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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 3 de la Genèse — le récit de la chute d’Adam et Ève. Son commentaire explore la signification de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, lié à l’apparition de la conscience morale, et décortique les quatre étapes de la tentation : manipulation, séduction, obsession et exaltation. Il médite ensuite sur les conséquences du péché originel. L’épisode se conclut avec Proverbes 1,10-19.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Deuxième jour, j’espère que la journée d’hier vous a plu. La Bible en un an continue.

Normalement, vous devez être encore émerveillé de la journée d’hier, plein d’enthousiasme à l’idée de ce beau projet parce que c’en est un. Simplement aujourd’hui, premier hic, ce sera le récit d’Adam et Ève, la chute. Le bonheur initial, ça n’aura pas duré longtemps.

Je vous redis juste : deux épisodes par jour que vous pouvez écouter l’un à la suite de l’autre de manière automatique ou pas, selon vos plateformes. Et au début et à la fin de chaque lecture, un petit bruit de cloche qu’on a mis le plus bas possible pour ne pas vous embêter, pour ceux qui veulent mettre pause pour prier. Comme ça, tout le monde comprend bien comment ça se passe, et on y va.

Lecture : Genèse 3

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait fait. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ? »

La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. »

Le serpent dit à la femme : « Pas du tout, vous ne mourrez pas. Mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »

La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit et en mangea. Elle en donna aussi à son mari et il en mangea.

Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier et ils s’en firent des pagnes.

Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. L’homme et sa femme allèrent se cacher au regard du Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin.

Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? » Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin. J’ai pris peur parce que je suis nu. Je me suis caché. »

« Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? »

L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. »

Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée et j’ai mangé. »

Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu marcheras sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira la tête et toi, tu lui meurtriras le talon. »

Le Seigneur Dieu dit ensuite à la femme : « Je multiplierai la peine de tes grossesses. C’est dans la peine que tu enfanteras tes fils. Ton désir te portera vers ton mari et celui-ci dominera sur toi. »

Il dit enfin à l’homme : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé le fruit de l’arbre que je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi. C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. De lui-même, il te donnera épines et chardons, mais tu auras ta nourriture en cultivant les champs. C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens, car tu es poussière et à la poussière tu retourneras. »

L’homme appela sa femme Ève, c’est-à-dire la vivante, parce qu’elle fut la mère de tous les vivants.

Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit.

Puis le Seigneur Dieu déclara : « Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal. Maintenant, ne permettons pas qu’il avance la main, qu’il cueille aussi le fruit de l’arbre de vie, qu’il en mange et vive éternellement. »

Alors le Seigneur Dieu le renvoya du jardin d’Éden pour qu’il travaille la terre d’où il avait été tiré. Il expulsa l’homme et il posta, à l’orient du jardin d’Éden, les kéroubim armés d’un glaive fulgurant, pour garder l’accès de l’arbre de vie.

Commentaire

Commençons déjà avec ce mystérieux arbre, l’arbre de la connaissance du bien et du mal, lequel d’ailleurs n’est pas une pomme. La pomme, en fait, ça vient du Moyen Âge avec un jeu de mots entre malum la pomme et malum le mal. Dans le texte, on vous dit simplement que c’est un arbre, un arbre qui est interdit, pas pour le plaisir d’interdire. Dieu n’est pas un petit caporal, un petit chef qui interdit juste pour tester votre obéissance. Il est interdit pour une bonne raison. Il est interdit parce qu’il n’est pas comestible, parce qu’il donne la mort. Donc, on peut déjà remercier Dieu. Tout le monde est persuadé en lisant ce texte-là que Dieu est un petit facho. C’est le contraire.

Alors, c’est quoi cet arbre de la connaissance du bien et du mal ? Est-ce que ça veut dire qu’avant de manger du fruit défendu, il ne connaissait pas le bien et le mal ? Dans ce cas-là, il ne serait pas coupable. Un enfant qui ne connaît pas le bien et le mal, quand il fait une faute, personne ne lui en veut, il ne connaissait pas le bien et le mal. Mais ici, Adam et Ève connaissaient déjà le bien et le mal. Dieu leur avait déjà donné des ordres et donc ils étaient capables déjà de faire la différence entre ce qui était permis et ce qui était défendu, entre la vie et la mort, et donc entre le bien et le mal. Ce que l’arbre de la connaissance du bien et du mal apporte en plus quand on le mange, c’est une connaissance expérimentale. C’est le fait d’éprouver dans sa chair les conséquences du mal. C’est pour ça qu’il n’est pas comestible et qu’il donne la mort.

Alors, je vais vous donner un exemple. Je vais redire les choses d’une autre manière. Cet arbre représente la plus grande découverte de l’humanité. C’est quoi la plus grande découverte de l’humanité ? Est-ce que c’est le feu ? Est-ce que c’est les instruments ? D’après la Bible, la plus grande découverte de l’humanité, c’est d’avoir découvert le bien et le mal. Le jour où vous avez eu un animal suffisamment développé pour découvrir que le bien et le mal existaient, il se produisit dans son âme et son esprit un retentissement psychologique tel que du tréfonds de son esprit jaillit la conscience morale. Cette petite voix qui, à l’intérieur de vous, vous permet de distinguer le bien et le mal. Ça, ça vous vient d’une découverte fondamentale qu’on appelle la découverte du bien et du mal. Une découverte si puissante que la Bible vous dit qu’en fait, elle vous vient de Dieu.

Voilà pour réconcilier ceux qui auraient du mal, Darwin d’un côté et la Bible de l’autre. Darwin vous parle de l’apparition du corps humain. La Bible vous parle de l’apparition de l’âme humaine, qui est congénitale avec une découverte : le bien et le mal. L’apparition d’une conscience morale dans l’univers, et le règne animal qui devient le reflet de Dieu parce qu’il devient un être spirituel. Le premier homme.

Et le fruit défendu devient quoi maintenant ? Eh bien ceci : l’univers vous appartient et vous avez le droit de tout faire, tout sauf une chose, transgresser cette voix de la morale en vous qui permet de faire la différence entre le bien et le mal. Vous n’avez pas le droit de transgresser la voix de votre conscience. C’est ça le fruit interdit. Et vous voyez comment l’interdit de Dieu devient aussi l’expression de la liberté humaine. Et manger le fruit défendu, eh bien oui, si vous transgressez la voix de votre conscience, c’est comme si vous vous donniez à vous-même un coup de poing, que vous vous révoltiez contre votre propre nature qui vous vient de Dieu. C’est comme si vous vous détruisiez librement. De l’intérieur.

Bon, circonstances atténuantes : l’homme et la femme ne sont pas tombés d’eux-mêmes, ils sont tombés parce que derrière il y avait ce serpent. Dans le folklore juif, l’image de la ruse. Un peu comme au Moyen Âge, le renard est le symbole de la ruse. Le serpent ici, symbole de la ruse, à travers lequel une voix venue d’ailleurs s’exprime. La voix, dira la tradition, du diable, Lucifer déchu.

Et vous voyez la stratégie, parce qu’il s’agit d’une stratégie destinée à nous faire tomber. On peut y reconnaître les quatre moments distinctifs de la tentation. D’abord, manipulation. Le diable s’attaque à Ève quand elle est toute seule, dans sa solitude. Nous-mêmes, nous sommes toujours tentés au moment où il ne faudrait pas que nous soyons tentés. Ensuite, séduction mensongère. Mensongère parce que le diable exagère l’interdiction : « Dieu vous a interdit de manger tous les arbres. » Et puis ensuite, séduction parce qu’il attire votre attention sur ce qui est beau, pour vous faire oublier ce qui est mauvais. Ce qui est beau, c’est qu’il semble donner une connaissance, même si cette connaissance, on l’a dit, est trompeuse et mensongère. Et vous fait oublier ce qui est mauvais : la mort.

Ça, c’est vraiment le principe de la tentation. Vous devenez obnubilé par ce qu’il y a de beau en face de vous, parce qu’on est toujours tenté par quelque chose de beau, en oubliant ce qu’il peut y avoir de mauvais, de néfaste, dans l’acte mauvais que nous nous apprêtons à faire. Manipulation, séduction, obsession. Et vous voyez comment l’imagination d’Ève devient remplie de ce fruit à manger à tout prix. C’est comme si son imagination n’en était plus tout à fait maître. Parce qu’on dit que le diable a le pouvoir de jouer non pas sur notre esprit et notre liberté, mais sur notre imagination, sur ce qu’on appelle les facultés sensibles extérieures. Et puis, dernier clou, exaltation : « Vous serez comme des dieux. » C’est pour ça que je vous disais que, ultimement, il s’agit bien d’une révolte libre et consciente, même s’ils ont droit aux circonstances atténuantes.

C’est pas difficile de trouver, à travers cette voix qui parle à Ève, une expérience que, malheureusement, nous faisons tous les jours. Ce plan de bataille que le diable met en œuvre contre Adam et Ève, il n’y a pas besoin d’aller très loin pour le retrouver à l’œuvre en nous.

Et c’est là que, face à la révolte d’Adam et Ève, vous entendez comme en contrepoint le cri angoissé de Dieu : « Où êtes-vous ? Où vous cachez-vous ? » C’est la perte de l’intimité avec Dieu. Il faut entendre ça de manière quasiment angoissée. « Où êtes-vous ? » Et Adam qui, face à ce cri, se défausse en accusant sa femme, qui était censée lui être une aide : « C’est pas moi, c’est la femme que tu m’as donnée. » C’est pas un homme, ça. La femme qui se défausse : « C’est pas moi, c’est le serpent. » Vous voyez déjà, tout de suite, la lâcheté humaine qui est à l’œuvre.

On appelle ça la chute. Et Dieu qui chasse l’homme et la femme du paradis, ce qui, dorénavant, explique pourquoi l’humanité est privée du bonheur. Ça, c’est le moment où l’homme n’arrive plus à atteindre le sens de sa vie. Désormais, nous ne vivons plus dans le jardin d’Éden. Notre vie humaine est une demi-vie. Une condition déchue. Et nous portons maintenant en nous la nostalgie de l’éternité et du bonheur.

Cette perte d’innocence, cette perte d’harmonie avec la nature, on dit qu’elle s’est transmise de génération en génération, ce que l’on appelle le péché originel. Parce que le jour où l’homme et la femme ont refusé, alors qu’ils venaient de découvrir le bien et le mal, d’obéir à la voix de leur conscience, ils se sont fait une telle violence à eux-mêmes que ça a introduit en eux un désordre psychique. Et c’est avec un corps et une âme amoindris qu’Adam et Ève eurent des enfants. Nous naissons avec un corps qui spontanément ne nous tourne pas vers le bien. Nous naissons avec une vie humaine amoindrie en nous. Ça, c’est ce qu’on appelle le péché originel. Il suffit de voir une cour de récréation, comment des enfants se comportent entre eux, pour savoir que le péché originel, ça existe. C’est un fait.

D’où ça vient, alors que nous étions censés être le chef-d’œuvre de Dieu ? Normalement, nous devrions être spontanément tournés vers Dieu et vers le bien. Eh bien, comment est-on arrivé là ? Le péché des origines. Adam et Ève.

Proverbes 1,10-19

Nous passons maintenant à notre morceau de poésie tiré de l’Ancien Testament et qui nous servira de transition entre les deux épisodes du jour.

Mon fils, si des mauvais garçons veulent t’entraîner, ne les suis pas. Ils vont te dire : « Marche avec nous, nous allons faire un coup sanglant, traquer un innocent pour voir. Nous allons, comme la mort, le dévorer vif tout entier, pareil à ceux qui descendent à la fosse. Nous trouverons le magot, un vrai butin à remplir nos maisons. Tente ta chance avec nous, nous ferons tous bourse commune. »

Eh bien, mon fils, ne marche pas avec eux. Ne mets pas les pieds sur leur sentier, car ils vont au mal d’un pied rapide et ils ont hâte de verser le sang.

Rien ne sert de tendre un filet, dit-on, si l’oiseau le voit. Eux, c’est contre eux-mêmes qu’ils montent ce coup sanglant. Ils traquent leur propre vie. Telle est la voie que briguent les brigands : elle leur coûtera la vie.


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