S. Pie V, pape

4ème Semaine du Temps Pascal — Jeudi 30 avril 2026 · Année A · blanc

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée

🕯️ Entrer dans la prière

Nous sommes dans le temps pascal — ce temps où l’Église apprend à vivre avec un Ressuscité qu’on ne voit plus mais qui envoie. Tout est marqué par l’envoi, le départ, la route. Et c’est exactement ce que les textes d’aujourd’hui te donnent à contempler.

Dans les Actes, Paul est en route — et déjà quelqu’un « abandonne » le chemin. Jean-Marc s’en retourne. Mais Paul, lui, poursuit, entre dans une synagogue inconnue, et déroule toute l’histoire de Dieu avec son peuple : depuis l’Égypte jusqu’à Jésus. Un long fil de fidélité. Dans l’Évangile, Jésus vient de laver les pieds de ses disciples — ses mains sont encore humides — et il parle d’envoi, de service, mais aussi de trahison. « Celui qui mange le pain avec moi m’a frappé du talon. » Le fil rouge qui relie ces textes, c’est cette question : qu’est-ce que c’est qu’être envoyé par quelqu’un qui nous connaît — y compris dans nos abandons et nos trahisons ?

Avant de lire, assieds-toi. Laisse retomber le bruit. Aujourd’hui, sois attentif aux verbes de mouvement : partir, poursuivre, abandonner, envoyer, recevoir. Dieu est en mouvement dans ces textes. Et toi, où en es-tu de ta route ?

📖 1ère lecture — Ac 13, 13-25

Lire le texte — Ac 13, 13-25

Quittant l’île de Chypre pour l’Asie Mineure, Paul et ceux qui l’accompagnaient s’embarquèrent à Paphos et arrivèrent à Pergé en Pamphylie. Mais Jean-Marc les abandonna pour s’en retourner à Jérusalem. Quant à eux, ils poursuivirent leur voyage au-delà de Pergé et arrivèrent à Antioche de Pisidie. Le jour du sabbat, ils entrèrent à la synagogue et prirent place. Après la lecture de la Loi et des Prophètes, les chefs de la synagogue leur envoyèrent dire : « Frères, si vous avez une parole d’exhortation pour le peuple, parlez. » Paul se leva, fit un signe de la main et dit : « Israélites, et vous aussi qui craignez Dieu, écoutez : Le Dieu de ce peuple, le Dieu d’Israël a choisi nos pères ; il a fait grandir son peuple pendant le séjour en Égypte et il l’en a fait sortir à bras étendu. Pendant une quarantaine d’années, il les a supportés au désert et, après avoir exterminé tour à tour sept nations au pays de Canaan, il a partagé pour eux ce pays en héritage. Tout cela dura environ quatre cent cinquante ans. Ensuite, il leur a donné des juges, jusqu’au prophète Samuel. Puis ils demandèrent un roi, et Dieu leur donna Saül, fils de Kish, homme de la tribu de Benjamin, pour quarante années. Après l’avoir rejeté, Dieu a, pour eux, suscité David comme roi, et il lui a rendu ce témoignage :J’ai trouvé David, fils de Jessé ; c’est un homme selon mon cœur qui réalisera toutes mes volontés. De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean le Baptiste a préparé l’avènement en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël. Au moment d’achever sa course, Jean disait : “Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds.” » – Parole du Seigneur.

📘 Comprendre

Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut

Paul Et Barnabé En Asie Mineure

Nous sommes à la synagogue d’Antioche de Pisidie (en plein milieu de l’Asie Mineure, c’est-à-dire l’ouest de la Turquie actuelle) un samedi matin pour une célébration du shabbat. Le public est plus mélangé que nous ne le pensons spontanément : pour prendre une image, on pourrait dire qu’il y a trois cercles concentriques ; il y a au centre d’abord, évidemment, les Juifs de naissance ; le deuxième cercle, ce sont les prosélytes : c’est-à-dire des non-Juifs de naissance qui ont été attirés par la religion juive au point de se convertir et d’en accepter toutes les pratiques, y compris la circoncision. Luc les appelle « les convertis au judaïsme ».

Le troisième cercle, ce sont les « craignant Dieu » ; Luc ici les appelle les « païens », mais vous voyez qu’ils ne sont plus tout à fait des païens, puisqu’ils ont été attirés eux aussi par la religion juive et qu’ils se rendent le samedi matin à la synagogue pour le shabbat ; ils connaissent donc les Écritures juives. En revanche, ils ne sont pas allés jusqu’à la circoncision et à l’ensemble des pratiques juives.

Au départ, le projet de Paul est clair : à peine arrivé dans la ville, il compte se rendre à la synagogue le plus tôt possible pour s’adresser à ses frères juifs ; il leur parlera de Jésus de Nazareth ; pour lui, c’est la démarche qui s’impose de toute évidence ; les Apôtres qui sont tous juifs, ne l’oublions pas, considèrent le Christ comme le Messie attendu par tous les Juifs : ils vivent un accomplissement ; dans leur logique, un Juif qui lit l’Écriture et découvre Jésus de Nazareth deviendra évidemment chrétien : ils ont donc tout naturellement commencé par essayer de rallier les autres Juifs à leur découverte… et Paul compte bien faire la tournée des synagogues ; dans son idée, quand tout le peuple juif sera converti, on entreprendra la conversion des païens.

Car, aux yeux de Paul, comme de tous ses contemporains, le plan de Dieu comportait deux étapes : d’abord le choix du peuple élu à qui Dieu s’est révélé (c’est ce qu’on appelle « l’élection d’Israël ») et ensuite c’est ce peuple élu qui devait annoncer le salut de Dieu aux autres peuples, aux païens ; pour exprimer cette « logique de l’élection » dans le plan de Dieu, le prophète Isaïe disait : « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». D’ailleurs, dans un premier temps, Jésus, lui-même, avait donné cette consigne à ses apôtres : « Ne prenez pas le chemin des païens… allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 10,5).

Le Grand Tournant D’Antioche De Pisidie

Donc, dès le premier sabbat, Paul et Barnabé se rendent à la synagogue d’Antioche de Pisidie ; et ils reçoivent au premier abord un accueil plutôt favorable ; du coup, ils peuvent espérer que certains deviendront chrétiens à leur tour. Le sabbat suivant (c’est-à-dire le samedi suivant), ils recommencent à prendre la parole à la synagogue, et, apparemment, beaucoup de gens se sont dérangés pour les écouter ; mais cette fois leur succès commence à indisposer les gens influents ! Luc dit : « Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient. » Là, se pose un petit problème de vocabulaire, parce que Luc ici appelle « Juifs » ceux qui vont s’opposer à Paul ; en réalité, il y a des Juifs qui deviendront chrétiens (comme Paul lui-même), et des Juifs qui refuseront absolument de reconnaître Jésus comme le Messie (ce sont ceux-là que Luc appelle « Juifs » ici).

En revanche, Luc note que les « païens » (c’est-à-dire les craignant Dieu) semblent mieux disposés, il dit : « Les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants. »

Alors se produit un grand tournant dans la vie de Paul ; car c’est là, à Antioche de Pisidie qu’il va décider de modifier ses plans ; voilà comment le problème se pose : d’une part, seuls quelques Juifs acceptent de les suivre, et il faut abandonner l’espoir de convertir l’ensemble du peuple juif au christianisme. D’autre part, le refus de la majorité des Juifs ne doit pas retarder l’annonce du Messie aux païens. Alors Paul se souvient qu’Isaïe avait déjà prédit que le petit Reste d’Israël sauverait l’ensemble du peuple et l’humanité. Concrètement, Paul comprend que c’est ce petit Reste qui assumera la vocation d’apôtre des nations qui était celle du peuple juif tout entier. Paul et Barnabé et ceux qui voudront bien les suivre seront ce petit Reste.

C’est exactement ce que Paul et Barnabé disent à Antioche : « C’est à vous, d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez, et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. » Et donc, à partir de ce moment-là, ils tournent leur énergie missionnaire vers les « craignant Dieu » d’abord, puis plus tard, vers les païens.

Décidément, à Antioche de Pisidie, un tournant décisif vient d’être pris dans la vie des premiers chrétiens !

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).

Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.

Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).

Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage se continue la grande partie des Actes, traitant de la mission qui se déroule hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), où il est question successivement des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque, incluant le martyre d’Etienne, la persécution de ces disciples Héllénistes et leur dispersion, avec, comme conséquence, la prédication en Samarie de la Bonne Nouvelle de Jésus par Philippe (6, 1 - 8, 40). de la conversion de Saül (Paul) (9, 1 - 31), d’une mission de Pierre, incluant la première conversion d’un païen (9, 32 - 11, 18), la fondation de l’Eglise d’Antioche, suivie de la 1ère mission de Paul, et de l’Assemblée de Jérusalem, où seront abordées des questions nées de cette mission parmi les païens (11, 19 - 15, 35).

Envoyés par la Communauté d’Antioche de Syrie, qui prend de plus en plus d’ampleur face à Jérusalem, Barnabas et Saul-(Paul), accompagnés de Jean Marc, sont partis pour une première mission à l’extérieur, mission au cours de laquelle une très importante étape se trouve être une autre ville portant aussi le nom d’Antioche, et située, cette fois, en Pisidie.

C’est là que Paul, désormais désigné par son nom grec, et nommé en premier, donne l’un de ses grands discours rapportés par Luc dans les Actes des Apôtres, discours adressé à des Juifs et des païens sympathisants du Judaïsme, un jour de Sabbat, dans la synagogue. La lecture de ce jour ne comporte que la première partie de ce discours, qu’il nous faut cependant regarder dans son ensemble.

Message

Paul nous y offre un résumé des grandes étapes de l’histoire d’Israël, parmi lesquelles il mentionne : l’appel des Pères, la servitude Egyptienne, l’Exode avec Moïse, les 40 années passées par le peuple au désert du Sinaï, la conquête de la Terre Promise, le choix des Juges, la mission de Samuel, le Règne de Saül (étendu à 40 ans !), que va remplacer David, dans la descendance duquel est apparu Jésus, selon la promesse de Dieu et après un temps de préparation dans la repentance, accompli par Jean Baptiste.

Tout cela, souligne Paul, est bien l’oeuvre de Dieu, oeuvre qui est maintenant parvenue à son terme. En rejetant et condamnant Jésus, les autorités Juives ont accompli les paroles des Prophètes. Mais, après la mort de Jésus et sa mise au tombeau, Dieu l’a ressuscité. Jésus s’est ensuite manifesté à ceux qui l’avaient accompagné depuis le début de son ministère.

Telle est désormais l’ultime Bonne Nouvelle. En ressuscitant Jésus, Dieu a accompli toutes les promesses faites à Israël. En Jésus, le pardon des péchés nous est proclamé, et nous est accordé, si nous avons la foi, en laquelle se réalise pour nous ce que la Loi de Moïse ne pouvait accomplir. Telle est la merveille du salut de Dieu.

Decouvertes

Il existe une grande ressemblance entre ce discours de Paul à un auditoire Juif et les premiers discours de Pierre, tels qu’ils nous sont rapportés aux chapitres 2 et 3 des Actes des Apôtres : voir leur déroulement et les citations des Psaumes 2 et 16, ainsi que le fait que Samuel y soit cité comme le premier prophète (Actes, 3, 24).

Dans ce rappel de l’histoire d’Israël, tout converge vers le Messie annoncé, et situé dans la descendance de David. Et de même que David a remplacé Saül, Jésus remplace l’enseignement de la Loi par sa Parole.

La célébration du Sabbat ressemble à celle que Luc nous rapporte, lorsqu’il nous raconte, dans son Evangile, le passage de Jésus à Nazareth (Luc, 4, 16 et ss.).

Noter l’importance donnée à Jean Baptiste comme lien entre l’Ancien et le Nouveau Testaments :voir sur ce point Luc, 3, 3; 3, 15 - 16, et 16, 16. Rôle important de Jean Baptiste, mais qui doit faire place au rôle incomparablement plus important, et bien différent, de Jésus, après lui.

Prolongement

La résurrection de Jésus nous est, une fois de plus, présentée comme l’événement accomplissant définitivement tout le plan de salut de Dieu, inauguré avec l’appel et l’histoire d’Israël.

D’où l’importance pour nous de connaître, lire et relire l’Ancien Testament dans notre Bible, même s’il ne prend son tout dernier et ultime sens pour nous qu’à partir du Nouveau Testament.

Cet événement ultime de la mort-résurrection de Jésus est le “basculement” de toute l’histoire dans les “derniers temps”. Nous sommes, nous, de l’autre côté de ce “basculement”, assistés de la présence et de la force de l’Esprit Saint que nous envoie Jésus Ressuscité. Notre rôle est de contribuer à l’insertion et à l’intégration de notre monde contemporain,et de son histoire, dans cet accomplissement réalisé du salut de Dieu, par notre engagement qui témoigne de Jésus Ressuscité à l’oeuvre dans notre vie.

🙏 *Seigneur Jésus, En toi le Père a conduit à son terme toutes les Promesses qu’il avait faites en Israël, depuis l’appel d’Abraham et à travers l’existence de tous ceux qu’Il avait choisis pour conduire son peuple sur le chemin du salut, si bien qu’on ne peut comprendre le sens de ta mission en Paroles et en Actes, si on ne te situe pas à l’étape ultime de tout cet unique projet de Dieu, que tu achèves en dépassant les manifestations partielles qui en avaient été présentées avant toi : donne-moi de toujours respecter ce cheminement de l’oeuvre de Dieu à travers toute la Bible, et de ne point te couper des événements et Paroles de Dieu qui t’avaient précédé et annoncé, et aide-moi à me placer à mon tour dans ce dessein de Dieu, qui me constitue frère de tous les humains, depuis le premier des hommes apparu sur cette terre, jusqu’à ceux de notre époque terminale de la fin des temps, et à témoigner, en mes actes et paroles, de cette solidarité universelle de toute l’humanité que Dieu appelle ainsi à partager sa gloire. AMEN.

15 05.2003.*

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Le discours de Paul à la synagogue d’Antioche de Pisidie constitue le premier grand discours missionnaire rapporté par Luc dans les Actes des Apôtres. Nous sommes au cœur du premier voyage missionnaire (vers 46-48 ap. J.-C.), et le texte s’ouvre sur une notation narrative lourde de sens : l’abandon de Jean-Marc (apokhōrēsas, « s’étant séparé »), qui reviendra comme pomme de discorde entre Paul et Barnabé (Ac 15, 37-39). Luc ne donne aucune raison explicite à ce départ, ce qui a nourri des siècles de spéculation — fatigue du voyage, désaccord sur l’ouverture aux païens, peur devant la route difficile vers les hauts plateaux d’Anatolie. Ce silence narratif est sans doute délibéré : Luc souligne ainsi que la mission ne dépend pas de la constance des hommes mais de la puissance de la Parole. La mention de Pergé en Pamphylie puis d’Antioche de Pisidie situe géographiquement l’avancée vers l’intérieur des terres, un trajet ardu à travers le Taurus, signe de la détermination apostolique.

La scène à la synagogue obéit à un schéma que Luc reproduira souvent : entrée le jour du sabbat, lecture de la Torah (nomos) et des Prophètes (prophētai), puis invitation à prendre la parole. Ce cadre liturgique juif est capital : Paul ne se présente pas comme un innovateur mais s’inscrit dans la continuité du culte d’Israël. L’expression « chefs de la synagogue » (arkhisunagōgoi) désigne les responsables laïcs qui organisent le service, et leur invitation — « si vous avez un logos paraklēseōs » (une « parole d’exhortation ») — emploie un terme technique du judaïsme hellénistique pour le commentaire homilétique des Écritures. C’est exactement le même mot qu’on retrouve en He 13, 22 pour désigner l’épître aux Hébreux elle-même. Paul est donc invité à exercer un ministère de la Parole reconnu dans le cadre synagogal.

Le discours lui-même est une synkrisis — un résumé d’histoire du salut — qui rappelle les discours d’Étienne (Ac 7) et de Pierre (Ac 2 ; 3). Paul s’adresse à deux groupes : les « Israélites » et « ceux qui craignent Dieu » (phoboumenoi ton theon), ces derniers étant des païens sympathisants du judaïsme, non circoncis mais fréquentant la synagogue. Cette double adresse est programmatique : la Parole est offerte d’abord à Israël, mais dans un espace déjà ouvert aux nations. Le résumé historique — élection des pères, séjour en Égypte, exode « à bras étendu » (meta brakhionos hupsēlou, écho de Dt 5, 15), quarante ans au désert, conquête de Canaan, juges, Samuel, Saül, David — suit la trame du Deutéronome et des Psaumes historiques (Ps 78 ; 105 ; 106). La chronologie de « quatre cent cinquante ans » a posé problème aux commentateurs depuis l’Antiquité, car elle ne correspond pas exactement aux données de 1 R 6, 1 ; elle reflète probablement une tradition chronologique alternative attestée chez Flavius Josèphe.

Le pivot du discours est la figure de David, introduit par une citation composite remarquable : « J’ai trouvé David, fils de Jessé, un homme selon mon cœur » fusionne Ps 89 (88), 21 (« J’ai trouvé David mon serviteur ») et 1 S 13, 14 (« un homme selon son cœur »), avec un ajout lucanien : « qui réalisera toutes mes volontés » (poiēsei panta ta thelēmata mou), écho possible d’Is 44, 28 (dit de Cyrus). Cette technique de citation composite, fréquente dans le judaïsme du Second Temple, montre que Paul (ou Luc) lit l’Écriture comme un tissu unifié dont les fils convergent vers un point unique : la promesse messianique. De David, le discours passe directement à Jésus, « sauveur » (sōtēr), un titre rare dans les Actes mais riche de résonances dans le monde gréco-romain où sōtēr était un titre impérial et divin — la subversion politique est discrète mais réelle.

Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur les Actes des Apôtres (Hom. 29), souligne que Paul commence par l’histoire d’Israël pour « gagner la bienveillance de ses auditeurs » avant de les conduire au Christ : c’est une pédagogie de la continuité, où l’Évangile n’abolit pas l’histoire sainte mais l’accomplit. Chrysostome note aussi que la mention de Jean le Baptiste sert de « pont » entre l’Ancien et le Nouveau, car le Baptiste est la figure que tous reconnaissent. Augustin, dans le Contra Faustum (XII, 23-24), insiste sur la portée de l’expression « selon la promesse » (kat’ epaggelian) : Dieu n’improvise pas le salut, il le déploie selon un dessein antérieur, et la fidélité divine à sa promesse est le socle même de la foi chrétienne. Pour Augustin, ce résumé d’histoire sainte montre que la gratia précède toujours la réponse humaine.

La fin du passage met en scène Jean le Baptiste au moment d’« achever sa course » (plēroō ton dromon), métaphore athlétique paulinienne par excellence (cf. 2 Tm 4, 7). Le Baptiste se définit par la négation — « ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas » — et par le renvoi à un plus grand. L’image des sandales (hupodēmata) renvoie à un geste d’esclave : délier les sandales du maître était un service que même un disciple juif n’était pas tenu de rendre à son rabbi, selon le Talmud (b. Ketubbot 96a). Jean se place donc en-dessous de l’esclave. Ce motif, commun aux quatre évangiles (Mc 1, 7 ; Mt 3, 11 ; Lc 3, 16 ; Jn 1, 27), est ici placé dans la bouche de Paul, créant un remarquable jeu de miroirs : l’apôtre cite le précurseur pour s’effacer lui aussi devant le Christ. Le « baptême de conversion » (baptisma metanoias) prêché par Jean est présenté comme préparation, non comme accomplissement — distinction théologiquement cruciale que Luc développera encore à Éphèse (Ac 19, 1-7).

L’intertextualité avec l’Évangile du jour est frappante : Paul parle de celui qui « envoie » et de celui qui est « envoyé », et l’Évangile de Jean développe précisément cette théologie de l’envoi. Le discours de Paul est lui-même un acte d’envoyé — il est apostolos, porteur d’une parole qui ne lui appartient pas. La chaîne de transmission — Dieu envoie Jésus, Jésus envoie les apôtres, les apôtres transmettent la parole dans les synagogues du monde méditerranéen — constitue le fil rouge qui relie ces deux lectures en ce temps pascal, où l’Église naissante prend conscience que la Résurrection n’est pas un événement clos mais une dynamique d’envoi permanent.

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi d’entendre dans ta longue patience envers ton peuple le signe de ta patience envers moi — et la certitude que tu n’abandonnes pas ta promesse en chemin.

Composition de lieu — Imagine cette synagogue d’Antioche de Pisidie. Un lieu modeste, loin de Jérusalem. La chaleur du jour qui entre par les ouvertures. L’odeur des rouleaux de parchemin qu’on vient de dérouler pour la lecture de la Loi. Des visages inconnus, des regards curieux posés sur ces étrangers de passage. Paul se lève. Il fait « un signe de la main » — un geste simple, presque familier, pour capter l’attention. Le silence se fait. Et sa voix commence à raconter.

Méditation — Ce qui frappe d’abord, c’est la petite notation que Luc glisse comme en passant : « Jean-Marc les abandonna pour s’en retourner à Jérusalem. » Quelqu’un quitte la route. On ne sait pas pourquoi — fatigue, peur, désaccord ? Le texte ne juge pas. Il constate. Et immédiatement après : « Quant à eux, ils poursuivirent leur voyage. » La mission continue malgré le départ de l’un. Il y a quelque chose de rude et de vrai là-dedans. La route de Dieu ne s’arrête pas quand quelqu’un fait demi-tour.

Et puis Paul parle. Et ce qu’il fait est étonnant : il raconte une histoire. Pas un argument, pas une démonstration — une histoire. Celle de Dieu avec son peuple. Et dans cette histoire, tout est traversé de patience et de reprise. Dieu « a fait grandir », « a supporté au désert pendant quarante ans », « a donné des juges », puis un roi — Saül — puis l’a « rejeté », puis a « suscité David ». Entends ces verbes : c’est un Dieu qui ne cesse de recommencer. Qui traverse les échecs de son peuple sans lâcher le fil. Et au cœur de cette histoire, cette phrase bouleversante : « J’ai trouvé David, fils de Jessé ; c’est un homme selon mon cœur. » Dieu cherche — et trouve. Comme si la fidélité divine était d’abord un désir, une quête. Est-ce que tu laisses Dieu te « trouver » — toi, avec ton histoire cabossée, tes demi-tours, tes reprises ?

Car c’est là que tout converge : « De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus. » Quatre cent cinquante ans d’histoire, des juges, des rois, des exils — et tout cela pour arriver à un nom. La promesse met du temps. Elle traverse des déserts. Elle survit aux abandons. Et Jean le Baptiste, lui, sait exactement ce qu’il n’est pas : « Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. » Il y a une liberté immense dans cette parole. Ne pas être le centre. Montrer un autre. Où en es-tu, toi, de cette liberté-là ?

Colloque — Seigneur, mon histoire aussi est longue, pleine de détours et de moments où j’ai fait demi-tour. Parfois je ressemble plus à Jean-Marc qu’à Paul. Mais tu continues de « poursuivre le voyage » avec moi, et je ne comprends pas toujours cette patience. Dis-moi que tu me cherches encore — que tu peux « trouver » en moi quelque chose « selon ton cœur », même dans ce que je n’ose pas te montrer.

Question pour la relecture : Dans ma prière, qu’est-ce qui a bougé quand j’ai entendu que Dieu « supporte » et « recommence » — est-ce que cela m’a consolé, ou est-ce que cela a touché une résistance en moi ?

🕊️ Psaume — 88 (89), 2-3, 21-22, 25.27

Lire le texte — 88 (89), 2-3, 21-22, 25.27

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ; ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge. Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les cieux. « J’ai trouvé David, mon serviteur, je l’ai sacré avec mon huile sainte ; et ma main sera pour toujours avec lui, mon bras fortifiera son courage. « Mon amour et ma fidélité sont avec lui, mon nom accroît sa vigueur ; Il me dira : “Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut !” »

✝️ Évangile — Jn 13, 16-20

Lire le texte — Jn 13, 16-20

Après avoir lavé les pieds de ses disciples, Jésus parla ainsi : « Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. Ce n’est pas de vous tous que je parle. Moi, je sais quels sont ceux que j’ai choisis, mais il faut que s’accomplisse l’Écriture :Celui qui mange le pain avec moi m’a frappé du talon. Je vous dis ces choses dès maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez que moi, JE SUIS. Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. » – Acclamons la Parole de Dieu.

📘 Comprendre

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.

Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).

A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.

A partir d’aujourd’hui, et jusque la fin du Temps Pascal, l’Eglise Catholique Romaine nous fait lire le dernier entretien de Jésus, lors de son dernier repas, qui nous est relaté des chapitres 13 à 17 inclus, de cet Evangile.

Jésus, au cours de ce repas d’adieux, a commencé par laver les pieds de ses disciples, pour expliquer, par ce geste symbolique, jusqu’à quel niveau ultime d’abaissement il va aller en son “Heure” de passage au Père. En accomplissant librement, en une approche toute d’humilité, ce qu’un esclave de l’époque avait le droit de refuser à son maître, Jésus se situe “plus bas” qu’un esclave, et annonce ainsi le sens profond de son engagement d’obéissance à la vérité dans la mission que lui a confiée le Père, obéissance jusqu’à la mort sur une croix, acceptant d’être ainsi “livré” pour nous aux mains des pécheurs.

Notre texte se situe immédiatement après ce lavement des pieds des disciples par Jésus : il explique ce qu’il vient de faire, et va entrer progressivement dans ses paroles d’adieux.

Message

Son geste d’abaissement et d’humilité une fois accompli, Jésus demande à ses disciples s’ils ont bien compris le sens de sa démarche, en laquelle il révèle comment le “Maître et Seigneur”, qu’il est, s’abaisse ainsi à être le serviteur de tous. Puis il leur demande d’imiter cet exemple qu’il vient de leur donner.

En effet, ceux qui croient en lui doivent agir comme lui. Mais il se trouve que parmi les disciples eux-mêmes, il en est qui refusent de suivre son chemin de service et d’humilité extrêmes. Néanmoins, le fait que Jésus annonce pareille déaffection parmi ses disciples, manifeste la connaissance qu’il a de toutes choses, et, en particulier, du dessein de Dieu, ce qui rend sa présence et sa mission désormais incontournables, puisqu’il se situe devant nous avec la stabilité même de Dieu, dont il reprend le Nom, en proclamant qu’il est “Je suis”.

Envoyé en mission par le Père, Jésus nous y envoie à son tour : accueillir dans la foi celui ou ceux qu’il envoie, c’est l’accueillir lui-même, et, à travers lui, accueillir le Père qui l’a envoyé.

Decouvertes

Jésus cite ici le psaume 41, 10 sur l’hostilité ingrate de quelqu’un qui avait été accueilli et pris en charge, dans un esprit de convivialité. Cette citation fait partie du récit de la passion selon Marc (Marc, 14, 18).

L’intimité entre le Père et le Fils est souvent exprimée dans cet Evangile de Jean : le Père et Jésus sont Un (10, 30), Jésus ne fait rien de lui-même (8, 28), il fait seulement ce qu’il voit faire au Père (5, 19), qui le voit, voit le Père (14, 7), ses paroles sont celles du Père (12, 49), Jésus ne fait que les oeuvres du Père (10, 37 - 38).

Prolongement

Quelques textes pour prolonger, d’abord l’un venant de Paul :

5 Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus :

6 Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

7 Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme,

8 il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !

9 Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,

10 pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,

11 et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.

Ensuite, un rappel d’autres Paroles de Jésus :

23 Jésus leur répond : ” Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme.

24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

25 Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle.

26 Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.

🙏 Seigneur Jésus, tu nous demandes d’imiter l’engagement profond et ultime du don total de toi-même pour nous, qui sommes tes frères et tes soeurs, dans l’obéissance au Père, que tu as manifestée dans ta passion et ta mort sur une croix, et ce, en acceptant, nous aussi, dans la force de ton Esprit et la grâce de ta résurrection, de donner notre vie pour tous nos frères et soeurs : enrichis-moi de ton attitude de pauvreté, apprends-moi à me vider de moi-même, pour aimer tous ceux et celles que tu as mis sur mon chemin et qui sont appelés, comme moi, à reproduire ton image. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Ce passage de Jean 13, 16-20 se situe immédiatement après le lavement des pieds, au cœur du « Livre de l’Heure » (Jn 13–17), cette longue section propre au quatrième évangile qui déploie les dernières paroles de Jésus avant la Passion. Le contexte est celui du repas pascal, dans l’intimité du cénacle, et la tonalité oscille entre tendresse et gravité : Jésus vient d’accomplir un geste prophétique bouleversant — le maître lavant les pieds des serviteurs — et il en tire maintenant la leçon. Le verset 16 ouvre avec la double formule solennelle « Amen, amen » (amēn amēn legō humin), signature johannique qui apparaît vingt-cinq fois dans cet évangile et qui fonctionne comme un serment divin : ce qui suit est parole absolument fiable, engageant l’être même de celui qui parle.

Le logion « un serviteur (doulos) n’est pas plus grand que son maître (kurios), ni un envoyé (apostolos) plus grand que celui qui l’envoie (pempsas) » est un proverbe sapientiel que Jean partage avec la tradition synoptique (Mt 10, 24 ; Lc 6, 40), mais qu’il recontextualise radicalement. Chez Matthieu, il s’agit d’avertir les disciples qu’ils seront persécutés comme leur maître ; chez Jean, le sens est inversé : si le Maître s’est abaissé au service, combien plus les disciples doivent-ils le faire. Le terme apostolos, rare chez Jean (seule occurrence), est ici non pas un titre ecclésial mais un concept théologique : l’envoyé est défini par sa relation à celui qui envoie, il n’existe pas par lui-même. C’est une christologie de la mission qui irrigue tout le quatrième évangile (Jn 5, 23 ; 12, 44 ; 17, 18) : Jésus lui-même est l’Envoyé du Père, et les disciples prolongent cette chaîne d’envoi.

Le v. 17 introduit un macarisme — « heureux (makarioi) êtes-vous, si vous le faites » — qui est l’un des rares béatitudes johanniques. La structure conditionnelle est décisive : la béatitude ne réside pas dans le savoir mais dans le faire (poieō). Cyrille d’Alexandrie, dans son Commentaire sur l’Évangile de Jean (IX), insiste sur ce point : « La connaissance sans la pratique est stérile ; c’est l’action qui rend bienheureux, car elle configure le disciple au Christ serviteur. » Cette insistance sur le praxis rapproche Jean de la tradition de Jacques (Jc 1, 22-25 : « mettez la Parole en pratique ») et nuance l’image d’un Jean purement « mystique » ou « spirituel ». La béatitude du service est proprement pascale : elle ne prend son sens que parce que le Maître qui lave les pieds est celui qui va mourir et ressusciter — le service est transfiguré par la Pâque.

Le v. 18 introduit une rupture dramatique : « Ce n’est pas de vous tous que je parle. » L’ombre de Judas traverse le texte. Jésus cite le Ps 41 (40), 10 : « Celui qui mange le pain avec moi m’a frappé du talon » (ho trōgōn met’ emou ton arton epēren ep’ eme tēn pternan autou). Le verbe trōgō (« mâcher, manger bruyamment ») est typiquement johannique et renvoie au discours eucharistique de Jn 6, 54-58, créant un lien troublant entre la communion eucharistique et la trahison. Le psaume d’origine est un psaume de David trahi par un ami intime — la typologie davidique rejoint ici la première lecture où Paul vient de citer David. L’expression « frapper du talon » (epēren pternan) évoque aussi Gn 3, 15 (le serpent frappant le talon), ouvrant une profondeur protologique : la trahison de Judas participe du combat primordial entre le bien et le mal, mais le Christ, nouvel Adam, en sera vainqueur.

Le v. 19 révèle la raison de cette annonce anticipée : « afin que, lorsque cela arrivera, vous croyiez que moi, JE SUIS » (hina pisteusēte hotan genētai hoti egō eimi). La formule egō eimi sans prédicat est la grande formule théophanique johannique (Jn 8, 24.28.58 ; 18, 5-6), écho direct du Nom divin révélé à Moïse en Ex 3, 14 (LXX : egō eimi ho ōn). Jésus affirme que sa prescience de la trahison — et sa libre acceptation de celle-ci — est la preuve même de sa divinité. Il n’est pas victime passive mais Seigneur de l’événement. Augustin, dans son Tractatus in Iohannem (LXIII, 3-4), commente : « Il annonce la trahison non pour l’empêcher, mais pour que la foi des disciples ne soit pas détruite quand elle surviendra. Celui qui prédit sa propre mort montre qu’il la domine. » Augustin voit dans ce egō eimi la clef de toute la christologie johannique : Jésus est celui en qui l’Être même de Dieu se manifeste dans l’histoire.

Le v. 20 clôt le passage par un retour à la théologie de l’envoi : « Si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. » Cette chaîne de réception — disciple → Christ → Père — est le fondement ecclésiologique du christianisme johannique. Le principe juridique juif du shaliach (l’envoyé qui représente pleinement celui qui l’envoie, « l’envoyé d’un homme est comme l’homme lui-même », Mishna Berakhot 5, 5) est ici élevé au plan théologique : recevoir l’apôtre, c’est recevoir le Christ, et recevoir le Christ, c’est recevoir le Père. Grégoire le Grand, dans ses Homélies sur l’Évangile (Hom. 17), développe cette idée en montrant que la dignité de l’envoyé ne vient pas de ses mérites propres mais de celui qui l’envoie : « Ne méprisez pas le messager à cause de sa faiblesse ; regardez plutôt la majesté de celui dont il porte la parole. » Cette théologie fonde la sacramentalité du ministère : l’efficacité de la mission ne dépend pas de la sainteté personnelle du ministre mais de l’autorité du Christ qui l’envoie.

Le lien entre les deux lectures du jour est lumineux : en Actes 13, Paul est précisément cet envoyé qui porte la parole dans la synagogue d’Antioche, et sa légitimité ne repose pas sur lui-même mais sur la chaîne qui remonte, à travers Jésus et Jean le Baptiste, jusqu’au Dieu d’Israël qui a « choisi nos pères ». L’Évangile de Jean fournit le fondement théologique de ce que les Actes racontent historiquement. En ce temps pascal, ces textes rappellent que la Résurrection n’est pas un privilège à contempler mais une puissance à transmettre : le Ressuscité envoie, et ceux qui reçoivent l’envoyé reçoivent le Ressuscité lui-même. La tension entre le service humble (le lavement des pieds) et l’autorité de l’envoi (« celui qui me reçoit reçoit le Père ») définit exactement le paradoxe de tout ministère chrétien — une autorité qui ne s’exerce que dans l’abaissement, à l’image du Maître qui a pris la condition de serviteur (Ph 2, 7).

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de comprendre dans mon corps ce que signifie être envoyé par toi — toi qui t’es agenouillé devant moi avant de m’envoyer.

Composition de lieu — La pièce haute, après le repas. Les pieds des disciples sont encore humides. Il y a un linge posé quelque part, une bassine d’eau trouble. L’air est chargé — de l’intimité du repas, mais aussi d’une tension que personne ne nomme encore. Jésus s’est relevé. Il a remis son vêtement. Et maintenant il parle. Regarde ses mains — ces mains qui viennent de toucher les pieds de chacun. Regarde ses yeux. Il ne parle pas à une foule. Il parle à des hommes dont il connaît les noms, les faiblesses, les trahisons à venir.

Méditation — « Un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. » La phrase semble simple, presque proverbiale. Mais replace-la dans ce qu’il vient de faire : celui qui parle est le Maître, et il vient de se mettre à genoux. Alors le renversement est total. Si le Maître lave les pieds, qu’est-ce qu’un serviteur peut refuser de faire ? Et cette phrase étrange, presque décalée : « Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. » Le bonheur n’est pas dans le savoir. Il est dans le faire. Combien de choses sais-tu de Dieu que tu ne fais pas encore ?

Puis le texte bascule. Brusquement. « Ce n’est pas de vous tous que je parle. » Un froid passe dans la pièce. Jésus sait. « Moi, je sais quels sont ceux que j’ai choisis. » Et il cite le psaume : « Celui qui mange le pain avec moi m’a frappé du talon. » Mange le pain avec moi — c’est le geste le plus intime. Le partage de la table. Et c’est de là que vient la trahison. Pas de l’extérieur, pas d’un ennemi — de celui qui est assis à côté, qui trempe dans le même plat. Jésus ne détourne pas les yeux de cette blessure. Il la nomme. Et pourtant — et c’est le cœur du texte — il ne retire pas l’envoi. Il ne dit pas : puisque l’un de vous va me trahir, je ne vous envoie plus. Il dit au contraire : « Si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même. » L’envoi tient. Malgré la trahison. Malgré la connaissance lucide de ce qui va arriver.

Et puis ces mots, glissés comme une confidence qui ne prendra tout son sens que plus tard : « Je vous dis ces choses dès maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez que moi, JE SUIS. » Il ne cherche pas à empêcher la trahison. Il la traverse. Et il demande à ses disciples de se souvenir, au cœur de l’effondrement, qu’il savait. Que rien ne l’a pris par surprise. Que son « JE SUIS » — le Nom même de Dieu — tient debout y compris dans la nuit du Jeudi saint. As-tu déjà fait l’expérience que Dieu savait avant toi ce qui allait s’effondrer — et qu’il était déjà là ?

Colloque — Jésus, tu m’envoies en sachant tout de moi — y compris ce que je ne sais pas encore de mes propres lâchetés. C’est vertigineux. Je voudrais mériter cet envoi, mais tu ne me demandes pas d’être irréprochable — tu me demandes de « le faire ». Apprends-moi à ne pas rester du côté du savoir, mais à m’agenouiller comme toi. Et quand je trébuche, rappelle-moi que tu avais dit : « je vous le dis avant que cela n’arrive » — pour que je croie encore.

Question pour la relecture : Quel moment de cette contemplation m’a le plus remué — le geste du lavement, la lucidité de Jésus face à la trahison, ou la parole d’envoi malgré tout ? Qu’est-ce que cela dit de là où j’en suis aujourd’hui ?

🙏 Prier

Dieu de la longue patience, toi qui as traversé les déserts de ton peuple sans jamais lâcher le fil, toi qui « supportes » et qui « suscites » sans te lasser, je te rends grâce pour cette histoire dont tu ne te fatigues pas — et dont je fais partie.

Tu as trouvé David « selon ton cœur ». Trouve en moi ce que toi seul sais y chercher.

Jésus, toi qui t’es agenouillé avant d’envoyer, toi qui nommes la trahison sans retirer ta confiance, donne-moi la grâce du « faire » — pas seulement du savoir. Envoie-moi, avec mes pieds encore mouillés de ton eau, vers ceux qui, en me recevant, te recevront toi.

Et quand viendra la nuit — car elle vient toujours — que je me souvienne : tu savais, et tu es resté. JE SUIS.

Amen.

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour

La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.