📗 Commentaire pastoral de Marie-Noëlle Thabut


Premiere lecture : EXODE 12, 1-8.11-14

Texte

1 En ces jours-la, dans le pays d’Egypte,

le SEIGNEUR dit a Moise et a son frere Aaron :

2 « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois,

il marquera pour vous le commencement de l’annee.

3 Parlez ainsi a toute la communaute d’Israel :

le dix de ce mois,

que l’on prenne un agneau par famille,

un agneau par maison.

4 Si la maisonnee est trop peu nombreuse pour un agneau,

elle le prendra avec son voisin le plus proche,

selon le nombre des personnes.

Vous choisirez l’agneau d’apres ce que chacun peut manger.

5 Ce sera une bete sans defaut, un male, de l’annee.

Vous prendrez un agneau ou un chevreau.

6 Vous le garderez jusqu’au quatorzieme jour du mois.

Dans toute l’assemblee de la communaute d’Israel,

on l’immolera au coucher du soleil.

7 On prendra du sang,

que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau

des maisons ou on le mangera.

8 On mangera sa chair cette nuit-la,

on la mangera rotie au feu,

avec des pains sans levain et des herbes ameres.

11 Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins,

les sandales aux pieds,

le baton a la main.

Vous mangerez en toute hate :

c’est la Paque du SEIGNEUR.

12 Je traverserai le pays d’Egypte, cette nuit-la ;

je frapperai tout premier-ne au pays d’Egypte,

depuis les hommes jusqu’au betail.

Contre tous les dieux de l’Egypte

j’exercerai mes jugements :

je suis le SEIGNEUR.

13 Le sang sera pour vous un signe,

sur les maisons ou vous serez.

Je verrai le sang,

et je passerai :

vous ne serez pas atteints par le fleau

dont je frapperai le pays d’Egypte.

14 Ce jour-la sera pour vous un memorial.

Vous en ferez pour le SEIGNEUR une fete de pelerinage.

C’est un decret perpetuel : d’age en age vous la feterez. »

Commentaire

Notre Surprise Devant Cette Lecture

Nous pouvons etre un peu surpris de lire ce passage du livre de l’Exode le jour ou nous celebrons le Jeudi saint. Dieu exige-t-il des hommes des choses si etranges ? Et pourtant, aujourd’hui encore, les Juifs celebrent leur fete de la Paque en faisant reference a ce texte ; et, d’autre part, c’est dans ce cadre-la, precisement, que Jesus a celebre ce que nous appelons la « Cene », son dernier repas avec ses disciples. D’ou l’interet pour nous de le lire, justement, aujourd’hui.

En meme temps, nous sommes un peu desorientes devant cette lecture qui mele des elements tres divers : est-ce le recit de ce qui s’est passe le dernier soir que les esclaves Hebreux ont passe en Egypte, au temps de Moise, avant le franchissement de la mer Rouge ? Ou bien est-ce une loi liturgique sur la facon de celebrer la Paque en Israel ? D’autant plus que certains mots du texte ne peuvent pas dater du temps de Moise : « On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons ou on le mangera » ; « Linteau des portes », « maisons » ne sont pas des mots du vocabulaire des nomades : eux parlent de tentes et de poteaux de tentes. Parler de « maisons » et de « linteaux » suppose un peuple installe.

Notre malaise devant ce texte est normal, car, effectivement, il entremele des evenements disparates. D’une part, le souvenir du sacrifice de printemps que les Hebreux ont celebre le dernier soir de leur presence en Egypte, et, d’autre part, les regles liturgiques qui ont ete mises par ecrit, bien longtemps apres, pour celebrer le souvenir de cette liberation, justement.

Je commence par le sacrifice de printemps : on pense que les Hebreux avaient garde cette coutume de nomades. Au printemps, au moment de la pleine lune, on sacrifiait un animal et on mettait un peu de son sang sur les poteaux des tentes pour chasser les mauvais esprits du desert. Pour cette fete, on demandait au Pharaon la permission de partir trois jours au desert. Mais une annee, pour ne pas se priver de cette precieuse main-d’oeuvre au service de ses grands travaux, Pharaon refusa la fameuse permission. Les Hebreux celebrerent donc leur sacrifice de printemps sur place, en Egypte. C’est cette nuit-la que Dieu intervint pour liberer definitivement son peuple.

Il y a donc eu cet evenement historique au temps de Moise, vers 1200 avant notre ere. Mais le texte que nous lisons aujourd’hui est beaucoup plus tardif : il parle de « maisons » et de « linteaux des portes » parce qu’il s’adresse a un peuple qui n’est plus nomade, qui est installe. On pense qu’il a ete redige en Israel, par des pretres au retour de l’Exil a Babylone, c’est-a-dire vers 500 av. J.-C. les pretres rappellent a leurs contemporains l’evenement fondateur de toute leur histoire, la liberation d’Egypte, et leur enjoignent de le celebrer.

La Force Du Memorial Au Long Des Siecles

« Ce jour-la sera pour vous un memorial. Vous en ferez pour le SEIGNEUR une fete de pelerinage » (Ex 12,14). La Paque juive est donc le Memorial de la liberation d’Egypte et le texte d’aujourd’hui nous dit comment ce Memorial est celebre en Israel depuis le temps du retour d’Exil ; c’etait le meme au temps de Jesus.

Le mot « Memorial » est tres riche dans la Bible et dans le Judaisme. Il ne s’agit pas d’une simple commemoration, comme lorsqu’on tourne les pages d’un album de photos. Car l’evenement ancien que l’on celebre reste actuel comme une source est presente dans le fleuve qui en decoule : parce que l’action liberatrice de Dieu ne se tarit jamais. Celebrer un Memorial, c’est se plonger dans le fleuve et remonter jusqu’a la source, en retrouver l’elan, la vigueur, la ferveur. C’est retrouver la force de cooperer a l’oeuvre incessante de Dieu pour liberer l’humanite. Car Dieu continue encore aujourd’hui et continuera encore demain : aux yeux des croyants, la liberation d’Egypte est l’une des etapes, mais seulement une etape, de la grande oeuvre de Dieu en faveur des hommes tout au long de l’histoire humaine. Celebrer le Memorial de la Paque, c’est s’engager a lui apporter notre collaboration, jusqu’au jour ou l’humanite tout entiere pourra se tenir debout, liberee de toutes ses chaines.


Psaume : Psaume 115 (116b), 12-13.15-16ac.17-18

Texte

12 Comment rendrai-je au SEIGNEUR

tout le bien qu’il m’a fait ?

13 J’eleverai la coupe du salut,

j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.

15 Il en coute au SEIGNEUR

de voir mourir les siens !

16 Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur,

moi, dont tu brisas les chaines ?

17 Je t’offrirai le sacrifice d’action de grace,

j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.

18 Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR,

oui, devant tout son peuple.

Commentaire

Tout Le Bien Que Le Seigneur M’a Fait

Ce psaume fait partie des psaumes du Hallel, (les psaumes 112/113 a 117/118 qui etaient chantes a l’occasion de la fete juive de la Paque) ; Jesus l’a donc chante le soir du Jeudi saint. Mais nous allons d’abord l’ecouter comme le chant du peuple d’Israel. « Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? » C’est le peuple croyant qui parle ici, le coeur noye de reconnaissance. Cette prise de conscience de la Presence bienfaisante de Dieu a nos cotes en permanence, c’est cela la foi. Et c’est cela qui engendre en nous une confiance inderacinable quoi qu’il arrive.

On enseigne tres tot au petit enfant a dire « Merci », c’est la moindre des choses pour toute la sollicitude dont il est l’objet. De la meme maniere, le croyant vient rendre grace. « Comment rendrai-je au SEIGNEUR ? » Il y a le mot « rendre » : effectivement, notre attitude n’est que reponse a l’initiative de Dieu qui est toujours premiere. C’est lui qui nous a appeles a l’existence, je devrais dire « qui nous appelle a l’existence », chaque jour. « Tu envoies ton souffle, ils sont crees… Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent a leur poussiere » chante le psaume 103/104. On entend ici l’echo du livre de la Genese, lorsque Dieu, apres avoir modele l’homme avec la poussiere du sol, insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un etre vivant.

La Decouverte Du Dieu Liberateur

Il y a plus encore que le don de la vie biologique : les croyants rendent grace pour l’Alliance que Dieu a nouee avec son peuple en attendant le jour beni ou l’humanite tout entiere acceptera d’y adherer. Le psalmiste qui a compose ce chant a cela en tete de toute evidence car il a choisi soigneusement son vocabulaire pour parler de Dieu. A chaque verset, il cite le SEIGNEUR, ce fameux mot hebreu en quatre lettres YHVH que Dieu a revele a Moise lorsqu’il s’est manifeste a lui dans le Buisson ardent. Chaque fois qu’un auteur biblique emploie ce mot de SEIGNEUR, il nous remet en presence du Buisson ardent et de la decouverte incroyable qu’il a representee pour Moise et pour son peuple. « J’ai vu, disait Dieu, oui, j’ai vu la misere de mon peuple qui est en Egypte… je suis descendu pour le delivrer… Va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Egypte mon peuple, les fils d’Israel. » (Ex 3,7…10).

De La Servitude Au Service

A cette premiere liberation s’ajoutent toutes les autres : celle de l’Exil, bien sur, apres la deportation et les travaux forces a Babylone, dont le retour fut vecu et celebre comme une nouvelle entree en Terre Promise. Et c’est desormais une conviction bien ancree dans la foi juive que Dieu ne cesse de guider l’humanite sur les chemins de la liberte. Une liberte qui reste encore a conquerir. Car, depuis que le monde est monde, il y a bien d’autres chaines a la surface du globe que celles de l’esclavage : elles s’appellent pauvrete, misere, precarite, maladie, decheance physique. Sans parler du polytheisme, la bete noire des prophetes, ou encore de la domination des ideologies, du racisme et des fanatismes de tous ordres.

Il nous revient de nous engager dans cette conquete de la liberte pour nous d’abord et pour les autres : alors la phrase « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » sonne comme une resolution : « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » (sous-entendu « et aucun autre »), je me detourne resolument des faux dieux. Nos idoles modernes ne sont pas des statues, mais nos addictions de tous ordres sont bien reelles. « Je garde le SEIGNEUR devant moi sans relache » dit le psaume 15/16 (verset 8). C’est le seul moyen d’etre vraiment libres. Alors, nous devenons capables de mettre au service de Dieu notre liberte reconquise.


Deuxieme lecture : 1 CORINTHIENS 11, 23-26

Texte

Freres,

23 moi, Paul, j’ai moi-meme recu ce qui vient du Seigneur,

et je vous l’ai transmis :

la nuit ou il etait livre,

le Seigneur Jesus prit du pain,

24 puis, ayant rendu grace,

il le rompit, et dit :

« Ceci est mon corps, qui est pour vous.

Faites cela en memoire de moi. »

25 Apres le repas, il fit de meme avec la coupe,

en disant :

« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.

Chaque fois que vous en boirez,

faites cela en memoire de moi. »

26 Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain

et que vous buvez cette coupe,

vous proclamez la mort du Seigneur,

jusqu’a ce qu’il vienne.

Commentaire

La Mise Au Point De Paul Pour Les Corinthiens

Apparemment, l’intention premiere de Paul n’etait pas d’abord de faire un cours de theologie aux Corinthiens, c’etait de faire une mise au point sur leur conduite : « Je ne vous felicite pas pour vos reunions : elles vous font plus de mal que de bien. », leur a-t-il dit plus haut (1 Co 11,17). Ses reproches etaient de deux ordres : « Tout d’abord, quand votre Eglise se reunit, j’entends dire que, parmi vous, il existe des divisions ». Lorsqu’on a entendu de la bouche du Seigneur le dernier soir le commandement d’amour, c’est une grave incoherence de rester divises.

Le deuxieme reproche concernait la reticence des Corinthiens a vivre un vrai partage : « Lorsque vous vous reunissez tous ensemble, ce n’est plus le repas du Seigneur que vous prenez ; en effet, chacun se precipite pour prendre son propre repas, et l’un reste affame, tandis que l’autre a trop bu. » Ces phrases de Paul precedent tout juste notre lecture d’aujourd’hui et plantent le decor en quelque sorte.

Nous comprenons encore mieux la gravite de ce qui est en jeu si nous relisons la phrase de Jesus : par deux fois, il donne cet ordre : « Faites cela en memoire de moi. » A l’interieur de la celebration de la Paque juive, qui etait deja un Memorial, celui de la liberation d’Egypte, il institue un nouveau Memorial. Si nous donnons a ce mot « Memorial » toute la force qu’il a dans la liturgie juive, cela veut dire que, chaque fois que nous participons a l’eucharistie, nous revivons toute l’intensite du Jeudi saint : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’a ce qu’il vienne. » Nous remontons a la source, en quelque sorte.

Or, ce soir-la, le repas (la participation au pain et a la coupe) n’est pas separable de sa mort : chaque fois que nous participons a l’eucharistie, par consequent, nous proclamons la mort du Christ. Or le contraste est saisissant : dans sa mort, Jesus est assassine par la haine des hommes, il est une victime, il est « livre » dit Paul. Dans le repas pascal, au contraire, c’est lui qui dirige les evenements. Il prend le pain, puis la coupe, il institue le memorial que nous celebrons desormais.

On a la un exemple saisissant des retournements que Dieu seul est capable d’operer. La pierre rejetee des batisseurs est devenue la pierre d’angle. Au coeur meme des conduites de haine et d’aveuglement des hommes, le Christ a restaure l’Alliance. Sa mort devient une victoire, celle de l’amour et du pardon.

De L’Alliance Du Sinai A L’Alliance En Jesus Christ

L’Alliance du Sinai a ete maintes fois trahie par les hommes, mais Dieu, qui ne se lasse jamais, avait promis de la renouveler de maniere definitive. « Voici venir des jours - oracle du SEIGNEUR -, ou je conclurai avec la maison d’Israel et avec la maison de Juda une alliance nouvelle » annoncait Jeremie par exemple (Jr 31,31). En disant sur la coupe au cours de son dernier repas « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang », Jesus faisait reference a la fois au geste de Moise au Sinai et a cette annonce de Jeremie.

Au temps de Jesus, on pratiquait encore des sacrifices d’animaux qui ressemblaient a celui de Moise au Sinai le jour ou Dieu avait fait alliance avec son peuple. Mais il y avait bien longtemps qu’on avait compris le refus absolu de Dieu de tout sacrifice humain. Puisque la Bible fait remonter cette interdiction a l’epoque d’Abraham, deja. Et ceux qui ont execute Jesus n’avaient nullement l’intention d’offrir un sacrifice. Ils avaient l’intention d’eliminer un blasphemateur.

Il est donc hors de question de parler de la mort du Christ en termes de sacrifice humain : il ne s’agit pas d’un sacrifice humain, au sens ou on tuerait un homme pour offrir un sacrifice ; il s’agit d’un repas d’alliance, avec du pain et du vin, comme l’avait fait Melchisedech en son temps. Lorsque Jesus parle de son sang, il parle de sa vie donnee. En ce sens-la, c’est bien un veritable « sacrifice », un acte sacre. Il accepte d’affronter la mort pour aller jusqu’au bout de son temoignage d’amour pour son Pere et pour ses freres. Rien n’a pu le faire devier de sa conduite, c’est de cela qu’il est mort. Et, desormais, « ses deux bras etendus dessinent entre ciel et terre le signe indelebile de l’Alliance » (entre Dieu et l’humanite), comme le dit la priere eucharistique de la Reconciliation. « Reconciliation », elle porte bien son nom, puisque, desormais, nous savons jusqu’ou va l’amour de Dieu pour l’humanite.

A ce niveau-la, decidement, les divisions et les mesquineries des Corinthiens (ou les notres) ne sont pas de mise. D’autant plus que Paul, fidele a lui-meme, replace tout dans la perspective du grand projet de Dieu : « Vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’a ce qu’il vienne » : c’est-a-dire jusqu’a ce jour ou s’accomplira enfin ce grand dessein de Dieu de reunir toute l’humanite en un seul corps dont le Christ est la tete. Lorsque nous participons a l’eucharistie, nous nous placons nous aussi dans cette perspective : le Amen que nous prononcons au moment de communier est un veritable engagement.


Evangile : JEAN 13, 1-15

Texte

1 Avant la fete de la Paque,

sachant que l’heure etait venue pour lui

de passer de ce monde a son Pere,

Jesus, ayant aime les siens qui etaient dans le monde,

les aima jusqu’au bout.

2 Au cours du repas,

alors que le diable

a deja mis dans le coeur de Judas, fils de Simon l’Iscariote

l’intention de le livrer,

3 Jesus, sachant que le Pere a tout remis entre ses mains,

qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,

4 se leve de table, depose son vetement,

et prend un linge qu’il se noue a la ceinture ;

5 puis il verse de l’eau dans un bassin.

Alors il se mit a laver les pieds des disciples

et a les essuyer avec le linge qu’il avait a la ceinture.

6 Il arrive donc a Simon-Pierre,

qui lui dit :

« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »

7 Jesus lui repondit :

« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;

plus tard tu comprendras. »

8 Pierre lui dit :

« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »

Jesus lui repondit :

« Si je ne te lave pas,

tu n’auras pas de part avec moi. »

9 Simon-Pierre lui dit :

« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,

mais aussi les mains et la tete ! »

10 Jesus lui dit :

« Quand on vient de prendre un bain,

on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :

on est pur tout entier.

Vous-memes, vous etes purs,

mais non pas tous. »

11 Il savait bien qui allait le livrer ;

et c’est pourquoi il disait :

« Vous n’etes pas tous purs. »

12 Quand il leur eut lave les pieds,

il reprit son vetement, se remit a table

et leur dit :

« Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ?

13 Vous m’appelez “Maitre” et “Seigneur”,

et vous avez raison, car vraiment je le suis.

14 Si donc moi, le Seigneur et le Maitre,

je vous ai lave les pieds,

vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.

15 C’est un exemple que je vous ai donne

afin que vous fassiez, vous aussi,

comme j’ai fait pour vous. »

Commentaire

Un Geste Qui A Valeur De Testament

Jean ne raconte pas le deroulement du dernier repas de Jesus avec ses disciples, lors de la Paque, ni l’institution de l’eucharistie. En revanche, il rapporte l’enseignement supreme que Jesus a voulu leur laisser en ce dernier soir : celui du service mutuel.

Et voila les disciples bien etonnes ! Lui, le Seigneur et le Maitre, s’est fait leur serviteur. Et il a termine en disant : « C’est un exemple que je vous ai donne, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » La encore, Jesus instituait un nouveau Memorial. Non seulement, en pratiquant le lavement des pieds, nous commemorons les derniers moments de Jesus, mais nous remontons a la source de ce qui va desormais irriguer nos vies, le comportement meme de Jesus Christ.

Or, ce meme dernier soir, les trois Evangiles synoptiques et saint Paul dans sa premiere lettre aux Corinthiens, rapportent l’institution de l’eucharistie, assortie du commandement : « Vous ferez cela en memoire de moi. » Ce qui veut dire qu’il y a deux manieres complementaires de « faire memoire » de Jesus Christ : la fraction du pain et le service des freres. Voici qui eclaire la phrase de la deuxieme Priere eucharistique a la messe : « Tu nous as choisis pour servir en ta presence. » Il s’agit de « servir » dans la liturgie, mais aussi de « servir » nos freres au quotidien.

Un Messie-Serviteur

Jesus, a genoux devant ses disciples, il y a la, de toute evidence un geste d’humilite, double d’une consigne pour ses disciples de tous les temps ; mais il y a peut-etre en meme temps beaucoup plus que cela, une veritable revelation sur lui-meme. Cette position de serviteur revele qu’il est le Messie.

On sait que l’attente du Messie en Israel a considerablement evolue au cours du temps. Le mot « Messie » lui-meme, au depart, etait un simple qualificatif du roi qui, le jour de son sacre, avait recu une onction d’huile. Chaque roi, a son tour, portait donc le nom de « messie » qui, en hebreu, signifie simplement « frotte d’huile ». Mais aucun roi d’Israel n’a jamais apporte a son peuple tous les bienfaits que l’on en attendait : paix, securite, abondance pour tous. Et pourtant, puisque Dieu avait promis que le bonheur s’installerait un jour definitivement sur la terre des hommes, on continuait a esperer. Au temps de Jesus, cette esperance s’exprimait de plusieurs manieres differentes. Certains attendaient un roi, d’autres un pretre, d’autres un prophete. D’autres enfin, n’attendaient pas un individu particulier mais un personnage collectif : Daniel parlait d’un fils d’homme et Isaie avait annonce un Messie-Serviteur. Or, Jesus s’est attribue le titre de fils de l’homme mais on ne l’a pas entendu ; et, un jour a Nazareth, il a essaye de dire a ses concitoyens qu’il etait le Messie, mais ils n’ont pas compris. Ce dernier soir, il se presente comme le serviteur annonce par Isaie. Peut-etre cette revelation a-t-elle pu eclairer ses disciples dans les heures terribles qui ont suivi : car Isaie annoncait a la fois les souffrances du serviteur, le miracle de la conversion de ses bourreaux et sa propre exaltation.

Plus Tard, Tu Comprendras

A plusieurs reprises, au long de la vie terrestre de Jesus, les Evangelistes notent que ses disciples et son entourage ne pouvaient pas tout comprendre tout de suite. Il leur a fallu l’experience de la Resurrection de Jesus et la lumiere de l’Esprit recu a la Pentecote. Comme il le leur avait promis : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de verite, il vous conduira dans la verite tout entiere » (Jn 16,13).

Cette phrase « plus tard, tu comprendras » reste d’actualite pour nous tout au long de notre vie. Il nous faut, patiemment, humblement, chercher a comprendre un peu du mystere, sachant que nous ne l’atteignons jamais completement : « Si je comprenais, ce ne serait pas Dieu » disait saint Augustin. L’humilite est certainement la vertu spirituelle la plus haute, elle qui est faite d’abaissement, justement : « Qui s’abaisse sera eleve ».


La Bible commentée · Liturgie du jour