📗 Commentaire pastoral de Marie-Noëlle Thabut


Première lecture : Proverbes 31, 10… 31

Texte

10 Une femme parfaite, qui la trouvera ?

Elle est précieuse plus que les perles !

11 Son mari peut lui faire confiance :

il ne manquera pas de ressources.

12 Elle fait son bonheur, et non pas sa ruine,

tous les jours de sa vie.

13 Elle sait choisir la laine et le lin,

et ses mains travaillent volontiers.

19 Elle tend la main vers la quenouille,

ses doigts dirigent le fuseau.

20 Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre,

elle tend la main aux malheureux.

30 Le charme est trompeur et la beauté s’évanouit ;

seule, la femme qui craint le SEIGNEUR

mérite la louange.

31 Célébrez-la pour les fruits de son travail :

et qu’aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange !

Commentaire

Le Portrait De La Femme Idéale

Chose étonnante, ce que nous venons de lire, ce sont les derniers mots du livre des Proverbes : or c’est un éloge de la femme. Voilà qui prouve que les auteurs bibliques ne sont pas misogynes ! Et pourtant, nous n’avons eu qu’un extrait de ce long poème qui termine le livre ; si vous avez la curiosité de lire le texte en entier, c’est-à-dire l’intégralité des versets 10 à 31 du dernier chapitre des Proverbes, vous verrez que c’est en quelque sorte le portrait de la femme idéale ; l’expression « femme parfaite » du premier verset veut dire : celle qu’un homme doit épouser s’il veut être heureux. Or qu’a-t-elle d’extraordinaire ? Rien justement : elle est travailleuse, elle est fidèle et consacrée à son mari et à sa maison, sans oublier de tendre la main aux pauvres et aux malheureux ; c’est tout, mais voilà des valeurs sûres, nous dit l’auteur, le secret du bonheur. Il n’emploie pas l’expression « secret du bonheur », il appelle cela sagesse, mais c’est la même chose.

Et vous savez qu’en Israël, on est bien convaincu d’une chose : le secret du bonheur, Dieu seul peut nous l’enseigner, mais c’est fait de choses humbles et modestes de notre vie de tous les jours. Vous connaissez la célèbre phrase qui est dans ce même livre des Proverbes : « La crainte du SEIGNEUR est le commencement de la sagesse. » (Pr 9,10). (La crainte au sens d’amour et de fidélité, tout simplement).

Il est intéressant de voir que le livre des Proverbes commence par neuf chapitres qui sont une invitation à cultiver cette vertu de la sagesse qui est l’art de diriger sa vie ; et, à l’autre extrémité de ce livre, se trouve ce poème à la gloire de la femme idéale : celle qui dirige bien sa vie, précisément. La leçon, c’est qu’une telle femme donne à son entourage la seule chose dont Dieu rêve pour l’humanité, à savoir le bonheur.

Alors, ce n’est pas un hasard, bien sûr, si ce poème se présente de manière particulière : car si vous vous reportez à ce passage dans votre Bible, vous verrez que ce poème est alphabétique ; nous avons déjà rencontré des psaumes alphabétiques ; c’est un procédé habituel : chaque verset commence par une lettre de l’alphabet dans l’ordre * ; (en littérature, on appelle cela un acrostiche) ; mais il ne s’agit pas de technique, pas plus que dans les psaumes ; il s’agit d’une affirmation de foi ; la femme idéale, c’est celle qui s’est laissé imprégner par la sagesse de Dieu, elle est un reflet de la sagesse de Dieu ; et donc elle a tout compris, de A à Z.

La Bible Et Les Femmes

Le livre des Proverbes n’est pas le seul à tenir ce genre de discours très positif sur la gent féminine ; on pourrait citer des quantités d’autres phrases de la Bible qui font l’éloge des femmes, du moins de certaines. Il ne faut pas oublier que la Bible a, dès le début, une conception de la femme tout à fait originale ; à Babylone, par exemple, on pensait que la femme a été créée après l’homme (sous-entendu l’homme a pu fort bien se passer de femme) ; au contraire, le poème de la création (le premier chapitre de la Genèse) qui a été rédigé par les prêtres pendant l’Exil à Babylone, justement, affirme clairement : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1,27). (C’est-à-dire dès le début).

Et le deuxième récit de la création dans la Genèse (qui est plus ancien), raconte de manière très imagée la création de la femme aussitôt après l’homme ; il la décrit soigneusement comme une égale, puisqu’elle est de la même nature que lui « os de ses os, chair de sa chair » (Gn 2,18-24). Ils sont tellement égaux d’ailleurs, qu’ils portent le même nom : homme et femme, en français, ne sont pas de la même racine : mais, en hébreu, ils se disent ish au masculin, ishshah au féminin ; ce qui dit bien à la fois la similitude des deux et la particularité de chacun.

Et le texte va plus loin, puisqu’il précise que la femme est un cadeau fait à l’homme pour son bonheur : « Le SEIGNEUR Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul (entendez il n’est pas heureux pour l’homme d’être seul), je vais lui faire une aide qui lui correspondra » ; et le texte hébreu ajoute « qui soit pour lui comme son vis-à-vis » (Gn 2,18) ; un vis-à-vis, c’est-à-dire un égal avec lequel on puisse dialoguer, dans un véritable face-à-face avec tout ce que cela comporte de révélation mutuelle, et de découverte de chacun dans le regard de l’autre.

La suite du texte biblique raconte la déchirure qui s’est introduite peu à peu dans des relations qui auraient dû être faites de confiance et de dialogue : le soupçon s’est installé entre l’humanité et son créateur ; et des relations faussées se sont peu à peu elles aussi instaurées entre l’homme et la femme : désormais tout repose non sur le dialogue, mais sur le pouvoir : qui se fait séduction d’un côté, domination de l’autre ; « Ton désir te portera vers ton mari, dit Dieu, et celui-ci dominera sur toi » (Gn 3,16). Et quand le théologien biblique écrit ce texte vers l’an 1000 av. J.-C., il y a des milliers d’années que l’expérience quotidienne vérifie cette analyse.

L’Alliance Du Couple, Image De L’Alliance De Dieu

Et voilà que notre livre des Proverbes se prend de nouveau à rêver du couple idéal : ici l’homme peut se reposer entièrement sur sa compagne « son mari peut lui faire confiance… Elle fait son bonheur »… (v. 11… 12). L’auteur a même eu l’idée, l’audace devrais-je dire, de penser que le couple humain était lié par une véritable Alliance semblable à celle qui unit Dieu à Israël. Dans un autre passage du livre des Proverbes, on peut lire que rompre l’union conjugale c’est rompre du même coup l’Alliance avec Dieu (2,17).

Je reviens à notre texte d’aujourd’hui : dans la conclusion de son livre, en somme, l’auteur veut mettre en valeur deux choses qui sont un peu les deux béatitudes de la femme : première béatitude « Heureuse es-tu, toi qui crains le SEIGNEUR » (traduisez « toi qui aimes le SEIGNEUR ») ; deuxième béatitude ‘Heureuse es-tu : avec tout ce travail humble, tu crées du bonheur’ (versets 30-31).


Psaume : Psaume 127 (128),

Texte

1 Heureux qui craint le SEIGNEUR

et marche selon ses voies !

2 Tu te nourriras du travail de tes mains :

Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !

3 Ta femme sera dans ta maison

comme une vigne généreuse,

et tes fils, autour de la table,

comme des plants d’olivier.

4 Voilà comment sera béni

l’homme qui craint le SEIGNEUR.

5 De Sion que le SEIGNEUR te bénisse !

Tu verras le bonheur de Jérusalem

tous les jours de ta vie.

6 Et tu verras les fils de tes fils

Paix sur Israël !

Commentaire

Dieu Veut Le Bonheur De L’Homme

Ce psaume est l’un des plus courts du psautier. Mais son contenu n’en est pas moins important. Car, après tout, il parle de la seule chose qui compte, le bonheur. On ne dira jamais assez que Dieu nous a créés pour nous rendre heureux ; cette évidence parcourt toute la Bible, ce qui était une audace par rapport aux pays voisins.

Moïse déjà l’avait compris, puisque quand il a voulu décider son beau-frère à le suivre pour lui servir de guide dans le désert du Sinaï, il lui a promis « Viens avec nous. pour que nous te rendions heureux, car le SEIGNEUR a promis du bonheur pour Israël. » (Nb 10,29). Le psaume 34/35 met la même assurance dans la bouche de David : « Le SEIGNEUR veut le bonheur de son serviteur. » (Ps 34/35,27). Mais, si on y réfléchit, c’était déjà vrai pour Abraham : les promesses de Dieu à Abraham représentaient très exactement le bonheur le plus désirable à son époque : une descendance et la prospérité. D’ailleurs, le mot « bénédiction » est bien synonyme de bonheur. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre  » (Gn 12,3) : cela signifie d’abord que toutes les nations de la terre ne trouveront pas de plus grand souhait à formuler que d’évoquer ta réussite ; elles se diront l’une à l’autre ‘puisses-tu prospérer comme le grand Abraham’ ; plus tard, on comprendra que cela veut dire : ‘toutes les nations de la terre accéderont par toi à la prospérité.’ Que peut-on rêver de mieux ? Or c’est Dieu qui lui promet tout cela : dès leur première rencontre, c’est révélateur.

Et, plus tard, quand on méditera sur les mystères de la Création, on reconnaîtra que Dieu n’a prévu que des choses bonnes : le livre de la Genèse raconte que, quand Dieu, le sixième jour, embrassa du regard l’ensemble de son œuvre, « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. » (Gn 1,31) ; et le mot hébreu, ici, suggère bien une idée de bonheur.

Une Loi Dictée Pour Le Bonheur De Tous

Au long de l’histoire d’Israël, ce désir de Dieu de voir ses enfants heureux inspire toutes ses paroles et ses initiatives : par exemple il n’y a pas de commandement qui ne soit dicté par ce seul souci. Le livre du Deutéronome qui résume magnifiquement toute la méditation d’Israël sur les fondements de la Loi résonne de recommandations qui n’ont pas d’autre but que de procurer bonheur et longue vie au peuple tout entier : « Tu garderas les décrets et les commandements du SEIGNEUR que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le SEIGNEUR ton Dieu, tous les jours… » (Dt 4,40) ; ou encore : « Si seulement ils avaient à cœur de me craindre et de garder mes commandements, chaque jour, pour leur bonheur et celui de leurs fils, à jamais ! » (Dt 5,29). Et le fameux texte du « Shema Israël » (la profession de foi) est précédé par ce conseil : « Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité, dans un pays ruisselant de lait et de miel, comme te l’a dit le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères. » (Dt 6,3).

Notre psaume répond en écho : « Heureux qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies ! », craindre le SEIGNEUR, voulant exactement dire « marcher selon ses voies », c’est-à-dire obéir aux commandements qui n’ont été donnés que pour le bonheur de ceux qui les pratiquent.

Les mots « heureux », « bonheur » « béni » se répètent ; quant aux images, elles évoquent ce que l’on peut rêver de mieux : l’assurance de la subsistance, la paix dans la ville, la paix dans la maison, berceau d’une belle famille, et la promesse d’une descendance. « De Sion, que le SEIGNEUR te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils ».

Le Bonheur Au Quotidien

La leçon qui se dégage de tout cela, c’est l’intérêt que Dieu prend à notre vie quotidienne : c’est bien là, dans les réalités très concrètes que se joue notre bonheur. L’Ancien Testament disait déjà très fort que Dieu n’est pas à chercher seulement à l’intérieur des murs de nos églises, mais dans toute notre vie de chaque jour. Il reste que nous sommes libres de nous écarter des chemins du SEIGNEUR, traduisez de transgresser les commandements et du coup de faire notre malheur.

Ce n’est pas par hasard, peut-être, que notre psaume reprend le vocabulaire et les images du livre de la Genèse. Après la faute, Dieu dit à Adam : « Maudit soit le sol à cause de toi ! C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie. » (Gn 3,17)… Et à la femme : « C’est dans la peine que tu enfanteras des fils. » Ici, le livre de la Genèse ne fait que constater la spirale du mal qui s’instaure quand on a pris le mauvais chemin ; le jardin de délices s’est transformé en terre de discorde et de malheur. Ce texte du livre de la Genèse sonne comme une mise en garde : au contraire, le psaume qui parle de l’homme fidèle, celui qui craint le SEIGNEUR, lui promet réussite et bonheur familial : « Tu te nourriras du travail de tes mains » et « Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le SEIGNEUR ».

Dans notre première lecture de ce dimanche, le livre des Proverbes dit bien la même chose quand il fait l’éloge de la « femme qui craint le SEIGNEUR », et affirme qu’elle seule est « digne de louange ». En définitive, au long des siècles, notre conception du bonheur peut changer, mais une seule chose compte : ne jamais oublier que le seul but de Dieu est de voir tous ses enfants heureux.


Deuxième lecture : 1 Thessaloniciens 5, 1-6

Texte

Frères,

au sujet de la venue du Seigneur,

il n’est pas nécessaire qu’on vous parle de délais ou de dates.

2 Vous savez très bien que le jour du Seigneur

viendra comme un voleur dans la nuit.

3 Quand les gens diront :

« Quelle paix ! quelle tranquillité ! »

c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux,

comme les douleurs sur la femme enceinte :

ils ne pourront pas y échapper.

4 Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres,

ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur.

5 En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ;

nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres.

6 Alors, ne restons pas endormis comme les autres,

mais soyons vigilants et restons sobres.

Commentaire

Quand Viendra Le Jour Du Seigneur ?

Ce qui était le grand sujet de préoccupation des Thessaloniciens, au moment où Paul leur écrit cette première lettre, c’était la venue du Seigneur, ce qu’ils appelaient le « Jour du Seigneur ». Et ils vivaient dans cette attente, tout comme Paul lui-même vivait tendu de tout son être vers ce jour. Car le mot attente est ambigu peut-être pour nous ; il y a des attentes passives ; mais celle de Paul, celle des Thessaloniciens est une attente impatiente, j’aurais envie de dire fervente. On sent bien l’impatience des chrétiens derrière la phrase de Paul : « Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin que je vous en parle. » Et, dans sa deuxième lettre à cette communauté, Paul juge utile de préciser : « Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. » (2 Thes 2,1). Chaque fois que des soi-disant prophètes parlent de fin du monde, il nous suffira de relire cette mise en garde de Paul. Je note au passage que Paul ne parle pas du « retour » du Seigneur, il parle de sa « venue ». Car il est invisible, oui, mais il n’est pas absent. Ainsi, on ne peut donc pas parler de « retour » comme s’il était absent.

Le Genre Apocalyptique, Un Genre Littéraire

Pour en parler, Paul emploie tout un vocabulaire et même un genre littéraire un peu surprenant pour nous, mais très familier à ses lecteurs du premier siècle ; c’est ce qu’on appelle le « genre apocalyptique » (c’est-à-dire de dévoilement de la face cachée des choses) ; quand on parle de « voleur dans la nuit », quand on évoque les  « douleurs de la femme enceinte », de « catastrophe qui s’abat sur vous » tout cela sur fond d’opposition entre lumière et ténèbres, vous avez toute chance d’être en présence d’un texte apocalyptique. Jésus a employé des expressions tout à fait semblables parce que ce genre littéraire était florissant à son époque ; une époque où justement, l’attente du Messie et de la venue du Royaume de Dieu était très vive.

L’objectif de ce genre de discours est double : premièrement, conforter la foi des lecteurs pour que rien ne les décourage, quelle que soit la longueur de l’attente ; deuxièmement, les encourager à avoir de l’audace dans le témoignage de leur foi à la face du monde, quelle que soit la dureté du temps présent, et même en cas de persécution.

Mais pourquoi personne ne peut-il connaître à l’avance le moment de la venue du Seigneur ? Il y a au moins deux raisons : première raison, le temps appartient à Dieu : le prophète Daniel disait : « Béni soit le nom de Dieu depuis toujours et à jamais. À lui la sagesse et la force ! Lui qui fait changer les âges et les temps… » (Dn 2,20-21). Et Jésus lui-même reconnaissait ne pas le savoir : « Ce jour et cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul. » (Mt 24,36). Soit dit en passant, Jésus nous donne là une formidable leçon d’humilité : il accepte de ne pas savoir… il fait confiance à son Père ; même à l’heure extrême, celle de Gethsémani, alors que le combat entre la lumière et les ténèbres, entre l’amour et la haine est à son paroxysme, il fait confiance.

Le Délai Dépend De Nous

Deuxième raison, saint Pierre dit que ce temps dépend aussi de nous : « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. (2 Pi 3,8-9). Et un peu plus bas, il ajoute « Vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu… »

Voilà de quoi nous renvoyer à nos responsabilités : mystérieusement, nous collaborons à la venue du Jour de Dieu ; cela peut paraître audacieux ! Mais c’est pourtant ce que nous disent Paul et Pierre. C’est d’ailleurs cela qui fait la grandeur de nos vies : elles sont la matière première du Royaume. Dieu ne le réalise pas sans nous. Pure coïncidence, peut-être, mais c’est justement après cette deuxième lecture que nous allons entendre la parabole des Talents qui nous parlera de la confiance que Dieu nous fait pour bâtir son Royaume !

Jésus l’avait bien dit à ses disciples qui lui posaient la question : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? » Il leur avait répondu : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force, quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins… » (Ac 1,6-7). Ce qui était une manière de leur dire leur responsabilité, mais également de bien situer leur action dans celle de l’Esprit. Comme dit la quatrième Prière Eucharistique, « L’Esprit continue son œuvre dans le monde et achève toute sanctification ».

Nous n’avons donc pas à nous soucier des temps et des moments, comme dit Jésus, ou des délais et des dates, comme dit Paul, il nous suffit d’essayer concrètement de faire avancer le Royaume, sûrs que nous avons reçu l’Esprit pour cela.

Je reviens sur l’expression « fils de la lumière » : « Vous frères… vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour … », nous dit Paul. Le jour du Seigneur, ce sera quand l’humanité tout entière sera fille de lumière.


Évangile : Matthieu 25, 14-30

Texte

Jésus parlait à ses disciples de sa venue ;

il disait cette parabole :

14 Un homme, qui partait en voyage,

appela ses serviteurs et leur confia ses biens.

15 A l’un il donna une somme de cinq talents,

à un autre deux talents,

au troisième un seul,

à chacun selon ses capacités.

Puis il partit.

16 Aussitôt, celui qui avait reçu cinq talents

s’occupa de les faire valoir

et en gagna cinq autres.

17 De même, celui qui avait reçu deux talents

en gagna deux autres.

18 Mais celui qui n’en avait reçu qu’un

creusa la terre et enfouit l’argent de son maître.

19 Longtemps après, leur maître revient

et il leur demande des comptes

20 Celui qui avait reçu les cinq talents

s’avança en apportant cinq autres talents

et dit :

Commentaire

« Seigneur,

tu m’as confié cinq talents ;

voilà, j’en ai gagné cinq autres.

21 - Très bien, serviteur bon et fidèle,

tu as été fidèle pour peu de choses,

je t’en confierai beaucoup ;

entre dans la joie de ton maître. »

22 Celui qui avait reçu deux talents s’avança ensuite

et dit :

tu m’as confié deux talents ;

voilà, j’en ai gagné deux autres,

23 - Très bien, serviteur bon et fidèle,

tu as été fidèle pour peu de choses,

je t’en confierai beaucoup ;

entre dans la joie de ton maître. »

24 Celui qui avait reçu un seul talent s’avança ensuite

et dit :

je savais que tu es un homme dur :

tu moissonnes là où tu n’as pas semé

tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.

25 J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre.

Le voici. Tu as ce qui t’appartient. »

26 Son maître lui répliqua :

« Serviteur mauvais et paresseux,

tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé,

que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.

27 Alors, il fallait placer mon argent à la banque ;

et à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.

28 Enlevez-lui donc son talent

et donnez-le à celui qui en a dix.

29 Car celui qui a

recevra encore,

et il sera dans l’abondance.

Mais celui qui n’a rien

se fera enlever même ce qu’il a.

30 Quant à ce serviteur bon à rien,

jetez-le dehors dans les ténèbres ;

là où il y aura des pleurs et des grincements de dents ! »


La Bible commentée · Liturgie du jour