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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit et commente Job 38-39, où Dieu répond enfin à Job du milieu de la tempête. Par une série de questions sur la création du monde, le gouvernement de l’univers et le soin des animaux, Dieu révèle sa sagesse. Le commentaire souligne que, malgré le décalage entre la souffrance personnelle de Job et la perspective cosmique de Dieu, l’essentiel est que Dieu considère Job comme un interlocuteur valable — une véritable réhabilitation de l’homme.

Introduction

Enfin, les discours de Dieu qui répond à Job, qui vont nous occuper aujourd’hui et demain, ça fera quatre chapitres. Il y a deux discours de Dieu, le premier aujourd’hui, chapitres 38 et 39, et le deuxième demain, chapitres 40 et 41. Dans le discours d’aujourd’hui, Dieu parlera de sa sagesse. Dans le discours de demain, il parlera de sa maîtrise des forces du mal. Donc, préparez-vous pour demain, qui sera le point d’orgue.

En attendant, nous commençons par la création et la connaissance du monde, puis la manière dont Dieu gouverne le monde créé, avec la loi de fécondité du sol, avec les lois du monde céleste. Et puis ensuite, Dieu nous montrera comment est-ce qu’il prend soin des animaux et de leur progéniture, comment il leur donne un instinct pour qu’ils se gouvernent. Et ensuite, il prendra des exemples particuliers. Trois portraits de quadrupèdes, trois descriptions d’animaux, parmi lesquels vous aurez l’onagre, le buffle, l’autruche, le cheval, l’épervier et l’aigle. Donc, retenez ceci : d’abord la création du monde, ensuite le gouvernement du monde, et ensuite quelques zooms sur des animaux particuliers.

Lecture : Job 38-39

Le Seigneur s’adressa à Job, du milieu de la tempête, et dit :

« Quel est celui-là qui obscurcit mes plans par des propos dénués de sens ? Ceins donc tes reins comme un homme. Je vais t’interroger et tu m’instruiras.

Où étais-tu quand j’ai fondé la terre ? Indique-le, si tu possèdes la science. Qui en a fixé les mesures ? Le sais-tu ? Qui sur elle a tendu le cordeau ? Sur quoi ses bases furent-elles appuyées, et qui posa sa pierre angulaire, tandis que chantaient ensemble les étoiles du matin, et que tous les fils de Dieu criaient d’allégresse ?

Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial, quand je lui mis pour vêtement la nuée, en guise de lange le nuage sombre, quand je lui ai imposé ma limite, et que je disposais verrou et porte ? Et je dis : tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas plus loin. Ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots.

As-tu, une seule fois dans ta vie, donné des ordres au matin, assigné son poste à l’aurore, pour qu’elle saisisse la terre aux quatre coins et en secoue les méchants ? La terre alors prend forme, comme argile sous le sceau, et se déploie tel un vêtement. Au méchant est enlevée la lumière, et le bras qui se levait est brisé.

Es-tu parvenu jusqu’aux sources de la mer ? As-tu circulé au fond de l’abîme ? Les portes de la mort se sont-elles montrées à toi ? Les as-tu vues, les portes de l’ombre de la mort ? As-tu réfléchi à l’immensité de la terre ? Raconte, si tu sais tout cela.

Quel chemin mène à la demeure de la lumière, et l’obscurité, quel est son lieu, pour que tu conduises chacune à son domaine, et discernes les sentiers de sa maison ? Si tu le sais, alors tu étais né, et le nombre de tes jours est bien grand.

Es-tu parvenu aux réserves de la neige ? As-tu vu les réserves de grêle, que j’ai ménagées pour le temps de détresse, pour le jour de combat et de guerre ? Par quel chemin se diffuse la lumière ? Par où le vent d’est se répand-il sur terre ?

Qui donc a creusé à l’ondée une rigole, une route à la nuée qui gronde, pour faire pleuvoir sur une terre sans homme, sur un désert sans nul être humain, pour abreuver les solitudes désolées et faire germer l’herbe de la steppe ?

La pluie a-t-elle un père ? Qui donc a engendré les gouttelettes de rosée ? De quel ventre est sortie la glace, et le givre des cieux, qui l’enfanta ? Les eaux se condensent comme la pierre, et la surface de l’abîme se fige.

Peux-tu nouer les liens des Pléiades, ou desserrer les cordes d’Orion, faire paraître en leur temps les constellations, conduire la Grande Ourse avec ses petits ? Connais-tu les décrets des cieux ? Appliques-tu leurs chartes sur la terre ?

Te suffit-il d’élever la voix vers un nuage, pour qu’une masse d’eau te couvre ? Est-ce toi qui lances les éclairs pour qu’ils partent en te disant : « Nous voici » ?

Qui a mis dans l’ibis la sagesse ? Qui a donné au coq l’intelligence ? Qui peut avec sagesse dénombrer les nuées ? Qui incline les outres des cieux, tandis que s’agglomère la poussière et que les mottes s’agglutinent ?

Chasses-tu pour la lionne une proie ? Peux-tu assouvir la voracité des lionceaux, lorsqu’ils se tapissent dans les tanières et se tiennent aux aguets dans le fourré ?

Qui prépare au corbeau sa provende, quand ses petits crient vers Dieu et titubent, faute de nourriture ?

Sais-tu quand mettent bas les chamois du rocher ? Peux-tu observer les biches en travail ? Compteras-tu les mois de leur gestation ? Et sais-tu l’instant de leur délivrance ? Elles s’accroupissent, expulsent leurs petits et se libèrent de leur douleur. Leurs petits prennent des forces, grandissent en pleine nature, ils partent et ne reviennent plus vers elles.

Qui a lâché l’onagre en liberté ? Qui a desserré les liens de l’âne sauvage, auquel j’ai assigné la steppe pour maison et la terre salée pour demeure ? Il se rit du vacarme de la cité, il n’entend pas les vociférations de son maître. Il explore les montagnes, son pâturage, en quête de la moindre verdure.

Le buffle voudra-t-il te servir ? Passera-t-il la nuit à ta mangeoire ? L’attacheras-tu au sillon par la bride ? Hersera-t-il derrière toi les vallons ? Lui feras-tu confiance parce que sa force est grande ? Lui laisseras-tu ta besogne ? Compteras-tu sur lui pour rentrer ton grain et l’entasser sur ton aire ?

L’aile de l’autruche bat allègrement. Que n’a-t-elle pennage et plumage de la fidèle cigogne ? Quand elle abandonne ses œufs à la terre et les laisse chauffer sur la poussière, elle oublie qu’un pied peut les écraser, une bête sauvage les fouler. Dure pour ses petits, comme s’ils n’étaient pas les siens, elle n’a cure du mal qu’elle s’est donné en vain, car Dieu lui a refusé la sagesse et ne lui a pas départi l’intelligence. Mais sitôt qu’elle se dresse pour s’élancer, elle se rit du cheval et de son cavalier.

Est-ce toi qui donnes au cheval la bravoure ? Qui revêt son cou d’une crinière ? Le fais-tu bondir comme la sauterelle ? Altier, son hennissement répand l’effroi. Il piaffe dans la vallée, tout joyeux de sa force, il se jette au-devant de la mêlée. Il se rit de la peur et ne s’effraie pas, il ne recule pas devant l’épée. Sur lui résonnent le carquois, la lance étincelante et le javelot. Frémissant d’impatience, il dévore l’espace, il ne se tient plus dès que sonne le cor. Quand retentit le cor, il crie : « Héa ! » De loin, il flaire la bataille, tonnerre des chefs, clameur de guerre.

Est-ce par ton intelligence que l’épervier prend son vol, qu’il déploie ses ailes vers le sud ? Est-ce sur ton ordre que l’aigle s’élève et va nicher dans les hauteurs ? Il habite un rocher et passe la nuit sur une dent de roc, sa forteresse. Et de là, il guette sa proie, ses yeux fixent les lointains. Ses petits se gorgent de sang. Là où sont les cadavres, là il est. »

Commentaire

Commençons d’abord avec ses premiers versets. « Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête. » Dieu parle au milieu de la tempête. Ce qui nous amène ici, même si nous ne l’avons pas encore vu, au livre de l’Exode au mont Sinaï, où Dieu s’adressera à Moïse du milieu de la tempête. Sous-entendu, ce dont il est question ici, c’est d’une révélation dont l’autorité et l’ampleur est comparable à celle qui a eu lieu sur le mont Sinaï avec Moïse. Sauf que la tempête dont il est question ici, ce ne sont pas les nuées qui mettent une montagne sous l’obscurité, mais ce sont les nuées du cœur, les pensées contradictoires qui agitent Job. Et les éclairs, ce sont les cris de douleur que Job ressent dans sa chair.

Dieu ensuite répond à Job sous la forme du procès. « Quel est celui-là qui obscurcit mes plans ? », mis en demeure : « Ceins donc tes reins comme un homme », ça veut dire : maintenant explique-toi. « Je vais t’interroger » — interrogatoire — « et tu m’instruiras » — contre-interrogatoire. On ne sera pas étonné de cette forme du procès puisque c’est sous la forme du procès que Job a convoqué Dieu. Donc Dieu répond avec les mots qu’on lui prête.

Mais vous ferez attention : tout au long de son discours, il ne s’agira pas d’un réquisitoire — ou plutôt il s’agira simplement d’une allure de réquisitoire —, mais même si ça prend la forme d’un procès, il s’agit bien d’une révélation où Dieu montre sa sagesse. Il y a plus dans ce procès que simplement des reproches à Job. Ça, c’est juste la surface.

N’empêche que, tout au long de son discours, on ne peut pas s’empêcher d’avoir un sentiment un peu de frustration quand Dieu parle. Parce qu’on a le sentiment que les deux ne se mettent pas sur tout à fait le même plan. Job, lui, parle de son histoire personnelle parce qu’il parle à partir de sa chair, que c’est dans sa chair qu’il souffre et que ce qu’il cherche en premier, c’est une réponse à ses problèmes et trouver une solution pour sortir de son malheur. Dieu, lui, parle à un niveau global de l’univers. Il parle de la création du monde et du gouvernement des animaux. Et on a le sentiment que les deux plans n’arrivent pas tout à fait à se rencontrer.

N’empêche qu’en attendant, et c’est déjà la première leçon de ce discours de Dieu, c’est que Dieu considère Job comme un interlocuteur valable. Enfin, je le redis parce que c’est extraordinaire. Tous les vingt chapitres qu’on a lus nous expliquaient que l’homme, ce n’était pas grand-chose, que c’était juste un ver, un petit tas de misère. Et là, vous avez Dieu qui dit à l’homme : « Ceins-toi, relève-toi. » Ce que Dieu veut, c’est que pour lui parler, il faut être debout.

C’est toujours cette histoire du combat spirituel. Vous savez, comme Dieu avec Jacob. Dieu a de l’affection pour Jacob parce que même si c’est une fieffée canaille, Jacob, il est debout et il n’hésite pas à entrer dans le combat spirituel. Il ne lâche rien. Job est de la même manière, il ne lâche rien. Il ne lâche rien devant ses amis, il ne lâche rien sur sa propre innocence, et il ne lâche rien devant Dieu dont il veut entendre la réponse. Et Dieu, manifestement, aime ça.

Donc, les deux plans ne se rencontrent pas totalement. Les réponses que Job souhaite au niveau de son histoire personnelle, les réponses que Dieu donne et qui se situent au niveau de l’histoire collective et de l’univers — en attendant, là où on se rend compte, c’est que, aux yeux de Dieu, nous existons et il en parle avec nous. Donc, que toutes nos questions ne trouvent pas tout de suite la réponse, ce n’est pas très grave. Il y a déjà un début de dialogue et une réhabilitation de l’homme. Et puis, le discours n’est pas non plus encore terminé.

Prière

Pour terminer notre lecture du jour et en guise de prière, je vous propose simplement de relire comme une action de grâce ces mots de Dieu lui-même. On dira difficilement mieux.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, tu es grand et tu es glorieux. Qui donc a retenu la mer avec des portes, sinon toi, Seigneur, quand elle jaillissait du sein primordial, quand tu lui as mis pour vêtement la nuée et en guise de lange le nuage sombre, quand tu lui as imposé ta limite et que tu disposais sur elle verrous et portes ?

Il y aurait tout le chapitre à reprendre et simplement à relire comme une prière. Je vous le laisse en devoir. Que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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