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Résumé : En ce jour 32, le frère Paul-Adrien commente Exode 15, qui contient le cantique de Moïse célébrant la victoire de Dieu sur Pharaon à la mer Rouge. Il souligne la dimension politique de cet hymne — Dieu-Roi contre l’homme-roi — et rappelle que la première citoyenneté du chrétien est dans le ciel. Il aborde ensuite la reprise de la marche au désert, les murmures du peuple à Mara, et le bois qui adoucit l’eau amère, préfiguration de la croix du Christ.

Introduction

Nous continuons avec Exode 15, le cantique de Moïse, qui célèbre ce qui vient de se passer, et ensuite, sans transition, le peuple va reprendre sa marche au désert.

Lecture : Exode 15

Alors Moïse et les fils d’Israël chantèrent ce cantique au Seigneur.

Je chanterai pour le Seigneur, éclatante est sa gloire ! Il a jeté dans la mer cheval et cavalier. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur. Il est pour moi le salut. Il est mon Dieu, je le célèbre. J’exalte le Dieu de mon Père.

Le Seigneur est le guerrier des combats. Son nom est le Seigneur. Les chars du Pharaon et ses armées, il les lance dans la mer. L’élite de leurs chefs a sombré dans la mer Rouge. L’abîme les recouvre. Ils descendent comme la pierre au fond des eaux.

Ta droite, Seigneur, magnifique en sa force ! Ta droite, Seigneur, écrase l’ennemi. La grandeur de ta majesté brise tes adversaires. Tu envoies ta colère, qui les brûle comme un chaume. Au souffle de tes narines, les eaux s’amoncellent. Comme une digue se dressent les flots, les abîmes se figent au cœur de la mer.

L’ennemi disait : « Je poursuis, je domine, je partage le butin, je m’en repais, je tire mon épée, je prends les dépouilles. » Tu souffles ton haleine. La mer les recouvre. Comme du plomb, ils s’abîment dans les eaux redoutables.

Qui est comme toi parmi les dieux, Seigneur ? Qui est comme toi, magnifique en sainteté, terrible en ses exploits, auteur de prodiges ! Tu étends ta main droite. La terre les avale.

Par ta fidélité, tu conduis ce peuple que tu as racheté. Tu le guides par ta force vers ta sainte demeure. Les peuples ont entendu, ils tremblent. Les douleurs ont saisi les habitants de Philistie. Les princes d’Édom sont pris d’effroi. Un tremblement a saisi les puissants de Moab. Tous les habitants de Canaan sont terrifiés.

La peur et la terreur tombent sur eux. Sous la vigueur de ton bras, ils se taisent, pétrifiés. Pendant que ton peuple passe, Seigneur, que passe le peuple acquis par toi.

Tu les amènes, tu les plantes sur la montagne, ton héritage, le lieu que tu as fait, Seigneur, pour l’habiter, le sanctuaire, Seigneur, fondé par tes mains. Le Seigneur régnera pour les siècles des siècles.

Le cheval de Pharaon, ses chars et ses guerriers étaient entrés dans la mer, et le Seigneur avait fait revenir sur eux les eaux de la mer. Mais les fils d’Israël, eux, avaient marché à pied sec au milieu de la mer.

La prophétesse Myriam, sœur d’Aaron, saisit un tambourin, et toutes les femmes la suivirent, dansant et jouant du tambourin. Et Myriam leur entonna : « Chantez pour le Seigneur, éclatante est sa gloire. Il a jeté dans la mer cheval et cavalier. »

Moïse fit partir les fils d’Israël de la mer des Roseaux et ils sortirent en direction du désert de Chour. Ils marchèrent trois jours à travers le désert sans trouver d’eau. Ils arrivèrent à Mara mais ne purent boire l’eau de Mara, car elle était amère — d’où son nom de Mara. Et le peuple récrimina contre Moïse en disant : « Que boirons-nous ? »

Alors Moïse cria vers le Seigneur. Et le Seigneur lui montra un morceau de bois. Moïse le jeta dans l’eau et l’eau devint douce. C’est là que le Seigneur leur fixa un statut et un droit, là où il les mit à l’épreuve. Il dit : « Si tu écoutes bien la voix du Seigneur ton Dieu, si tu fais ce qui est droit à ses yeux, si tu prêtes l’oreille à ses commandements, si tu observes tous ses décrets, je ne t’infligerai aucune des maladies que j’ai infligées aux Égyptiens, car je suis le Seigneur, celui qui te guérit. »

Les fils d’Israël atteignirent ensuite Élim, où il y a douze sources et soixante-dix palmiers, et là ils campèrent près de l’eau.

Commentaire

Le cantique de Moïse. Vous avez entendu sa puissance. Il y a quelque chose de brutal dedans, en même temps qu’il y a une action de grâce. Alors, avec ce cantique de Moïse, qui est un chant liturgique, vous êtes en train de clore toute une section qui avait commencé avec le descriptif de la fête de Pâques — comment il fallait prendre un agneau, comment il fallait prendre du pain sans levain. Puis ensuite vous avez vu l’action de Dieu éclatante, que vous commémorez, et vous terminez par un hymne liturgique. Donc en fait, toute cette section peut quasiment être considérée comme une sorte de missel à l’usage du peuple juif. Il faut imaginer que ce cantique de Moïse que vous venez d’entendre était proclamé de manière solennelle dans le temple de Jérusalem.

Vous avez entendu dans ce cantique de Moïse comment il était question de Moab, comment il était question d’Édom, comment il était question de Canaan. Donc en fait, si vous voulez, c’est un cantique qui est très postérieur — d’ailleurs, on attribue ici la naissance à Moïse, mais qui en fait a été écrit bien longtemps après, quand Israël avait envahi la Terre Sainte et chassé devant lui les autres peuples. Et c’est d’ailleurs là où c’est intéressant, parce que dans cet hymne de victoire, qui est peut-être un peu comme la Marseillaise pour le peuple juif — moi je ne sais pas, mais vous êtes dans cet ordre-là — vous avez cette phrase : « Le Seigneur est mon roi, il est ma force et ma puissance. » « Le Seigneur est mon roi. » C’est ce que je vous ai dit : hymne national, donc hymne patriotique, mais il est aussi question d’un système politique.

En fait, à travers Dieu qui combat le Pharaon, vous avez deux systèmes politiques qui s’affrontent. D’une part, la monarchie humaine, avec ce qu’elle peut représenter de violent dans la manière d’asservir les hommes, de totalitarisme dans l’orgueil de Pharaon, et de l’autre côté, ce qu’il faut bien appeler une théocratie. Dieu qui est roi. La souveraineté de Dieu, et où, en fait, on est son fidèle sujet en lui obéissant. D’un côté, vous avez le culte rendu au Pharaon, de l’autre côté, vous avez le culte rendu à Dieu.

Et en même temps qu’Israël vient d’assister à la défaite de ses Pharaons, c’est en même temps un système politique, Dieu-Roi, qui vient de prouver sa valeur contre un autre système politique, l’homme-roi. Et ça, il ne faudra jamais l’oublier quand on parlera de l’histoire d’Israël, quand on parlera de la longue suite des rois, David, Salomon, l’Exil.

Et même, vous savez, pour en revenir à nous, nous en 2024, il ne faut pas oublier aussi que Dieu est notre roi. Et que quand on dit ça, il y a aussi une dimension politique. Le peuple chrétien, c’est un peuple. C’est une nation. Une nation sainte, un peuple de prêtres, mais quand même une nation et un peuple. Et vous savez, ça, on l’oublie très facilement, parce que le mot « politique » est devenu tellement mal connoté qu’on n’ose plus l’utiliser. Mais quand même, notre citoyenneté — c’est ce que vous rappelle ce cantique de Moïse — notre citoyenneté, avant d’être française ou de quelque pays que vous soyez, elle est dans le ciel, là où règne notre souverain, là où règne notre roi.

Alors, je ne suis pas en train ici de vous faire de la politique partisane. Je ne suis pas en train de vous parler de la monarchie, de la théocratie du Vatican ou d’autres choses. Mais ce que je suis en train de vous dire, c’est une chose que nous, les chrétiens, nous avons oubliée. Votre première nationalité, elle est dans le ciel. Et si vous l’oubliez, posez-vous la question : de quel côté est-ce que vous êtes d’après la Bible ? Du côté des esclaves qui servent le Pharaon en Égypte ? Ou du côté des Hébreux qui sont peut-être totalement apeurés, mais qui sont en train de connaître la véritable liberté ?

Bon, voilà pour le cantique de Moïse. Et puis après, vous avez vu comment, sans transition, le texte vous remettait tout de suite le peuple en marche. Peuple en marche, mais qui commence déjà à râler. Et là, écoutez, ça n’aura pas duré longtemps. Trois jours après, voilà le peuple qui se met à murmurer contre Dieu. Ah, on n’a pas fini de l’entendre, celle-là, cette rengaine.

Si vous transposiez ça dans une des paraboles dont Jésus avait le secret, ça vous donnerait, vous savez, ce sol pierreux dans lequel le bon grain est semé. Et comme il n’y a pas beaucoup de terre, aussitôt il germe. Mais dès qu’il y a le moindre problème, pouf, tout disparaît. Les Israélites viennent de voir la plus belle action de Dieu, et trois jours après, ils commencent à murmurer contre Dieu. C’est ce qu’on dit peut-être en théologie catholique : il ne suffit pas d’assister au salut, il faut encore se l’approprier. Et pour l’instant, les Juifs qui ont vu le salut opéré par la main de Dieu ne se le sont pas encore approprié. Cela reste un peuple au cœur fragile.

Mais vous pouvez voir certaines choses qui se mettent en place. Moïse qui intercède — ça, on n’a pas non plus fini de l’entendre. La grandeur de Moïse qui ne veut pas abandonner son peuple. Le miracle que le Seigneur opère par la main de Moïse, et qui se rapproche un peu quand même de ces histoires de bâtons transformés en serpents. Enfin bref, de toute cette magie que l’on avait vue en Égypte et qui reste quand même attachée à Moïse quand il part dans le désert. Et donc là, Moïse prend une sorte de bois qu’il jette dans l’eau, et l’eau devient douce. Douce. Pour les chrétiens, ce bois qui transforme les amertumes de la vie en douceur, ça deviendra la croix du Christ.

Toujours est-il qu’au bout de cette épreuve, vous entendez cette phrase de Dieu. Je vous l’avais déjà dite, donc je me permets de vous la redire, mais là maintenant elle va prendre tout son sens : « Si tu écoutes vraiment la voix du Seigneur ton Dieu, si tu fais ce qui est droit à ses yeux, si tu prêtes l’oreille à ses commandements et si tu observes tous ses décrets, je ne t’infligerai aucune des maladies que j’ai infligées aux Égyptiens, car je suis le Seigneur qui guérit. » Si tu m’obéis, si tu obéis à la loi, si tu es charitable — pour nous parce que c’est la loi — dans ce cas-là, je ne t’infligerai aucune des maladies que j’ai infligées aux Égyptiens. Est-ce que c’est une promesse ? Ou est-ce que c’est une menace ? C’est pas facile de savoir.

Là, moi, je me mets à la place des Israélites. Je viens d’assister à la mort en direct de la plus puissante armée du monde. Ben, je dois dire que je tremble de peur. C’est ce que je vous disais : la loi, ici, est présentée comme un refuge, comme un bouclier. On pourrait dire que la croix aussi est notre bouclier contre une colère de Dieu peut-être toujours un peu trop prête à être dégainée. On n’est pas encore dans le Nouveau Testament. Donc Dieu riche en pardon, en miséricorde, plein de tendresse, oui, ça va arriver. Ça va arriver. Mais pour l’instant, on pose les choses. Et la manière dont Dieu pose les choses, ben, elles sont carrées, quoi.

Et c’est peut-être bien aussi de passer par là, parce que parfois, vous savez, dans notre vie spirituelle, on prend quand même beaucoup de choses un peu trop vite pour acquis. Bon, ben, la loi, la justice, le respect, l’amour et la foi envers Dieu, ça veut dire des choses. Il faut peut-être avoir vu les Égyptiens mourir devant ses yeux pour comprendre vraiment ce que ça veut dire.

Bon, en attendant, ça n’empêche pas notre peuple d’arriver à cette oasis parfaite au milieu du désert, avec ses douze sources d’eau — une par tribu — avec ses soixante-dix palmiers — comme les soixante-dix anciens — pour que chacun ait son petit morceau d’ombre. Le jardin d’Éden retrouvé au milieu du désert. Bon, ben écoutez, la vie est belle. La vie est belle quand même.

Prière finale

En guise de prière finale, alors je sais que je vous ai cité beaucoup de prières, de psaumes, etc. Mais le moine que je suis est obligé de redire quelques phrases de ce cantique de Moïse. Enfin, je ne vais pas inventer des prières pour l’occasion alors que c’est le texte biblique qui lui-même vous les donne. Donc nous lisons les premières phrases.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Je chanterai pour le Seigneur, éclatante est sa gloire. Il a jeté dans la mer cheval et cavalier. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur. Il est pour moi le salut. Il est mon Dieu, je le célèbre. J’exalte le Dieu de mon Père. Le Seigneur est le guerrier des combats. Son nom est le Seigneur. Qui est comme toi parmi les dieux, Seigneur ? Qui est comme toi, magnifique en sainteté, terrible en ses exploits, auteur de prodiges ?

Bon, j’aime Dieu. Aimez-le de tout votre cœur, de tout votre esprit, de toute votre force. Et que Dieu vous bénisse, lui qui est Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.


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