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Résumé : En ce 33ᵉ jour, le frère Paul-Adrien lit et commente le chapitre 16 de l’Exode, consacré au miracle de la manne et des cailles dans le désert. Il montre comment cet épisode est une double mise à l’épreuve — l’abandon à la providence quotidienne et l’apprentissage du sabbat — et établit le lien avec le discours de Jésus sur le pain de vie dans l’Évangile selon saint Jean. L’épisode se conclut avec le Psaume 7.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Aujourd’hui, 33ᵉ jour. Ça fait maintenant plus d’un mois qu’on a commencé à lire la Bible ensemble. Bon, on avance. Non seulement on avance, mais c’est une belle aventure. J’espère pour vous que l’enthousiasme des premiers jours ne s’est pas refroidi. En tout cas, de mon côté, pour ce que ça vaut, qui suis en train de faire ce podcast, c’est extraordinaire tout ce que je suis en train de découvrir. Alors là, vraiment, si jamais je pouvais dire une seule chose, ce serait merci à vous.

On y va. Aujourd’hui il sera question de la manne, Exode, chapitre 16.

Lecture : Exode 16

Toute la communauté des fils d’Israël partit d’Élim et atteignit le désert de Sîn, entre Élim et le Sinaï, le quinzième jour du deuxième mois après sa sortie du pays d’Égypte.

Dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël récriminait contre Moïse et Aaron.

Les fils d’Israël leur dirent : « Ah, il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété. Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour nous faire mourir de faim, tout ce peuple assemblé. »

Le Seigneur dit à Moïse : « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain sur vous. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne, et ainsi je vais le mettre à l’épreuve. Je verrai s’il marchera ou non selon ma loi. Mais le sixième jour, quand ils feront le compte de leur récolte, ils trouveront le double de la ration quotidienne. »

Moïse et Aaron dirent alors aux fils d’Israël : « Ce soir, vous saurez que le Seigneur vous a fait sortir du pays d’Égypte. Et demain matin, vous verrez la gloire du Seigneur, parce qu’il a entendu vos récriminations contre lui. Nous, que sommes-nous pour que vous récriminiez contre nous ? »

Par là, Moïse voulait dire : « Vous verrez la gloire du Seigneur quand, le soir, il vous donnera de la viande en nourriture, et le matin, du pain à satiété. En effet, le Seigneur a entendu vos récriminations. Ce n’est pas contre nous que vous récriminez, mais bel et bien contre le Seigneur. »

Moïse dit ensuite à Aaron : « Présentez-vous devant le Seigneur, car il a entendu vos récriminations. »

Aaron parla à toute la communauté des fils d’Israël. Puis ils se tournèrent du côté du désert. Et voici que la gloire du Seigneur apparut dans les nuées.

Le Seigneur dit alors à Moïse : « J’ai entendu les récriminations des fils d’Israël. Tu leur diras : au coucher du soleil, vous mangerez de la viande, et le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété. Alors vous saurez que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu. »

Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp, et le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Et lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait à la surface du désert une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre sur le sol.

Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Man hou », ce qui veut dire « Qu’est-ce que c’est ? », car ils ne savaient pas ce que c’était.

Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. Voici ce que le Seigneur a ordonné : recueillez-en autant que chacun peut en manger, une mesure par personne. Chacun de vous en prendra selon le nombre d’habitants de sa tente. »

Les fils d’Israël firent ainsi. Certains en recueillirent beaucoup, d’autres peu. Celui qui en avait ramassé beaucoup n’eut rien de trop. Celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien. Ainsi, chacun en avait recueilli autant qu’il pouvait en manger.

Moïse leur dit encore : « Que personne n’en garde jusqu’au matin. » Ils n’écoutèrent pas Moïse et certains en gardèrent jusqu’au matin. Mais le surplus fut infesté de vers et se mit à sentir mauvais. Alors Moïse s’irrita contre eux.

Matin après matin, ils en recueillaient autant que chacun pouvait en manger. À la chaleur du soleil, tout était fondu.

Or, le sixième jour, ils recueillirent le double de ce pain, deux mesures par personne. Et tous les chefs de la communauté vinrent en informer Moïse.

Moïse leur dit : « Oui, c’est bien ce que le Seigneur avait dit. Demain est un grand sabbat, un sabbat consacré au Seigneur. Cuisez ce qui doit cuire, faites bouillir ce qui est à bouillir et gardez le surplus en réserve jusqu’au matin. »

Ils le gardèrent comme Moïse l’avait ordonné et il n’y eut ni mauvaise odeur, ni vermine.

Moïse leur dit : « Mangez-le aujourd’hui. Aujourd’hui, c’est le sabbat du Seigneur. Aujourd’hui, vous n’en trouverez pas dehors. Pendant six jours, vous en ramasserez, mais le septième jour, c’est le sabbat. Il n’y en aura pas. »

Or, le septième jour, des gens sortirent pour en recueillir, mais ils n’en trouvèrent pas.

Le Seigneur dit à Moïse : « Combien de temps encore refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois ? Voyez, le Seigneur vous a donné le sabbat. Aussi, le sixième jour, vous donne-t-il du pain pour deux jours. Restez donc chacun chez vous, que personne ne sorte de chez lui le septième jour. »

Et, le septième jour, le peuple cessa toute activité.

La maison d’Israël donna à ce pain le nom de « man ». C’était comme de la graine de coriandre, de couleur blanche, au goût de beignet au miel.

Moïse dit : « Voici ce que le Seigneur a ordonné. Qu’on en garde une pleine mesure en réserve pour les générations futures. Ainsi pourront-ils voir le pain dont je vous ai nourris au désert quand je vous ai fait sortir du pays d’Égypte. »

Moïse dit à Aaron : « Prends un vase. Tu y mettras une pleine mesure de man et tu le déposeras devant le Seigneur en réserve pour les générations futures. »

Comme le Seigneur l’avait ordonné à Moïse, Aaron déposa le vase en réserve devant le témoignage.

Les fils d’Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu’à leur arrivée au pays habité. Ils mangèrent de la manne jusqu’à leur arrivée aux confins du pays de Canaan.

La mesure utilisée, l’omer, est un dixième de l’épha.

Commentaire

Notre chapitre sur la manne — man hou, « qu’est-ce que c’est ? » — est introduit par les récriminations du peuple d’Israël qui râle. Ce n’est pas la première fois que le peuple râle. Il râlait déjà au dernier épisode, mais il râlait parce qu’il avait soif et, après tout, avoir soif dans le désert, on peut comprendre. Là, les motifs sont beaucoup moins avouables. Il râle parce qu’ils sont nostalgiques de l’Égypte. « Ah, quand nous étions près des marmites de viande et que nous avions du pain à satiété. »

Cette nostalgie est fantasmée, parce que c’est pas du tout dit qu’ils aient eu à manger comme ça quand ils étaient en Égypte. Mais vous savez comment la psychologie humaine est ainsi faite et que, devant les épreuves présentes, on a tendance à minimiser, voire oublier les épreuves passées. Mais en plus, et c’est là où ça va pas, c’est que non seulement ils fantasment le passé pour râler, mais en plus, ils prêtent de mauvaises intentions à Moïse : « Tu nous as amenés dans ce désert pour nous faire mourir. » Et ça, il y a un moment donné, il faut quand même se souvenir que c’est Moïse qui les a libérés, quoi.

La réponse du Seigneur en face de ces murmures est assez étonnante. Ça va être le miracle de la manne et des cailles, mais qu’il va inscrire, comme pour le légitimer, dans la liturgie — la liturgie de la semaine qui culmine dans le sabbat. Vous retrouvez là la grande trame narrative de l’Exode qui est de rendre un culte à Dieu. Mais cette liturgie, et c’est la nouveauté, va être aussi présentée de la part de Dieu comme une mise à l’épreuve.

Dieu donne chaque jour une ration quotidienne, et le peuple doit apprendre à faire confiance à cette ration quotidienne. C’est conçu explicitement comme une épreuve. L’épreuve, c’est celle de la providence : être capable de s’en remettre chaque jour dans les mains de Dieu. Et on sait que ça, c’est une vraie épreuve. Parce que, que ce soit les Hébreux dans le désert ou vous dans votre vie quotidienne, c’est pas toujours facile de s’en remettre à la providence de Dieu.

Souvenez-vous de ce que disait Jésus : « Pourquoi vous inquiétez-vous de ce que vous allez manger ou de ce que vous allez boire ? Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné de surcroît. À chaque jour suffit sa peine, laissez demain avoir souci de lui-même. » C’est exactement la réponse du berger à la bergère entre la ration quotidienne de la manne ici et ce discours que je viens de vous citer de Jésus sur la montagne.

C’est la première mise à l’épreuve, l’abandon à la providence. Et deuxième mise à l’épreuve, cette histoire de sixième jour où il y aura ration double pour préparer le sabbat, qui est un jour chômé et qui est censé introduire le peuple d’Israël dans la contemplation et le repos de Dieu. Et ça, c’est ce qu’on appelle en régime chrétien la liturgie.

C’est beau de se dire ici comment, dans la trame de l’Exode, la liturgie est peu à peu introduite pour vous dire que la véritable liturgie, c’est de suivre le commandement de Dieu. Ici, la providence tous les jours de la semaine et la contemplation le septième jour de la semaine. La liturgie, c’est une manière de vivre avec Dieu. C’est pas seulement à la messe, dans le temple ou à l’église ou je sais pas où, mais c’est la liturgie quotidienne, l’œuvre de Dieu, l’opus Dei. Ça, c’est très beau.

Maintenant, creusons un peu plus dans les détails. Est-ce que, par exemple, vous avez noté comment, dans la réponse de Dieu, il y avait comme des relents de colère ? « Voici que je vais faire pleuvoir sur vous des cailles. » Parce que, par hasard, ça ne vous rappellerait pas une plaie d’Égypte, ça ? Et alors, en hébreu, en plus, c’est encore plus clair. Je vous épargne les détails. Et le fait que Dieu ne soit pas très content vous est aussi donné au verset 11 : « Au coucher du soleil, vous mangerez de la viande et le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété. » Quand Dieu dit « vous aurez du pain à satiété », c’est parce qu’il reprend de manière énervée ce pourquoi les Juifs murmuraient : « quand nous avions en Égypte du pain à satiété ». Vous voulez du pain à satiété ? Eh ben, vous en aurez. On sait pas encore très bien ce que ça veut dire, mais laissez-moi vous dire une chose, c’est que le livre des Nombres, on aura le temps de creuser ça. Je tease pour la suite.

En attendant, nous revenons à la manne. Elle est décrite comme des graines de coriandre, donc faciles à récolter, blanches, donc faciles à repérer, ayant un bon goût, comme du beignet au miel, et renouvelée chaque jour, ce qui fait qu’elle est propre et comestible. La nourriture parfaite. Pour la petite histoire, les archéologues ont retrouvé dans le désert un tamaris dans lequel les insectes sécrétaient comme une certaine substance comestible chaque jour. Je ferme la parenthèse.

Ça, c’est le pain descendu du ciel, ce qui nous amène au Nouveau Testament et à la lecture que Jésus va faire de ce passage. Parce que vous n’êtes peut-être pas sans savoir que dans l’Évangile selon saint Jean, à un moment donné, les Juifs vont voir Jésus et lui disent : « Moïse nous a donné la manne, le grand signe du grand prophète. Tu dis être un grand prophète, très bien, prouve-le, fais quelque chose encore de mieux. » Et Jésus va reprendre en relisant ce passage.

Et Jésus corrigera ce qu’ils disent de deux manières. Il dit, un, que ce n’est pas Moïse qui leur a donné le pain, mais Dieu, parce qu’en fait, ici, dans ce passage, on n’est pas loin d’idolâtrer Moïse. Et c’est vrai qu’il faut toujours faire attention, par exemple même quand on prie les saints, à être bien clair qu’ils ne sont que des intendants de Dieu. Et deuxième correction que Jésus va faire dans le Nouveau Testament, il va dire que ce pain descendu du ciel, que Moïse a donné au passé, Dieu continue de le donner au présent. Les merveilles de Dieu ne se situent pas simplement dans ce passé. La providence de Dieu que représente la manne, la geste de Dieu que représente sa parole et le pain qui nourrit, les miracles que Dieu fait au désert, ce n’est pas une histoire qui s’écrit seulement au passé, mais aussi au présent. Et Jésus vous dit que ça, vous devez le garder en tête quand vous lisez ce passage.

Dernière correction que Jésus apporte à ce passage : le don de la manne, le pain, c’est le sacrifice de soi offert par amour de Dieu et des autres. Le pain vivant descendu du ciel, c’est le don de sa vie pour les autres. C’est ça, ce qui nourrit.

Psaume 7

Mon refuge, on me poursuit. Sauve-moi, délivre-moi. Sinon, ils vont m’égorger, tous ces fauves, me déchirer sans que personne me délivre.

Seigneur mon Dieu, si j’ai fait cela, si j’ai vraiment un crime sur les mains, si j’ai causé du tort à mon allié en épargnant mon adversaire, que l’ennemi me poursuive, qu’il m’atteigne, qu’il foule au sol ma vie et livre ma gloire à la poussière.

Dans ta colère, Seigneur, lève-toi. Domine mes adversaires en furie. Réveille-toi pour me défendre et prononcer ta sentence.

Une assemblée de peuples t’environne. Reprends ta place au-dessus d’elles.

Seigneur, qui arbitre les nations, juge-moi, Seigneur, sur ma justice. Mon innocence parle pour moi.

Mets fin à la rage des impies. Affermis le juste, toi qui scrutes les cœurs et les reins, Dieu, le juste.

J’aurai mon bouclier auprès de Dieu, le sauveur des cœurs droits.

Dieu juge avec justice. Dieu menace chaque jour l’homme qui ne se reprend pas.

Le méchant affûte son épée. Il tend son arc et le tient prêt. Il se prépare des engins de mort. De ses flèches, il fait des brandons.

Qui conçoit le mal et couvre le crime enfantera le mensonge.

Qui ouvre une fosse et la creuse tombera dans le trou qu’il a fait.

Son mauvais coup lui revient sur la tête. Sa violence retombe sur son crâne.

Je rendrai grâce au Seigneur pour sa justice. Je chanterai le nom du Seigneur, le Très-Haut.


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