📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 20, 28-38
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
28 ” Soyez attentifs à vous-mêmes, et à tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis gardiens pour paître l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par le sang de son propre fils.
29 ” Je sais, moi, qu’après mon départ il s’introduira parmi vous des loups redoutables qui ne ménageront pas le troupeau,
30 et que du milieu même de vous se lèveront des hommes tenant des discours pervers dans le but d’entraîner les disciples à leur suite.
31 C’est pourquoi soyez vigilants, vous souvenant que, trois années durant, nuit et jour, je n’ai cessé de reprendre avec larmes chacun d’entre vous.
32 ” Et à présent je vous confie à Dieu et à la parole de sa grâce, qui a le pouvoir de bâtir l’édifice et de procurer l’héritage parmi tous les sanctifiés.
33 ” Argent, or, vêtements, je n’en ai convoité de personne :
34 vous savez vous-mêmes qu’à mes besoins et à ceux de mes compagnons ont pourvu les mains que voilà.
35 De toutes manières je vous l’ai montré : c’est en peinant ainsi qu’il faut venir en aide aux faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. “
36 A ces mots, se mettant à genoux, avec eux tous il pria.
37 Tous alors éclatèrent en sanglots, et, se jetant au cou de Paul, ils l’embrassaient,
38 affligés surtout de la parole qu’il avait dite : qu’ils ne devaient plus revoir son visage. Puis ils l’accompagnèrent jusqu’au bateau.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l’Assemblée de Jérusalem jusqu’à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.
Suite à sa seconde grande mission qui l’avait mené jusqu’en Europe (Macédoine et Grèce), nous rejoignons Paul, ici, au cours de son 3ème voyage qui l’a conduit principalement à Ephèse, où il est demeuré plus de 2 années, au terme desquelles il s’est décidé à aller à Jérusalem , mais en passant d’abord par la Grèce, où il vient de séjourner 3 mois avant de revenir par la Macédoine, et d’embarquer pour Troas, où, après un séjour d’une semaine, durant lequel il a ressuscité un mort, il a repris le bateau à Assos pour atteindre finalement Milet. C’est là qu’il a convoqué les Anciens d’Ephèse, pour leur faire ses adieux.
2. Message
Après les discours-types prononcés par Paul à des Juifs (à Antioche de Pisidie, en Actes, 13, 16 - 41), puis à des païens (à Lystres et Athènes, en Actes, 14, 15 - 17 et 17, 12 - 31), nous continuons de lire ce jour ce discours-type prononcé par Paul à des chrétiens, et particulièrement aux responsables d’une importante communauté.
Paul a évité de se rendre à Ephèse même, sans doute parce que cela lui aurait compliqué son retour en l’obligeant à y rester quelque temps, comme Luc l’indique en 20, 16. Il a donc convoqué les responsables de l’Eglise d’Ephèse à Milet pour leur faire ses adieux et leur laisser ses directives. On aura noté, dans la lecture des Actes, que Paul repassait régulièrement dans les communautés ou les Eglises qu’il avait fondées pour les encourager et les confirmer dans leur foi et leur engagement pour la cause de Jésus.
Paul commence donc par leur rappeler tout ce qu’il a fait pour eux durant son long séjour à Ephèse. En dépit de toutes les difficultés que lui ont causées les Juifs qui l’assaillent sans cesse, il n’a cessé de prêcher la totalité du message de conversion et foi en Jésus aussi bien aux Juifs qu’aux païens d’Ephèse, soit en public, soit à l’intérieur de leurs maisons. Maintenant, poussé par l’Esprit Saint, il s’en va à Jérusalem, s’attendant de plus en plus à y être persécuté. Il n’en reste pas moins déterminé à continuer sa mission d’annonce du salut gratuit de Dieu, quoi qu’il puisse lui arriver.
Comme il pense que les Anciens d’Ephèse ne le verront plus, il leur confie la poursuite de son oeuvre d’Evangélisation. Et il leur donne la charge, en tant que bergers du troupeau du Christ, de protéger leur Eglise des ennemis qui ne manqueront pas de surgir contre elle, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur de leur communauté. Qu’ils soient donc vigilants et se rappellent le combat et l’engagement incessants que Paul a vécus près de trois années au service de l’Evangile.
Après leur avoir rappelé la façon dont il avait vécu parmi eux, pratiquant sa profession et partageant ses ressources, il prie une dernière fois avec eux et les laisse dans la tristesse de le voir partir.
3. Decouvertes
Paul a conscience d’obéir au Seigneur qui lui demande de témoigner en risquant sa vie dans un voyage à Jérusalem. La suite des Actes nous montrera comment, arrêté et prisonnier, Paul n’en continuera pas moins sa mission jusqu’au bout, en dépit de toutes les situations adverses qu’il rencontre. Paul n’hésite pas à rappeler tout ce qu’il a essayé de faire de toutes ses forces pour l’adhésion des Ephésiens au Christ Jésus. En insistant sur ce point dans la première partie de son discours, il veut préparer les Anciens de cette Eglise à recevoir le message, en quelque sorte le testament qu’il leur donne, et qui peut se résumer ainsi : ce que j’ai commencé, continuez-le, à vous de jouer maintenant.
Paul les invite de fait à l’imiter comme il a imité le Christ. Dans ce discours, nous assistons à un passage de la mission, de la première génération de chrétiens à la seconde.
4. Prolongement
L’articulation des arguments de Paul nous concerne encore aujourd’hui : sommes-nous capables,comme lui, de dire que nous avons travaillé sans relâche, jusqu’au bout de nous-mêmes, et en risquant tout, pour l’Evangile de Jésus, à le proclamer, et à en témoigner, en agissant comme Jésus, et en rendant compte à nos frères de nos raisons d’agir selon l’Esprit de Jésus ?
Demeurons-nous, comme Paul, disponibles à l’avenir que Dieu nous réserve ? Paul nous dit : “à vous de jouer, désormais, partout et toujours, dans la force de l’Esprit de Jésus”, comme Jésus l’avait dit à ses disciples en son discours d’adieu, que nous lisons ces jours-ci (Jean, 13, 31 - 17, 26), et à la fin duquel il prie pour ses disciples.
En nous confiant à Dieu et à son message de grâce, Paul nous rappelle que la mission, c’est d’abord l’affaire de Jésus qui continue à travers nous, dans la puissance de l’Esprit que Jésus a répandu sur les siens. Paul prête ainsi son existence au Seigneur, dont il rend visible l’action : à nous de faire de même (1 Corinthiens, 15, 10 - 11 et Galates, 2, 20).
Paul a essayé de vivre la gratuité de l’amour. Nous avons tout reçu du Seigneur, et comme lui, il nous faut tout donner, et dans toutes les dimensions de notre vie : le fait que Paul associe la pratique de son métier à son message nous invite à considérer toutes nos occupations comme le lieu de la manifestation de la gratuité du don de Dieu et de la création nouvelle dans le Christ ressuscité.
Prière
*Seigneur Jésus, constitués selon ta volonté en communautés d’Eglise pour une mission commune exercée en ton Nom, nous avons tous à nous rendre des comptes les uns aux autres sur notre manière d’annoncer ton Evangile, et de le manifester concrètement selon toutes nos capacités et nos formes d’expression humaines : apprends-moi à mieux t’imiter dans tous mes comportements quotidiens, vécus comme autant de lieux où rendre visibles ta présence ainsi que l’efficacité de ta Parole et du salut que tu nous as apporté en ta mission, ta mort et ta résurrection. AMEN.
04.06.2003.*
Évangile : Jean 17, 9-19
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
9 C’est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi; -
10 et tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi; -et je suis glorifié en eux.
11 Je ne suis plus dans le monde, et ils sont dans le monde, et je vais à toi. Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un comme nous.
12 Lorsque j’étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie.
13 Et maintenant je vais à toi, et je dis ces choses dans le monde, afin qu’ils aient en eux ma joie parfaite.
14 Je leur ai donné ta parole; et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
15 Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal.
16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
17 Sanctifie-les par ta vérité: ta parole est la vérité.
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde.
19 Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.
Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).
A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.
Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.
Dans la Section 3 du Dernier Discours de Jésus (17, 1 - 26), nous sommes parvenus dans la grande prière finale de Jésus à son Père, qui occupe tout le chapitre 17 de l’Evangile, et vient clore ce grand discours d’adieu-testament, que Jésus vient de prononcer devant ses disciples.
Dans une première unité, Jésus, au terme de sa mission, prie pour la gloire que le Père va lui donner (sous-section 1 : 17, 1 - 8), il prie ensuite, dans un deuxième temps, pour tous ceux que le Père lui a donnés (sous-section 2 : 17, 9 - 19), avant d’étendre sa prière en confiant au Père tous ceux qui, dans l’avenir, seront conduits à croire en lui par la prédication de ses dsiciples (sous-section 3 : 17, 20 - 26).
Notre passage reprend le deuxième temps de cette prière ultime et solennelle de Jésus.
2. Message
Le plan de cette longue prière est, à lui seul, tout un programme. Jésus commence par prier pour lui-même, en constatant qu’il a accompli son oeuvre et en demandant au Père de le glorifier (17, 1 - 8). Puis, dans un 2ème temps, où nous nous trouvons aujourd’hui, il prie pour ceux que le Père lui a donnés, et qui maintenant l’entourent en cette soirée (17, 9 - 19). Jésus terminera sa prière en priant pour tous ceux des générations futures - dont nous sommes -, qui croiront en lui pour avoir écouté le témoignage de ses premiers disciples (17, 20 - 26).
Dans le 2ème temps de cette prière que nous lisons ce jour, Jésus tient d’abord à distinguer ses disciples, que le Père lui a donnés, du monde, dont les forces hostiles sont tournées contre lui (17, 9 - 16).
Jésus ne peut prier pour ce “monde- là” qui le refuse. Mais il prie pour ceux que le Père lui a donnés, car tout ce qui est au Père est à lui, et réciproquement. Quand cette communion de partage intégral entre le Père et lui est manifestée à ses disciples par sa Parole et son engagement, Jésus est glorifié en eux.
Au moment de son départ vers le Père, Jésus prie pour que ses disciples demeurent dans cette unité avec Dieu, et donc soient “un” entre eux de cette même unité.
Ainsi unis à Dieu, les disciples connaîtront la joie qui constrastera avec la haine que le monde aura à leur égard, puisqu’ils ne sont pas du monde, du fait qu’ils sont en communion avec Jésus et attachés à lui, partageant ainsi sa situation et son destin.
Les 2 derniers versets de cette 2ème partie de la prière de Jésus à son Père se résument en une demande que Jésus fait au Père de consacrer-sanctifier ses disciples qu’il va envoyer dans le monde continuer sa mission, en la révélant comme accomplie. Cette consécration se fera par la vérité du don de Dieu, manifestée dans l’obéissance de Jésus jusqu’à la mort de la croix, et dans l’Esprit Saint qu’il donnera à ses disciples après sa résurrection.
3. Decouvertes
Au début de ce deuxième temps de sa prière, Jésus montre comment les disciples étendent la manifestation de sa gloire dans leur mission même, car cette mission sera glorification sur terre du Nom de Dieu communiqué à Jésus. C’est donc également en ses disciples que Jésus est glorifié.
Les disciples sont envoyés dans le “monde” que Dieu a tant aimé qu’il lui a envoyé, lui, son Fils unique (3, 16). Mais cet envoi du Fils, c’est pour qu’il soit accueilli, et, à ce niveau, un choix s’impose à tous ceux qui rencontrent Jésus : il leur faut choisir, démarche qui engage un jugement pour ceux qui ont refusé, ou ont cessé, de suivre Jésus (3, 16 - 18). C’est en fonction de ce refus de chosir de suivre Jésus que le “monde” en vient à désigner ceux qui refusent formellement Jésus. Jésus ne prie donc pas pour le “monde” ainsi identifié.
Le “Nom” de Dieu, ou le “Nom” du Père, c’est sa réalité profonde, transmise au Fils qui la transmet à ses disciples et les garde dans cette réalité profonde.
La gloire de Jésus, c’est que cet échange total, entre le Père et lui, soit communiqué à ses disciples.
L’unité entre les disciples est le fruit du don que Jésus leur fait de sa relation au Père, dans l’unité totale.
La source de notre joie, c’est cette Parole de Jésus, qui nous révèle l’ampleur du partage qu’il nous fait de son unité avec le Père.
La mission de Jésus lui vient du Père, il la transmet à ses disciples qui doivent la continuer dans l’Esprit. Et ce transfert se réalise par la consécration de Jésus se donnant tout entier au Père en son “Heure” de passage de mort-résurrection.
4. Prolongement
Cette prière, comme le reste de l’Evangile, a, bien entendu, été écrite après la résurrection de Jésus. Et nous, qui sommes uniquement d’après cette résurrection de Jésus, nous devons la lire ainsi.
La grande manifestation de Jésus ressuscité à ses disciples sera leur consécration suprême et l’accomplissement effectivement, et totalement, réalisé en eux de cette prière de Jésus, prononcée à quelques heures de sa mort : en effet, c’est alors que, solennellement, il les enverra en mission, poursuivre sa propre mission à lui, comme le Père l’a envoyé, et ce, en leur en donnant toutes les possibilités par le don de l’Esprit Saint, avec la capacité de renouveler intérieurement les hommes et les femmes de tous les temps, en leur remettant les péchés en son Nom (relire Jean, 20, 19 - 23).
Prière
*Seigneur Jésus, à notre tour, nous te sommes donnés par le Père, qui nous a saisis dans son Esprit, qui est ton Esprit, et, comme toi, nous sommes consacrés, sanctifiés, envoyés aujourd’hui, mais pour révéler ta présence et ta relation unique au Père, de la même façon que tu l’as fait toi-même tout au long de ton ministère : fais que je sois toujours à l’écoute de ta Parole, et disponible à ton Esprit Saint, pour que je me découvre, en ma pauvreté, toujours chargé de ta mission auprès de mes frères et soeurs, et rends-moi capable de manifester mon unité avec toi, signe de ton unité avec le Père, en aimant les autres gratuitement, comme tu nous as aimés, de cet amour qui révèle ce qu’il y a de plus profond en Dieu. AMEN.
15.05.2002.*