de la férie

4ème Semaine de Carême — Vendredi 20 mars 2026 · Année A · violet

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée

🕯️ Entrer dans la prière

Nous sommes en plein Carême, dans ces jours où la liturgie resserre l’étau autour de Jésus — et autour de nous. Les textes d’aujourd’hui respirent la menace. Dans le livre de la Sagesse, des impies trament un piège contre le juste. Dans l’Évangile de Jean, Jésus « ne voulait pas parcourir la Judée car les Juifs cherchaient à le tuer ». La croix projette déjà son ombre. Et pourtant, dans les deux textes, quelque chose résiste : le juste ne plie pas, Jésus monte quand même à Jérusalem — « non pas ostensiblement, mais en secret ».

Il y a un fil rouge saisissant entre ces lectures : la question de la connaissance. Les impies de la Sagesse croient connaître le juste et décident de le « soumettre à des outrages » pour vérifier ses prétentions. Les habitants de Jérusalem croient connaître Jésus : « Nous savons d’où il est. » Et dans les deux cas, cette prétendue connaissance est un aveuglement. « Leur méchanceté les a rendus aveugles », dit la Sagesse. « Celui qui m’a envoyé, lui que vous ne connaissez pas », répond Jésus.

Avant d’entrer dans ces textes, assieds-toi. Prends le temps de laisser tomber ce que tu portais. Aujourd’hui, la prière pourrait être simplement ceci : accepter de ne pas tout savoir — de Dieu, de toi-même, de ce qui vient. Commence par la première lecture, lentement. Laisse les mots des impies te déranger. Puis passe à l’Évangile, et regarde Jésus se mouvoir dans cette atmosphère de danger. Sois attentif à ce qui te touche, ou à ce qui te met mal à l’aise.

📖 1ère lecture — Sg 2, 1a.12-22

Lire le texte — Sg 2, 1a.12-22

Les impies ne sont pas dans la vérité lorsqu’ils raisonnent ainsi en eux-mêmes : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation. Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme lui-même enfant du Seigneur. Il est un démenti pour nos idées, sa seule présence nous pèse ; car il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange. Il nous tient pour des gens douteux, se détourne de nos chemins comme de la boue. Il proclame heureux le sort final des justes et se vante d’avoir Dieu pour père. Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira. Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. » C’est ainsi que raisonnent ces gens-là, mais ils s’égarent ; leur méchanceté les a rendus aveugles. Ils ne connaissent pas les secrets de Dieu, ils n’espèrent pas que la sainteté puisse être récompensée, ils n’estiment pas qu’une âme irréprochable puisse être glorifiée. – Parole du Seigneur.

📘 Comprendre

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

Ecrit en grec dans le dernier demi-siècle avant JC par un Juif d’Egypte anonyme qui se présente comme étant le roi Salomon, le Livre de la Sagesse (qui ne fait pas partie de la Bible Juive, ni des Bibles de nos frères Chrétiens issus de la Réforme Protestante) est le livre le plus récent de l’Ancien Testament.

Dans une première grande partie, il traite de l’Eloge de la Sagesse, comme source d’immortalité, et comme attitude qu’il analyse à partir de l’expérience de Salomon.

Dans une seconde grande partie, il nous propose une relecture de la fidélité de Dieu au temps de l’Exode.

Notre page se déploie dans le cadre du lien de la Sagesse et de l’immortalité, et nous livre un discours mis dans la bouche des impies. Ces gens, qui ont partie liée avec la mort et se trompent sur le sens de la vie, sont probablement des Juifs apostats.

Message

L’auteur laisse d’abord la parole à ces impies : ils vont, disent-ils, tout faire pour opprimer le juste, lui tendre un piège, le condamner à mort, de façon à ce qu’ils puissent ainsi le mettre à l’épreuve, le confondre et l’humilier pour sa parole et sa façon de vivre.

L’auteur commente ensuite cette réaction des impies contre le juste : ils ne connaissent pas Dieu, ni ses secrets, ni le mystère de sa présence et du salut qu’il offre, et n’ont aucune idée de la destinée glorieuse de celui qui mène une vie sainte.

Decouvertes

Pour quelles raisons ces impies raisonnent-ils de la sorte ? Parce que, d’abord, le juste les dérange par son comportement qui est une condamnation vivante de leur attitude : il agit d’une façon qui est totalement opposée à la leur, il ne cache pas son appartenance à Dieu, et prend des distances vis-à-vis d’eux, qu’il se garde bien de fréquenter, car il les considère sans valeur.

Parce qu’ensuite ils lancent un défi à Dieu qui prend le parti des justes. Ils tentent donc le Seigneur en faisant disparaître le juste, pour voir si oui ou non Dieu va le protéger et le délivrer.

A vrai dire, ce qui les choque et les irrite le plus, c’est que le juste se dit “fils de Dieu” et se donne Dieu pour Père, car il place en lui toute sa confiance.

Prolongement

Comme les Pères de l’Eglise l’ont souvent noté, il est facile de voir dans ce juste persécuté une image très frappante de Jésus rejeté par son peuple, et subissant la passion et la mort d’un esclave. Les quolibets lancés à Jésus quand il agonise sur sa croix, sont une reproduction quasi-exacte de la deuxième partie de cette lecture, qui commence au verset 17 : voir Matthieu, 27, 43, en particulier.

De même, quand nous lisons les invectives des Juifs adversaires de Jésus, dans les chapitres 5 à 10 de l’Evangile de Jean, nous sommes proches de la tonalité de cette page.

Face à cela, nous n’oublions pas cependant que la mort de Jésus crucifié est déjà sa victoire, et que, dans le Crucifié du Golgotha, nous contemplons avec Paul, Celui qui, tout en étant “scandale pour les Juifs et folie pour les païens”, est pour nous la révélation de la Sagesse et de la Puissance de Dieu (1 Corinthiens, 1, 18 - 25).

D’autre part, Jésus, bien qu’il condamne ceux qui se croient sûrs de leur salut et méprise les petits, se distingue nettement du juste décrit dans cette page, car il n’hésite pas à se montrer miséricordieux pour les pécheurs publics, les publicains et les prostituées, et… à pardonner à ses bourreaux, lui, le “Fils” qui vient sauver tous les hommes pour en faire ses frères (1 Timothée, 2, 3 - 7, et Romains, 14, 15).

🙏 Seigneur Jésus, c’est en devenant pauvre pour nous enrichir de ta pauvreté, en montrant ton obéissance au Père jusqu’à la mort de la croix, en vivant le mystère du vide de toi-même, et de l’anénantissemen total de celui qui est placé parmi les maudits, pendu au bois, fait péché pour nous, c’est ainsi que tu nous as libérés de l’abîme de notre suffisance et de notre misère, et révèle à quel point Dieu est amour : apprends-moi, toi qui es identifié à la Sagesse de Dieu, à te suivre sur le chemin que tu nous as défini dans tes béatitudes, et tracé dans tes comportements, en me laissant conquérir par ton Esprit Saint qui me conduira à la Vérité toute entière, et fera de moi un “pauvre de coeur”, capable de recevoir et de mettre en pratique ton message de miséricorde et de pardon. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Le passage de la Sagesse 2 appartient à la première grande section du livre (chapitres 1-5), qui met en scène un procès entre les impies et le juste. Le livre de la Sagesse, rédigé en grec probablement à Alexandrie au premier siècle avant notre ère, s’adresse à une communauté juive de diaspora confrontée à la tentation de l’assimilation et à l’hostilité du monde hellénistique. L’auteur, qui écrit sous le patronage littéraire de Salomon, emprunte les catégories de la rhétorique grecque — notamment le genre du discours fictif prêté à l’adversaire, la prosopopée — pour dévoiler la logique intérieure du mal. Le discours des impies n’est pas rapporté comme un témoignage historique : c’est une reconstruction théologique qui met à nu le raisonnement pervers dans sa cohérence apparente et son aveuglement profond. Le verbe initial est décisif : les impies « raisonnent » (logisamenoi), mais leur logique est faussée dès le départ, comme l’indique l’encadrement du discours par le verdict de l’auteur (v. 1a : « ils ne sont pas dans la vérité » ; v. 21 : « ils s’égarent »).

La figure du juste (dikaios) dessinée par les impies est remarquablement précise et forme un portrait en creux d’une densité théologique considérable. Le juste dérange par sa simple existence : il est un « démenti » (elenchos, terme qui signifie à la fois reproche, réfutation et preuve à charge) pour les idées des impies. Sa vie même constitue une accusation muette. Il « se nomme enfant du Seigneur » (paida Kyriou), expression qui résonne avec la tradition du Serviteur souffrant d’Isaïe (Is 42-53), où le pais Theou est à la fois serviteur et fils. Il « se vante d’avoir Dieu pour père » (patera Theon) : cette revendication de filiation divine est le point névralgique du conflit, car elle implique une intimité avec Dieu que les impies ne peuvent ni comprendre ni supporter. La progression du discours suit une logique d’escalade : de l’irritation (il nous contrarie) à la mise à l’épreuve (soumettons-le à des tourments) puis à la condamnation à mort (condamnons-le à une mort infâme), les impies construisent un protocole expérimental cynique — « voyons si ses paroles sont vraies » — qui transforme le meurtre en vérification.

L’intertextualité vétérotestamentaire est dense. Le portrait du juste persécuté s’enracine dans les Psaumes de lamentation (Ps 22, 9 : « Il s’est confié au Seigneur, que le Seigneur le délivre ! ») et surtout dans le quatrième chant du Serviteur souffrant (Is 52,13–53,12), où le juste est défiguré, méprisé, soumis à la souffrance pour être finalement exalté par Dieu. L’expression « si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera » (ei gar estin ho dikaios huios Theou, antilèmpsetai autou) sera reprise presque mot pour mot dans le récit matthéen de la Passion (Mt 27, 43) par les moqueurs au pied de la croix : « Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : Je suis Fils de Dieu. » Cette correspondance, trop précise pour être fortuite, montre que les évangélistes ont lu la Passion de Jésus comme l’accomplissement typologique de Sagesse 2. Le lecteur chrétien en Carême est ainsi invité à reconnaître dans le juste persécuté la figure du Christ en route vers sa Passion.

Origène, dans son Contre Celse (I, 54), utilise ce passage pour montrer que la souffrance du juste n’est pas un argument contre sa mission divine mais au contraire le signe paradoxal de sa filiation : Dieu n’arrache pas le juste à la mort mais le glorifie à travers la mort, ce que les impies sont incapables de concevoir. Pour Origène, l’aveuglement des impies est d’ordre spirituel : ils ne « connaissent pas les secrets de Dieu » (mystèria Theou), c’est-à-dire le dessein de salut qui passe par l’abaissement avant la glorification. Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos (commentaire du Psaume 34), rapproche ce texte de la persécution du Christ par les chefs religieux et y voit la mise en lumière d’un mécanisme universel : le mal ne supporte pas la bonté silencieuse, car la simple présence du bien constitue un jugement insupportable pour celui qui a choisi le mal. Augustin insiste sur le fait que les impies se trompent non par défaut d’intelligence mais par perversion de la volonté : leur méchanceté les a « rendus aveugles » (excaecavit eos malitia ipsorum).

Le texte soulève un débat exégétique important sur l’identité du juste. S’agit-il d’une figure collective — le peuple d’Israël fidèle persécuté par les apostats — ou d’un individu particulier ? L’exégèse historico-critique tend à y voir d’abord une figure typique, représentant tout juif fidèle en contexte de persécution, peut-être dans le cadre des tensions entre juifs hellénisés et juifs observants à Alexandrie. Cependant, la singularité du portrait (les traits de filiation divine, la revendication d’une connaissance spéciale de Dieu) dépasse le cadre d’une simple figure collective et ouvre un « surplus de sens » que la lecture christologique exploitera. La tradition chrétienne y a vu très tôt une prophétie de la Passion, lecture que le rapprochement liturgique avec l’Évangile de Jean renforce puissamment.

La conclusion de l’auteur (v. 21-22) est théologiquement décisive. Les impies ignorent « les secrets de Dieu » (ta mystèria tou Theou), expression qui désigne ici le plan divin de rétribution eschatologique : la mort du juste n’est pas sa fin mais le passage vers la glorification. Ils « n’espèrent pas que la sainteté puisse être récompensée » : leur erreur est fondamentalement une erreur d’espérance, un refus de croire que Dieu est fidèle à ceux qui lui sont fidèles. Le terme hosiotes (sainteté, piété intègre) désigne la qualité de celui qui respecte les obligations sacrées envers Dieu. L’affirmation qu’une « âme irréprochable puisse être glorifiée » introduit la perspective de Sagesse 3, 1-9, où les âmes des justes sont « dans la main de Dieu » et où leur mort apparente est en réalité un passage vers l’incorruptibilité. Le Carême place ce texte devant nous comme un miroir : le mécanisme de la persécution du juste n’appartient pas au passé, il se rejoue chaque fois que la présence du bien est perçue comme un reproche insupportable.

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de reconnaître en moi ce qui résiste à ta présence — ces endroits où la vie d’un autre me pèse parce qu’elle me révèle à moi-même.

Composition de lieu — Imagine une pièce close, peut-être une arrière-salle, un lieu de pouvoir. Quelques hommes parlent à voix basse, penchés les uns vers les autres. L’air est lourd, chargé de rancœur. On entend le froissement de vêtements, des murmures. Dehors, quelque part, un homme vit sa vie droite, paisiblement. Il ne sait pas qu’on parle de lui ici. Toi, tu es là, dans cette pièce, tu entends tout. Tu vois les visages crispés, les regards qui se cherchent pour se donner du courage.

Méditation — Écoute ce que disent ces hommes. Leur discours est d’une lucidité terrible : ils décrivent le juste avec une précision que des amis n’auraient pas. « Il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu. » Ils voient tout. « Il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange. » Ils ont parfaitement compris qui est cet homme. Et c’est exactement pour cela qu’ils veulent le détruire. Le texte dit une chose effroyable : ce n’est pas l’ignorance qui tue — c’est la clairvoyance refusée. Ils savent, et ils ne supportent pas de savoir. « Sa seule présence nous pèse. » Ce n’est même pas ce qu’il fait — c’est ce qu’il est. Son existence même est un reproche.

Arrête-toi sur cette phrase : « Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira. Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera. » Tu entends ici, presque mot pour mot, ce qui sera crié au pied de la croix. Le texte de la Sagesse, écrit des siècles avant, dessine déjà la Passion. Mais au-delà de la prophétie, il y a une logique que tu connais peut-être : mettre Dieu au défi de prouver qu’il est Dieu. « Soumettons-le à des outrages… nous saurons ce que vaut sa douceur. » Éprouver la bonté en la frappant. As-tu déjà fait cela — tester l’amour de quelqu’un en le poussant à bout, pour voir s’il tiendra ? As-tu déjà été tenté de faire cela avec Dieu ?

Et puis il y a cette chute, sobre et définitive : « Ils s’égarent ; leur méchanceté les a rendus aveugles. Ils ne connaissent pas les secrets de Dieu. » Les « secrets de Dieu » — ce que ces hommes ne peuvent pas imaginer, c’est que la douceur du juste sous les coups n’est pas de la faiblesse. C’est que « une âme irréprochable puisse être glorifiée » — que la défaite apparente soit une victoire. Ce secret, le Carême nous y conduit pas à pas. Mais il faut accepter de ne pas comprendre avant d’arriver au matin de Pâques.

Colloque — Seigneur, je ne suis pas toujours du côté du juste dans ce texte. Il y a en moi des zones qui trouvent pesante la bonté des autres — qui voudraient que les gens droits échouent, pour me sentir moins seul dans mes compromis. Je te le dis tel quel. Et je te demande : apprends-moi tes « secrets » — ceux que la méchanceté rend aveugle. Montre-moi ce que tu vois quand tu regardes la douceur frappée.

Question pour la relecture : Y a-t-il quelqu’un dont la droiture ou la bonté me « pèse » en ce moment — et qu’est-ce que cela dit de moi ?

🕊️ Psaume — 33 (34), 17-18, 19-20, 21.23

Lire le texte — 33 (34), 17-18, 19-20, 21.23

Le Seigneur affronte les méchants pour effacer de la terre leur mémoire. Le Seigneur entend ceux qui l’appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre. Il est proche du cœur brisé, il sauve l’esprit abattu. Malheur sur malheur pour le juste, mais le Seigneur chaque fois le délivre. Il veille sur chacun de ses os : pas un ne sera brisé. Le Seigneur rachètera ses serviteurs : pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge

✝️ Évangile — Jn 7, 1-2.10.14.25-30

Lire le texte — Jn 7, 1-2.10.14.25-30

En ce temps-là, Jésus parcourait la Galilée : il ne voulait pas parcourir la Judée car les Juifs cherchaient à le tuer. La fête juive des Tentes était proche. Lorsque ses frères furent montés à Jérusalem pour la fête, il y monta lui aussi, non pas ostensiblement, mais en secret. On était déjà au milieu de la semaine de la fête quand Jésus monta au Temple ; et là il enseignait. Quelques habitants de Jérusalem disaient alors : « N’est-ce pas celui qu’on cherche à tuer ? Le voilà qui parle ouvertement, et personne ne lui dit rien ! Nos chefs auraient-ils vraiment reconnu que c’est lui le Christ ? Mais lui, nous savons d’où il est. Or, le Christ, quand il viendra, personne ne saura d’où il est. » Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria : « Vous me connaissez ? Et vous savez d’où je suis ? Je ne suis pas venu de moi-même : mais il est véridique, Celui qui m’a envoyé, lui que vous ne connaissez pas. Moi, je le connais parce que je viens d’auprès de lui, et c’est lui qui m’a envoyé. » On cherchait à l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui parce que son heure n’était pas encore venue. – Acclamons la Parole de Dieu.

📘 Comprendre

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :

  • le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
  • la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
  • la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
  • la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
  • la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
  • la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
  • la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).

Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :

  • 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
  • 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
  • 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
  • 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
  • 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).

Notre page est le début de tout un ensemble, qui est un élément important de la 3ème partie de cet Evangile de Jean, et qui va de 7, 1 à 8, 59. Ces 2 chapitres nous relatent les comportements de Jésus à la fête des tentes à Jérusalem, où il va rencontrer une opposition très violente à son message. C’est une véritable mise en procès public de Jésus qui se déroule ici.

On pense toutefois généralement que l’épisode de la femme adultère (7, 53 - 8, 11) a probablement une autre origine, et a dû se situer dans un tout autre contexte.

Message

Jésus hésite d’abord à se rendre à la fête des tentes, et, finalement, il y va en secret. Voyage mystérieux à Jérusalem et à son Temple, qui n’est que signe et reflet du voyage bien plus mystérieux encore, qui l’a conduit du Père en notre monde, et va le faire bientôt retourner à Dieu, au terme de sa mission achevée en son “Heure” de mort-résurrrection.

Dès qu’il a rejoint la fête, Jésus en prend en quelque sorte possession, et il prêche la Bonne Nouvelle du Royaume. Cependant, ce qu’il explique en répondant aux remarques et questions de ceux qui s’interrogent à son sujet, n’est guère compris des Juifs, qui ne connaissent que l’origine humaine de Jésus, et s’appuient sur leur seule Loi au lieu de chercher Dieu avec un coeur ouvert (7, 14 - 15).

Notre lecture liturgique saute les versets 16 - 24 de ce chapitre 7, où l’enseignement de Jésus se trouve comparé à la Loi de Moïse. Déjà, au chapitre 2, 13 - 22, Jésus avait purifié le Temple, et annoncé la construction prochaine d’un nouveau Temple en son corps ressuscité. Dans ces chapitres 7 et 8, dont nous abordons la lecture, il remplace la Loi de Moïse et la fête Juive des tentes, à laquelle il participe pourtant. Mais son enseignemnet crée des remous parmi la foule.

En 7, 25 - 36, la discussion tourne ensuite autour des origines de Jésus. Les gens de Jérusalem déclarent connaître d’où il vient, mais, en définitive, ils n’en savent rien. D’où le “cri” de Jésus, qui solennise sa réponse : même s’ils sont au fait de son origine humaine, les auditeurs de Jésus ignorent qu’il vient de Dieu, en qui est sa véritable origine. Et Jésus donc de préciser qu’il a été envoyé de là d’où il vient pour une mission qu’il vit en totale obéissance, car il n’est pas venu de lui-même.

Decouvertes

Nous constatons que, dans l’Evangile de Jean, le procès de Jésus devant les Juifs se déroule tout au long de son ministère (du chapitre 5 au chapitre 12). D’où la violence des débats. C’est après la résurrection de Lazare que les chefs du peuple Juifs décideront la mort de Jésus, en son absence. Dans le récit de la passion selon saint Jean, nous ne lisons que le procès de Jésus devant Pilate, le procès devant les autorités Juives ayant de fait eu lieu, avant son arrestation, tout au long des événements de son ministère public.

Au cours de cette fête des tabernacles, Jésus se substitue aux différents rites qui s’y déploient, à la fois lors de la cérémonie avec l’eau (7, 37 - 39), où il annonce avec force que lui seul donne l’eau vive de l’Esprit (7, 37 - 39), et lors de la célébration de la lumière, où il se déclare être lui-même la Lumière du monde (8, 12).

Comme les Juifs ne parviennent pas à comprendre les affirmations de Jésus concernant son identité, le conflit entre eux et Jésus va aller s’envenimant jusqu’à la fin du chapitre 8, dans une série de discussions polémiques autour de la personne du Messie, du Fils de David, de la Loi de Moïse, et de la relation entre Jésus et Abraham. Notre page ne peut être vraiment lue qu’en lien avec tout ce qui la suit dans cet ensemble.

On peut dénombrer 3 temps au cours de cette fête des tentes : - le début de la fête, avant l’arrivée de Jésus, - le milieu de la fête, quand Jésus paraît dans le Temple, - la fin de la fête, toujours avec Jésus présent et agissant.

Trois “acteurs” principaux dans cette rencontre avec Jésus : Jésus lui-même, la foule du Temple, les autorités Juives.

Prolongement

Disciples de Jésus, notre foi suppose que nous acceptions Jésus tel qu’il s’est manifesté. Comme les contemporains Juifs de Jésus, nous sommes peut-être tentés de vouloir parfois le définir ou l’imaginer à partir de nos conceptions. Il est donc très important pour nous de relire et méditer tout ce que Jésus nous dit de lui-même dans ces pages qui nous rapportent les débats conflictuels, durant lesquels, selon l’Evangile de Jean, Jésus a été harcelé sur les questions de son identité et de son origine.

De belles et grandes affirmations de notre foi concernant Jésus (Verbe de Dieu, Fils de Dieu, image parfaite du Dieu invisible, premier né de toute créature, et, y compris, les grandes affirmations de Jésus sur lui-même : Bon Pasteur, Lumière du monde, Résurrection et Vie, Chemin, Vérité, Vie, etc…) nous viennent particulièrement de Paul et de Jean. Les débats difficiles de ce “procès” de Jésus nous aident ainsi à mieux comprendre ces grands titres conférés au Seigneur, et ils en enrichissent le contenu, pour alimenter notre prière, et notre rencontre vivante du Christ ressuscité qui nous habite.

🙏 Seigneur Jésus, Nous n’aurons jamais fini de recommencer de te découvrir, en méditant tous les titres par lesquels tu t’es révélé, et en sachant que la réalité de ce que tu es va toujours au-delà des mots que nous utilisons pour te nommer : apprends-moi à sans cesse approfondir le mystère de l’image du Père que tu es, et que nous traduisent tes paroles et tes actes, afin que je vive davantage de sa vie et de la tienne, sans jamais me laisser aller à te “banaliser”. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Jean 7 ouvre une nouvelle section majeure du quatrième Évangile, structurée autour de la fête des Tentes (Skènopègia, littéralement « installation des tentes »), l’une des trois grandes fêtes de pèlerinage d’Israël (avec Pâque et Pentecôte). Cette fête automnale, célébrée pendant sept jours, commémorait la traversée du désert et comportait deux rites symboliques majeurs : la libation d’eau (puisée à la piscine de Siloé et versée sur l’autel) et l’illumination du Temple par de grands candélabres. Jean exploite systématiquement cette symbolique : Jésus se proclamera « eau vive » (7, 37-38) et « lumière du monde » (8, 12) dans ce même contexte. Le passage liturgique d’aujourd’hui, qui opère un montage de versets sélectionnés (7, 1-2.10.14.25-30), se concentre sur la question de l’identité de Jésus et de son origine — question qui traverse tout le chapitre comme un fil conducteur.

La notice initiale est lourde de menace : Jésus « ne voulait pas parcourir la Judée car les Juifs cherchaient à le tuer ». Le verbe apokteinai (tuer) apparaît avec une insistance remarquable dans ce chapitre (v. 1, 19, 20, 25). Jean construit un paradoxe dramatique : celui qui est la Vie (Jn 14, 6) est traqué par la mort. La montée de Jésus à Jérusalem « non pas ostensiblement mais en secret » (ou phanerōs alla en kryptō) n’est pas une manifestation de peur mais un procédé johannique de révélation progressive : Jésus maîtrise le tempo de sa manifestation. Le contraste entre kryptos (caché) et parrèsia (ouvertement, franchement) au v. 26 est structurant : celui qui monte en secret se met soudain à enseigner publiquement dans le Temple, au cœur même du pouvoir qui veut sa mort. Ce retournement manifeste la liberté souveraine de Jésus, thème majeur de la christologie johannique.

Le débat christologique des v. 25-27 touche au cœur du malentendu johannique — procédé littéraire caractéristique du quatrième Évangile, où les interlocuteurs de Jésus comprennent ses paroles à un niveau superficiel alors qu’elles portent un sens théologique profond. Les habitants de Jérusalem avancent un argument apparemment imparable : « Lui, nous savons d’où il est (pothen estin). Or le Christ, quand il viendra, personne ne saura d’où il est. » Ils s’appuient sur une tradition apocalyptique juive attestée dans certains textes (4 Esdras 13, 52 ; 1 Hénoch 48, 6) selon laquelle le Messie serait caché jusqu’au jour de sa manifestation. Ironiquement, ils croient savoir d’où vient Jésus (de Nazareth, de Galilée) et en concluent qu’il ne peut être le Christ. Mais Jean invite le lecteur à saisir un double niveau : l’origine véritable de Jésus n’est ni Nazareth ni la Galilée, elle est « d’auprès de Lui » (par’ autou, v. 29), c’est-à-dire du Père. Leur savoir apparent est en réalité une ignorance.

La réponse de Jésus (v. 28-29) est introduite par le verbe ekraxen (il cria, il s’écria), qui marque une proclamation solennelle, presque une révélation prophétique. La structure est celle d’une concession ironique suivie d’un retournement : « Vous me connaissez ? Et vous savez d’où je suis ? » — la forme interrogative en grec peut aussi se lire comme une affirmation teintée d’ironie. Puis vient l’affirmation décisive : « Je ne suis pas venu de moi-même » (ap’ emautou ouk èlthon). Le thème de l’envoi (apostello, pempo) est fondamental dans la christologie johannique : Jésus est l’Envoyé du Père, et sa légitimité ne repose pas sur une auto-proclamation mais sur la véracité (alèthinos) de Celui qui l’envoie. L’expression « lui que vous ne connaissez pas » est une accusation redoutable dans le contexte du Temple, lieu de la présence divine : ceux qui gardent le Temple ne connaissent pas le Dieu du Temple. À l’inverse, Jésus « connaît » (oida) le Père d’une connaissance qui n’est pas acquise mais originaire : « je viens d’auprès de lui » (par’ autou eimi), formule qui frôle l’affirmation de préexistence.

Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur l’Évangile de Jean (49-50), commente longuement ce passage et souligne que la montée secrète de Jésus à Jérusalem n’est pas un signe de faiblesse mais de pédagogie divine : le Christ adapte sa révélation à la capacité de ses auditeurs et choisit le moment opportun (kairos) pour se manifester. Chrysostome insiste sur le fait que l’expression « son heure n’était pas encore venue » (v. 30) ne signifie pas que Jésus est soumis au destin mais qu’il gouverne souverainement le calendrier de sa Passion. Cyrille d’Alexandrie, dans son Commentaire sur l’Évangile de Jean (livre IV), développe la portée théologique de « je viens d’auprès de lui » : cette formule exprime la génération éternelle du Fils, non une simple mission prophétique. Pour Cyrille, le fait que Jésus « connaît » le Père tandis que ses adversaires ne le connaissent pas manifeste la différence ontologique entre le Fils unique et les créatures : la connaissance du Père par le Fils est une connaissance par nature, non par grâce.

Le verset final — « personne ne mit la main sur lui parce que son heure n’était pas encore venue » — introduit le concept johannique de l’hōra (l’heure), qui désigne dans le quatrième Évangile le moment de la Passion-glorification (cf. Jn 2, 4 ; 12, 23 ; 13, 1 ; 17, 1). Cette « heure » n’est pas un simple point chronologique mais un concept théologique : c’est le moment où l’amour du Père et du Fils se manifeste dans sa plénitude à travers le don de la croix. L’impossibilité d’arrêter Jésus avant cette heure manifeste que la Passion ne sera pas un accident de l’histoire mais un acte libre et souverain. Le rapprochement avec Sagesse 2 est ici lumineux : les impies de Sagesse 2 disent « condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui » ; les adversaires de Jésus en Jean 7 cherchent à le tuer mais ne le peuvent pas, parce que le Père gouverne le cours des événements. Le « quelqu’un » qui intervient, c’est le Père lui-même — non pas en empêchant la mort, mais en la transformant en glorification.

Un débat exégétique persistant concerne l’arrière-plan de la croyance selon laquelle « le Christ, quand il viendra, personne ne saura d’où il est ». Certains exégètes (R. E. Brown, C. H. Dodd) y voient une tradition juive bien attestée du « Messie caché » ; d’autres (M. de Jonge) estiment que Jean construit cette opinion pour les besoins de son ironie dramatique, sans qu’elle corresponde nécessairement à une doctrine messianique répandue. Quoi qu’il en soit, l’ironie fonctionne à plusieurs niveaux pour le lecteur du quatrième Évangile : les Hiérosolymitains croient savoir et ne savent pas ; ils pensent que l’origine connue de Jésus le disqualifie, alors que c’est précisément son origine véritable — divine, éternelle, « d’auprès du Père » — qui le qualifie. Le Carême, temps de marche vers Pâques, nous place devant cette question que Jean ne cesse de poser : d’où vient Jésus, et sommes-nous disposés à accueillir une réponse qui excède toutes nos catégories ?

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de te chercher au-delà de ce que je crois savoir de toi — là où tu te tiens « en secret ».

Composition de lieu — Jérusalem en fête. Les rues sont pleines de pèlerins, de bruits, d’odeurs de cuisine et de bétail. Des tentes de branchages dressées partout — la fête des Tentes, mémoire du désert, de la précarité joyeuse. Au milieu de cette foule, un homme monte au Temple sans se faire remarquer. Il passe entre les gens, visage ordinaire, pas d’escorte. Personne ne le reconnaît tout de suite. Et puis soudain, au milieu de la semaine, sa voix s’élève dans le Temple. Toi, tu es dans la foule. Tu entends les murmures autour de toi : « N’est-ce pas celui qu’on cherche à tuer ? »

Méditation — Il y a un jeu d’ombre et de lumière extraordinaire dans ce texte. Jésus monte « en secret » — puis enseigne ouvertement. Il se cache — puis « s’écrie » dans le Temple. Jean nous montre un homme qui ne cherche pas la confrontation, mais qui ne la fuit pas non plus. Il choisit son moment. Il y a une liberté souveraine dans cette manière de se mouvoir : « Son heure n’était pas encore venue. » Jésus vit dans un autre temps que celui de ses ennemis. Eux sont pressés de conclure. Lui sait quelque chose qu’ils ignorent.

Écoute ce que disent les habitants de Jérusalem : « Nous savons d’où il est. Or, le Christ, quand il viendra, personne ne saura d’où il est. » Ils ont leur théologie bien rangée. Ils savent ce que le Messie doit être. Et parce qu’ils « savent », ils ne voient pas. Jésus leur répond par une phrase à double fond : « Vous me connaissez ? Et vous savez d’où je suis ? » On peut l’entendre comme une confirmation — ou comme une ironie brûlante. Oui, vous connaissez Jésus de Nazareth. Non, vous ne savez pas d’où je viens réellement. « Je viens d’auprès de lui » — d’auprès du Père. Tout est là, et tout leur échappe. Demande-toi : qu’est-ce que je crois « savoir » de Dieu qui m’empêche peut-être de le reconnaître là où il se tient vraiment ? Quelles images, quelles certitudes me rendent sourd à son cri dans le Temple ?

Il y a enfin cette phrase suspendue, presque vertigineuse : « Personne ne mit la main sur lui parce que son heure n’était pas encore venue. » Une protection invisible. Non pas l’absence de danger, mais une liberté au cœur du danger. Jésus n’est pas un homme traqué qui a de la chance — c’est un homme libre qui marche vers sa Pâque à son propre rythme. Cette liberté-là, au milieu de la menace, est peut-être la chose la plus bouleversante de cet Évangile. Elle dit quelque chose de Dieu : il n’enlève pas le danger, mais il garde l’espace de la liberté.

Colloque — Jésus, tu montes « en secret » et puis tu cries dans le Temple. Je ne sais pas toujours quand me taire et quand parler. Je ne sais pas toujours quand avancer et quand attendre. Apprends-moi ton rythme — cette liberté intérieure qui ne dépend pas des circonstances. Et quand je crois te connaître, quand je t’ai bien rangé dans mes catégories, viens me surprendre. Crie encore, que je t’entende.

Question pour la relecture : À quel moment de ma prière ai-je senti que Jésus m’échappait — que ce que je croyais savoir de lui ne suffisait plus ?

🙏 Prier

Seigneur, en ce jour de Carême, je viens devant toi avec ce que je sais et ce que j’ignore. Tu connais mes aveuglements — ces endroits où ma lucidité devient dureté, où je préfère briser la bonté plutôt que de me laisser transformer par elle. Tu connais aussi mes certitudes trop bien rangées, mes images de toi qui m’empêchent de te voir quand tu montes « en secret ».

Apprends-moi tes secrets — ceux que la méchanceté ne peut pas voir, ceux que la foule de Jérusalem n’entendait pas même quand tu criais. Donne-moi la patience du juste qui ne rend pas coup pour coup, et la liberté de ton Fils qui marche vers sa Pâque sans que personne ne mette la main sur lui, parce que son heure lui appartient — et t’appartient.

Garde-moi, en ce Carême, dans l’espace ouvert de la question : non pas « je sais d’où il est », mais « d’où viens-tu, Seigneur ? » Que cette question me tienne en éveil jusqu’à Pâques. Amen.

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour

La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.