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Résumé : Dans cet épisode consacré à Job 36-37, le frère Paul-Adrien présente le quatrième et dernier discours d’Élihu. Celui-ci introduit un thème révolutionnaire : la souffrance comme instrument pédagogique de Dieu, résumé dans la formule « Dieu sauve le malheureux par son malheur ». Cette affirmation audacieuse opère une bascule dans le livre de Job et préfigure le thème chrétien de la souffrance rédemptrice accomplie en Jésus-Christ. L’épisode se conclut par une prière tirée de la première épître de Pierre.
Introduction
Quatrième discours d’Élihu. Rassurez-vous, c’est le dernier. Après, voilà, on arrivera au bout. Enfin, Dieu va parler. En attendant, nous terminons avec deux chapitres, 36-37. Il sera question, après une brève introduction, d’un thème difficile : la pédagogie de Dieu par la souffrance. Et après, nous parlerons de sa maîtrise des turbulences atmosphériques. On se demande ce que ça peut bien signifier.
Lecture : Job 36-37
Élihu continue et dit :
« Patiente un peu avec moi, je vais t’instruire. Car il y a d’autres choses à dire en faveur de Dieu. J’irai chercher ma science au loin, pour donner raison à celui qui m’a fait. Car en vérité, mes paroles ne sont pas mensonges. C’est un parfait connaisseur que tu as devant toi.
Vois, Dieu est puissant. Il ne méprise pas. Il est puissant et d’un cœur magnanime. Il ne laisse pas vivre le méchant, mais rend justice aux pauvres. Il ne détourne pas ses yeux des justes. À l’instar des rois sur la terre, il les fait siéger pour toujours.
Mais ils s’enorgueillissent. Et s’ils se retrouvent prisonniers des chaînes, pris dans les liens de la misère, Dieu leur montre leurs œuvres et leurs péchés commis par orgueil. Il leur ouvre l’oreille pour les avertir et leur ordonne de se détourner du mal. S’ils écoutent et se mettent à son service, leurs jours s’achèveront dans le bonheur et leurs années dans les délices. Mais s’ils n’écoutent pas, ils passent par le chenal de la mort et ils périssent faute d’intelligence.
Quant aux impies qui, dans leur cœur, se mettent en colère, ils ne crient pas vers Dieu lorsqu’il les enchaîne. Leur âme meurt en pleine jeunesse et leur vie s’achève dans la prostitution.
Dieu sauve le malheureux par son malheur. Par la détresse, il lui ouvre l’oreille. Toi aussi, il te fait passer de l’étreinte de l’angoisse à un espace où rien ne gêne. Et la table disposée pour toi débordera de mets succulents.
Si tu dois mener à bien le jugement du méchant, que le jugement et le droit soient ton appui. Prends garde que l’abondance ne te séduise et que de riches présents ne te fassent dévier. Est-ce en criant que tu mettras à égalité l’homme démuni et tous les détenteurs de pouvoir ? Ne soupire pas après la nuit où des peuples monteront pour prendre la place. Garde-toi de te tourner vers le mal, car c’est à cause de cela que tu as été éprouvé par le malheur.
Vois, Dieu est sublime en sa force. Qui enseigne comme lui ? Qui lui a jamais dicté sa conduite ? Qui peut lui dire : “Tu as commis l’injustice” ? Souviens-toi de magnifier son œuvre que les hommes célèbrent par des chants. Tout homme la contemple, de loin le mortel la regarde.
Vois, Dieu est grand, au-delà de notre savoir. Le nombre de ses années est sans mesure. Il attire les gouttes d’eau, distille la pluie en un grand flot. Les nuages en ruissellent et les répandent sur la foule des hommes. Qui comprendra aussi les déploiements du nuage, les craquements de la hutte céleste ? Voici qu’il s’enveloppe de sa lumière et couvre les racines de la mer. Par les éléments, il juge les peuples et donne la nourriture à profusion. Il couvre ses deux paumes d’éclairs et leur désigne une cible. Son tonnerre proclame sa présence et la tempête, la passion de sa colère.
C’est aussi pour cela que tremble mon cœur et qu’il bondit hors de sa place. Écoutez, écoutez la vibration de sa voix et le grondement qui sort de sa bouche. Il le prolonge sous tous les cieux et son éclair atteint les extrémités de la terre. Derrière lui rugit une voix. Il tonne de sa voix majestueuse et ne retient pas les éclairs quand sa voix se fait entendre. Dieu tonne à pleine voix. Merveille ! Il opère de grandes choses que nous ignorons.
Quand il dit à la neige : “Descend sur la terre !” À la pluie d’averse, à l’averse torrentielle : “Tombe dru !” Il paralyse l’activité de chaque homme pour que tous les humains qu’il a créés le reconnaissent. La bête sauvage se retire dans son antre et se tapit dans ses tanières. Du sud arrive l’ouragan et des vents du nord, la froidure. Au souffle de Dieu se forme la glace et l’étendue des eaux se fige. Il charge d’humidité le nuage. Il disperse ses nuées de lumière. Elles tournoient en cercle selon ses dessins pour œuvrer à tout ce qu’il leur ordonne sur la face du monde terrestre. Il en fait soit un fléau pour sa propre terre, soit une marque de bonté.
Prête l’oreille à ceci, Job. Arrête-toi et considère les merveilles de Dieu. Sais-tu comment Dieu leur commande et fait briller la lumière de sa nuée ? Sais-tu comment il suspend le nuage ? Prodige d’un parfait connaisseur, toi dont les habits sont trop chauds quand repose la terre au vent du midi. As-tu avec lui tassé les nuées, durci comme un miroir de métal fondu ? Fais-nous savoir ce que nous devons lui dire. Dans les ténèbres où nous sommes, nous manquons d’arguments. Lui est-il rendu compte quand je parle ? Faut-il qu’un homme le dise pour qu’il soit informé ?
Et maintenant, on ne voit plus la lumière, obscurcie qu’elle est par les nuages. Mais qu’un vent passe et les dissipe : du nord survient une lumière dorée. Sur Dieu, quelle redoutable splendeur ! Le Puissant, nous ne pouvons l’atteindre. Il est sublime en force. Il ne viole pas le droit et la pleine justice. C’est pourquoi les hommes le craignent. Il n’a pas de regard pour les prétendus sages. »
Commentaire
Allons tout de suite au cœur du quatrième discours d’Élihu, qui, pour le coup, marque une vraie rupture et une vraie nouveauté. C’est juste deux versets. Donc probablement que vous êtes passés à côté. Et moi-même, je suis passé à côté si mes commentateurs ne m’avaient pas attiré l’attention dessus. Mais c’est vrai qu’à bien y reprendre, en deux versets, il y a quelque chose de nouveau qui n’avait jamais été dit avant.
Je vous les cite, verset 15 : « Dieu sauve le malheureux par son malheur. Par la détresse, il lui ouvre l’oreille. » Deux phrases particulièrement denses qui introduisent un thème nouveau et même choquant : la souffrance et le malheur comme école de sagesse.
Alors, comme on en a déjà parlé, ce n’est pas la première fois que ça arrive à vos oreilles. Mais dans l’histoire de la Révélation, c’est peut-être la première fois — ou en tout cas une des premières fois — que c’est dit avec autant de clarté. « Dieu sauve le malheureux par son malheur. » Ce qui est hyper choquant. Et c’est pour ça qu’on va s’arrêter dessus, parce que c’est de la dynamite, cette phrase-là. « Par la détresse, il lui ouvre l’oreille. »
Puis ensuite, vous avez le deuxième verset : « Toi aussi, il te fait passer de l’étreinte de l’angoisse à un espace où rien ne gêne, et la table disposée pour toi débordera de mets succulents. » Sous-entendu : ce qui est capable de t’offrir le malheur et la souffrance est d’un tel prix que bien vite, tu oublieras les souffrances passées.
Il s’agit donc là d’une affirmation très audacieuse. Et ceux qui voient en Élihu un simple commentateur qui ne fait que reprendre ce qui a été déjà dit avant sont un peu durs. Alors maintenant, évidemment, une fois qu’on a dit ça, tout a été condensé en une phrase : « Dieu sauve le malheureux par son malheur, par la détresse, il lui ouvre l’oreille. » Il n’a pas encore dit en quoi consistait ce salut. Là, on en est encore au début de la Révélation et c’est encore un peu confus. Mais l’essentiel est posé : la thèse fondamentale du christianisme que vous aurez plus tard dans Jésus-Christ — c’est par ses souffrances que nous sommes sauvés. Mais on n’en est pas encore là avec Jésus.
Donc pour l’instant, on revient à Job et on commence à explorer ce thème de la souffrance rédemptrice. Vous notez que là, nous sommes dans le discours d’Élihu. Donc on va dire des éléments. Ce ne sera probablement pas la fin de ce qu’il faut dire sur le sujet. Élihu n’est qu’un homme. Et souvenez-vous que nous avons encore quelques chapitres où on espère bien que Dieu lui-même va reprendre ce thème pour l’approfondir. Donc là, pour l’instant, les petites pensées d’Élihu sur cette question-là sont plutôt à voir comme une introduction que comme un point conclusif. Je vous dis ça pour que vous ne soyez pas déçus par les réponses qu’Élihu donne. Élihu n’est pas Dieu. Ça, c’est pour les chapitres à venir.
Néanmoins, ce qu’il dit mérite quand même d’être dit et il y a des choses à prendre. Bon, alors allons-y pour sa réponse. Qu’est-ce que la souffrance et le malheur sont capables de nous apprendre ?
Verset 17 : « Si tu dois mener à bien le jugement du méchant, que le jugement et le droit soient ton appui. » Première leçon que la sagesse est capable de nous donner d’après Élihu : elle nous révèle notre propre valeur et notre propre héroïcité. Bon, ce n’est pas rien. Ce n’est peut-être pas exactement la réponse que tout de suite on aimerait entendre, mais elle mérite d’être dite. Elle est capable de révéler votre héroïcité, votre authenticité morale. Elle est capable de vous donner une autorité qui vous rendra crédible pour juger sur les bons et les méchants. Si Jésus est capable de sauver et de juger les hommes, comme il le fera au Jugement dernier, c’est parce qu’il a connu la souffrance et que dans la souffrance, il n’a pas craqué. Il a continué de suivre le bon droit jusqu’à un niveau héroïque. Et c’est pour ça qu’il est notre juge. À l’homme qui a traversé le malheur, vous faites confiance. À celui qui n’a rien connu de la vie, vous n’allez pas lui confier le jugement du méchant.
Verset 18 : « Prends garde que l’abondance ne te séduise et que de riches présents ne te fassent dévier. » Plus classique probablement, et peut-être un peu exagéré pour le coup : la souffrance et le malheur qui nous rappellent à ce que nous sommes. Il y a une certaine forme de sobriété et d’humilité.
Ensuite, nous avons au verset 20 : « Ne soupire pas après la nuit où des peuples monteront pour prendre la place. » Alors là, je suis désolé les enfants, je ne sais pas ce que ça veut dire. Je ne vois pas la leçon. Il y en a une. Ce n’est pas là par hasard, mais je ne la vois pas.
Et puis ensuite, plus classique : « Garde-toi de te tourner vers le mal, car c’est à cause de cela que tu as été éprouvé par le malheur. » Et ici, la souffrance exerce un rôle pédagogique en invitant l’homme à reconnaître son péché. Donc la souffrance devient un appel ici à la conversion.
Bon, il manque encore un thème qui n’est pas déployé, que précisément on trouvera plus tard avec Jésus, homme des souffrances, broyé par le malheur : « Il a intercédé pour nous. C’est par ses souffrances que nous sommes sauvés. » Ça, c’est Jésus. C’est le thème que, à travers la souffrance, la souffrance donne du poids à la prière et a valeur d’intercession. On l’avait déjà plus ou moins deviné, mais comme entrevu avec le sang — le sang qui a le pouvoir de crier auprès de Dieu et de faire de votre prière une supplication. Bon, mais on n’en est pas encore là dans l’histoire de la Révélation.
En tout cas, c’est la fin du discours d’Élihu. C’est maintenant Dieu qui va prendre le relais, en espérant qu’il creuse ce thème. Mais vous sentez quand même le mouvement, la bascule qu’a permis de faire Élihu. En reprenant et en critiquant aux entournures le discours de Job, en deux, trois petits mouvements, Élihu est parvenu à faire sortir le débat entre Job et ses amis — qui tournait en rond — vers une autre issue possible.
Alors qu’avant, le discours s’enfermait autour de la souffrance qui signifiait forcément quelque chose de mauvais, en deux, trois petits coups, là, Élihu vient de dire : un, peut-être que la souffrance n’était pas tant tout de suite l’expression du courroux de Dieu et de sa vengeance, puisque Dieu, s’il est parfait, a peut-être autre chose à faire que de chercher à se venger. Donc ça veut peut-être dire que ça veut dire autre chose, la souffrance. Oui, mais quoi ? Ça, on ne sait pas. Mais maintenant, on se donne à nouveau du jeu. Et là, maintenant, ce qu’il vient de faire, c’est qu’il vient de suggérer que la souffrance pouvait avoir quelque chose de positif à nous apporter. Ce n’est pas encore la fin de cet enseignement, mais oui, Élihu vient bien d’opérer une bascule dans le livre de Job en entier.
Et maintenant, vous comprenez mieux les paroles que nous avions dites au début : « Dieu sauve le malheureux par son malheur, par sa détresse, il lui ouvre l’oreille. » Et ici, ça reste choquant et je ne veux pas enlever l’aspect choquant. Au contraire, j’appuie dessus. Le malheur devient l’expression de l’amour de Dieu qui, en réalité, par le malheur, cherche à nous sauver. Pourquoi est-ce qu’il a choisi ce moyen ? Alors, on ne sait pas encore. Et puis, deuxièmement, « par la détresse, il lui ouvre l’oreille » : c’est-à-dire qu’il y a là une école de sagesse qui, dans les chapitres à venir, va nous amener jusqu’à la révélation ultime de la transcendance divine et de sa sagesse. Attendez la suite.
Prière : 1 Pierre 2,22-25
Nous terminons par une courte prière. On prend cela dans la première épître de Pierre, chapitre 2 : « C’est par ses souffrances que nous sommes guéris. » Ce sera une prière sous forme d’action de grâce.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Lui n’a pas commis de péché. Dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte. Dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris.
Que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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