📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 20, 17-28
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
17 Cependant, de Milet Paul envoya chercher à Éphèse les anciens de l’Église.
18 Lorsqu’ils furent arrivés vers lui, il leur dit: Vous savez de quelle manière, depuis le premier jour où je suis entré en Asie, je me suis sans cesse conduit avec vous
19 servant le Seigneur en toute humilité, avec larmes, et au milieu des épreuves que me suscitaient les embûches des Juifs.
20 Vous savez que je n’ai rien caché de ce qui vous était utile, et que je n’ai pas craint de vous prêcher et de vous enseigner publiquement et dans les maisons,
21 annonçant aux Juifs et aux Grecs la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ.
22 Et maintenant voici, lié par l’Esprit, je vais à Jérusalem, ne sachant pas ce qui m’y arrivera;
23 seulement, de ville en ville, l’Esprit Saint m’avertit que des liens et des tribulations m’attendent.
24 Mais je ne fais pour moi-même aucun cas de ma vie, comme si elle m’était précieuse, pourvu que j’accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus, d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu.
25 Et maintenant voici, je sais que vous ne verrez plus mon visage, vous tous au milieu desquels j’ai passé en prêchant le royaume de Dieu.
26 C’est pourquoi je vous déclare aujourd’hui que je suis pur du sang de vous tous,
27 car je vous ai annoncé tout le conseil de Dieu, sans en rien cacher.
28 Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint Esprit vous a établis évêques, pour paître l’Église du Seigneur, qu’il s’est acquise par son propre sang.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l’Assemblée de Jérusalem jusqu’à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.
Suite à sa seconde grande mission qui l’avait mené jusqu’en Europe (Macédoine et Grèce), nous rejoignons Paul, ici, au cours de son 3ème voyage qui l’a conduit principalement à Ephèse, où il est demeuré plus de 2 années, au terme desquelles il s’est décidé à aller à Jérusalem , mais en passant d’abord par la Grèce, où il vient de séjourner 3 mois avant de revenir par la Macédoine, et d’embarquer pour Troas, où, après un séjour d’une semaine, durant lequel il a ressuscité un mort, il a repris le bateau à Assos pour atteindre finalement Milet. C’est là qu’il a convoqué les Anciens d’Ephèse, pour leur faire ses adieux.
2. Message
Après les discours-types prononcés par Paul à des Juifs (à Antioche de Pisidie, en Actes, 13, 16 - 41), puis à des païens (à Lystres et Athènes, en Actes, 14, 15 - 17 et 17, 12 - 31), nous lisons ce jour le discours-type prononcé par Paul à des chrétiens, et particulièrement aux responsables d’une communauté.
Dans un premier temps, Paul fait le bilan de son activité apostolique dans la Province d’Asie, où se trouve Ephèse. Et il tient à souligner à quel point il a alors servi le Seigneur en toute humilité, en se livrant totalement, et sans répit, à l’Evangélisation des Juifs comme des païens, afin que le plus grand nombre puissent rencontrer le Seigneur Jésus dans la foi (20, 18 - 21).
Dans une 2ème partie, Paul évoque le présent et l’avenir. D’abord sa montée vers Jérusalem,dont il pressent, dans l’Esprit Saint, qu’elle sera semée d’embûches et de dangers réels, ce qui ne l’empêche pas d’aller quand même de l’avant. car ce qui compte pour lui, c’est d’accomplir sa mission jusqu’au bout, et de témoigner sans cesse de l’Evangile de la grâce gratuite de Dieu.
Ensuite, comme il pense ne plus revoir les Anciens d’Ephèse, qui, pour le moment, l’entourent, Paul leur rappelle qu’il a tout fait pour eux, et qu’il leur appartient désormais d’assumer toutes leurs responsabiliités, aussi bien personnellement que dans la conduite du troupeau qui leur est confié, et dont l’Esprit Saint les a constitués gardiens (20, 22 - 28).
Ainsi se conclut notre page, mais le discours de Paul n’est pas pour autant terminé : il va ensuite exhorter ses auditeurs à la vigilance, face à de futurs adversaires du dedans et du dehors. Que les Anciens d’Ephèse veillent donc sur leur Eglise,comme Paul l’a fait quand il était parmi eux, lui qui, maintenant les confie pour cela à la grâce de Dieu (20, 29 - 32).
La dernière partie du discours traitera de l’amour fraternel, que Paul les invite à vivre concrètement, comme il l’a fait lui-même au milieu d’eux, et il leur rappelle, à ce propos, comment il a travaillé de ses mains pour assurer sa subsistance et celle de ses compagnons, dans un authentique partage de ses biens (20, 33 - 35).
3. Decouvertes
Ce discours de Paul est également son testament, dans lequel il partage son expérience : - l’apôtre est celui qui s’oublie totalement pour annoncer la Bonne Nouvelle de la grâce de Dieu, - le secret de la fidélité à la mission apostolique, c’est de toujours se rappeler de quel troupeau on est responsable, - c’est en s’appuyant sur la seule grâce de Dieu que l’on surmonte sa peur face à l’adversité.
Le ton de ce discours est très proche de celui de certaines lettres de Paul (Philippiens, 3) ou attribuées à Paul (2 Timothée, 3 - 4). Voir également, dans les lettres authentiques de Paul : 2 Corinthiens, 10 - 12 et Romains, 15.
Ce discours insiste fort sur les difficultés de la mission, plus que sur la victoire sur les forces du mal, qu’elle réalise. Notons toutefois le grand point positif : Paul a accompli sa mission de proclamation de l’Evangile.
Les avis et consignes contenus dans ce discours sont également proches des conseils que Paul donne souvent dans la partie “parénétique” (conseils pratiques pour l’attitude chrétienne) de ses lettres : nécessité de veiller (Actes, 20, 28 et 31 : voir à ce propos 1 Thessaloniciens, 5, 6 , ainsi que 1 Corinthiens, 16, 13), méfiance à l’égard des faux docteurs (voir 1 Timothée, 1, 3 - 11).
A propos de l’image du berger ou du gardien du troupeau (v. 28 - 29), notre page est proche de 1 Pierre, 5, 2 - 3.
4. Prolongement
Paul se comporte à l’imitation de Jésus, qui l’a saisi. Comme Jésus, il prend tous les risques pour accomplir, comme il se doit, cette mission, sachant que son propre parcours personnel est totalement lié à son obéissance au Seigneur en cette mission :
1 Corinthiens 9
9.16 Si j’annonce l’Évangile, ce n’est pas pour moi un sujet de gloire, car la nécessité m’en est imposée, et malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile!
9.17 Si je le fais de bon coeur, j’en ai la récompense; mais si je le fais malgré moi, c’est une charge qui m’est confiée.
9.18 Quelle est donc ma récompense? C’est d’offrir gratuitement l’Évangile que j’annonce, sans user de mon droit de prédicateur de l’Évangile.
9.19 Car, bien que je sois libre à l’égard de tous, je me suis rendu le serviteur de tous, afin de gagner le plus grand nombre.
9.20 Avec les Juifs, j’ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs; avec ceux qui sont sous la loi, comme sous la loi (quoique je ne sois pas moi-même sous la loi), afin de gagner ceux qui sont sous la loi;
9.21 avec ceux qui sont sans loi, comme sans loi (quoique je ne sois point sans la loi de Dieu, étant sous la loi de Christ), afin de gagner ceux qui sont sans loi.
9.22 J’ai été faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver de toute manière quelques-uns.
9.23 Je fais tout à cause de l’Évangile, afin d’y avoir part.
Philippiens 3
3.7 Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ.
3.8 Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ,
3.9 et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi,
3.10 Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir,
3.11 si je puis, à la résurrection d’entre les morts.
3.12 Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus Christ.
3.13 Frères, je ne pense pas l’avoir saisi; mais je fais une chose: oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant,
3.14 je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus Christ.
3.15 Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons cette même pensée; et si vous êtes en quelque point d’un autre avis, Dieu vous éclairera aussi là-dessus.
3.16 Seulement, au point où nous sommes parvenus, marchons d’un même pas.
3.17 Soyez tous mes imitateurs, frères, et portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous.
Prière
*Seigneur Jésus, d’un même mouvement, et dans une attitude totalement unifiée, tu accomplissais à la fois la volonté du Père et le service des hommes et des femmes que tu rencontrais sur les chemins de ta mission, et, de plus, tu as rendu tes premiers témoins et apôtres, Paul entre autres, capables de vivre comme toi, dans une semblable démarche de vérité : apprends-moi à ne jamais séparer mon destin de ton destin, ni de celui de tous mes frères et soeurs de ce monde, pour lesquels tu es mort, afin de les sauver, aide-moi à vivre l’unité de mon obéissance à ton appel, et de ma capacité à reproduire ton image, pour que mon existence toute entière devienne un lieu de rayonnement de ta présence et de ta Parole. AMEN.
14.05.2002*
Évangile : Jean 17, 1-8
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit : ” Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie
2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés !
3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.
4 Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire.
5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde.
6 J’ai manifesté ton nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole.
7 Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ;
8 car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.
Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).
A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.
Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.
Dans la Section 3 du Dernier Discours de Jésus (17, 1 - 26), nous sommes parvenus dans la grande prière finale de Jésus à son Père, qui occupe tout le chapitre 17 de l’Evangile, et vient clore ce grand discours d’adieu-testament, que Jésus vient de prononcer devant ses disciples.
Dans une première unité, Jésus, au terme de sa mission, prie pour la gloire que le Père va lui donner (sous-section 1 : 17, 1 - 8), il prie ensuite, dans un deuxième temps, pour tous ceux que le Père lui a donnés (sous-section 2 : 17, 9 - 19), avant d’étendre sa prière en confiant au Père tous ceux qui, dans l’avenir, seront conduits à croire en lui par la prédication de ses dsiciples (sous-section 3 : 17, 20 - 26).
Notre passage reprend le premier temps de cette prière ultime et solennelle de Jésus.
2. Message
Avec cette page, nous sommes donc entrés dans la toute dernière grande partie du Dernier Discours de Jésus (17, 1 - 26), entièrement consacrée à la prière finale de Jésus devant ses disciples et pour eux. Prière qui se situe bien dans l’atmosphère d’un discours de quelqu’un qui quitte les siens et les confie à Dieu-Père. Surtout, comme c’est le cas ici pour Jésus, après avoir ouvert à ses disciples des perspectives insoupçonnées et insondables sur sa situation face au Père et à eux, et au partage qu’il leur offre de cette situation unique.
“L’Heure” du passage de Jésus au Père en sa mort, première étape de son élévation en gloire, est arrivée. C’est le moment où la gloire de Dieu va se révéler d’une manière suprême et définitive, et Jésus, entouré de ses disciples, se tient en présence du Père.
Il commence par rappeler la mission qu’il a reçue du Père, à savoir donner à tous la vie éternelle, et il déclare qu’il a achevé son oeuvre. Il prie pour les gloire qu’il avait dans les cieux avec le Père avant de la laisser pour accomplir son ministère sur la terre.
Ensuite, il rend compte à Dieu de ce qu’il a réalisé : aux hommes que Dieu lui a donnés, il a fait connaître le Nom de Dieu en révélant sa qualité de Père et son projet de donner la vie. Ses disciples ont répondu positivement à la mission de Jésus, en reconnaissant que Jésus vient de Dieu.
3. Decouvertes
Quand Jésus prie pour que le Père le glorifie, la gloire qu’il cherche n’est pas séparable de la gloire du Père, et c’est celle-là qu’il demande. Jésus n’a jamais cherché sa propre gloire (8, 50 ; 9, 43), mais toujours uniquement la gloire du Père. En traversant son “Heure”, Jésus va retourner au Père, et tous les croyants verront qu’il partage la gloire du Père dans l’unité avec lui. Une telle perception nous est possible dans le don qui nous est fait de la vie éternelle pour tous ceux qui croient en Jésus, car cette vie éternelle, le Fils la partage avec le Père depuis le commencement, en même temps qu’il partage la gloire du Père.
Dans cet Evangile de Jean, Jésus avait déjà manifesté sa gloire dans son ministère (lors du premier signe de Cana, par exemple : 2, 11, mais voir aussi : 1, 14; 11, 4. 40; 12, 28). Mais cette gloire de Jésus n’était alors perçue que par des signes. Avec “l’Heure” de Jésus, nous passons des signes à la réalité, car la vie de Dieu n’est plus donnée à travers des signes, mais dans le don réel de l’Esprit-Paraclet.
Que veut dire l’expression : “La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ” ? “Connaître”, c’est vivre ici dans l’obéissance aux commandements, et dans une authentique communion fraternelle entre frères croyants. Mais une telle attitude de participation à la vie qui vient de Dieu et s’exprime ainsi, suppose une juste et réelle découverte de l’identité du Père et du Fils, qui nous fait comprendre et proclamer que “Jésus est Fils de Dieu”.
Cette gloire que Jésus demande est identique à celle qu’il avait avec le Père avant que le monde fût. Jésus se présente ici comme porteur de toute la Sagesse de Dieu, qui existe depuis le commencement de tout (Proverbes, 8, 23), qui a participé à la création du monde (Proverbes, 8, 30), et se trouve pleinement associée à la gloire de Dieu (Sagesse, 7 , 25).
Le “Nom” de Dieu que Jésus révèle aux hommes est plus qu’une révélation de Dieu présentée en termes généraux. C’est le Nom même de Dieu “JE SUIS”. Jésus révèle que ce Nom, c’est celui qu’il portera lorsqu’il sera glorifié sur sa croix (8, 28). Jésus porte ce Nom parce qu’il en est lui-même la révélation. Comparer cette page de très près avec l’hymne sur l’abaissement du Christ, sa “kénose”, au chapitre 2 de la Lettre de Paul aux Philippiens (Philippiens, 2, 5 - 11). : Jésus exalté nous y est présenté comme celui qui reçoit le “Nom qui est au-dessus de tout Nom”.
4. Prolongement
Cette prière de Jésus, nous avons à l’écouter quand il la redit sans cesse au Père du fond de notre coeur, où il habite dans son Esprit.
Nous avons ensuite à la faire nôtre, à redire au Père que, selon notre vocation, nous cherchons toujours, par des voies différentes, sa seule gloire et celle de Jésus, dont nous reproduisons l’image.
Nous essayons de nous interroger sur la dimension “apostolique” de notre vie, car tout disciple, tout croyant, quelqu’il soit, quels que soient sa situation ou son cheminement, est appelé à témoigner de Jésus là où il vit, et ainsi à être “apôtre”. Et c’est aussi dans ce témoignage que Jésus trouve aujourd’hui visiblement sa gloire en notre histoire vécue.
Prière
*Seigneur Jésus, de même que tu n’as cherché que la gloire de Dieu, ton Père, en accomplissant sans cesse toute sa volonté qui était pour toi ta véritable nourriture, tu nous as montré comment prier le Père en toute vérité, et tu nous apprends à nous tourner vers toi, comme tu t’es révélé te tournant vers le Père en ton “Heure” de passage, de ce monde à lui, dans la gloire : donne-moi, comme tu nous l’as offerte, la capacité de tout vivre en réelle profondeur, quoi que ce soit de mes paroles, de mes sentiments ou de mes activités, d’abord et toujours, en premier lieu, pour ta gloire et la gloire du Père, dans la conviction que ma relation à toi dans l’Esprit, devient, par toi et en toi, relation plénière et immédiate à Dieu, ton Père et notre Père. AMEN.
03.06.2003.*