📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Actes des Apôtres 28, 16-31
DES ACTES DES APÔTRES
Texte
16 Quand nous fûmes entrés dans Rome, on permit à Paul de loger en son particulier avec le soldat qui le gardait.
17 Trois jours après, il convoqua les notables juifs. Lorsqu’ils furent réunis, il leur dit : ” Frères, alors que je n’avais rien fait contre notre peuple ni contre les coutumes des pères, j’ai été arrêté à Jérusalem et livré aux mains des Romains.
18 Enquête faite, ceux-ci voulaient me relâcher, parce qu’il n’y avait rien en moi qui méritât la mort.
19 Mais comme les Juifs s’y opposaient, j’ai été contraint d’en appeler à César, sans pourtant vouloir accuser en rien ma nation.
20 Voilà pourquoi j’ai demandé à vous voir et à vous parler ; car c’est à cause de l’espérance d’Israël que je porte les chaînes que voici. “
…
23 Dans l’exposé qu’il leur fit, il rendait témoignage du Royaume de Dieu et cherchait à les persuader au sujet de Jésus, en partant de la Loi de Moïse et des Prophètes. Cela dura depuis le matin jusqu’au soir.
24 Les uns se laissaient persuader par ses paroles, les autres restaient incrédules.
…
28 ” Sachez-le donc : c’est aux païens qu’a été envoyé ce salut de Dieu. Eux du moins, ils écouteront. “
29
30 Paul demeura deux années entières dans le logis qu’il avait loué. Il recevait tous ceux qui venaient le trouver,
31 proclamant le Royaume de Dieu et enseignant ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ avec pleine assurance et sans obstacle.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42). Une deuxième grande partie nous relate la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée, après le martyre d’Etienne, par les Héllénistes Juifs devenus chrétiens), puis, après la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre (au cours de laquelle il convertit le premier païen), suivie, en terre païenne, avec la fondation de la grande Eglise d’Antioche, par le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35). La dernière partie du Livre nous fait vivre le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après ses voyages missionnaires successifs en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 4, qui se déploie en 4 scènes : Paul en procès à Jérusalem (21, 17 - 23, 30), Paul en procès à Césarée (23, 31 - 26, 42), interlude : tempête et naufrage en Méditerranée (27, 1 - 28, 10), Paul à Rome (28, 11 - 31).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage, nous continuons de progresser dans la dernière longue partie des Actes des Apôtres, comportant 12 chapitres consacrés uniquement aux missions de Paul, depuis son retour de l’Assemblée de Jérusalem jusqu’à son arrivée à Rome (15, 36 - 28, 31). Si bien que tout cet ensemble constitue ce qu’on appelle les Actes de Paul.
Suite à sa seconde grande mission qui l’avait mené jusqu’en Europe (Macédoine et Grèce), Paul a effectué et terminé un 3ème grand voyage missionnaire, qui l’a conduit principalement à Ephèse, où il a séjourné plus de 2 ans, avant de le faire revenir par la Grèce et les villes de la côte d’Asie Mineure, pour enfin arriver à Jéursalem, où il avait choisi de se rendre, sans se faire d’illusions sur les difficultés qu’il y rencontrerait, mais qu’il avait acceptées d’avance comme faisant partie de sa mission. De fait, il ne s’était pas trompé, et malgré les précautions qu’il a prises pour aller dans le Temple selon les prescriptions de la Loi Juive, il s’y est fait rapidement arrêter au cours d’une émeute, et le voici prisonnier, statut qui sera désormais le sien.
Il n’en prend pas moins tous les moyens possibles pour assurer sa défense, d’abord à Jérusalem, puis à Césarée, car il s’agit toujours pour lui d’aller jusqu’au bout de son témoignage pour la cause de Jésus. C’est ainsi, qu’obéissant à une vision du Seigneur, il a fait appel à la juridiction impériale, ce qui a nécessité son transfert à Rome. Nous y retrouvons maintenant Paul, qui vient finalement d’y arriver, après une longue traversée mouvementée, que les Actes nous racontent en détail, et au cours de laquelle il s’est toujours montré à la hauteur des événements en témoin de Jésus.
2. Message
La situation de Paul nous est expliquée ici avec quelques détails : il est assigné à résidence, gardé par un soldat, dans une maison qu’il a louée, jouissant ainsi d’un statut de semi-liberté. Le texte des Actes ne nous dit pas ce qui lui est arrivé au terme de ces 2 années. L’on pense que, personne ne s’étant présenté pour formuler des accusations contre lui, son dossier a finalement été classé “sans suite”, et Paul remis en liberté.
Dès son arrivée (après un pareil voyage, trois jours sont un délai très bref), Paul reprend activement sa mission, selon sa méthode habituelle bien éprouvée : les Juifs d’abord, les Grecs ou païens, ensuite. Comme il ne peut se rendre à la synagogue, il convoque donc chez lui les notables de la communauté Juive de Rome pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus, à partir des textes essentiels de l’Ancien Testament, que sont les Livres de la Loi de Moïse et les Livres des 1ers Prophètes et des grands Prophètes écrivains. Et, comme chaque fois, dans le passé de sa mission, certains Juifs se rallient à Jésus, alors que d’autres refusent ouvertement de croire, ce qui conduit Paul à préciser que le salut de Dieu, initié dans toute l’histoire d’Israël, concerne tous les hommes, y compris les païens.
Remarquons les nuances du message de Paul aux notables Juifs de Rome : s’il a dû faire appel à la juridiction impériale pour être soustrait à l’opposition des Juifs hostiles à sa mission, ce n’est pas pour accuser Israël en tant que tel, mais pour l’enjeu du salut de Dieu à travers justement son peuple Israël, enjeu qui, pour Paul, est la priorité absolue : Israël n’ a pour lui de sens qu’en fonction de son espérance de l’accomplissement du salut de Dieu et des promesses faites aux Pères. Tout cela tient en une phrase de Paul : “car c’est à cause de l’espérance d’Israël que je porte ces chaînes”.
Affirmation qui enclenche tout le message de Paul, centré ainsi uniquement sur le Seigneur Jésus Christ, ressuscité des morts. Annoncer Jésus pour lui, bien loin d’aller à l’encontre de la mission du peuple Juif comme peuple de Dieu, et, comme il le dit, “des règles reçues de nos pères”, en est le seul accomplissemnt incontournable.
D’où l’assurance totale de Paul, qui témoigne ainsi avec une réelle autorité, en s’adaptant aux circonstances, et, compte tenu de sa situation, pratiquant une pastorale d’accueil de tous ceux qu passent chez lui, et qu’il évangélise à cette occasion.
3. Decouvertes
Et c’est ainsi que se termine le Livre des Astes des Apôtres, sans aucune conclusion, ouvert à d’éventuelles autres missions et activités de Paul, qu’il ne nous relate pas, et ouvert tout autant aux 2000 ans d’histoire de l’Eglise qui continuent, jusqu’à nous aujourd’hui, ces 25 - 30 premières années qui suivent la mort de Jésus et qui nous ont été racontées dans ce livre.
Le thème de ce livre était en effet : “l’affaire Jésus continue” après sa mort sur la croix. Depuis la Pentecôte, Jésus, présent par son Esprit, conduit la mission active des siens, qui sont chargés de révéler à tous les hommes et femmes de tous les temps ce qu’a accompli Jésus, et qui leur est transmis comme une vie nouvelle.
Ce qui veut dire qu’à chaque époque de l’histoire de l’humanité, cette “affaire Jésus”, qui réalise l’achèvement de tout le projet de Dieu, “continue” dans la mesure où elle “continue” effectivement, dans l’Esprit et le témoignage des disciples, d’être révélée et manifestée à tous.
Ainsi, le Livre des Actes est-il une grand porte ouverte à l’avenir de l’humanité transformée par l’événement Jésus Christ, au terme de tout un cheminement de Dieu avec son peuple Israêl.
4. Prolongement
Comme Paul, dans cette dernière page des Actes des Apôtres, nous avons à annoncer l’événement Jésus, non pas uniquement comme un événement qui sauve personnellement tous ceux qui reconnaissent Jésus comme Seigneur et proclament sa résurrection des morts (Romains, 10, 9), mais comme l’événement unique, le sommet, une fois pour toutes, qui bouscule et transforme radicalement toute l’évolution et toute l’histoire de l’humanité : le Règne de Dieu s’est approché de tous les humains en Jésus, dans sa mission et dans son “Heure” de mort-résurrection-ascension-don de l’Esprit.
Ce Règne concerne désormais la vie, les comportements, les paroles, les projets, les réussites et les échecs de tous les hommes et femmes de tous les temps. Il n’est pas d’autre sens donné à leur existence que d’accueillir ce Règne en leur coeur et de s’y soumettre avec foi, en reproduisant les gestes et comportements de Jésus, tels qu’ils nous sont présentés dans les 4 récits Evangéliques.
Nous ne sommes pas envoyés annoncer un “petit Jésus” étriqué, Sauveur de notre petite existence qui s’essoufle et ne peut rien sans lui, ce qui est toujours déjà vrai, mais le Christ de Dieu, incarnation totale de la Parole de Dieu, en qui tout le projet de Dieu, de nous conduire à partager sa vie même et son mystère, se trouve désormais accompli en plénitude, et proposé comme tel à l’ouverture de notre foi, dans l’Esprit Saint qui agit en nous.
Une envolée de Paul sur ce thème :
3 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ.
4 C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour,
5 déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté,
6 à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé.
7 En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce,
8 qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence :
9 Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance,
10 pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres.
Prière
*Seigneur Jésus, tu n’attends de nous qu’une seule chose en vérité, que nous te proclamions Seigneur Ressuscité, et que nous croyions, du fond de notre coeur, qu’en toi le monde entier est appelé à basculer dans la réalisation totale et absolue du projet de Dieu, qui, en ton envoi, ta mission, ton engagement jusqu’au bout de l’obéissance, dans ton “Heure” de passage de ce monde au Père, a été définitivement accompli : donne-moi de ne jamais étriquer l’ampleur de ton message et de ta mission, et d’accepter de me laisser saisir dans ton mystère et ta présence, qui me conduisent, au-delà de tout ce que je peux imaginer ou concevoir, dans le partage de la vie même de Dieu, Dieu que nul n’a jamais vu, mais que toi seul nous as fait connaître. AMEN.
18.05.2002.*
Évangile : Jean 21, 20-25
DE L’EVANGILE DE JEAN
Texte
20 Se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait, celui-là même qui, durant le repas, s’était penché sur sa poitrine et avait dit : ” Seigneur, qui est-ce qui te livre ? “
21 Le voyant donc, Pierre dit à Jésus : ” Seigneur, et lui ? “
22 Jésus lui dit : ” Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. “
23 Le bruit se répandit alors chez les frères que ce disciple ne mourrait pas. Or Jésus n’avait pas dit à Pierre : ” Il ne mourra pas ”, mais : ” Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne. “
24 C’est ce disciple qui témoigne de ces faits et qui les a écrits, et nous savons que son témoignage est véridique.
25 Il y a encore bien d’autres choses qu’a faites Jésus. Si on les mettait par écrit une à une, je pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu’on en écrirait.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.
Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).
A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.
Au moment où nous approchons de la fin du Temps Pascal, l’Eglise Catholique Romaine nous fait lire le dernier entretien de Jésus, lors de son dernier repas, qui nous est relaté des chapitres 13 à 17 inclus, de cet Evangile, ainsi que des extraits de l’Epilogue du chapitre 21.
Jésus, au cours de ce repas d’adieux, a commencé par laver les pieds de ses disciples, pour expliquer, par ce geste symbolique, jusqu’à quel niveau ultime d’abaissement il va aller en son “Heure” de passage au Père. En accomplissant librement, en une approche toute d’humilité, ce qu’un esclave de l’époque avait le droit de refuser à son maître, Jésus se situe “plus bas” qu’un esclave, et annonce ainsi le sens profond de son engagement d’obéissance à la vérité dans la mission que lui a confiée le Père, obéissance jusqu’à la mort sur une croix, acceptant d’être ainsi “livré” pour nous aux mains des pécheurs.
Le discours d’adieu ou “testament” de Jésus, qui fait suite à ce lavement des pieds, se développe en 3 temps : le discours proprement dit, développé en 2 parties (13, 31 - 14, 31; 15, 1 - 16 - 33), et la grande prière de Jésus à son Père, souvent appelée “prière sacerdotale” (17, 1 - 26).
Après les chapitres 18 à 20, qui nous relatent la passion et la mort de Jésus, d’une part (18 - 19), et sa résurrection, avec le récit de 3 apparitions, d’autre part (20), récit suivi d’une première conclusion de l’Evangile, un Epilogue a été rajouté (21), dans lequel se trouve notre page.
Cet Epilogue nous raconte une dernière et spéciale apparition de Jésus ressuscité au bord du Lac de Galilée, apparition associée à une pêche miraculeuse guidée par le Ressuscité qui se tenait sur le rivage. Cette pêche est suivie d’un repas partagé et préparé par le Seigneur (21, 1 - 14).
La scène se réduit ensuite à trois personnes : le Christ Ressuscité, Pierre et le disciple que Jésus aimait. Peut-être avons ici une trace de l’apparition de Jésus ressuscité à Pierre, dont nous connaissons l’existence par une allusion en Luc 24, 34 et une mention en 1 Corinthiens, 15, 5. Pierre est alors conduit par Jésus à transformer son triple reniement en triple témoignage d’amour pour Jésus, qui lui confirme sa mssion et lui annonce qu’il devra, comme son Maître, aller jusqu’au bout de la vérité de son ministère en donnant sa vie pour la cause de l’Evangile (21, 15 - 19). A ce point nous rejoignons notre passage de ce jour.
2. Message
Ce tout dernier paragraphe de l’Evangile tourne autour d’une parole ancienne de Jésus, adressée à ses disciples, et leur annonçant que le Fils de l’homme reviendrait dans sa gloire avant que tous les membres de la génération à laquelle il parlait aient connu la mort (Marc, 9, 1).
Cette parole semble avoir été reprise comme s’adressant particulièrement au disciple que Jésus aimait, considéré comme le plus proche de Jésus. Le texte nous rapporte donc une parole de Jésus concernant ce disciple : “si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne”, mais il interprète cette parole en donnant un autre sens au verbe “rester” que celui de “ne pas mourir”.
Ce qui signifie qu’en fait, à l’heure où ce texte est écrit, ce disciple est bien mort, mais non pas en glorifiant Dieu dans un trépas violent infligé par le martyre, comme ce fut le cas pour Jésus, ou comme cela vient justement d’être annoncé à Pierre (21, 19 et 22b).
3. Decouvertes
Il est communément admis que cet Epilogue a dû être ajouté lors de la toute dernière étape de la rédaction de cet Evangile, dont on pense qu’il s’est progressivement élaboré sur plusieurs décennies. En effet, une première conclusion nous en a déjà été proposée en 20, 30 - 31.
Remarquons que la partie centrale de notre page est encadrée au début (21, 21) d’un longue introduction sur la proximité que le disciple bien-aimé avait avec Jésus, et, à la fin, d’une nouvelle conclusion nous spécifiant que la vérité de l’Evangile de Jean repose justement sur le témoignage de ce disciple bien-aimé, qui est à l’origine de la tradition et de la communauté qui ont fait naître cet Evangile.
A lire ce 4ème Evangile en connexion avec les trois lettres de Jean, il a été possible de reconstituer, avec, semble-t-il, une assez grande probabilité, la vie, les problèmes et les crises de la communauté du disciple bien-aimé. Dans cette perspective, l’Epîlogue de l’Evangile semble indiquer que cette communauté, qui vivait plutôt sur elle-même de la propre richesse de sa méditation de la tradition de Jésus qui remontait au disciple que Jésus aimait, a changé d’attitude après la mort de ce disciple. Elle semble s’être alors ouverte aux autres communautés écclésiales, rattachées à Pierre. D’où le long passage sur la réconciliation de Pierre réalisée par Jésus ressuscité, et qui précède juste notre page.
Jésus fait comprendre à Pierre qu’il appelle qui il veut et comme il veut. Ce qui adviendra au disciple bien-aimé ne le concerne donc pas. Chacun est appelé, là où il est, à suivre Jésus, où, quand, et comme, Jésus l’appelle.
On peut penser que la communauté du disciple que Jésus aimait a interprété la parole de Jésus le concernant (“si je veux qu’il reste”…) de différentes façons : nouvelle relation entre lui et Jésus ressuscité qui donne l’Esprit, ou encore, présence maintenue, mais “autrement” et “spiritualisée” en Jésus du disciple lui-même, comme inspirateur, après sa mort, de la vie et de la tradition spirituelles de sa communauté.
Au verset 24, l’allusion à la vérité du témoignage du disciple nous est présentée de la même façon que ce que nous rapporte l’Evangile concernant la vérité du témoignage de Jésus (5, 31 - 32).
4. Prolongement
Demeurer avec Jésus et en Jésus Ressuscité est une réalité aux dimensions d’éternité, liée à sa présence nouvelle dans l’Esprit Saint, comme Jésus s’en est expliqué longuement dans son dernier discours (13, 31 - 17, 26). Là où il est, nous sommes par lui et avec lui, et aussi fortement unis et “un” avec lui que le sarment sur le cep de vigne.
Situation qui ne concerne pas seulement l’au-delà de notre monde dans le partage de l’éternité de Dieu, mais qui est déjà la nôtre aujourd’hui.
Mais nous ne pouvons vivre ce mystère qu’en suivant Jésus dans notre existence présente, sachant et croyant vraiment qu’il est avec nous quand nous avons à accepter, interpréter et transformer en lieux de témoignage évangélique tous les événements que nous rencontrons dans notre histoire.
Jésus, au coeur de nos vies, nous y redit sans cesse : “toi, suis moi”. N’est-ce pas là l’essentiel ?
Prière
*Seigneur Jésus, ce mystère de ta rencontre et de ta présence en nos vies, suite à ta résurrection et au don de l’Esprit, nous est donné à partager comme une source féconde et unique du dynamisme que nous avons à manifester sans cesse, puisque nous sommes devenus Fils du Père, co-héritiers avec toi du Royaume que Dieu nous propose de faire fructifier jusqu’aux extrémités de la Terre : aide-moi à accueillir ce mystère, et à me laisser davantage conduire par lui tous les jours de ma vie. AMEN.
07.06.2003.*