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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 10 et 11 de l’Exode, qui relatent les plaies des sauterelles et des ténèbres, ainsi que l’annonce de la dixième et dernière plaie : la mort des premiers-nés. En commentaire, il s’appuie sur l’ouvrage de Jacques Cazeaux pour montrer que ces plaies ne sont pas seulement dirigées contre l’Égypte mais servent d’avertissement au peuple hébreu lui-même, et que c’est la dureté de cœur de Pharaon — qui finit par se prendre pour Dieu — qui attire sur lui son propre malheur.
Introduction
Ben, vous êtes peut-être comme moi, au début les dix plaies, ça nous fait sourire. On l’a entendu dans notre jeunesse, et on se dit chic chic chic, je vais réécouter les récits merveilleux qui enchantèrent mes années de catéchisme.
Peut-être que maintenant ça vous fait un peu moins rire, parce que derrière la dureté du Pharaon, derrière la réaction de Dieu, derrière Moïse et Aaron, qui devaient être complètement dépassés en train de se dire « mais qu’est-ce qui arrive là en ce moment ? » Et on se dit « mais on est dans quoi là ? » On est dans la Bible, on est dans la Bible les amis, la Parole de Dieu.
Lecture : Exode 10–11
Le Seigneur dit à Moïse : « Rends-toi chez Pharaon, car c’est moi qui l’ai rendu entêté, lui et ses serviteurs, afin d’accomplir mes signes au milieu d’eux,
et afin que tu puisses raconter à ton fils et au fils de ton fils comment je me suis joué des Égyptiens, et quels signes j’ai accomplis parmi eux ; alors vous saurez que je suis le Seigneur. »
Moïse et Aaron allèrent trouver Pharaon et lui dire : « Ainsi parle le Seigneur, le Dieu des Hébreux. Combien de temps refuseras-tu de t’humilier devant moi ? Laisse partir mon peuple, afin qu’il me serve.
Si toi, tu refuses toujours de laisser partir mon peuple, moi, dès demain, je ferai venir des sauterelles sur tout ton territoire.
Elles recouvriront le pays, et l’on ne pourra plus en voir le sol. Elles dévoreront ce qui reste, ce qui a échappé à la grêle et ce que la grêle vous a laissé.
Elles dévoreront tout arbre qui pousse dans vos champs.
Elles envahiront tes maisons, les maisons de tes serviteurs, les maisons de tous les Égyptiens. Tes pères ni les pères de tes pères n’ont jamais vu cela depuis le jour où ils sont venus au monde jusqu’à ce jour. »
Moïse tourna le dos et sortit de chez le Pharaon.
Les serviteurs de Pharaon lui dirent : « Combien de temps encore cet individu sera-t-il un piège pour nous ? Laisse partir les hommes, afin qu’ils servent le Seigneur leur Dieu. N’as-tu pas encore compris que l’Égypte va à sa ruine ? »
On fit revenir Moïse et Aaron auprès de Pharaon qui leur dit : « Allez, servez le Seigneur votre Dieu. Mais qui donc va partir ? »
Moïse répondit : « Nous partirons avec nos jeunes gens et nos vieillards. Nous partirons avec nos fils et nos filles, notre petit et notre gros bétail, car c’est pour nous une fête en l’honneur du Seigneur. »
Pharaon dit : « Que le Seigneur soit avec vous si je vous laisse partir, vous et vos enfants. Voyez comme vos projets sont pervers. Non et non ! Vous, les hommes, allez donc et servez le Seigneur, puisque c’est cela ce que vous cherchez. » Et on les chassa de chez le Pharaon.
Le Seigneur dit à Moïse : « Étends la main sur le pays d’Égypte pour que viennent les sauterelles, qu’elles montent sur le pays d’Égypte et qu’elles dévorent toute l’herbe du pays, tout ce qu’a laissé la grêle. »
Moïse étendit son bâton sur le pays d’Égypte et le Seigneur fit lever sur le pays un vent d’est qui souffla tout ce jour-là et toute la nuit. Et au matin, le vent d’est avait amené les sauterelles.
Des nuées de sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte et se posèrent sur l’ensemble du territoire. Jamais auparavant et jamais depuis lors il n’y eut une telle masse de sauterelles.
Elles recouvrirent tout le pays qui en fut obscurci. Elles dévorèrent toute l’herbe du pays et tous les fruits des arbres épargnés par la grêle. Il ne resta rien de vert, ni sur les arbres, ni dans les prairies, par tout le pays d’Égypte.
Pharaon se hâta d’appeler Moïse et Aaron et leur dit : « J’ai péché contre le Seigneur votre Dieu et contre vous. Et maintenant, je t’en prie, une fois encore, enlève ma faute. Priez le Seigneur votre Dieu pour qu’il écarte de moi cette mort. »
Moïse sortit de chez le Pharaon et pria le Seigneur. Le Seigneur changea le vent d’est en un très fort vent d’ouest qui emporta les sauterelles et les précipita dans la mer des Roseaux. Il ne resta plus une seule sauterelle sur tout le territoire d’Égypte.
Mais le Seigneur fit en sorte que Pharaon s’obstine et celui-ci ne laissa pas partir les fils d’Israël.
Le Seigneur dit à Moïse : « Étends ta main vers le ciel, qu’il y ait des ténèbres sur le pays d’Égypte, des ténèbres où l’on tâtonne. »
Moïse étendit la main vers le ciel et, pendant trois jours, il y eut d’épaisses ténèbres sur tout le pays d’Égypte. Les gens ne se voyaient plus l’un l’autre et chacun resta sur sa place pendant trois jours. Mais il y avait de la lumière pour les fils d’Israël là où ils habitaient.
Pharaon appela Moïse et lui dit : « Allez-vous-en, servez le Seigneur. Votre petit et votre gros bétail devra rester ici, lui, mais vos enfants pourront vous accompagner. »
Moïse dit : « C’est donc toi qui mettras dans nos mains de quoi offrir sacrifice et holocauste au Seigneur notre Dieu ? Nos troupeaux partiront également avec nous. Pas une bête ne restera. C’est parmi nos troupeaux que nous prendrons de quoi servir le Seigneur notre Dieu. Nous ne pouvons pas savoir, avant d’arriver là-bas, ce que nous devrons offrir au Seigneur pour le servir. »
Mais le Seigneur fit en sorte que Pharaon s’obstine et celui-ci ne voulut pas les laisser partir.
Pharaon dit alors à Moïse : « Hors d’ici ! Prends garde à toi. Ne t’avise plus de paraître devant ma face. Le jour où tu te présenteras devant ma face, tu mourras. »
Et Moïse de répondre : « Tu l’as dit, je ne te reverrai plus. »
Le Seigneur dit à Moïse : « Pour la dernière fois, je vais frapper Pharaon et l’Égypte. Après cela, non seulement il vous laissera partir, mais il vous renverra définitivement, il vous chassera d’ici.
Parle donc au peuple, que chaque homme demande à son voisin et chaque femme à sa voisine des objets d’argent et des objets d’or. »
Le Seigneur fit que son peuple trouve grâce aux yeux des Égyptiens. D’ailleurs, en Égypte, Moïse lui-même était un très grand personnage aux yeux des serviteurs de Pharaon comme aux yeux du peuple.
Alors Moïse dit : « Ainsi parle le Seigneur : Au milieu de la nuit, en plein cœur de l’Égypte, je sortirai, et chez les Égyptiens, tous les premiers-nés mourront, aussi bien le premier-né de Pharaon qui siège sur le trône, que le premier-né de la servante qui est derrière la meule, et que tous les premiers-nés du bétail.
Alors s’élèvera dans tout le pays d’Égypte une immense clameur, comme il n’y en a jamais eu auparavant et comme il n’y en aura plus jamais.
Cependant, chez les fils d’Israël, pas un seul chien ne devra grogner contre qui que ce soit, homme ou bête. Ainsi vous reconnaîtrez que le Seigneur fait la distinction entre l’Égypte et Israël.
Alors tous tes serviteurs que voici viendront me trouver et se prosterneront devant moi en disant : Sors, toi et tout le peuple qui marche à ta suite. Et après cela, je sortirai. »
Et Moïse, enflammé de colère, sortit de chez le Pharaon.
Le Seigneur avait dit à Moïse : « Pharaon ne vous écoutera pas, tant et si bien que mes prodiges se multiplieront au pays d’Égypte. »
Moïse et Aaron avaient accompli toutes sortes de prodiges devant Pharaon, mais le Seigneur avait fait en sorte que Pharaon s’obstine et celui-ci ne laissa pas les fils d’Israël sortir de son pays.
Commentaire
Je réfléchissais là à l’instant sur Moïse, dont on nous dit quand il était jeune que sa mère le mit dans une sorte de petit berceau sur le Nil, qui représente l’image de l’arche. Et puis avec cette septième plaie on avait une sorte de déluge à travers la grêle, et maintenant les ténèbres, comme si jamais il y avait une sorte de décréation à nouveau.
Je me demande jusqu’à quel point nous ne sommes pas en train d’assister à nouveau, toujours et encore, à la même scène — le déluge — qui peut-être nous permet de mieux comprendre ce que la Bible voulait dire quand Jésus disait à propos du déluge : « En ce temps-là, on mangeait, on buvait, on prenait femme et enfant, les gens ne se sont doutés de rien. » Les gens ne se sont doutés de rien. Quand on lit quand même la succession des plaies, on se dit qu’il y avait peut-être moyen de s’en douter, mais peut-être en fait que c’est plus compliqué que ça, encore et toujours.
Je reprends cette idée du livre que j’ai en face de moi et qui m’aide dans les commentaires, Jacques Cazeaux, La contre-épopée du désert, et qui dit ceci à propos de ces plaies d’Égypte. Alors, il le dit à partir d’une phrase qu’on entendra plus tard dans le livre de l’Exode, un passage qui s’appelle « Les eaux de Mara », et il commente cet épisode en disant ceci : « Si nous allions aux eaux de Mara, là nous entendrions une simple phrase » — au chapitre 15, verset 26 — « une simple phrase qui va résumer toute cette série de plaies. » Dieu dit : « Si vous gardez et faites mes lois et mes préceptes, je ne ferai pas entrer sur vous les plaies dont j’ai frappé l’Égypte. » Et il commente en disant : « Le texte ne dit pas, comme on l’attendrait : si vous ne faites pas ma loi, je vous frapperai. Mais il dit l’inverse : si vous faites, je ne vous frapperai pas. » Ce qui veut dire : les plaies d’Égypte sont au-dessus de votre tête, et il n’y a qu’en faisant la loi que vous vous en protégerez.
Et peut-être que si on passe en ce moment autant de temps à décrire ces dix plaies d’Égypte que vous entendez les unes après les autres, c’est peut-être moins pour le plaisir tragicomique de se moquer des Égyptiens et de donner du merveilleux, plutôt que pour prévenir le peuple hébreu. Attention, ces dix plaies d’Égypte sont toujours là, maintenant, au-dessus de votre tête. Ce n’est pas seulement les Égyptiens qu’elles menacent. C’est le peuple hébreu que ces plaies menacent s’ils n’obéissent pas à la loi de Dieu.
Et de fait, on est toujours en train d’aller et de venir dans le texte de la Torah que vous allez entendre pendant les jours, mais tout à la fin de la Torah dans le Deutéronome, vous entendrez les malédictions promises par Moïse au peuple hébreu si jamais il n’obéit pas à la loi. Quand on sera à la fin du livre du Deutéronome, vous serez saisis par la violence poétique de cette liste de calamités que Moïse annonce, et qui peut-être se retrouve dans l’Évangile selon saint Matthieu quand, à la fin de l’Évangile selon saint Matthieu, Jésus maudit les pharisiens. De la malédiction des pharisiens aux malédictions de Moïse du Deutéronome, aux dix plaies d’Égypte et au déluge : rien de nouveau sous le soleil. Le cœur de l’homme est mauvais.
Et si à travers ces dix plaies d’Égypte, c’était pas Dieu qui était en train d’avertir son peuple ? Et en face de cet avertissement, vous avez quoi ? Vous avez Pharaon. En face de ça vous avez Pharaon qui dit : « Va-t’en loin de moi, garde-toi de paraître devant moi, car au jour où tu paraîtras devant moi, tu mourras. » C’est comme si le Pharaon se prenait pour Dieu. Vous savez, normalement, Dieu, on ne peut pas voir sa face et vivre. Et là, le Pharaon qui dit à Moïse : « Tu verras ma face, tu mourras. » Il est au bout du rouleau. Il continue de se prendre pour Dieu. Et en même temps qu’il annonce la fin du dialogue, il emmène sur lui la plus grande de ses calamités, qu’il a lui-même provoquée, parce que de toute façon, quand quelqu’un en face de vous ne veut plus parler ni dialoguer, vous n’êtes plus que dans l’épreuve de force pure et dure. Et c’est là que la dixième plaie d’Égypte est en train d’arriver. Il faudra un chapitre à elle seule, le chapitre 11, pour la préparer. Mais c’est Pharaon qui, par sa dureté de cœur, a amené sur lui son propre malheur.
Nous terminons par une prière, toujours mon psaume, parce que c’est encore la Parole de Dieu qui est son propre commentaire et qui nous emmène jusqu’à Dieu. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
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