← J3 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J4 ☼ →
Résumé : Le frère Paul-Adrien introduit le livre de Job, lu en parallèle avec la Genèse, autour de la question du bien et du mal. Le chapitre 1 présente Job, homme intègre et prospère, que Satan obtient de Dieu la permission de frapper dans ses biens et sa famille. Le commentaire explore les stratégies de l’adversaire, la question de la rétribution, et rappelle que Dieu ne permet jamais la tentation au-delà de nos forces.
Introduction
Alors, nous l’avons dit, nous lisons en parallèle le livre de Job. Avec Noé vous avez le premier juste, avec Job nous allons lui donner la parole, l’innocent qui subit le mal. C’est toujours cette même question du bien et du mal qui se trouve posée dans la Genèse et qui se trouve posée dans Job.
L’univers culturel est plus ou moins le même, on sent en arrière-fond le patriarcat biblique et antique. Et vous aurez dans Job comme la réflexion, la méditation quasi philosophique de ce qui se passe dans le livre de la Genèse.
Lecture : Job 1
Il était une fois, au pays de Ouç, un homme appelé Job. Cet homme, intègre et droit, craignait Dieu et s’écartait du mal. Sept fils et trois filles lui étaient nés. Il avait un troupeau de sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses, et il possédait un grand nombre de serviteurs. Cet homme était le plus riche de tous les fils de l’Orient.
Or, ses fils avaient coutume d’aller festoyer les uns chez les autres à tour de rôle, et ils faisaient inviter leurs trois sœurs à manger et à boire avec eux. Une fois terminé le cycle des festins, Job les faisait venir pour les purifier. Levé de bon matin, il offrait un holocauste pour chacun d’eux, car Job se disait : « Peut-être mes fils ont-ils péché et maudit Dieu dans leur cœur. » Et c’est ainsi que Job agissait, chaque fois.
Le jour où les fils de Dieu se rendaient à l’audience du Seigneur, le Satan, l’adversaire, lui aussi, vint parmi eux. Le Seigneur lui dit : « D’où viens-tu ? » L’adversaire répondit : « De parcourir la terre et d’y rôder. » Le Seigneur reprit : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a pas son pareil sur la terre. C’est un homme intègre et droit qui craint Dieu et s’écarte du mal. » L’adversaire riposta : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? N’as-tu pas élevé une clôture pour le protéger, lui, sa maison et tout ce qu’il possède ? Tu as béni son travail et ses troupeaux se multiplient dans le pays. Mais étends seulement la main et touche à tout ce qu’il possède. Je parie qu’il te maudira en face. » Le Seigneur dit à l’adversaire : « Soit. Tu as pouvoir sur tout ce qu’il possède, mais tu ne porteras pas la main sur lui. » Et l’adversaire se retira.
Le jour où les fils et les filles de Job étaient en train de festoyer et de boire du vin dans la maison de leur frère aîné, un messager arriva auprès de Job et lui dit : « Les bœufs étaient en train de labourer et les ânesses étaient au pâturage non loin de là. Les Sabéens se sont jetés sur eux et les ont enlevés. Ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’ai pu m’échapper pour te l’annoncer. » Il parlait encore quand survint un autre qui lui dit : « Le feu du ciel est tombé. Il a brûlé troupeaux et serviteurs et les a dévorés. Moi seul, j’ai pu m’échapper pour te l’annoncer. » Il parlait encore quand un troisième survint et lui dit : « Trois bandes de Chaldéens se sont emparés des chameaux. Ils les ont enlevés. Ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée. Moi seul, j’ai pu m’échapper pour te l’annoncer. » Il parlait encore quand un quatrième survint qui lui dit : « Tes fils et tes filles étaient en train de festoyer et de boire du vin dans la maison de leur frère aîné lorsqu’un ouragan s’est levé du fond du désert et s’est rué contre la maison. Ébranlée aux quatre coins, elle s’est écroulée sur les jeunes gens et ils sont morts. Moi seul, j’ai pu m’échapper pour te l’annoncer. »
Alors Job se leva. Il déchira son manteau et se rasa la tête. Il se jeta à terre et se prosterna, puis il dit : « Nu, je suis sorti du ventre de ma mère. Nu, j’y retournerai. Le Seigneur a donné. Le Seigneur a repris. Que le nom du Seigneur soit béni. »
En tout cela, Job ne commit pas de péché. Il n’adressa à Dieu aucune parole déplacée.
Commentaire
Job, un personnage quasi mythique dont on ne sait pas très bien où il a existé ni quand il a existé, mais sa longévité et son style de vie le rapprochent certainement d’Abraham. Avec lui, nous allons explorer la question du mystère du mal et de la rétribution. Pourquoi l’innocent est-il frappé à mort ?
Dans ce prologue, la porte d’entrée dans le mystère du mal, c’est ce fameux Satan qui vient à la cour de Dieu pour accuser l’homme. On avait déjà rencontré Satan dans le livre de la Genèse — c’est pour ça que je trouve ça très intéressant de mettre en parallèle Job et la Genèse. Cette idée-là, je la reprends au père Mike dans son podcast Bible in a Year. Nous avions déjà rencontré Satan sous la forme d’un serpent qui venait avec sa ruse pour séduire Ève. Ici, on le verrait plutôt comme un lion. Ce lion dont parle Pierre dans sa première lettre :
Votre adversaire — c’est exactement ce que signifie le mot Satan, Shaïtan, l’adversaire, la pierre qui fait trébucher — votre adversaire, dit saint Pierre, est comme un lion qui rugit, allant et cherchant qui il va dévorer.
Et là, ça vous faisait déjà penser à Caïn, son péché qui était tapi en lui comme une bête, la jalousie et l’envie. Nous le retrouvons ici, à la cour céleste, qui cherche à accuser les hommes.
Deuxième chose que nous apprend ce prologue, c’est que ce Satan, cet adversaire, est aux ordres de Dieu et qu’il lui obéit comme à contrecœur, mais qu’il lui obéit quand même. À savoir : quand Dieu impose des limites, Satan ne peut pas les outrepasser. Dieu qui dit à Satan : « Soit, tu peux toucher à tout ce qu’il possède, mais tu ne porteras pas la main sur lui. » Ce qui vous donnera plus tard dans le Nouveau Testament la doctrine selon laquelle le diable ne peut pas nous tenter au-delà de nos forces (1 Corinthiens 10, 13).
Alors faisons peut-être ici attention à une chose : malgré les apparences, ce n’est pas Dieu qui tente Job, c’est Satan qui tente Job. Dieu ne tente pas. Et comme continue la citation que je viens de vous donner de 1 Corinthiens 10 : c’est-à-dire que Dieu permet la tentation, mais la manière dont il la permet, c’est en nous donnant le moyen d’y résister et d’en sortir.
Bon, tout cela est peut-être assez théorique quand on voit la succession de malheurs qui s’abat sur Job. On se dit que les paroles que je viens de donner sont peut-être simplement des réconforts philosophiques, mais quand on est assis sur son tas de fumier en train de subir tout le malheur du monde, ça ne sert pas beaucoup. Néanmoins, on aura l’occasion de revenir, et si jamais je puis dire, de mettre vraiment la main dans le cambouis du bien et du mal. Mais c’est quelques principes que je donne : Dieu ne tente pas. Dieu ne tente pas au-delà des forces. Dieu nous donne en même temps le moyen de supporter la tentation. Mérite d’être redit.
Ce que nous voyons aussi de Satan, c’est qu’il utilise des stratégies. On avait déjà vu ça avec Adam et Ève : comment séduction, exaltation, manipulation, obsession, la tentation se déployait comme une stratégie bien rodée. Mais regardez ici les moyens qu’utilise Satan. Il a des pouvoirs. Il est capable de se servir de la maladie. Il est capable d’envoyer des hommes mauvais pour voler et tuer le bétail. Il sait utiliser l’ouragan et la foudre pour permettre à la maison de s’écrouler sur les fils d’Adam. Il maîtrise aussi le timing. Un timing parfait : il envoie les nouvelles de chaque catastrophe, chaque fois après la précédente, et qui vont comme crescendo. De sorte que Job est submergé de calamités et de chagrins.
Ce qui nous rappelle des épisodes dans notre vie où non seulement tout va de travers, mais tout va de plus en plus de travers. Et comme si jamais l’univers, l’univers entier se liguait contre nous pour nous broyer. Je suppose qu’on l’a tous fait cette expérience une fois dans notre vie. Et parfois, vous savez, ça peut durer plusieurs années. Si jamais ça vous arrivait, allez voir un prêtre pour demander une bénédiction.
Mais avec cette stratégie, vous voyez aussi les objectifs de Satan, qui est de nous détourner de Dieu. Ce n’est pas tellement que Satan nous déteste, c’est qu’il déteste Dieu. Et qu’en nous, il voit l’image de Dieu. C’est le Dieu qu’il déteste et donc qu’il veut détruire. Et c’est ainsi qu’il semble prendre plaisir à infliger de la souffrance.
Alors de manière très belle, cet accusateur qui devant Dieu veut notre perte, le Nouveau Testament — le livre de l’Apocalypse plus précisément — nous dira qu’il a été rejeté :
Car il est rejeté, l’accusateur de nos frères, lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. Eux-mêmes, les martyrs, l’ont vaincu par le sang de l’Agneau, par la parole dont ils furent les témoins.
Et à sa manière, on va voir comment Job fait partie de ces premiers témoins, alors que Jésus n’est pas encore là, qui vont quand même vaincre par leur sang. Job y va quasiment de sa vie pour rester fidèle malgré l’accusation.
Job, justement : un homme pieux et intègre et riche. La richesse ici n’est pas totalement anodine. La richesse était symbole en ce temps-là, non seulement de réussite sociale, mais aussi de réussite morale. Le fait que vous ayez des richesses signifiait que vous aviez été bénis par Dieu parce que vous suiviez ses commandements. C’est toute la question de la rétribution, d’ailleurs, qui sera mise à mal.
Riche et pieux, qui offre des sacrifices pour protéger tout le monde. Et vous sentez ici, quand même, à mots couverts, peut-être une légère imperfection dans Job. On sent en Job des relents du pharisien qui cherche à tout prix à être dans les bonnes grâces et dans les clous, en étant scrupuleux sur les rites, les sacrifices, les commandements. Il y a un mélange assez curieux dans Job entre la satisfaction morale et la crainte servile de Dieu. On n’est pas encore tout à fait dans le Nouveau Testament. On n’est pas encore tout à fait dans le registre de la grâce et de l’amour filial.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, dans ta bonté, nous te confions tous ceux qui, autour de nous, souffrent. Peut-être vous-même, si vous avez des maladies, sinon vos proches — et malheureusement nous en connaissons tous. Nous demandons que Dieu ne soit pas loin d’eux.
Et vous, que le Seigneur vous bénisse et vous garde, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
← J3 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J4 ☼ →