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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien poursuit le récit de Joseph et ses frères (Genèse 44-45). Joseph met ses frères à l’épreuve une dernière fois en faisant cacher sa coupe dans la besace de Benjamin. Le plaidoyer bouleversant de Judas, prêt à se constituer prisonnier à la place de son frère, provoque enfin la révélation de Joseph et une réconciliation en larmes. Le commentaire explore le thème du pardon, de la réconciliation et de la conversion du cœur.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Vite, vite, vite ! On se dépêche ! On était en plein dans l’histoire entre Joseph et ses frères. On y retourne !
Lecture : Genèse 44-45
Joseph donna ses ordres à son intendant. « Remplis de nourriture les besaces de ces hommes, autant qu’ils pourront en porter, et remets l’argent de chacun sur le dessus de la besace. Puis, ma coupe, la coupe d’argent, tu la mettras sur le dessus de la besace du plus jeune, avec l’argent de son blé. » Il fit ce que Joseph lui avait dit.
Aux premières lueurs du matin, on renvoya ces hommes avec leurs ânes. Comme ils étaient sortis de la ville mais n’étaient pas encore loin, Joseph dit à son intendant : « Debout, poursuis ces hommes, rattrape-les, et tu leur diras : pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien ? N’y a-t-il pas ici cet objet dont mon maître se sert pour boire et pratiquer la divination ? C’est très mal ce que vous avez fait. »
L’intendant les rattrapa et leur répéta ces paroles. Ils répondirent : « Pourquoi, monseigneur, parle-t-il ainsi ? Loin de tes serviteurs d’avoir agi de cette façon. L’argent que nous avions trouvé sur le dessus de nos besaces, nous te l’avons rapporté du pays de Canaan. Pourquoi donc aurions-nous pu voler de l’or ou de l’argent dans la maison de ton maître ? Celui de tes serviteurs que l’on trouvera en possession de cet objet, il mourra. Et nous-mêmes, nous deviendrons esclaves de monseigneur. »
Il répondit : « Eh bien, qu’il en soit comme vous avez dit. Celui que l’on trouvera en possession de l’objet deviendra mon esclave, et vous, vous serez quittes. »
Vite, chacun déposa sa besace à terre et l’ouvrit. L’intendant se mit à fouiller, en commençant par l’aîné et en terminant par le plus jeune. Et l’on trouva la coupe dans la besace de Benjamin. Ils déchirèrent leurs vêtements. Chacun rechargea son âne et ils retournèrent en ville.
Judas et ses frères arrivèrent à la maison de Joseph. Il y était encore. Ils se jetèrent devant lui face contre terre. Joseph leur dit : « Qu’avez-vous donc fait ? Ne saviez-vous pas qu’un homme comme moi pratique la divination ? »
Judas répondit : « Qu’allons-nous pouvoir dire à monseigneur ? Quels mots prononcer ? Quelles justifications avancer ? Dieu a trouvé que tes serviteurs étaient en faute. Nous serons donc les esclaves de monseigneur, nous et celui qui a été trouvé en possession de la coupe. »
Joseph répliqua : « Loin de moi d’agir ainsi. C’est l’homme trouvé en possession de la coupe qui sera mon esclave. Vous autres, retournez en paix chez votre père. »
Alors Judas s’approcha de lui et lui dit : « De grâce, monseigneur. Permets que ton serviteur t’adresse une parole sans que la colère de monseigneur ne s’enflamme contre ton serviteur, car tu es aussi grand que le Pharaon. Monseigneur avait demandé à ses serviteurs : “Avez-vous encore votre père ou un autre frère ?” Et nous avons répondu à monseigneur : “Nous avons encore notre vieux père et un petit frère, l’enfant qu’il a eu dans sa vieillesse. Celui-ci avait un frère qui est mort. Il reste donc le seul enfant de sa mère et notre père l’aime.” Alors tu as dit à tes serviteurs : “Amenez-le-moi, je veux m’occuper de lui.” Nous avons dit à monseigneur : “Le garçon ne peut pas quitter son père. S’il quittait son père, celui-ci mourrait.” Alors tu as dit à tes serviteurs : “Si votre plus jeune frère ne revient pas avec vous, vous ne serez plus admis en ma présence.”
Donc, lorsque nous sommes retournés auprès de notre père, ton serviteur, nous lui avons rapporté les paroles de monseigneur. Et lorsque notre père a dit : “Repartez pour nous acheter un peu de nourriture”, nous lui avons répondu : “Nous ne pourrons pas repartir si notre plus jeune frère n’est pas avec nous, car nous ne pourrons pas être admis en présence de cet homme si notre plus jeune frère n’est pas avec nous.”
Alors notre père, ton serviteur, nous a dit : “Vous savez bien que ma femme Rachel ne m’a donné que deux fils. Le premier a disparu. Sûrement une bête féroce l’aura mis en pièces et je ne l’ai jamais revu. Si vous emmenez encore celui-ci loin de moi et qu’il lui arrive malheur, vous ferez descendre misérablement mes cheveux blancs au séjour des morts.”
Et maintenant, si je retourne sans le garçon chez mon père, ton serviteur, ils sont tellement attachés l’un à l’autre que mon père mourra quand il s’apercevra de son absence. Et c’est dans la douleur que tes serviteurs auront fait descendre les cheveux blancs de leur père au séjour des morts. Or ton serviteur s’est porté garant du garçon auprès de son père en disant : “Si je ne le ramène pas auprès de toi, j’aurai commis une faute envers toi, mon père, pour toujours.” Maintenant, donc, que ton serviteur reste à la place du garçon comme esclave de mon seigneur et que le garçon retourne avec ses frères. Comment retournerai-je vers mon père sans que le garçon soit avec moi ? Je ne veux pas voir le malheur atteindre mon père. »
Joseph ne put se contenir devant tous les gens de sa suite, et il s’écria : « Faites sortir tout le monde ! » Quand il n’y eut plus personne auprès de lui, il se fit reconnaître de ses frères. Il pleura si fort que les Égyptiens l’entendirent, et même la maison de Pharaon.
Il dit à ses frères : « Je suis Joseph. Est-ce que mon père vit encore ? » Mais ses frères étaient incapables de lui répondre, tant ils étaient bouleversés de se trouver en face de lui.
Alors Joseph dit à ses frères : « Approchez-vous de moi. » Ils s’approchèrent, et il leur dit : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour qu’il soit emmené en Égypte. Mais maintenant, ne vous affligez pas et ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu. Car c’est pour vous conserver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous. Voici déjà deux ans que la famine sévit dans le pays, et cinq années passeront encore sans labours ni moissons. Dieu m’a envoyé ici avant vous, afin de vous assurer un reste dans le pays et ainsi vous maintenir en vie en prévision d’une grande délivrance. Non, ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais Dieu. C’est lui qui m’a élevé au rang de père de Pharaon, maître de toute sa maison, gouverneur de tout le pays d’Égypte.
Dépêchez-vous de retourner chez mon père pour lui dire : “Ainsi parle ton fils Joseph. Dieu m’a élevé au rang de maître de toute l’Égypte. Rejoins-moi, ne t’arrête pas. Tu habiteras le pays de Goshèn et tu seras près de moi, toi, tes fils, les fils de tes fils, ton petit et ton gros bétail, tout ce qui t’appartient. Là, je veillerai à ta subsistance, car il y aura encore cinq années de famine, afin que tu ne manques de rien, toi, ta famille et tout ce qui t’appartient.”
Vous le voyez de vos yeux, et mon frère Benjamin aussi le voit : c’est bien ma bouche qui vous parle. Vous rapporterez à mon père tout le prestige que j’ai en Égypte et tout ce que vous avez vu. Dépêchez-vous d’amener mon père ici. »
Il se jeta au cou de son frère Benjamin et pleura. Et Benjamin pleura dans ses bras. Il embrassa tous ses frères en les couvrant de larmes. Puis tous ses frères se mirent à converser avec lui.
La rumeur se répandit dans la maison de Pharaon. On disait : « Les frères de Joseph sont arrivés. » Pharaon et ses serviteurs virent cela d’un bon œil. Pharaon dit à Joseph : « Dis à tes frères : faites ceci, chargez vos bêtes et partez, rentrez au pays de Canaan, puis prenez votre père et vos familles et revenez chez moi, pour que je vous offre ce qu’il y a de mieux au pays d’Égypte et que vous mangiez les meilleurs produits du pays. Quant à toi, transmets-leur cet ordre : au pays d’Égypte, procurez-vous des chariots pour vos jeunes enfants et vos femmes. Amenez votre père et revenez. Ne jetez pas un regard désolé sur vos affaires, car ce qu’il y a de mieux dans tout le pays d’Égypte vous appartiendra. »
Ainsi firent les fils d’Israël. Sur l’ordre de Pharaon, Joseph leur donna des chariots et des provisions de route. Il distribua à chacun des vêtements de rechange. Mais à Benjamin, il donna trois cents pièces d’argent et cinq vêtements de rechange. Il envoya également à son père dix ânes chargés de ce qu’il y a de mieux en Égypte et dix ânesses chargées de froment, de pain, de vivres pour le voyage de son père.
Puis il renvoya ses frères qui se mirent en route. Joseph leur avait dit : « Ne vous disputez pas en chemin. »
Ils arrivèrent au pays de Canaan chez leur père Jacob. Ils lui annoncèrent la nouvelle : « Joseph est encore vivant ! Et c’est lui qui est gouverneur de tout le pays d’Égypte. » Mais le cœur de Jacob demeurait insensible, car il ne les croyait pas. Alors ils lui répétèrent toutes les paroles que Joseph leur avait dites, et Jacob vit les chariots que Joseph avait envoyés pour le transporter. Alors l’esprit de leur père Jacob reprit vie. Israël s’écria : « Il ne m’en faut pas plus ! Mon fils Joseph est encore vivant ! Je veux partir et le revoir avant de mourir. »
Commentaire
Dans l’épisode d’aujourd’hui, c’est à la fois le paroxysme de l’épreuve et en même temps sa résolution. Et vous sentez comment, du point de vue narratif, l’intrigue était superbement menée avec la mise en tension progressive et puis cette espèce d’explosion émotionnelle à la fin. Tout le monde qui pleure et qui se réconcilie en se demandant d’ailleurs ce qui se passe, personne ne comprend rien. Et il en aura quand même fallu du temps.
C’est là où je vous disais que ce n’était pas gagné cette affaire. Parce que les frères de Joseph, évidemment on a toujours envie de pardonner. Et il faut avoir envie de pardonner. Ce qui est obligatoire au regard de la foi chrétienne, c’est le désir de ne pas se venger et le désir de pardonner. Mais en attendant, il faut satisfaire aux exigences de la justice, il faut se protéger, et la réconciliation c’est autre chose, vous savez. La réconciliation, c’est poser les choses tranquillement pour que tout soit dit, pour que tout soit résolu et qu’on puisse repartir sur des bases saines.
Et là, ce n’était pas gagné, parce que, écoutez, en fait, ce que Joseph a essayé de voir, c’est : est-ce que ses frères s’aiment suffisamment entre eux pour n’accepter que plus personne ne meure ? Et c’était quoi la conclusion ? La conclusion, c’était quand même qu’ils étaient prêts à laisser Siméon tout seul. Ça veut dire quoi ? Ils n’ont rien compris. C’est-à-dire que ce qu’ils ont fait avec Joseph, de l’envoyer se faire vendre en Égypte, en fait, ils sont en train de recommencer avec Siméon.
Et alors, Joseph en rajoute une couche et puis il prend un plaisir quasiment à appuyer sur la blessure, à jouer, il leur sort le grand jeu. À la fois en les éblouissant avec des formules de politesse et de fraternité, avec de l’argent qui disparaît, qui réapparaît, avec un frère dont ils posent des questions — et ils posent ces petites questions et ils s’aperçoivent après qu’en fait, ça ressemble plutôt à une sorte d’interrogatoire. Vous sentez les frères complètement désorientés et perdus. Le but étant de les déstabiliser pour voir ce qu’il y a au fond de leur cœur.
Et la deuxième fois, écoutez, Judas, la confession qu’il nous fait. Judas n’a pas toujours été classe. Oh non, Judas n’a pas été classe. Il a fait partie de ceux qui ont voulu tuer Joseph, plutôt même de le vendre. Il n’a pas été classe non plus avec sa belle-fille Tamar, même si déjà à la fin de l’histoire de Tamar, vous sentez qu’il avait reconnu ses torts, qu’il y avait une certaine évolution dans le personnage.
Et là, quand même, sa confession de foi, vous sentez que ça vient du fond du cœur et que, plutôt que de voir son père mourir de chagrin et de tristesse, il est prêt à se constituer prisonnier. Et là, vous voyez, Jacob, en fait, ici est devenu une image de Dieu dont vous ne voulez pas briser le cœur. La crainte du péché, c’est la crainte d’attrister Dieu. Et là, c’est Jacob, le père de Judas, qui est devenu pour lui l’image de Dieu. C’est peut-être une de ces confessions de foi qui vaudront à Judas d’être le chef des tribus d’Israël.
Il aura fallu toucher au petit dernier pour qu’enfin les cœurs se brisent. C’est dans nos vies. Parfois, vous avez du mal à y croire, mais il faut vraiment pousser votre ami ou la personne avec qui vous voulez vous réconcilier dans ses retranchements pour qu’enfin ils craquent et vous lui dites : mais pourquoi tu refuses tout simplement de me demander pardon ? C’est comme si jamais, ce n’était que quand il était acculé que l’homme est capable de livrer le fond de son cœur.
Il y a quelque chose à la fois d’extrêmement beau et vrai dans ce que nous vivons. Il y a à la fois quelque chose de terrible. Pourquoi faut-il en arriver là ? Faut-il que l’homme ait le cœur dur ? En attendant, tout le monde pleure. Et nous aussi. Quand vous lisez cette histoire, vous pleurez parce qu’on a tous des histoires semblables et, encore une fois, comment ne pas reconnaître à travers l’histoire des patriarches notre vie ? Vous savez, plus vous vieillissez dans la vie et plus vous avez l’impression d’être dans la Bible.
Oublions deux secondes nos émotions avant de nous tourner vers Job. Ce sera peut-être pas beaucoup mieux.
Proverbes 6, 12-15
C’est un vaurien, un faux jeton. Il se promène, tordant sa bouche, lançant des clins d’œil, des appels du pied, donnant ses consignes avec les doigts. Le cœur pervers, il prépare des mauvais coups. À tout moment, il déclenche des querelles. Voilà pourquoi soudain vient sa ruine. Brusquement, il est brisé, et c’est sans remède.
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