📗 Commentaire pastoral de Marie-Noëlle Thabut


Lecture 1 : GENÈSE 1, 1 - 2, 2 (La Création)

Texte

1,1 Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.

2 La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux.

3 Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut.

4 Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres.

5 Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour.

6 Et Dieu dit : « Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux. »

7 Dieu fit le firmament, il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament et les eaux qui sont au-dessus. Et ce fut ainsi.

8 Dieu appela le firmament « ciel ». Il y eut un soir, il y eut un matin : deuxième jour.

9 Et Dieu dit : « Les eaux qui sont au-dessous du ciel, qu’elles se rassemblent en un seul lieu, et que paraisse la terre ferme. » Et ce fut ainsi.

10 Dieu appela la terre ferme « terre », et il appela la masse des eaux « mer ». Et Dieu vit que cela était bon…

14 Et Dieu dit : « Qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel, pour séparer le jour de la nuit ; qu’ils servent de signes pour marquer les fêtes, les jours et les années ;

15 et qu’ils soient, au firmament du ciel, des luminaires pour éclairer la terre. » Et ce fut ainsi.

16 Dieu fit les deux grands luminaires : le plus grand pour commander au jour, le plus petit pour commander à la nuit ; il fit aussi les étoiles.

17 Dieu les plaça au firmament du ciel pour éclairer la terre,

18 pour commander au jour et à la nuit, pour séparer la lumière des ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon.

19 Il y eut un soir, il y eut un matin : quatrième jour…

26 Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. »

27 Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme.

28 Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »…

31 Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait : et voici : cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour.

2,1 Ainsi furent achevés le ciel et la terre, et tout leur déploiement.

2 Le septième jour, Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.

Commentaire

Un Poème Optimiste

Parce qu’il s’agit d’un poème, il ne faut pas se méprendre sur le sens des deux premiers mots : « Au commencement ». L’auteur ne prétend pas décrire un fait historique et il ne prétend nullement être scientifique ; ce n’est pas un savant, c’est un poète qui parle, c’est surtout un croyant… qui médite sur la relation entre Dieu et l’humanité. On pense qu’il écrit au sixième siècle av. J.-C., pendant l’Exil à Babylone.

Qui dit Babylone dit exil, persécution, idolâtrie ambiante : là-bas, chaque année, pour la fête en l’honneur du dieu Mardouk, on récitait un poème (on l’appelle le « poème babylonien de la création », ou « l’Enouma Elish ») qui racontait les débuts du monde et la création de l’humanité.

Face à cette idolâtrie, les prêtres d’Israël cherchaient à maintenir vivante la foi du peuple exilé et la pratique du sabbat. Ils ont donc composé leur propre poème de création qui se démarque du texte babylonien pour défendre la foi au Dieu unique.

On peut noter au moins trois points d’insistance : Premièrement, le Dieu de la Bible est l’Unique : Il est le Créateur de tout l’univers, il n’est pas un élément de la Création : par exemple, si le soleil et la lune sont appelés seulement les « luminaires », c’est pour bien manifester qu’ils ne sont que des créatures, et qu’ils ne sont là que pour remplir la fonction pour laquelle Dieu a décidé de les créer.

Et Dieu Vit Que Cela Était Bon

Deuxième insistance de ce poème biblique : la Création est une œuvre d’amour. La formule « Dieu vit que cela était bon » revient sept fois comme un refrain. Et le mot « TOV », en hébreu, signifie bon, bien, bonheur ; nous ne sommes pas livrés au hasard, nous sommes dans la main du Père. En cela les croyants d’Israël se démarquent de leur entourage : le poème babylonien, au contraire, considérait la création comme fondamentalement mélangée, bonne et mauvaise à la fois.

Troisième insistance : l’humanité est l’image de Dieu et cette image est à deux visages « Il les créa homme et femme. » Voilà pourquoi, en Israël toute représentation de Dieu est interdite : l’être humain créé par Dieu est sa seule image possible ; on comprend aussi la prédication des prophètes sur le respect de tout homme.

Et l’ordre donné par Dieu dit bien la vocation de l’homme : « Remplissez la terre et soumettez-la ». Cela veut dire que l’humanité est responsable de la création : l’homme est au sommet de la création et a vocation à régner sur elle, à l’image de Dieu. En Mésopotamie, au contraire, on imaginait l’humanité créée pour servir les dieux fatigués de se nourrir eux-mêmes.

Ce rôle prévu par Dieu pour l’homme signifie que la création est une aventure en devenir ; tout n’est pas joué, ce n’est pas du « clé en mains » : à la fin des temps, les sept jours aboutiront à un huitième.


Lecture 2 : GENÈSE 22, 1-2. 9a. 10-13. 15-18 (Le sacrifice d’Abraham)

Texte

1 En ces jours-là,

Dieu mit Abraham à l’épreuve.

Il lui dit : « Abraham ! »

Celui-ci répondit : « Me voici ! »

2 Dieu dit :

« Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac,

va au pays de Moriah,

et là tu l’offriras en holocauste

sur la montagne que je t’indiquerai. »

9 Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué.

Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois ;

puis il lia son fils Isaac

et le mit sur l’autel par-dessus le bois.

10 Abraham étendit la main

et saisit le couteau pour immoler son fils.

11 Mais l’Ange du SEIGNEUR l’appela du haut du ciel et dit :

« Abraham ! Abraham ! »

Il répondit : « Me voici ! »

12 L’Ange lui dit :

« Ne porte pas la main sur le garçon !

Ne lui fais aucun mal !

Je sais maintenant que tu crains Dieu :

tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »

13 Abraham leva les yeux et vit un bélier

retenu par les cornes dans un buisson.

Il alla prendre le bélier

et l’offrit en holocauste à la place de son fils.

15 Du ciel, l’Ange du SEIGNEUR appela une seconde fois Abraham :

16 Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du SEIGNEUR :

parce que tu as fait cela,

parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique,

17 je te comblerai de bénédictions,

je rendrai ta descendance aussi nombreuse

que les étoiles du ciel

et que le sable au bord de la mer,

et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis.

18 Puisque tu as écouté ma voix,

toutes les nations de la terre

s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction

par le nom de ta descendance. »

Commentaire

Un Texte À Lire Dans La Foi

Le malheur de ce texte, c’est qu’il y a deux manières de le lire ! La manière épouvantable qui imagine Dieu donnant un ordre à Abraham pour le seul plaisir de voir si Abraham obéira… et seulement ensuite, arrive le contrordre : « Ne porte pas la main sur l’enfant ».

On a envie de dire : Il était temps ! Et, toujours dans cette même optique, (épouvantable !) on pense que, parce qu’Abraham s’est bien conduit, parce qu’il a fait ce qui lui était commandé (deux fois de suite, il répond seulement « me voici »), Dieu lui promet monts et merveilles.

Mais, cela, c’est une lecture païenne ! Avec un Dieu qui nous attend au tournant et qui récompense et punit souverainement… un Dieu tel que nous l’imaginons parfois, et pas tel qu’Il est vraiment.

La lecture de la foi est toute différente ; vous savez, comme on dit qu’on regarde celui ou celle qu’on aime avec les « yeux de l’amour », il existe des « yeux de la foi ». D’ailleurs, si nous avions eu le temps de lire ce texte en entier, tel que la Bible le raconte (ici, nous avons eu la lecture liturgique qui est malheureusement très abrégée), vous auriez constaté que le thème du regard est très présent dans ces lignes : les mots « voir, regarder, lever les yeux » reviennent tout le temps ; le nom même de Moriah est un jeu de mots sur le verbe voir : il veut dire à la fois « Le SEIGNEUR voit » et « Le SEIGNEUR est vu ». Manière de dire que la foi est un peu comme une paire de lunettes qu’on chausse pour regarder Dieu et le monde.

Donc, si vous voulez bien, je vous propose une lecture croyante de ce texte, une lecture avec les yeux de la foi.

Premièrement, quand ce texte est écrit, il y a mille ans au moins que tout le monde sait qu’Isaac n’a pas été tué par Abraham, et qu’il a au contraire vécu jusqu’à un âge très avancé. L’auteur de ce récit ne nous propose donc pas une sorte de film à suspense.

Deuxièmement, quand ce texte est écrit (seulement vers 700 av. J.-C. alors qu’Abraham a vécu au deuxième millénaire av. J.-C.), on sait parfaitement bien que Dieu refuse absolument les sacrifices humains ! Et cela depuis toujours. On sait aussi qu’il est bien difficile d’obéir à cette interdiction quand les peuples environnants pratiquent, eux, des sacrifices humains. Cela exige une conversion du regard de l’homme sur Dieu. Et donc les descendants d’Abraham lisent ce texte comme le récit de la conversion du regard d’Abraham sur Dieu ; un peu comme si Dieu lui disait : « Quel regard as-tu sur moi, Abraham, quand je te demande un sacrifice ? Imagines-tu un Dieu qui veut la mort de ton enfant ? Eh bien, tu te trompes ! Pourtant, j’ai tout fait pour te rappeler que je n’ai pas oublié ma Promesse de te donner une descendance, par ce fils, précisément. »

Dieu N’A Pas Oublié Sa Promesse

Cette fameuse Promesse, nous la connaissons par les chapitres précédents du livre de la Genèse : « Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom… En toi seront bénies toutes les familles de la terre… Je multiplierai ta descendance comme la poussière de la terre… Contemple le ciel, compte les étoiles si tu peux les compter : telle sera ta descendance… C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom… » (toutes ces promesses se trouvent dans les chapitres 12 à 21 de la Genèse).

Au moment d’éprouver Abraham, Dieu prend soin de lui rappeler cette promesse pour lui montrer qu’il ne l’a pas oubliée. Cela commence dès le premier mot : « Abraham… ». Dieu l’appelle, non par son nom de naissance, Abram, mais par le nom qu’Il lui a donné depuis qu’ils ont fait Alliance, « Abraham » qui veut dire « Père des multitudes ». « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… »

Dans la lecture païenne, on dira : non seulement Dieu lui demande une chose horrible, mais en plus il s’amuse à « retourner le fer dans la plaie », comme on dit…

L’autre lecture c’est : si Dieu insiste « ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… », c’est une manière de dire : Je n’ai pas oublié ma Promesse, je n’ai pas oublié que c’est sur lui, Isaac, que tous nos espoirs reposent… « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… »

Isaac, son nom veut dire « l’enfant du rire » : rappelle-toi, Abraham, tu as ri quand je te l’ai promis ; et Sara aussi a ri… tu n’y croyais plus à cette naissance, à ton âge, et elle est venue, parce que je te l’ai promis. « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… » Une descendance aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre (Gn 13), aussi nombreuse que les étoiles (Gn 15).

Vous avez remarqué, certainement, au passage, que j’ai employé une curieuse formule ; j’ai imaginé que Dieu dit à Abraham « C’est sur Isaac que tous nos espoirs reposent … » : elle est là la différence entre la lecture païenne et la lecture de la foi : le païen soupçonne Dieu de se désintéresser de lui ; le croyant, lui au contraire, découvre que l’espoir de l’homme peut être aussi l’espoir de Dieu, il croit que les intérêts de l’humanité et ceux de Dieu sont les mêmes, puisque Dieu s’est engagé dans l’aventure de l’Alliance ; croire, j’y reviens toujours, c’est croire, malgré tout ce qui peut arriver, que le dessein de Dieu n’est que bienveillant !

Justement, Abraham avait la foi jusque-là ; jusqu’à croire que, d’une manière qui lui échappait, mais d’une manière certaine, Dieu accomplirait sa Promesse de lui donner une descendance, par Isaac et non par un autre ; et c’est pour cela qu’Abraham est donné en exemple à ses descendants ; et c’est pour cela aussi que Dieu a pu éprouver sa foi jusque-là.

Et, du coup, grâce à cette foi invincible d’Abraham, un tournant unique, décisif a été franchi dans l’histoire de la Révélation. Abraham a découvert que quand Dieu dit « sacrifie », il ne dit pas « tue » ; comme si le sang lui faisait plaisir ! Dieu a bien dit à Abraham « offre-moi ton fils en sacrifice » ; et Abraham a découvert que cela veut seulement dire « fais-le vivre, sans jamais oublier que c’est moi qui te l’ai donné ». Désormais, on saura pour toujours en Israël que Dieu ne veut jamais la mort de l’homme, sous aucun motif.

Alors, parce qu’Abraham n’a pas quitté la confiance, il peut réentendre à nouveau la promesse dont il n’a jamais douté : « Je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance tiendra les places fortes de ses ennemis. Puisque tu m’as obéi, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. » Ce qui est l’exacte reprise des promesses des chapitres 12 à 21 de la Genèse.

Encore aujourd’hui, cette promesse de Dieu n’est pas accomplie : la descendance innombrable existe, certes, mais qu’elle soit source de bénédictions pour l’humanité tout entière à commencer par elle-même, c’est encore à venir ! Quand on voit quelle est la rudesse des luttes entre les descendants eux-mêmes ! Méritent d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient que la Promesse de Dieu se réalisera, quoi qu’il arrive, simplement parce que Dieu l’a promis et qu’il est fidèle. Ou plutôt… Méritent, à vrai dire, d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient à cette Promesse et œuvrent de toutes leurs forces pour qu’elle advienne !


Lecture 3 : EXODE 14, 15 - 15, 1 (Le passage de la mer Rouge)

Texte

En ces jours-là,

15 Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Pourquoi crier vers moi ?

Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route !

16 Toi, lève ton bâton, étends le bras sur la mer, fends-la en deux, et que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer à pied sec. »

21 Moïse étendit le bras sur la mer. Le SEIGNEUR chassa la mer toute la nuit

par un fort vent d’est ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent.

22 Les fils d’Israël entrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille

à leur droite et à leur gauche.

23 Les Égyptiens les poursuivirent ; tous les chevaux de Pharaon,

ses chars et ses guerriers entrèrent derrière eux jusqu’au milieu de la mer.

24 Aux dernières heures de la nuit, le SEIGNEUR observa, depuis la colonne de feu

et de nuée, l’armée des Égyptiens, et il la frappa de panique.

25 Il faussa les roues de leurs chars, et ils eurent beaucoup de peine à les conduire.

Les Égyptiens s’écrièrent : « Fuyons devant Israël, car c’est le SEIGNEUR

qui combat pour eux contre nous ! »

26 Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Étends le bras sur la mer : que les eaux reviennent

sur les Égyptiens, leurs chars et leurs guerriers ! »

27 Moïse étendit le bras contre la mer. Au point du jour, la mer reprit sa place ; dans leur fuite,

les Égyptiens s’y heurtèrent, et le SEIGNEUR les précipita au milieu de la mer.

28 Les eaux refluèrent et recouvrirent les chars et les guerriers, toute l’armée de Pharaon

qui était entrée dans la mer à la poursuite d’Israël. Il n’en resta pas un seul.

29 Mais les fils d’Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer,

les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.

30 Ce jour-là, le Seigneur sauva Israël de la main de l’Égypte,

et Israël vit les Égyptiens morts sur le bord de la mer.

31 Israël vit avec quelle main puissante le SEIGNEUR avait agi contre l’Égypte.

Le peuple craignit le SEIGNEUR, il mit sa foi dans le SEIGNEUR

et dans son serviteur Moïse.

15,1 Alors Moïse et les fils d’Israël chantèrent ce cantique au SEIGNEUR :

« Je chanterai pour le SEIGNEUR : Éclatante est sa gloire ! »

Commentaire

Le Miracle Du Passage De La Mer

La Bible, tout entière, résonne de cet événement : les psaumes le chantent, les prophètes le racontent pour soutenir la foi dans les temps difficiles ; car Dieu a prouvé là, une fois pour toutes, son amour, mieux, son engagement aux côtés de son peuple. Au long des siècles, le récit devient de plus en plus impressionnant :

En voici quelques exemples : « Par la mer passait ton chemin, tes sentiers par les eaux profondes, et nul n’en connaît la trace. Tu as conduit comme un troupeau ton peuple par la main de Moïse et d’Aaron. » (Ps 76, 20-21). « Ainsi parle le SEIGNEUR, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes… » (Is 43, 16). « De la mer Rouge surgit un chemin sans obstacles, et, des flots impétueux, une plaine verdoyante. C’est là que le peuple entier, protégé par ta main, traversa en contemplant des prodiges merveilleux. » (Sg 19, 7-8).

Car il y a eu là, incontestablement, un miracle, celui de l’œuvre de Dieu, et inséparablement, celui de la foi du peuple. Et le récit du livre de l’Exode n’a pour objectif que de répandre ce message : Dieu est le meilleur défenseur de la liberté des hommes. Grâce à Dieu, et avec lui, la liberté aura toujours le dernier mot. Les perdants, ce sont Pharaon et, avec lui, tous les oppresseurs. Sous-entendu, « Qu’on se le dise ! »

Dieu, Notre Libérateur

Mais la foi de Moïse fut la plus forte : depuis la révélation du buisson ardent (Ex 3), il savait que Dieu était aux côtés de son peuple pour le libérer. Cette foi lui inspira les paroles décisives : « N’ayez pas peur ! Tenez bon ! Vous allez voir aujourd’hui ce que le SEIGNEUR va faire pour vous sauver. Car, ces Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne les verrez plus jamais. Le SEIGNEUR combattra pour vous, et vous, vous n’aurez rien à faire. » Traduisez : le salut vient de Dieu et de lui seul, à une seule condition, mettez votre confiance en lui. En fin de compte, quand on affirme « c’est la foi qui sauve » on ne croit pas si bien dire.


Lecture 4 : ISAÏE 54, 5-14 (L’amour fidèle de Dieu)

Texte

Parole du SEIGNEUR adressée à Jérusalem :

5 Ton époux, c’est Celui qui t’a faite,

son nom est « Le SEIGNEUR de l’univers ».

Ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël,

il s’appelle « Dieu de toute la terre ».

6 Oui, comme une femme abandonnée, accablée,

le SEIGNEUR te rappelle.

Est-ce que l’on rejette la femme de sa jeunesse ? – dit ton Dieu.

8 …Quand ma colère a débordé,

un instant, je t’avais caché ma face.

Mais dans mon éternelle fidélité,

je te montre ma tendresse, – dit le SEIGNEUR, ton Rédempteur.

10 Même si les montagnes s’écartaient,

si les collines s’ébranlaient,

ma fidélité ne s’écarterait pas de toi,

mon alliance de paix ne serait pas ébranlée,

– dit le SEIGNEUR, qui te montre sa tendresse.

11 Jérusalem, malheureuse, battue par la tempête, inconsolée,

voici que je vais sertir tes pierres

et poser tes fondations sur des saphirs.

12 Je ferai tes créneaux avec des rubis,

tes portes en cristal de roche,

et toute ton enceinte avec des pierres précieuses.

13 Tes fils seront tous disciples du SEIGNEUR,

et grande sera leur paix.

14 Tu seras établie sur la justice :

loin de toi l’oppression, tu n’auras plus à craindre ;

loin de toi la terreur, elle ne t’approchera plus.

Commentaire

Bientôt La Fin De L’Exil

Il suffit d’entendre ce message de réconfort pour deviner qu’il a été écrit en période difficile : effectivement ce chapitre 54 du livre d’Isaïe est l’œuvre de celui qu’on appelle le second Isaïe ; il prêche pendant l’exil à Babylone, donc dans l’une des périodes les plus douloureuses de l’histoire du peuple juif. « Jérusalem malheureuse, battue par la tempête, inconsolée », toutes ces expressions ne sont pas trop fortes : en fait de tempête, le passage des troupes de Nabuchodonosor en 587 valait bien un cyclone.

Et donc, le prophète entrevoit déjà la fin de l’Exil et c’est pour cela qu’il appelle Dieu le Rédempteur d’Israël, qui signifie tout simplement « libérateur ». Quand Isaïe dit aux juifs exilés à Babylone, « Dieu est votre Rédempteur », ils comprennent très bien : Dieu va intervenir, l’heure de votre libération va sonner.

Ton Époux C’Est Ton Créateur

On trouve souvent dans la Bible la conscience de la grandeur infinie de Dieu, le tout-Autre que l’homme, mais on y trouve aussi (et en particulier dans ce texte) de véritables déclarations d’amour de Dieu pour son peuple. L’une des phrases les plus fortes de ce texte, d’ailleurs, c’est peut-être la formule qui paraît si simple à première vue : « Ton époux, c’est Celui qui t’a faite, son nom est le SEIGNEUR de l’Univers » : on ne peut pas mieux dire à la fois l’intimité et la distance, la tendresse de l’époux et la toute-puissance du Créateur de toutes choses.

« Même si les montagnes s’écartaient, si les collines s’ébranlaient, ma fidélité ne s’écarterait pas de toi, mon alliance de paix ne serait pas ébranlée, dit le SEIGNEUR, qui te montre sa tendresse. »


Lecture 6 : BARUC 3, 9-15.32 - 4, 4 (La Sagesse de Dieu)

Texte

3, 9 Écoute, Israël, les commandements de vie,

Prête l’oreille pour acquérir la connaissance.

10 Pourquoi, donc, Israël, pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis,

vieillissant sur une terre étrangère,

11 souillé par le contact des cadavres,

inscrit parmi les habitants du séjour des morts ?

12 - Parce que tu as abandonné la Source de la Sagesse !

13 Si tu avais suivi les chemins de Dieu,

tu vivrais dans la paix pour toujours.

14 Apprends où se trouvent et la connaissance, et la force, et l’intelligence ;

pour savoir en même temps où se trouvent de longues années de vie,

la lumière des yeux, et la paix.

15 Mais qui donc a découvert la demeure de la Sagesse,

qui a pénétré jusqu’à ses trésors ?

32 Celui qui sait tout en connaît le chemin,

Il l’a découvert par son intelligence.

Il a pour toujours aménagé la terre, et l’a peuplée de troupeaux.

33 Il lance la lumière, et elle prend sa course ; il la rappelle, et elle obéit en tremblant.

34 Les étoiles brillent, joyeuses, à leur poste de veille ;

35 il les appelle, et elles répondent : « Nous voici ! »

Elles brillent avec joie pour celui qui les a faites.

36 C’est lui qui est notre Dieu :

aucun autre ne lui est comparable.

37 Il a découvert les chemins du savoir,

et il les a confiés à Jacob, son serviteur,

à Israël, son bien-aimé.

38 Ainsi la Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes.

4, 1 Elle est le livre des préceptes de Dieu, la Loi qui demeure éternellement :

tous ceux qui l’observent vivront, ceux qui l’abandonnent mourront.

2 Reviens, Jacob, saisis-la de nouveau ; à sa lumière, marche vers la splendeur :

3 ne laisse pas ta gloire à un autre, tes privilèges à un peuple étranger.

4 Heureux sommes-nous, Israël ! Car ce qui plaît à Dieu, nous le connaissons.

Commentaire

Le Thème Des Deux Voies

Certains pensent que ce texte est une homélie prononcée à l’occasion d’une célébration pénitentielle. C’est un auditoire, en tout cas, qui traverse une période d’éloignement, de détresse. Il se sent exilé en quelque sorte. On en a la preuve dans ces versets : « Pourquoi, donc, Israël, pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis, vieillissant sur une terre étrangère ? »

La réponse, on la connaît d’avance, elle est celle de tous les prophètes : on pourrait la résumer en quelques mots : tu récoltes ce que tu as semé, tu t’es coupé toi-même de la source de la vie et du bonheur. À partir du moment où tu as cessé d’être fidèle à l’Alliance, tu as été l’artisan de ton propre malheur.

Le Livre du Deutéronome, les psaumes, les prophètes développent souvent ce thème qu’on appelle des « deux voies » : il y a deux manières de vivre, la bonne et la mauvaise, le bon chemin et le mauvais ; « se convertir », littéralement, c’est faire demi-tour quand on découvre qu’on a pris le mauvais chemin.

Écoute, Israël

« Écoute, Israël » : vous avez reconnu : ce sont les deux premiers mots de notre texte d’aujourd’hui ; ce sont également les mots de la profession de foi juive ; à eux seuls, ils remettent en mémoire toute la méditation du livre du Deutéronome.

La conviction des prophètes, de Baruc et de tous les autres, est double : d’une part, Dieu seul connaît le secret du bonheur de l’homme, sa créature. Ce qui est normal, après tout, puisqu’il nous a créés. D’autre part, ce secret, qu’il appelle la Sagesse et que Dieu seul détient, il l’a révélé à son peuple choisi, son Serviteur, son Bien-Aimé : « Il a découvert les chemins du savoir et il les a confiés à Jacob, son serviteur, à Israël, son bien-aimé ».

Ce texte de Baruc a dessiné en quelque sorte la fresque du projet de Dieu : il évoque la Création puis le don de la Loi par Dieu à son peuple comme un chemin de vie et de liberté ; il dit aussi les fausses routes et les malheurs du peuple quand il oublie la Loi ; dans la nuit pascale, l’évangile de la résurrection achèvera la fresque : en Jésus-Christ, c’est l’humanité tout entière qui entre dans la vie.


La Bible commentée · Liturgie du jour