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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 6 et 7 de la Genèse, qui racontent la corruption de l’humanité et la construction de l’arche de Noé avant le déluge. Le commentaire explore les liens entre le récit biblique et l’Épopée de Gilgamesh, ainsi que l’appel de Jésus à la vigilance spirituelle. L’épisode se conclut par la lecture de Proverbes 1, 20-33, où la Sagesse interpelle ceux qui refusent de l’écouter.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Petite nouveauté, dans la Bible en un an, à partir d’aujourd’hui et jusqu’à la fin de la Genèse, nous allons lire deux textes en parallèle. Premier épisode, le livre de la Genèse. Deuxième épisode, le livre de Job. Il y a des raisons à cela. Il y en a des bonnes et il y en a des mauvaises.
Dans les mauvaises raisons, mais quand même, parce que je vous connais, c’est parce que le livre de Job, ça se mérite. C’est extrêmement beau, mais parfois au bout de cinq chapitres, on finit par ne plus savoir apprécier cette beauté, alors qu’il y a quand même 40 chapitres. Donc, l’intercaler avec le livre de la Genèse permettra de varier les plaisirs narratifs et poétiques.
D’autant plus que la Genèse d’un côté et Job de l’autre, tout cela appartient au même univers patriarcal. Avec Job, vous aurez comme la morale des patriarches et avec la Genèse, vous aurez comme leur mise en application. Vous allez voir, ça va très bien marcher.
Donc, nous commençons par le début de l’histoire de Noé, Genèse, chapitres 6 et 7.
Lecture : Genèse 6-7
Quand les hommes commencèrent à se multiplier sur la terre, et qu’ils eurent des filles, les fils des dieux s’aperçurent que les filles des hommes étaient belles. Ils prirent pour eux des femmes, parmi toutes celles qu’ils avaient distinguées.
Alors le Seigneur dit : « Mon souffle n’habitera pas indéfiniment dans l’homme. Celui-ci s’égare. Il n’est qu’un être de chair. Sa vie ne durera que cent vingt ans. »
En ces jours-là, et même plus tard, il y avait des géants sur la terre. Les fils des dieux s’approchaient des filles des hommes, et elles en avaient des enfants. Ce sont les héros du temps jadis, des hommes de renom.
Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal, à longueur de journée. Le Seigneur se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre. Il s’irrita en son cœur, et il dit : « Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés, et non seulement les hommes, mais aussi les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits. »
Mais Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur.
Voici l’histoire de Noé. Parmi ses contemporains, Noé fut un homme juste, parfait. Noé marchait avec Dieu. Il engendra trois fils : Sem, Cham et Japhet.
Mais la terre s’était corrompue devant la face de Dieu. La terre était remplie de violence. Dieu regarda la terre, et voici qu’elle était corrompue, car sur la terre, tout être de chair avait une conduite corrompue.
Dieu dit à Noé : « Je l’ai décidé. C’est la fin de tout être de chair. À cause des hommes, la terre est remplie de violence. Eh bien, je vais les détruire, et la terre avec eux.
Fais-toi une arche en bois de cyprès. Tu la diviseras en cellules, et tu l’enduiras de bitume à l’intérieur et à l’extérieur. Tu la feras ainsi : 300 coudées de long, 50 coudées de large et 30 de haut. Tu feras à l’arche un toit à pignons, que tu fixeras une coudée au-dessus d’elle. Tu mettras l’entrée de l’arche sur le côté, puis tu lui feras un étage inférieur, un deuxième étage, et un troisième.
Et voici que moi, je fais venir le déluge. Les eaux recouvriront la terre. Ainsi, je détruirai sous les cieux tout être de chair animé d’un souffle de vie. Tout ce qui vit sur la terre expirera.
Mais avec toi, j’établirai mon alliance. Toi, tu entreras dans l’arche, et avec toi, tes fils, ta femme et les femmes de tes fils.
De tout ce qui vit, tout ce qui est de chair, tu feras entrer dans l’arche un mâle et une femelle pour qu’ils restent en vie avec toi. De chaque espèce d’oiseau, de chaque espèce d’animaux domestiques, de chaque espèce de reptile du sol, un couple t’accompagnera pour rester en vie. Et toi, procure-toi de quoi manger. Fais-en provision. Ce sera ta nourriture et la leur. »
Noé fit ainsi. Tout ce que Dieu lui avait ordonné, il le fit.
Le Seigneur dit à Noé : « Entre dans l’arche, toi et toute ta famille, car j’ai vu qu’au sein de cette génération, devant moi, tu es juste. De tous les animaux purs, tu prendras sept mâles et sept femelles. Des animaux qui ne sont pas purs, tu en prendras deux, un mâle et une femelle. Et de même des oiseaux du ciel, sept mâles et sept femelles, pour que leur race continue à vivre à la surface de la terre. Encore sept jours en effet, et je vais faire tomber la pluie sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. J’effacerai de la surface du sol tous les êtres que j’ai faits. »
Noé fit ainsi. Noé fit tout ce que le Seigneur lui avait ordonné.
Noé avait six cents ans quand eut lieu le déluge, c’est-à-dire les eaux sur la terre. Noé entra dans l’arche avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, à cause des eaux du déluge. Des animaux purs et des animaux impurs, des oiseaux et de tout ce qui va et vient sur le sol, un couple, un mâle et une femelle, entra dans l’arche avec Noé, comme Dieu l’avait ordonné à Noé.
Sept jours plus tard, les eaux du déluge étaient sur la terre. L’an six cents de la vie de Noé, le deuxième mois, le dix-septième jour du mois, ce jour-là, les réservoirs du grand abîme se fendirent, les vannes des cieux s’ouvrirent, et la pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits.
Et ce jour même, Noé entra dans l’arche avec ses fils, Sem, Cham et Japhet, avec sa femme et les trois femmes de ses fils. Y entrèrent aussi tous les animaux selon leur espèce, tous les bestiaux selon leur espèce, tous les reptiles qui rampent sur la terre selon leur espèce, et tous les oiseaux selon leur espèce, tous ceux qui volent, tous ceux qui ont des ailes.
Couple par couple, tous les êtres de chair animés d’un souffle de vie entrèrent dans l’arche avec Noé. Ceux qui entraient, c’était un mâle et une femelle de tous les êtres de chair, comme Dieu l’avait ordonné à Noé. Et alors le Seigneur ferma la porte sur Noé.
Et ce fut le déluge sur la terre pendant quarante jours. Les eaux grossirent et soulevèrent l’arche qui s’éleva au-dessus de la terre. Les eaux montèrent et grossirent beaucoup sur la terre, et l’arche flottait à la surface. Les eaux montèrent encore beaucoup, beaucoup sur la terre. Sous tous les cieux, toutes les hautes montagnes furent recouvertes. Les eaux étaient montées de quinze coudées au-dessus des montagnes.
Alors expira tout être de chair, tout ce qui va et vient sur la terre : oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, tout ce qui foisonne sur la terre, et tous les hommes. Parmi tout ce qui existait sur la terre ferme, tout ce qui avait en ses narines un souffle de vie mourut.
Ainsi furent effacés de la surface du sol tous les êtres qui s’y trouvaient, non seulement les hommes, mais aussi les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel. Ils furent effacés de la terre. Il ne resta que Noé et ceux qui étaient avec lui dans l’arche. Et les eaux montèrent au-dessus de la terre pendant cent cinquante jours.
Commentaire
Avec Noé, nous sommes encore dans la préhistoire biblique, au sens de prologue, de récit des origines. Mais il est question de Noé dans les Évangiles et dans une lettre de Pierre, ce qui nous oblige à considérer avec un certain sérieux la possibilité d’un événement qui s’apparenterait à un déluge. Et de fait, si dans les strates géologiques on n’a pas trouvé de déluge universel mondial, nous savons qu’il a existé des déluges locaux dans la région de la Mésopotamie, de Babylone. Nous savons aussi qu’à côté du mont Ararat, où s’échoua Noé, il y avait la mer Noire, laquelle était une plaine qui s’est vue inondée d’eau brutalement lorsque, comme un bouchon, le détroit des Dardanelles, du Bosphore — là où il y a Constantinople-Istanbul — sauta, et que la mer Méditerranée tout entière s’engouffra dans ce qui allait devenir la mer Noire. Peut-être est-ce là l’origine du déluge.
Vous retrouvez, d’ailleurs, ce récit d’un déluge dans toutes les civilisations locales : la civilisation sumérienne, akkadienne, babylonienne, notamment dans le best-seller de l’époque qui s’appelait l’Épopée de Gilgamesh. Dans l’Épopée de Gilgamesh, il est question d’un déluge avec Utnapishtim, parce que le dieu Enlil était fatigué du bruit que faisaient les hommes. On a retrouvé une version de ce best-seller dans la ville juive de Megiddo vers moins 1400. Et force est quand même de constater les nombreuses ressemblances : même description de l’arche, même échouage sur une montagne et même histoire d’oiseaux. Il y a donc une influence très forte entre le récit de Noé et le récit de l’Épopée de Gilgamesh, mais on observe des différences notables, et c’est là que se trouve l’inspiration divine.
Dans l’Épopée de Gilgamesh, le dieu Enlil est fatigué par le bruit que font les hommes. Dans Noé, c’est la moralité des hommes qui agace Dieu. Dieu, le bien à l’état pur, qui voit ce que sont devenus les hommes et qui regrette. Alors, c’est ce qu’on appelle un anthropomorphisme. Ce n’est pas que Dieu regrette, c’est qu’il nous semble à nous, qui vivons sur terre, que Dieu regrette.
Ce qui frappe aussi, c’est que les gens ne se sont doutés de rien. Écoutez la description que donne Jésus de ce qui s’était passé : « En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche. Les gens ne se sont doutés de rien jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis. » Nous sommes dans l’Évangile selon Matthieu, chapitre 24. Apparemment, les gens ne faisaient rien de méchant. On mangeait, on buvait, on prenait femme, on prenait mari. Et c’est parce qu’à force de s’endurcir dans le mal, les hommes ne se rendaient même plus compte.
Jésus vous donne cet exemple pour vous exhorter à la vigilance. Soyez sur vos gardes, vous vivez dans un monde mauvais où tout peut arriver. En même temps que demain, nous verrons dans l’histoire de Noé un appel à la miséricorde de Dieu, aujourd’hui, c’est d’abord un appel à la vigilance, la nepsis, en termes de théologie spirituelle, c’est-à-dire cette sobriété de l’âme qui reste sur ses gardes, car le mal existe et on a vite fait d’en devenir complice sans même s’en apercevoir.
Nous terminons comme à notre habitude par une transition poétique, la fin du chapitre 1 du livre des Proverbes.
Proverbes 1, 20-33
La Sagesse, au-dehors, lance un appel. Sur les places, elle élève sa voix. Au-dessus du tumulte, elle crie. À l’entrée des portes de la ville, elle tient ce discours :
« Combien de temps encore, étourdis, allez-vous aimer l’étourderie ? Les insolents n’aspirent qu’à l’insolence et les insensés refusent la connaissance.
Tournerez-vous longtemps le dos quand je critique ? Contre vous, je laisserai cours à mon humeur et je vous ferai savoir ce que j’ai à vous dire.
Quand j’ai appelé, vous avez rechigné. Quand j’ai tendu la main, nul ne s’en est soucié. Vous avez récusé tous mes conseils. Vous n’avez pris à cœur aucune de mes critiques.
Eh bien, moi aussi, lors de votre malheur, je rirai. Je serai sarcastique quand viendra l’épouvante, quand elle viendra comme une tourmente, que le malheur sera là, comme une tornade, quand viendront sur vous la détresse et l’angoisse.
Alors, on m’appellera et je ne répondrai pas. On me cherchera et on ne me trouvera pas, car ils ont refusé la connaissance et n’ont pas choisi la crainte du Seigneur.
Ils n’ont pas pris à cœur mes conseils. Ils ont dénigré chacune de mes critiques. Alors, ils dégusteront les fruits de leur conduite. Ils pourront se gaver de leurs intrigues.
Oui, l’indocilité des étourdis leur sera fatale et l’insouciance des insensés les perdra. Celui qui m’écoute demeure en sécurité, à l’abri, sans malheur à redouter. »
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