La pécheresse en dette d'amour
👁 Contemplation · Lc 7, 36-50
Sœur Michèle Marchant · Parcours 4 — Contempler : 6 rencontres avec Jésus · diffusé en mai 2023
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En bref : Sœur Michèle vous propose une contemplation ignatienne dans la maison de Simon le pharisien, où une femme pécheresse couvre de larmes et de parfum les pieds de Jésus. Après avoir présenté la scène et le regard que Jésus pose sur elle, elle vous invite à entrer dans le récit, à vous y situer et à parler vous-même au Seigneur. Vous êtes conduit à contempler comment le pardon devient la plus grande réponse d'amour.
Bonjour à vous tous. Sœur Michèle vient vous rejoindre. C'est notre temps habituel de prière, cette fois-ci avec la pécheresse en dette d'amour. Je remercie au passage Pierre-Henri Legrand, qui prête souvent sa voix pour la lecture de l'Évangile.
La scène
La scène se passe dans la maison du pharisien Simon, qui avait invité Jésus chez lui. Jésus entre et se met à table. La mise en scène est parfaite : l'irruption soudaine de cette femme, qui ne dit rien mais s'exprime par ses gestes ; Simon, qui se parle à lui-même ; et Jésus, qui prend la parole à son tour pour révéler ce qui se passe. Un seul geste, deux manières de parler, et trois regards qui se croisent, si différents.
Cette femme, toute la ville la connaît : c'est une pécheresse. À son passage, les yeux s'allument de convoitise ou se détournent de mépris. On ne la regarde que pour la désirer ou pour la condamner. « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche », se dit Simon en lui-même. Il est vrai que ces gestes, manifestement audacieux, voire ambigus, prêtent à l'insulte. Il a choisi son interprétation, et Simon a choisi la pire de ces interprétations.
Mais Jésus voit autrement. Comme l'a écrit le père Jacques Guillet au sujet de la chasteté de Jésus, je cite : « Il la regarde mettre à ses pieds tout ce qu'elle utilisait si bien pour séduire : ses larmes, ses cheveux, son parfum. À ce geste si profondément féminin, le Christ est lui-même profondément sensible, et ne cache ni son émotion ni son admiration ; mais il en livre aussitôt le secret miraculeux de pureté. Il n'y a plus ici de femme séductrice, ni d'homme triomphant. Il y a un cœur perdu qui, d'un seul coup, a su aller jusqu'au bout de l'amour, et un cœur assez chaste pour avoir su le reconnaître, l'atteindre et le libérer. »
Le secret du geste
Le secret de ce geste, Jésus le révèle à Simon par une parabole. « Simon, j'ai quelque chose à te dire. » Une parabole qui, apparemment à distance de l'événement, va permettre à Simon de raisonner juste. Et Jésus dit : « J'avais deux débiteurs. Le premier lui devait cinq cents pièces d'argent, l'autre cinquante. Comme ni l'un ni l'autre ne pouvaient les lui rembourser, il en fit grâce à tous les deux. Lequel des deux l'aimera davantage ? » Simon répondit : « Je suppose que c'est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. »
Ce que Jésus révèle à Simon, c'est la secrète suffisance d'une conscience qui n'a de compte à rendre à personne. Le pire des maux, disait Péguy, c'est une âme habituée, qui ne s'ouvre pas à la grâce, et moins encore à la gratitude. Et voici ce que dit Péguy : « Les pires détresses, les pires bassesses, les turpitudes et les crimes, le péché même, sont souvent des défauts dans l'armure de l'homme, les défauts de la cuirasse, de la dureté. Mais sur cette inorganique cuirasse de l'habitude, tout glisse, et tout glaive est émoussé. »
Des dettes d'amour
Revenons à cette femme. Cette femme au cœur perdu manquait de tout, et d'abord d'amitié vraie, de dignité et de considération. Et dans le regard de Jésus, elle a croisé l'amour de Dieu. Telle est la grâce du Christ ; tel est le pouvoir de son regard : atteindre ce point secret, caché au fond de l'âme, ce point demeuré intact et vierge, à partir duquel tout peut recommencer. Dès lors, elle ne fait plus le compte de ses fautes, mais seulement le compte de ses dettes, devenues, par la grâce du Christ, des dettes d'amour.
Se préparer
Je prends le temps de souffler. Je vais m'installer, afin de me préparer à cette rencontre avec le Seigneur. Je choisis, si possible, un lieu calme. Je m'y rends pour ma rencontre d'amour avec le Seigneur, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Et j'imagine la scène, et je suis dedans. En fin de journée, c'est le moment du repas donné en l'honneur de Jésus, chez Simon, un riche pharisien. La table est installée, et les lits autour, pour les invités. Je me place quelque part dans la scène.
Je demande au Seigneur la grâce d'ouvrir mon cœur à son amour pour moi.
Entrer dans la scène
Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d'albâtre contenant un parfum.
Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum.
Je contemple la scène.
En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse. » Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j'ai quelque chose à te dire. » « Parle, maître. »
Je regarde la scène : l'étonnement et le mépris de Simon, ce qu'il pense de cette femme, ce qu'il pense de Jésus.
Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs. Le premier lui devait cinq cents pièces d'argent, l'autre cinquante. Comme ni l'un ni l'autre ne pouvaient les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l'aimera davantage ? » Simon répondit : « Je suppose que c'est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. » « Tu as raison », lui dit Jésus.
J'admire la délicatesse de Jésus pour Simon ; je l'entends raconter sa parabole et la réponse de Simon.
Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds… Mais celui à qui l'on pardonne peu montre peu d'amour. »
Je pèse tout ce que cette femme a fait pour Jésus, par amour, et comment Jésus dit d'elle : « Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu'elle a montré beaucoup d'amour. »
Il dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme qui va jusqu'à pardonner les péchés ? » Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t'a sauvée. Va en paix. »
Le colloque
Comment le pardon de Jésus est-il sa plus grande réponse d'amour ? Que le Seigneur Jésus me l'explique lui-même. Moi aussi, je parle à Jésus, avec tout l'amour dont je suis capable.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.