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Résumé : Dans ce dernier épisode consacré au livre de Job, le frère Paul-Adrien commente le second discours de Dieu (Job 40-41), dans lequel le Seigneur révèle l’existence des forces du mal à travers deux créatures terrifiantes : le Béhémoth et le Léviathan. Le commentaire propose une interprétation saisissante : et si, à travers la souffrance, Dieu invitait Job — et chacun de nous — à participer avec Lui au combat contre le mal, preuve ultime de notre valeur à ses yeux ?
Introduction
Dernier discours du livre de Job. Vous allez voir, vous allez finir par regretter ce livre. Nous sommes ici dans le deuxième discours de Dieu où il va parler des forces du mal. Enfin ! Il va en parler à travers deux animaux, le Béhémoth et le Léviathan.
Alors pour que vous arriviez à peu près à vous représenter les choses, le Béhémoth est généralement associé à l’hippopotame. Ne vous moquez pas de l’hippopotame. L’hippopotame, c’est un animal qui est hyper violent. Et si jamais un jour vous vous retrouvez seul devant un hippopotame, eh bien laissez-moi vous dire une chose, vous êtes mal barré. Donc oubliez les images que vous avez de vos livres de biologie. L’hippopotame, c’est une sale teigne, c’est la terreur de l’Afrique.
Et puis un deuxième animal, le crocodile, Léviathan. Sauf que dans la manière dont Dieu va parler de Béhémoth, l’hippopotame, Léviathan, le crocodile, il va s’agir de quelque chose de plus que simplement d’un hippopotame ou d’un crocodile. Là, on est en face des monstres. On est en face des monstres primordiaux du chaos. Comme écrivait Dante sur les portes de l’enfer : « Vous qui entrez ici, laissez là toute espérance. » Bienvenue dans le mystère du mal.
Lecture : Job 40-41
Le Seigneur s’adressa à Job et dit : « Celui qui dispute avec le Puissant, va-t-il le censurer ? Celui qui critique Dieu, répondra-t-il à cela ? »
Job s’adressa au Seigneur et dit : « Moi qui suis si peu de choses, que pourrais-je te répliquer ? Je mets la main sur ma bouche. J’ai parlé une fois, je ne répondrai plus. Deux fois, je n’ajouterai plus rien. »
Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : « Ceins donc tes reins comme un homme. Je vais t’interroger et tu m’instruiras. Veux-tu me débouter de mon droit, me condamner pour avoir raison ? As-tu un bras comme celui de Dieu et ta voix peut-elle tonner comme la sienne ?
Pare-toi donc de fierté, de grandeur. Revêts-toi de splendeur et de majesté. Répands les débordements de ta colère. Regarde tous les arrogants et abaisse-les. Oui, regarde tous les arrogants. Terrasse-les, écrase sur place les méchants. Cache-les ensemble dans la poussière et emprisonne-les tous dans le cachot. Et moi-même, je te louerai, car alors ta droite t’aura sauvé.
Vois donc Béhémoth. Je l’ai fait, tout comme toi. Comme le bœuf, il mange de l’herbe. Vois donc, sa force est dans ses reins et sa vigueur dans les muscles de son ventre. Il se raidit comme un cèdre. Les nerfs de ses cuisses s’entrelacent. Ses os sont des tubes de bronze. Ses membres comme des barres de fer. C’est lui la première des œuvres de Dieu. Son Créateur lui fournit un glaive. Les montagnes lui paient leur tribut, ainsi que toutes les bêtes sauvages qui s’y ébattent. Sous les lotus, il est couché, dans le secret des roseaux et des marais. Les lotus le protègent de leur ombre, les saules de la rivière l’entourent. Voici que le fleuve grossit. Lui ne bronche pas. Le Jourdain jaillirait-il vers sa gueule ? Il resterait calme. C’est par les yeux qu’on va le prendre, avec un croc lui percer le naseau.
Et Léviathan, vas-tu le pêcher à l’hameçon et lui serrer la langue avec une corde ? Lui passeras-tu un jonc dans le naseau et d’un crochet lui perceras-tu la mâchoire ? Va-t-il redoubler envers toi les supplications et te dire des mots tendres ? Fera-t-il alliance avec toi ? Le prendras-tu pour serviteur à vie ? Joueras-tu avec lui comme avec un oiseau ? L’attacheras-tu pour tes petites filles ? Sera-t-il mis en vente par tes associés et débité entre marchands ? Cribleras-tu de dards sa peau et sa tête de harpon ? Pose seulement la main sur lui. Imagine la lutte, tu ne continueras pas.
Vois, la témérité est illusoire. Rien qu’à son aspect, n’est-on pas terrassé ? N’est-il pas cruel dès qu’on le réveille ? Qui donc oserait me tenir tête ? À moi ! Qui m’a donné d’avance que je doive le payer en retour ? Tout ce qui est sous les cieux est à moi.
Je ne passerai pas ses membres sous silence, ni le détail de ses prouesses, ni l’élégance de ses proportions. Qui a jamais soulevé le devant de sa cuirasse ? Qui pénétrera dans sa double denture ? Qui a jamais ouvert les battants de sa gueule ? Autour de ses dents, c’est l’effroi.
Son dos, des rangées de boucliers, étroitement rivés par un sceau, si rapprochés l’un de l’autre que l’air ne passe pas entre eux. Ils adhèrent l’un à l’autre, pris ensemble, sans fissures.
Ses éternuements font jaillir la lumière. Ses yeux sont les paupières de l’aurore. De sa gueule partent des éclairs, des étincelles de feu s’en échappent. De ses naseaux sort une fumée comme d’une marmite chauffée et bouillante. Son haleine embrase les braises. Et de sa gueule sort une flamme.
En son cou réside la force. Devant lui bondit l’épouvante. Les fanons de sa chair tiennent ferme, durs sur lui et compacts. Son cœur est dur comme pierre, dur comme la meule de dessous. Quand il se dresse, les vaillants prennent peur et se dérobent par crainte des coups. L’épée l’atteint, sans pouvoir s’enfoncer. Pas plus que lance, trait ou javeline. Il regarde le fer comme paille et le bronze comme bois vermoulu. Le tir de l’arc ne le fait pas fuir. Pour lui, les pierres de fronde se changent en fétus de paille. La massue lui semble un fétu. Il se rit du sifflement du javelot.
Son ventre est garni de tessons pointus, herse qu’il traîne sur la vase. Il fait bouillonner le gouffre comme un chaudron, transforme la mer en brûle-parfum. Il laisse derrière lui un sillage de lumière. On dirait que l’abîme a pris des cheveux blancs. Sur terre, il n’a pas son pareil, lui qui fut créé intrépide. Tout ce qui est altier, il le toise. Lui, le roi de tous les fauves. »
Commentaire
Alors là, vous savez, c’est extraordinaire. On est parvenu au sommet de la révélation. Et aucun commentateur n’arrive à comprendre exactement ce qui s’est passé. Donc probablement, ce n’est pas moi non plus qui vais y arriver. Mais c’est amusant de voir comment dans tous les textes que j’ai en face des yeux, tout le monde botte en touche.
Alors, il y en a qui vont simplement s’amuser à décrire et à reprendre et à paraphraser le texte. D’autres qui vont m’expliquer que là, c’est amusant parce que d’habitude, c’était plutôt une inspiration mésopotamienne, et que là, l’hippopotame et le crocodile, ça nous ramène du côté de l’Égypte et du dieu Horus qui, il est vrai, combattait le mal sous la forme de l’hippopotame et du crocodile, au point que la chasse à l’hippopotame est devenue dans l’Égypte un acte sacré. Bon, très bien, mais ça ne nous avance pas plus. Vous avez encore d’autres qui vont nous dire : « Non, en fait, c’est peut-être moins un hippopotame qu’un buffle. » Très bien, mais le fond du problème, il est où ?
Bon, alors, une fois que je dis ça, que les choses soient bien claires. Moi, ce que je vais dire là maintenant, on fera ce qu’on pourra. Déjà, il y a deux monstres, Béhémoth et Léviathan. Ce qui semble dire qu’il peut y avoir plusieurs maux qui s’attaquent à nous.
Béhémoth est quelqu’un qui n’est pas d’entrée de jeu agressif. Alors d’ailleurs, Behemoth, la bête en hébreu. Donc là, c’est vraiment la bête par excellence. C’est peut-être le mal naturel. Les catastrophes, la maladie, etc., qui ne s’en prennent pas directement à nous. En tout cas, en bonne vieille théologie classique, on distingue le mal naturel et le mal moral. Peut-être que derrière Béhémoth, c’est le mal naturel. Et peut-être que derrière Léviathan, qui lui est agressif, avec ses petits yeux rouges qui nous veulent du mal, lui, c’est le mal moral. Et là, c’est le Satan dont nous entendions parler au prologue.
Le Satan dont nous entendions parler au prologue ressemblait plutôt à quelqu’un, un serviteur courbé qui vient chercher la petite bête dans le conseil divin. Là, c’est le serpent de la Genèse qui est maintenant devenu un dragon. Le tortueux, que vous retrouverez plus tard dans l’Apocalypse. Le dragon qui essaie d’engloutir et la femme et le bébé qui va naître. Ce Léviathan reprend les monstres primitifs qui émergent du tohu-bohu, du chaos initial.
Ce qui veut dire ici, en fait, que Dieu présente un monde à Job qui est plus compliqué qu’il n’en a l’air. Dans le monde de Job, il y avait seulement les hommes, la nature et Dieu. Et Élihou est venu après pour dire : c’est un peu plus compliqué que ça. Il y a une certaine forme de mystère, et puis il y a aussi des anges. Les anges, à la limite, n’étaient pas totalement absents.
Le cosmos dont parle Dieu est, lui, beaucoup plus inquiétant. Il n’y a pas seulement la nature, Dieu et les hommes. Il y a encore d’autres personnes. Il y a, à l’intérieur du cosmos, des forces du mal. Et ça, ça change la donne. Ça veut dire que peut-être que le châtiment que Job subit ne lui vient pas de Dieu, mais lui vient d’autre chose dont nous ignorions l’existence, qui étaient les forces du mal. Job avait bien parlé un moment du Léviathan, mais c’était juste comme en passant. Là, non. Dieu vous dit que l’univers dans lequel vous existez est un univers en réalité beaucoup plus dangereux que ce que vous imaginez, parce qu’il y a des forces qui sont incontrôlables et qui nous veulent du mal à l’intérieur. Et que si Dieu n’était pas là, ce serait la catastrophe.
C’est la reprise du premier discours sur la création, où Dieu déjà vous montrait sa complexité extraordinaire, la manière dont il l’a créée, la manière dont il gouverne les animaux. Et à travers là, il était déjà question de nous. Regarde l’instinct des animaux, vois comment ils mettent bas. C’est beaucoup plus compliqué que ça. Et peut-être que là-dedans, la question de la souffrance, de la maladie, trouve une autre place. Mais là, Dieu continue de complexifier l’image du cosmos en vous disant que c’est plus compliqué que ça. Il est question du bien et du mal. Et le mal, tout autant que Dieu et le bien existent, le mal existe. Et ce sont des ennemis à combattre.
D’où viennent ces forces du mal dans la création ? Là, pour le coup, le texte ne le dit pas. C’est plus tard la tradition qui assimilera ça à la chute des anges. En attendant, nous vivons dans un cosmos habité par des forces maléfiques. Et ça change toute la donne de la question de la souffrance et du mal.
Et peut-être que ce que disait Dieu avant, et que généralement on interprète de manière ironique, verset 25 : « Et Léviathan, vas-tu le pêcher à l’hameçon et lui serrer la langue avec une corde ? Lui passeras-tu un jonc dans le naseau et d’un crochet lui perceras-tu la mâchoire ? » Et si, plutôt que de les prendre de manière ironique, ces versets n’étaient pas à prendre au premier degré ? Et si, en fait, Dieu, à travers la souffrance, n’avait pas proposé en réalité à Job de participer à sa lutte contre le mal et de participer avec lui à l’enfermement et de Béhémoth et de Léviathan ?
Et si le mal et la souffrance que le diable envoie sur la terre — parce que ça ne vient pas de Dieu, c’est le diable, cette affaire — et si le mal et la souffrance n’étaient pas aussi le moyen par lequel Dieu nous permettait de participer avec lui à terrasser les forces du mal ? Ça changerait des choses, non ?
Imaginez que Dieu vous propose de venir avec lui terrasser Satan. À votre avis, ça ressemblerait à quoi, ce combat ? Ah, probablement au combat de Job. Et est-ce que là-dedans, le fait de participer au terrassement du Satan avec Dieu, il n’y aurait pas là la plus belle preuve de la valeur que nous avons aux yeux de Dieu ? Que nous sommes, en fait, dignes de Lui ?
Psaume 18
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Avec toi, mon Dieu, je me précipite sur une troupe armée. Avec toi, mon Dieu, je franchis la muraille. Les voies de Dieu sont parfaites, la parole de l’Éternel est pure. Il est un bouclier pour tous ceux qui se réfugient derrière Lui pour marcher au combat. Qui est Dieu sinon le Seigneur, le Rocher sinon notre Dieu ? C’est Lui qui nous donne la force, qui trace le chemin, qui rend nos pieds agiles comme les biches, qui nous fait tenir debout sur les hauteurs. Il exerce mes mains pour le combat et mes bras tendent l’arc de bronze.
Que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.
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