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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit Genèse 48-49, où Jacob, au seuil de la mort, bénit les fils de Joseph — croisant les mains pour favoriser le cadet Éphraïm — puis prononce sur chacun de ses douze fils des bénédictions prophétiques mêlées d’avertissements. Le commentaire explore la sagesse lucide de ce patriarche qui, après une vie d’épreuves, voit l’avenir de ses enfants avec un amour sans illusion.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Est-ce que ça vous plaît notre parcours la Bible en un an ? Alors, je vous dévoile un petit secret du making-of là. En ce moment, j’ai devant moi le logiciel que j’utilise. Si vous voulez tout savoir, on utilise le logiciel Audition. Je dis ça parce qu’il y a souvent beaucoup de personnes qui me demandent quel logiciel on utilise. Puis ça me permet de vous dire aussi que si jamais vous voulez nous aider, il ne faut pas hésiter parce que mon petit logiciel Audition, il n’est pas gratuit. Bref, vous avez compris. Aidez-nous à payer la licence, s’il vous plaît. On vous met tous les liens, n’hésitez pas.
Lecture : Genèse 48-49
Or, après ces événements, on dit à Joseph : Voici que ton père est malade. Il prit avec lui ses deux fils, Manassé et Éphraïm. On l’annonça à Jacob en disant : Voici venir vers toi ton fils Joseph. Israël rassembla ses forces et s’assit sur le lit.
Puis Jacob dit à Joseph : Le Dieu puissant m’est apparu à Luz, au pays de Canaan, et il m’a béni. Il m’a dit : Voici que je te rendrai fécond et multiplierai ta descendance. Je ferai de toi une assemblée de peuples, et je donnerai ce pays à ta descendance en propriété perpétuelle.
Et maintenant, tes deux fils, ceux qui te sont nés au pays d’Égypte avant que je ne t’y rejoigne, ils sont à moi. Éphraïm et Manassé sont à moi, comme Ruben et Siméon. Mais les enfants que tu auras engendrés après eux seront à toi. C’est au nom de leurs frères qu’on les convoquera pour leur part d’héritage.
Quant à moi, alors que j’arrivais de Paddân, Rachel est morte dans mes bras, au pays de Canaan, sur la route, à une certaine distance d’Éphrata. C’est là que je l’ai enterrée, sur la route d’Éphrata, c’est-à-dire Bethléem.
À la vue des fils de Joseph, Israël dit : Qui sont ceux-là ? Joseph répondit à son père : Ce sont les fils que Dieu m’a donnés ici. Jacob dit : Amène-les-moi, je vais les bénir.
Les yeux affaiblis par l’âge, Israël n’y voyait plus bien. Joseph fit approcher ses fils. Israël les embrassa et les étreignit. Puis il dit à Joseph : Je ne pensais plus revoir ton visage, et voici que Dieu m’a même fait voir ta descendance.
Joseph retira ses fils des genoux de son père et se prosterna face contre terre. Joseph prit ses deux fils, Éphraïm à sa droite, soit à la gauche d’Israël, et Manassé à sa gauche, soit à la droite d’Israël. Il les fit s’approcher de celui-ci.
Israël posa sa main droite sur la tête d’Éphraïm, qui était le cadet, et sa main gauche sur la tête de Manassé. Il avait croisé ses mains. Or, c’était Manassé qui était l’aîné.
Ensuite, il bénit Joseph en disant : Que le Dieu en présence de qui ont marché mes pères Abraham et Isaac, que le Dieu qui fut mon berger depuis que j’existe et jusqu’à ce jour, l’ange qui m’a libéré de tout mal, qu’il bénisse ces garçons. Qu’en eux survivent mon nom et le nom de mes pères Abraham et Isaac, qu’ils surabondent dans le pays.
Or, Joseph vit que son père avait posé sa main droite sur la tête d’Éphraïm. À ses yeux, cela ne convenait pas. Il saisit donc la main de son père pour la déplacer de la tête d’Éphraïm et la mettre sur la tête de Manassé. Il dit à son père : Pas ainsi, mon père. C’est celui-ci l’aîné. Mets ta main droite sur sa tête.
Mais son père refusa : Je sais, mon fils, je sais. Lui aussi deviendra un peuple. Lui aussi grandira. Toutefois, son frère cadet sera plus grand que lui. Il aura pour descendance une foule de nations.
Il les bénit ce jour-là en disant : Par toi, Israël prononcera cette bénédiction : Que Dieu te rende comme Éphraïm et comme Manassé. Ainsi il plaça Éphraïm avant Manassé.
Alors Israël dit à Joseph : Voici que je vais mourir. Mais Dieu sera avec vous. Il vous fera retourner au pays de vos pères. Et moi, je te donne une colline de plus qu’à tes frères, Sichem, que j’ai conquise des mains des Amorites par mon arc et mon épée.
Jacob appela ses fils et dit : Assemblez-vous, je veux vous dévoiler ce qui vous arrivera dans les temps à venir. Rassemblez-vous, écoutez, fils de Jacob. Écoutez Israël, votre père.
Toi, Ruben, mon premier-né, ma force, les prémices de ma virilité, débordant de fierté, débordant d’énergie, torrent impétueux. Ne déborde plus ! Toi qui es monté sur le lit de ton père, et en y montant tu l’as profané.
Siméon et Lévi sont bien frères. Leurs couteaux sont des instruments de violence. Que je ne participe pas à leurs conseils, que je ne rejoigne pas leur assemblée. Car dans leur colère ils ont massacré des hommes, dans leur frénésie ils ont mutilé des taureaux. Maudite soit leur colère, car elle est violente, et leur fureur, car elle est dure. Je les démembrerai en Jacob, je les disperserai en Israël.
Juda, à toi ! Tes frères te rendront hommage. Ta main fera plier la nuque de tes ennemis et les fils de ton père se prosterneront devant toi. Juda est un jeune lion. Tu remontes du carnage, mon fils. Il s’est accroupi, il s’est couché comme un lion, ce fauve : qui le fera lever ? Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront. Il attache à la vigne son ânon, au cep le petit de son ânesse. Il foule dans le vin son vêtement, dans le sang des raisins son manteau. Ses yeux brillent plus que le vin, ses dents sont plus blanches que le lait.
Zabulon habitera au bord de la mer. Il voyagera au bord des vaisseaux et ses confins toucheront à Sidon.
Issacar est un âne robuste, accroupi entre deux enclos. Il constate que le repos est agréable et le pays plaisant. Il tend l’échine au fardeau. Il est bon pour la corvée d’esclaves.
Dan jugera son peuple comme l’une des tribus d’Israël. Que Dan soit un serpent sur la route, une vipère sur le sentier, qui mord le cheval au talon et son cavalier tombe à la renverse. En ton salut, j’espère, Seigneur !
Gad, des attaquants l’attaquent, et lui porte l’attaque au talon.
Asher, son pain est savoureux, il fournit des mets de rois.
Nephtali est une biche en liberté qui donne de beaux petits faons.
C’est une plante fertile que Joseph, une plante fertile près d’une source. Ses branches franchissent le mur. Ils l’ont exaspéré, ils l’ont pris pour cible, ils l’ont persécuté, ceux qui lancent des flèches. Mais son arc est demeuré ferme, et ses bras et ses mains ont gardé leur agilité. Grâce à celui qui est force de Jacob, grâce au nom du berger, la pierre d’Israël, grâce au Dieu de ton père, qu’il te vienne en aide, grâce au Puissant, qu’il te bénisse. D’en haut, bénédiction des cieux, bénédiction de l’abîme tout en bas, bénédiction des mamelles et du sein. Les bénédictions de ton père ont surpassé les bénédictions des montagnes antiques, le désir des collines éternelles. Qu’elles viennent sur la tête de Joseph, sur la chevelure du consacré parmi ses frères.
Benjamin est un loup qui déchire. Le matin, il dévore la proie, le soir, il partage le butin.
Ce sont là les douze tribus d’Israël, les douze tribus. Et voilà ce que leur a dit leur père en les bénissant. Il les a bénis en donnant à chacun de ses fils sa bénédiction.
Jacob donna cet ordre à ses fils : Je vais être réuni aux miens. Enterrez-moi auprès de mes pères, dans la caverne qui est dans le champ d’Éphron le Hittite, dans la caverne du champ de Makpéla, en face de Mambré, au pays de Canaan, le champ qu’Abraham a acheté à Éphron le Hittite comme propriété funéraire. C’est là que furent enterrés Abraham et son épouse Sarah. C’est là que furent enterrés Isaac et son épouse Rébecca. C’est le champ qui fut acheté au Hittite avec la caverne qui s’y trouve.
Lorsque Jacob eut achevé de donner ses instructions à ses fils, il s’allongea sur son lit, il expira et fut réuni aux siens.
Commentaire
Nous assistons avec une certaine mélancolie — voilà le terme — à la mort, ou en tout cas aux derniers instants de Jacob. Il y a toujours des connotations géopolitiques dans tous ces récits. On a l’impression que Jacob va adopter les deux fils de Joseph, Manassé et Éphraïm, ce qui veut donc dire qu’il va les reconnaître comme tribus juives à part entière. Mais vous voyez simplement que, parvenu à ce stade-là de sagesse et de sagacité, Jacob est capable de voir dans l’avenir ce qui va se passer avec ses deux petits-enfants et de leur donner sa bénédiction.
Vous avez l’impression de revivre ici ce qu’il s’était passé avec Isaac, Jacob et Ésaü, sauf que Jacob sait maintenant ce que veut dire le droit d’aînesse, ce que ça veut dire que de se faire voler le droit d’aînesse pour le donner à un autre. Et avec sa sagesse et ses souffrances, il entrevoit le futur, et ainsi le patriarche béni en sens inverse Manassé et Éphraïm. Vous allez franchir des lois parce que vous avez compris comment fonctionnait la vie et que ce n’est pas toujours ce à quoi on s’attend.
Puis vient ensuite, comme l’ultime testament spirituel, la bénédiction de Jacob pour ses fils. Alors, les grandes bénédictions dans la Bible, on ne sait jamais très bien si ce sont des bénédictions ou des malédictions. Ce sont des paroles de vérité qu’ils vont faire. Ce que vous retrouverez plus tard dans d’autres livres, par exemple dans le Deutéronome où il y a une bénédiction qui est tout de suite assortie d’une malédiction. Ce sont des choses qui sont dangereuses parce que Dieu nous connaît. Ces bénédictions-malédictions visent peut-être d’abord à rappeler la fidélité de Dieu qui nous aime malgré tout ce que nous allons faire et dont il est parfaitement au courant. C’est-à-dire de l’amour que Dieu nous porte, mais qui est un amour lucide sur qui nous sommes.
L’image que vous devez avoir en tête ici, c’est celle d’un père de famille qui connaît ses enfants. Qui connaît ses enfants vraiment. Qui connaît non seulement toutes leurs bêtises de jeunesse qu’il a évidemment pardonnées, mais en même temps aussi toutes leurs bêtises d’adultes, et qui ici ont quand même failli coûter la vie des hommes. Et n’y aurait-il pas eu Dieu, il y aurait eu plusieurs personnes qui seraient mortes — au moins Joseph, Siméon, et puis peut-être Benjamin, et puis peut-être d’autres encore. Donc si vous voulez, c’est un père de famille qui n’a plus aucune illusion. Et parce qu’il n’a plus aucune illusion, il est capable de dire les choses. Qu’est-ce que vous, vous préféreriez ? Une bénédiction de la part de quelqu’un qui ne vous connaît pas, ou alors un avertissement de la part de quelqu’un qui vous connaît ?
Petit souvenir personnel. Je me souviens d’un ancien père abbé, le père Joël de l’abbaye de Mondaye. Quand j’étais jeune, ce père abbé — c’était passionnant — il avait une vie, c’était un puits de sagesse. Et je me souviens que quand je parlais avec lui, c’était très troublant parce que je n’ai jamais su s’il rigolait quand il me parlait ou s’il était en train de m’engueuler. Et en même temps, j’adorais ça, parce que j’avais une figure paternelle d’autorité, une figure de sagesse qui me disait les choses, et je ne savais pas très bien si c’était à moi qu’il les disait ou si c’était à lui-même qu’il les disait, et qu’il était d’une certaine manière au-dessus de tout ça. C’était très troublant, et je sortais de là toujours avec un air dubitatif sur ce que je venais d’entendre, et en même temps j’y revenais avec plaisir.
Cette bénédiction de la part de Jacob est à peu près de la même manière. À travers chaque ligne, vous pouvez deviner l’histoire du peuple d’Israël qui va arriver. Donc par exemple quand on vous dit que telle tribu va vivre près de la Méditerranée, ou bien encore que telle autre tribu située au nord va plutôt disparaître parce que là, Jacob est en train d’entrevoir des invasions assyriennes à venir — et il voit tout, et en même temps il est détaché de tout. Vous avez un oracle vivant devant vous. Des hommes d’une telle sagesse spirituelle, humaine et politique, ça existe. Ça existe, mais c’est rare.
Et ce que vous dit en fait la Bible, c’est que pour en devenir un, il faut passer par beaucoup d’épreuves. Il faut commencer par être roublard, pour ensuite avoir peur pour les siens, et ensuite passer beaucoup d’années à pleurer en se demandant : mais où va le monde ? Salomon, dans un des livres sapientiaux de la Bible, dira en son temps : « Beaucoup de sagesse, c’est beaucoup de soucis. »
Proverbes 6, 20-25
Garde les préceptes de ton père, mon fils. Ne rejette pas l’enseignement de ta mère. Tiens-les toujours fixés à ton cœur, attache-les à ton cou. Dans tes démarches, ils te guideront. Dans ton sommeil, ils te garderont. À ton réveil, ils te tiendront compagnie. Car ces préceptes sont une lampe, l’enseignement, une lumière. Instruction et discipline sont un chemin de vie. Ainsi, tu seras gardé de la femme mauvaise, des propos enjôleurs de l’étrangère. Ne convoite pas sa beauté dans ton cœur. Ne succombe pas à ses œillades.
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