée de Jérusalem jusqu’à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.
Quelque temps après la fin de son 2ème grand voyage missionnaire, qui l’avait conduit en Europe, où il avait fondé les Eglises de Philippes, Thessalonique, Bérée, Athènes, et surtout Corinthe, où il avait fait un très long séjour, et après s’être arrêté, pendant peut-être (?) une année (voir TOB, Actes des Apôtres, 18, 23, note “o”) dans la Communauté d’Antioche de Syrie, à laquelle il appartenait, et qui l’avait envoyé évangéliser au loin, Paul est maintenant reparti pour un 3ème grand voyage missionnaire. Il a pris la route d’Ephèse, traversant les régions de la Phrygie et de la Galatie, où il avait eu l’occasion également de fonder des communautés au début de son 2ème voyage (Actes, 16, 5 - 6).
2. Message
Paul a été précédé à Ephèse par un nouveau venu dans les Actes des Apôtres, Apollos, un Juif d’Alexandrie converti à Jésus, intellectuel puissant, très versé dans les Ecritures de l’Ancien Testament, et très habile pour discuter en public, mais qui ne connaît que le baptême de Jean. Pris en charge par les amis de Paul, Priscille et Aquila, qui lui donnent alors un complément d’instruction et de formation, et le situent ainsi dans l’orbite apostolique de Paul, il est parti peu après pour la région de Corinthe, où sa prédication connaîtra de grands succès (Actes, 18, 24 et 1 Corinthiens, 1 - 3).
Dès son arrivée à Ephèse, Paul y rencontre des chrétiens qui se disent disciples de Jésus, mais ne le sont que de façon incomplète, puisqu’ils ne connaissent également que le baptême de Jean Baptiste. Cela veut dire qu’ils ne sont pas au courant des événements de l’après-résurrection de Jésus, et du don de l’Esprit, qui a marqué la fondation de la 1ère communauté, à la Pentecôte qui a suivi la mort-résurrection de Jésus.
C’est l’occasion pour Paul de leur exposer la situation exacte de Jean Baptiste face à Jésus, selon le kérygme primitif : Jean n’avait d’autre mission prophétique que de préparer la venue de Jésus, et son baptême ne pouvait être que transitoire.
Ces quelque 12 personnes, sans doute les premiers membres de la communauté d’Ephèse, encore que Paul avait déjà préché aux Juifs d’Ephèse durant un bref passage, en revenant de son précédent voyage (Actes, 18, 19 - 21), sont donc baptisés au Nom du Seigneur Jésus, et, par l’imposition des mains de Paul, ils reçoivent l’Esprit Saint qui se répand sur eux dans des conditions rappelant celles de la 1ère Pentecôte à Jérusalem.
Fidèle à sa méthode d’évangélisation, Paul commence par annoncer Jésus aux Juifs de la synagogue d’Ephèse.
3. Decouvertes
Ephèse est l’un des grands centres commerciaux et religieux du monde gréco-romain. Paul y commence ici un long séjour qui va durer plus de deux ans. C’est d’Ephèse qu’il écrit sa 1ère Lettre aux Corinthiens, sa lettre aux Galates, et, probablement, sa lettre aux Philippiens.
On a du mal à imaginer ce genre de chrétiens seulement baptisés selon le baptême de Jean le Baptiste, dans la mesure, où, selon la tradition unanime de tous les écrits du Nouveau Testament, Jean Baptiste n’a fait qu’annoncer Jésus, dont il préparait la venue.
Il n’est pas exclu, et cela semble même très probable sinon certain, que des disciples de Jean Baptiste aient existé indépendamment de Jésus et de l’Eglise primitive. Cependant, quand il s’agit de chrétiens se rattachant à Jésus avec le baptême de Jean, on ne peut les imaginer que comme des chrétiens insufisamment formés et informés de la Bonne Nouvelle de Jésus. Et l’Esprit ne leur est donné, comme cela s’était déjà fait avec Pierre, lors de sa mission en Samarie (Actes, 8, 15 - 16), que par leur entrée officielle et reconnue dans la communauté de l’Eglise des Apôtres.
Il est clair que, dans les Actes des Apôtres, on ne peut recevoir l’Esprit Saint que dans l’Eglise qui est née de la descente de l’Esprit lors de la 1ère Pentecôte, première manifestation de l’Esprit envoyé par Jésus Ressuscité, et dont les manifestations postérieures auront toujours lieu dans une communauté apostolique, ou en présence d’un Apôtre, et en écho à la première Pentecôte chrétienne.
4. Prolongement
Dès les débuts de l’Eglise, différents niveaux de christianisme et différentes factions sont constatées (1 Corinthiens, 1 - 3 et Galates, 1 et suivants). Mais toute foi réelle au Seigneur Jésus suppose référence simultanée et unifiée à son ministère, sa passion, sa mort, sa résurrection et son envoi de l’Esprit, qui permet à ses disciples de continuer sa propre mission, en laquelle s’est accompli, une fois pour toutes, l’achèvement de tout le projet de salut de Dieu, salut qu’il faut maintenant offrir, comme un don de Jésus Ressuscité et de son Esprit Saint, à tous les hommes de tous les temps.
Autour de ce centre de notre foi, des différences et pluralismes peuvent exister, qui nous invitent à vivre l’unité dans la diversité. Nous pouvons parfois être tentés, comme d’autres chrétiens, de donner beaucoup, et quelquefois trop, d’importance, à des messages, des pratiques, ou des “dévotions” périphériques.
En ce sens, tout nous est possible, à la condition que tout ce que nous vivons, proclamons, célébrons, soit toujours référé (et donc, d’une certaine manière, relativisé) à Jésus, seul acteur de notre salut, dans l’accomplissement du dessein de Dieu, auquel rien ne doit plus être ajouté, sinon pour exprimer, de façon originale et pluraliste, ainsi que dans des circonstances culturelles particulières, la Bonne Nouvelle de Jésus, seul et unique Sauveur de tous les hommes, en tant que Seigneur Ressuscité (Romains, 10, 9 - 13).
Prière
*Seigneur Jésus, tu es venu à nous, au terme de toute une série d’interventions de Dieu dans l’Ancien Testament, pour nous révéler, en ta plénitude de Verbe-Parole du Dieu Vivant, toute la plénitude de Dieu dans laquelle tu nous fais prénétrer par ton existence humaine obéissante jusqu’à ta mort de la croix, ta résurrection et le don de l’Esprit Saint : apprends-moi à ne jamais perdre un instant de vue ce point central de ta Bonne Nouvelle, chaque fois que je rencontre des frères et des soeurs différents de moi dans leur pratique ou leurs expressions, aide-moi à accueillir avec respect et tolérance ces diversités, en ne manquant jamais pour autant de les situer face à ton unique message central, et à ton don gratuit, et toujours immérité, de ta présence en ton Esprit Saint, qui seule peut nous faire entrer dans le Royaume où Dieu ton Père, par toi et dans ce même Esprit Saint, nous communique la richesse de son mystère. AMEN.
02.06.2003.*
Évangile : Jean 16, 25-33
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
25 Je vous ai dit ces choses en paraboles. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous parlerai ouvertement du Père.
26 En ce jour, vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous;
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu.
28 Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde; maintenant je quitte le monde, et je vais au Père.
29 Ses disciples lui dirent: Voici, maintenant tu parles ouvertement, et tu n’emploies aucune parabole.
30 Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et que tu n’as pas besoin que personne t’interroge; c’est pourquoi nous croyons que tu es sorti de Dieu.
31 Jésus leur répondit: Vous croyez maintenant.
32 Voici, l’heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et où vous me laisserez seul; mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi.
33 Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.
Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).
A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.
Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.
Dans la Section 2 du Dernier Discours de Jésus (15, 1 - 16, 33), suite à la présentation et à l’explication de l’image-comparaison de la vigne et des sarments (sous-section 1 : 15, 1 - 17), ainsi qu’à la constatation de la haine du monde à l’égard de Jésus et de ses disciples (sous-section 2 : 15, 18 - 16, 4a), une dernière sous-section, que nous lisons maintenant (16, 4b - 33), reprend les thèmes déjà abordés lors de la grande 1ère partie de ce discours (Section 1 : 13, 31 - 14, 31).
Dans cette partie du Discours, après nous avoir reparlé de son départ et de la venue du Paraclet (16, 4b - 15), Jésus fait comprendre à ses disciples que son retour “autrement” sera pour eux source de joie et de redécouverte approfondie de sa personne et de son message (16, 16 - 23a). Il annoncera ensuite que toutes nos requêtes nous seront alors accordées et que nous serons capables de comprendre vraiment ses paroles et le sens total de sa mission (16, 23b - 33).
2. Message
Notre page (16, 29 - 33) représente la fin de l’ensemble 16, 23b - 33, qui constitue la conclusion de la 3ème sous-section de la Section 2 de ce grand discours d’adieu de Jésus, et elle ne peut se lire valablement sans être associée à toute cette conclusion.
Jésus commence par y annoncer à ses disciples qu’il ne leur parlera plus en langage énigmatique ou parabolique, mais leur communiquera ouvertement le mystère du Père. Moins que telle ou telle parabole, ou histoire illustrée, qu’il ait pu utiliser précédemment, Jésus fait allusion ici à l’ensemble de son enseignement, qu’on ne pourra vraiment comprendre que dans la lumière de l’événement pascal achevé, et du don de l’Esprit Saint.
De même, l’accès au Père dans l’intimité sera direct, via Jésus, par lequel passera désormais toute prière. Et, en ce cas, la réponse du Père sera toute aussi immédiate et directe, dans la mesure où elle deviendra partage d’une intimité et d’une proximité réciproques, fondées sur la foi des disciples en Jésus, qu’ils reconnaîtront alors comme étant véritablement “sorti de Dieu”.
Tout en admettant que Jésus parle ouvertement quand il leur dit qu’il quitte ce monde pour rejoindre le Père, de fait, les disciples ne comprennent pas le sens précis des paroles de Jésus, même s’ils affirment nettement leur foi en lui. Jésus leur fait donc découvrrir, comme il l’avait déjà fait avec Pierre, au début de cette soirée d’adieu (13, 37 - 38), qu’ils sont bien trop sûrs d’eux-mêmes, car, s’ils déclarent accepter que Jésus vient de Dieu, ils n’acceptent pas encore que le chemin de la passion et de la mort sera pour Jésus ce chemin du retour au Père.
Face à la passion, les disciples vont donc être dispersés quand vient “l’Heure” de Jésus (voir Zacharie, 13, 7; Marc, 14, 27 et Jean, 10, 12), mais, dans la solitude humaine où ils vont le laisser, Jésus est sûr de la présence “avec lui” du Père, sur laquelle il peut absolument compter.
Cette confiance de Jésus en sa victoire sur le monde, qui va se révéler en son “Heure” de passage au Père, c’est-à-dire en son expérience de passion-mort-résurrection-ascension-don de l’Esprit, doit rendre la paix aux disciples.
3. Decouvertes
L’amour pour Jésus ou le Père, comme la foi en Jésus, sont toujours “don de Dieu”. Tant que Jésus n’est pas ressuscité et que l’Esprit n’est pas répandu, ses disciples ne peuvent témoigner que d’une foi imparfaite et d’un amour limité, que Jésus essaye toutefois de consolider, en leur demandant de s’appuyer sur sa propre foi en sa victoire, ainsi que sur sa certitude de la présence du Père à ses côtés.
Déjà, Jésus avait dit qu’il exaucerait lui-même toute prière formulée en son Nom (14, 13 - 14). S’il annonce ici que c’est le Père qui répondra à leur demande, il n’y a en fait pas de différence, puisque Jésus est dans le Père, et que le Père est en lui, en parfaite unité (14, 10 - 11).
On a remarqué que la parole de Jésus qui introduit cette conclusion du 3ème discours (ou de la 3ème partie du discours) en 16, 25, (“Je vous ai dit ces choses”…) est une répétition de celle qu’il avait déjà prononcée au début de la conclusion du 1er discours (ou de la 1ère partie du discours), en 14, 25.
4. Prolongement
La présentation du rôle de l’Esprit-Paraclet-Défenseur, annoncé par Jésus, à plusieurs reprises dans les différentes parties de son discours d’adieu, révèle bien la situation nouvelle que connaîtront les disciples, le soir de Pâques, lorsqu’il leur apparaîtra Ressuscité, leur confiera le soin de prolonger sa mission, en la révélant et la rendant présente à toutes les générations, et leur donnera l’Esprit Saint avec la capacité de remettre les péchés et de changer le coeur de tout homme et de toute femme, de sorte que l’intimité de Dieu avec nous soit possible et “achevée” (20, 21 - 22).
Reprenons-en quelques affirmations très importantes :
Jean 16
16.7 Cependant je vous dis la vérité: il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai.
Jean 16
16.12 J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant.
16.13 Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir.
16.14 Il me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera.
16.15 Tout ce que le Père a est à moi; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.
16.16 Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus; et puis encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je vais au Père.
Jean 20
20.21 Jésus leur dit de nouveau: La paix soit avec vous! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.
20.22 Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit: Recevez le Saint Esprit.
20.23 Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus
Prière
*Seigneur Jésus, quand tu nous fais la grâce de te connaître et de te rencontrer, nous sommes souvent tentés d’être trop sûrs de nous-mêmes, et de recommencer à compter sur nous, sur ce que nous pensons être la force de notre foi, ou de notre fidélité, quand nous nous situons face au Père ou nous mettons en ta présence : Fais-moi sans cesse mesurer l’ampleur de la gratuité du don de Dieu, car sans ton Esprit, qui est l’Esprit du Père, que tu répands dans mon coeur et sur ma vie, je ne puis arriver à croire vraiment en toi, ni à t’aimer, ni à aimer les autres, de cet amour unique qui ne peut venir que de Dieu, et, pour cela, aide-moi à devenir pauvre de moi, pour être riche de toi en vérité et capacité d’aimer. AMEN.
13.05.02.*