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Résumé : Dans ce deuxième épisode, le frère Paul-Adrien lit et commente Genèse 2, le deuxième récit de la Création. Il explore le sens du sabbat comme contemplation, la signification des quatre fleuves d’Éden — qui pourraient converger vers Israël —, et surtout la création de l’homme et de la femme, en s’appuyant sur l’hébreu pour révéler leur égalité et leur complémentarité. L’épisode se conclut par une prière de louange pour les merveilles de la Création.
Introduction
Deuxième épisode de notre journée, nous passons à Genèse chapitre 2 et ce sera le deuxième récit de la Création.
Lecture : Genèse 2
Ainsi furent achevés le ciel et la terre et tout leur déploiement. Le septième jour, Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa le septième jour de toute l’œuvre qu’il avait faite. Et Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, puisque ce jour-là, il se reposa de toute l’œuvre de création qu’il avait faite.
Telle fut l’origine du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés. Lorsque le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel, aucun buisson n’était encore sur la terre, aucune herbe n’avait poussé, parce que le Seigneur Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour travailler le sol. Mais une source montait de la terre et irriguait toute la surface du sol.
Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol. Il insuffla dans ses narines le souffle de vie et l’homme devint un être vivant.
Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’Orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux. Il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
Un fleuve sortait d’Éden pour irriguer le jardin, et puis il se divisait en quatre bras. Le premier s’appelait le Pichon. Il contourne tout le pays de Havila où l’on trouve de l’or. Et l’or de ce pays est bon, ainsi que de l’ambre jaune et de la cornaline. Le deuxième fleuve s’appelle le Guihon. Il contourne tout le pays de Koush. Le troisième fleuve s’appelle le Tigre. Il coule à l’est d’Assur. Le quatrième fleuve, c’est le Frat.
Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde. Le Seigneur Dieu donna à l’homme cet ordre : « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin, mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »
Le Seigneur Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. »
Avec de la terre, le Seigneur Dieu modela toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et les amena vers l’homme pour voir quel nom il lui donnerait. C’était des êtres vivants et l’homme donna un nom à chacun. L’homme donna donc leur nom à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs, mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde.
Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur l’homme un sommeil mystérieux, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit une de ses côtes, puis il referma la chair à sa place. Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme.
L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme. »
Commentaire
Et vous allez voir la leçon qu’il y a derrière. Mais juste avant, un mot sur les tout premiers versets de ce deuxième chapitre, où il est question du septième jour. Et je le mets à part parce que ce septième jour, en fait, appartient au premier récit de la Création, mais le hasard des coupures du chapitre nous l’a comme isolé du reste.
Il est question, bien que le mot n’y soit pas prononcé, du sabbat, le septième jour, qui est l’œuvre de la contemplation et du repos, qui permet de récapituler dans un désir amoureux tout ce qui vient de se passer. Ça, c’est l’homme comme Dieu qui est un homme spirituel. Et la contemplation permet de ressaisir dans l’esprit pour l’aimer ce qui vient d’être accompli. L’amour jaillit de la connaissance. Parce que vous pouvez voir tous les petits détails, malgré toutes les épreuves qu’on peut traverser. Comment ne pas rendre grâce ? Comment ne pas être étonné en voyant le spectacle des animaux ? En voyant le spectacle de la nature ? En voyant le spectacle des océans avec leur foisonnement d’eau ? Eh bien ça, c’est le septième jour, qui vous rappelle le sens de votre vie, la contemplation.
Et avec ce septième jour, vous voyez comment nous sommes passés d’un vide initial — au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, la terre était informe et vide — vide initial, ce qu’on appelle le tohu-bohu, à un deuxième vide. Mais cette fois-ci, un vide plein de maîtrise de soi, plein d’ordre, plein de sagesse. C’est la contemplation, le repos. Le silence initial qui était symbole de mal devient un silence final qui est symbole de satisfaction et de désir qui enfin contemple le bien.
Bon, maintenant, passons à notre deuxième récit de la Création. Alors, dans le premier récit de la Création, Dieu crée en parlant. Ce qui montre déjà une certaine distance avec la création. Dans le deuxième récit de la Création, Dieu crée en faisant. Il modèle l’homme à partir de poussière et de boue. Ce qui montre, cette fois-ci, la proximité de Dieu. Le premier récit insistait sur la sagesse qui s’exprime à travers la parole. Le deuxième s’exprime sur la tendresse, la proximité et la puissance qui s’exprime à travers le geste.
Dans le premier récit, c’était très ordonné. Six étapes qui allaient du plus simple — la lumière, l’eau — jusqu’au plus complexe — la vie et l’homme. Dans le deuxième récit de la Création, on part de ce qu’il y a de plus complexe, ce qui en fait est au centre de l’univers : l’homme. Pour ensuite montrer le décor qui l’entoure : les animaux, la nature, et même, à la fin, ces quatre fleuves, les eaux. Et vous remarquez comment à la fin il est question d’un arbre qui donne la mort. Et cette fois-ci, vous avez une réminiscence du tohu-bohu primitif. Et vous voyez comment cette fois-ci on fait le chemin inverse. Mais c’est parce que l’intention est différente. Dans le premier récit, on montre comment la vie émerge. Et dans le deuxième récit, on montre ce qui était premier dans l’intention de Dieu. Et ce qui est premier dans l’intention de Dieu, c’est vous.
Un mot sur ces quatre fleuves, dont on ne parle pas beaucoup et, à mon avis, on a tort. Le Tigre, le Frat, le Pichon et le Guihon. Le Tigre et le Frat, on voit à peu près où c’est. Le Guihon et le Pichon, un peu moins. Même si, en regardant certaines recherches d’archéologie biblique, tout ceci pourrait correspondre à nous faire converger vers un lieu, un lieu précis qui s’appelle — je vous le donne dans le mille — Israël. Il n’est pas impossible que le jardin d’Éden soit précisément en Israël. Et d’ailleurs, vous avez certains récits juifs, notamment dans la Kabbale, qui mettent en haut de Jérusalem le jardin d’Éden et au Golgotha la mort d’Adam et Ève.
Mais pourquoi je vous dis ça ? Imaginez que le jardin d’Éden soit vraiment en Israël. Il suffit d’aller en Israël pour s’apercevoir que ce n’est plus tout à fait ce paysage luxuriant. Alors, comment se fait-il ? Eh bien, c’est là que vous avez déjà une connotation politique. C’est comme si Dieu disait aux Juifs, aux Israélites : le pays dans lequel vous vivez, vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais c’était le paradis que j’avais créé. Alors, on ouvre les yeux, on regarde, on se dit que ce n’est pas le paradis. Mais alors, comment ça se fait ? Eh bien, c’est peut-être précisément tout l’enjeu de cette Bible : c’est de vous dire comment refaire, comment retrouver, dans l’endroit où nous vivons, le paradis que Dieu avait créé pour que nous y soyons.
Ce qui veut dire deux choses. Que si jamais l’homme a été placé dès le début au paradis, c’est que notre vocation pour Dieu, c’était le bonheur. Et deuxièmement, que malheureusement, il a dû se passer quelque chose qui fait que nous vivons dorénavant notre condition humaine comme un exil.
Je vous propose donc de commencer notre pèlerinage avec le premier couple. Arrêtons-nous un instant sur les rapports homme-femme. Dans le premier récit de la Création, il y avait une égalité entre eux qui était donnée dès le départ. Le deuxième récit de la Création peut paraître plus sexiste, et certainement il a été interprété comme tel. Mais quand on regarde attentivement le texte hébreu, c’est toujours un peu plus complexe que ça.
Au début, on parle de ha-adam, l’humain, qui est en fait un neutre indifférencié. Le terme de mâle et femelle, ish et isha, n’intervient qu’une fois que la femme est créée. De la même manière, la côte d’Adam, à partir de laquelle Ève fut créée — eh bien, surprise de traduction encore — l’hébreu dit, plutôt que « côte », « côté ». De l’humanité neutre indifférenciée, Dieu prend un côté et en fait la femme qu’il donne alors au mâle qui vient d’apparaître. C’est toujours cette même histoire de création en séparation. Ceci se passe pendant le sommeil d’Adam, pour montrer que l’apparition de la femme relève du mystère. Et en se réveillant, l’homme jette un regard d’admiration.
Dernier point de traduction. Parfois, on dit qu’en créant la femme, Dieu voulait faire à l’homme une compagne et une aide. Mais là encore, le retour à l’hébreu montre littéralement un vis-à-vis. Une aide qui lui tienne face, qui lui tienne tête. Et c’est de ça dont pourra émerger l’homme aussi. Ah, ça raconte maintenant une toute autre histoire.
Je vous redis le cri d’Adam :
« Voici l’os de mes os et la chair de ma chair ! »
Et qui intervient comme un ordre divin, parce que ça y ressemble :
« Voilà pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à la femme. Et tous deux ne feront plus qu’un. »
Le retour à l’unité. Mon Dieu, que tout cela est à la fois simple, beau et divin.
Et bien voilà, nous sommes arrivés à la fin de notre première journée. Bravo ! Donc, j’ose pas vous demander comment vous avez aimé ou pas, parce qu’on a encore pas mal de journées devant nous. Mais vous sentez déjà la beauté du texte.
Prière
Nous terminons par une courte prière. Oui, parce que cette lecture de texte, le but n’est pas simplement de vous cultiver, mais de vous rapprocher de Dieu. Donc, ça peut être aussi un exercice spirituel. Et je trouve ça bien de confier nos âmes à Dieu, qui après tout les a faites et qui les veut pour lui. La Bible, après tout, c’est quand même lui — j’allais dire qu’il l’a écrite, de nom — mais qu’il l’a inspirée. Ça, oui, et pas qu’un peu. Il en est l’auteur divin. Donc, nous nous tournons vers lui. Nous demandons à Dieu qu’il vienne redire, avec ses mots à lui, ceux de l’Esprit Saint, ce que nous avons entendu dans le texte d’aujourd’hui : la beauté et la merveille de sa Création. Cela était beau.
Seigneur notre Dieu, nous te rendons grâce. Nous te rendons grâce pour les merveilles de la nature. Te rendons grâce pour les étoiles dans le ciel, pour la beauté des animaux, les poissons dans la mer, les oiseaux dans le ciel, l’herbe qui fleurit. Nous te rendons grâce pour avoir créé l’homme et la femme à ton image. Seigneur, nous ne méritions pas cela. Tu as tout créé de ton propre fond et de ta propre beauté. Merci pour ce que tu as fait.
Et vous, que le Seigneur vous bénisse. Vous qui avez été créés à l’image de Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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