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Résumé : Dans cet épisode consacré à Exode 20, le frère Paul-Adrien lit les Dix Commandements donnés par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï. Il commente leur importance permanente pour les chrétiens, distingue les différentes « lois » (naturelle, mosaïque, loi de la grâce), et analyse la réaction du peuple qui, effrayé par la parole divine, demande un intermédiaire — préfigurant les compromis à venir et la nécessité de la venue de Jésus.

Introduction

Exode 20, nous sommes entrés avec Moïse dans la nuit et voyons ce qu’il se passe à l’intérieur.

Lecture : Exode 20

Alors Dieu prononça toutes les paroles que voici.

« Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage.

Tu n’auras pas d’autre Dieu en face de moi.

Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux pour leur rendre un culte. Car moi, je suis le Seigneur, ton Dieu. Je suis un Dieu jaloux. Chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et la quatrième génération. Mais ceux qui m’aiment et qui observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération.

Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur, ton Dieu. Car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque en vain son nom.

Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours, tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur, ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours, le Seigneur a fait le ciel et la terre et la mer et tout ce qu’ils contiennent. Mais il s’est reposé le septième jour. Et c’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur, ton Dieu.

Tu ne commettras pas de meurtre.

Tu ne commettras pas d’adultère.

Tu ne commettras pas de vol.

Tu ne porteras pas de faux témoignages contre ton prochain.

Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni sa servante, ni son serviteur, ni son bœuf, ni son âne, rien de ce qui lui appartient. »

Tout le peuple voyait les éclairs, les coups de tonnerre, la sonnerie du cor et la montagne fumante. Le peuple voyait ; ils frémirent et se tinrent à distance. Ils dirent à Moïse : « Toi, parle-nous et nous écouterons, mais que Dieu ne nous parle pas, car ce serait notre mort. » Moïse répondit au peuple : « N’ayez pas peur. Dieu est venu pour vous mettre à l’épreuve, pour que vous soyez saisis de crainte en face de lui et que vous ne péchiez pas. »

Commentaire

Vous venez d’entendre les Dix Commandements. Il y a peu de passages dans la Bible qui ont été autant commentés et autant repris. Je vous rappelle que pour nous, chrétiens, les Dix Commandements valent toujours. Ils ont été repris par Jésus quand il parlait au jeune homme riche. Et encore dans le Catéchisme de l’Église catholique, c’est à partir du Décalogue qu’ensuite on explicite les détails de la morale chrétienne.

Pour reprendre le jeune homme riche : le jeune homme riche dit à Jésus « Comment est-ce que je dois faire pour avoir la vie éternelle ? » Et Jésus lui répond : « Pratique les commandements et tu vivras. » Alors, petite parenthèse, d’après la tradition, c’est ce qui vous a aussi donné la liste des péchés mortels. Parce que si jamais Jésus dit « Pratique les commandements et tu vivras », ça veut aussi dire « Ne les pratique pas et tu ne vivras pas. » Le Décalogue vous dit là où il y a matière grave. Là où, quand vous ne respectez pas la parole de Dieu, il peut être question de la vie éternelle. Rien moins que ça.

C’est pour ça que dans les chapitres suivants, vous aurez des détails de la loi. Et c’est pour ça que longtemps après, Jésus reprendra ces Dix Commandements pour montrer ce qu’il y avait à l’intérieur. Parce que là, vraiment, on touche à la sainteté. La sainteté, c’est la vie même de Dieu. Et vous l’avez ou vous ne l’avez pas.

Alors, pour nous, cette sainteté, ça commence par la foi. Ce n’est pas d’abord la pratique, c’est d’abord la foi. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi est-ce que généralement, on aime bien parler du Décalogue, les dix mots, les dix paroles — c’est comme ça que normalement, dans la grande tradition, on appelle ça, et non pas les Dix Commandements. Parce qu’il s’agit d’abord d’y croire, de croire dans leur bien-fondé, de croire dans l’idéal qu’il y a derrière, dans ce que ça veut dire de justice, de bonté. Et que cet idéal-là, ce n’est pas d’abord quelque chose que l’on pratique, c’est d’abord quelque chose auquel on croit. Parce qu’avant d’être en nous, ils sont en Dieu. Ce sont des attributs divins, ces mots. Et en fait, quand vous croyez dans une parole, dans un deuxième temps, vous lui obéissez et vous la mettez en pratique. Vous voyez, c’est la foi qui entraîne, qui engendre l’obéissance.

Vous notez aussi comment ces commandements sont en négatif. Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas. Ce qu’on appelle des lois prohibitives, et qui étaient fréquentes dans l’ancien temps, dans les religions antiques. C’était comme ça que l’on dressait les grands codes de l’époque. C’est avec Jésus que ces lois négatives deviendront des lois positives, parce qu’il montrera ce qu’il y avait à l’intérieur : l’amour de Dieu et du prochain.

Puisque je parle de Jésus, c’est peut-être bien d’en parler aussi parce que c’est important, ça, ces choses-là. Un petit cours de caté. Le Décalogue que vous avez entendu, c’est ce qu’on appelle la loi révélée, la loi divine, la loi mosaïque, la loi prophétique. Vous en avez plusieurs. Vous avez d’abord la loi naturelle. C’était celle qu’Adam était censé avoir à travers la voix de sa conscience. Pas de chance, il a fait n’importe quoi. Notre conscience est un peu fragilisée. Il a fallu que Dieu envoie des prophètes pour nous rappeler là où était le bien, là où était le mal. Ça vous donne le Décalogue, ça vous donne Moïse, ça vous donne les prophètes. Ce qu’on appelle la loi mosaïque.

Sauf que cette loi qui nous indique là où est le bien, là où est le mal, ne nous donne pas encore la force de l’accomplir. Ce qui nous donne la force de l’accomplir, c’est ce que j’ai dit : c’est la foi, et à travers la foi, contempler Dieu. Sauf que pour l’instant, personne n’est entré dans la nuée lumineuse. Il y a juste Moïse. Donc nous, on est à l’extérieur et on n’est pas encore dans la plénitude de la foi. Ce qui fait qu’il a fallu que Dieu envoie son fils Jésus. Parce que comme nous ne voulions pas entrer dans la nuée du mont Sinaï, il nous a dit : « Je vais sortir, venir vous voir. » Et là, nous avons contemplé Jésus, nous avons cru en lui. Et cette fois-ci, à travers la grâce que Jésus nous a révélée, sa mort et sa résurrection, à travers cet acte d’amour, il a mis en nous son Esprit Saint qui nous a donné la force d’accomplir la loi. Et cette fois-ci, l’Esprit Saint, colonne de feu lumineuse qui est en nous, cet Esprit Saint, c’est ce qu’on appelle la loi de la grâce, la loi nouvelle, la loi de l’Évangile, qui, elle, nous donne de pouvoir accomplir cette loi.

D’ailleurs, si jamais on voulait pousser jusqu’au bout le parallèle : entre la sortie d’Égypte du peuple hébreu et le moment où, sur le mont Sinaï, Moïse reçoit la table des Dix Commandements, il s’est passé cinquante jours — quarante-cinq jours d’errance dans le désert plus cinq jours au pied du mont Sinaï — cinquante jours pour recevoir la table de la loi. Ça vous donnera la fête juive de Chavouot, la fête des Semaines, qui commémore le don de la loi. Cinquante jours, c’est aussi le moment où, de la libération d’Égypte au mont Sinaï, on passe à Jésus : de la mort et de la résurrection de Jésus, Pâques chrétienne, à la Pentecôte, cinquante jours après, la loi nouvelle, l’Esprit Saint qui vient accomplir les préceptes de Dieu en nous par l’amour.

Allez, encore pour le plaisir de parler des Dix Commandements : on a la coutume de distinguer dans les Dix Commandements les deux tables de la loi. Une première table où sont contenus les préceptes relatifs à Dieu — il y en aura trois : tu n’auras pas d’autres dieux que moi, tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain, tu respecteras le jour du Seigneur — et une deuxième table de la loi où sont inscrits les commandements relatifs au prochain : tu ne mentiras pas, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, etc. Comme si, déjà dans Moïse, étaient contenus les deux préceptes de la charité : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Tout est dans tout dans la Bible.

Je voudrais maintenant attirer votre attention sur la fin du chapitre que vous venez d’entendre. « Tout le peuple voyait les éclairs, les coups de tonnerre, la sonnerie du cor et la montagne fumante. Ils dirent à Moïse : Toi, parle-nous et nous écouterons, mais que Dieu ne nous parle pas, car ce serait notre mort. » Et là, je m’arrête et j’explique. Parce qu’il y a quelque chose d’important, donc ouvrez les oreilles pour comprendre la suite du texte et une bonne partie d’ailleurs de la Bible.

Le Décalogue que vous venez d’entendre, c’est Dieu qui l’a dit. Dieu directement. Verset 1 : « Alors Dieu prononça toutes les paroles que voici. » Alors, ce n’est pas très clair si jamais c’est Dieu qui l’a dit directement ou si jamais c’est à travers Moïse, parce que le verset est « Moïse qui parlait ». Mais en tout cas, il y a un sentiment d’immédiateté, de proximité. On a le sentiment que ces Dix Commandements viennent directement de Dieu, ou en tout cas en ce sens qu’ils n’ont pas été touchés, pas altérés.

Réaction du peuple : le peuple voit tout ce spectacle de nuée, de fumée, de coups de tonnerre, de coups de cor, le chofar, l’instrument liturgique, et ils craignent. Ils craignent, ils se tiennent à distance. La crainte de Dieu ici est positive. Elle nous remplit d’admiration. C’est à la fois ce mélange d’effroi et puis d’attraction.

Qu’est-ce qu’ils répondent ensuite ? « Et ils dirent à Moïse : Toi, parle-nous, nous écouterons, mais que Dieu ne nous parle pas, car ce serait notre mort. » Vous avez Dieu qui parle. Vous avez Dieu qui montre sa gloire. Moi, je suis désolé de le dire, mais la gloire de Dieu, elle est vraiment effrayante. On voit des éclairs, on voit de la fumée. Et moi, ce que je veux dire, si jamais il y avait quelque chose que je vais fuir, non seulement il ne le fuit pas, mais on a le sentiment qu’il est même tout proche. Alors, ils ne sont pas dans la nuée, mais en tout cas, ils ont estimé qu’ils étaient à une distance de sécurité raisonnable et qu’ils pouvaient tout simplement contempler le spectacle et en profiter.

Par contre, les paroles de Dieu, les paroles de Dieu à travers le Décalogue, ça, ça introduit un rapport tout de suite de proximité. Parce que quand Dieu parle, quand Moïse parle des Dix Commandements, alors même que ce sont les paroles de Dieu lui-même, la nuée est peut-être loin devant vous, mais la parole, là, elle est dans votre oreille et dans votre âme, ce que dira plus tard le Deutéronome. Cette parole n’est pas loin de toi, elle n’est pas dans les cieux que tu doives la chercher, elle n’est pas en haut de la montagne que tu doives rentrer dans cette nuée qui te fait peur, elle est à l’intérieur de ton cœur.

Et le peuple dit : « Que Dieu ne nous parle pas, car ce serait notre mort. » Ah ! C’est quoi la mort du peuple ? Ce n’est pas la nuée, ce n’est pas cette montagne sainte qui fait peur. La mort du peuple, ce serait pour eux d’accomplir et de pratiquer ces commandements. « Que Dieu ne nous parle pas, ce serait notre mort. » Ça veut dire que là, en fait, à mots couverts, ils sont en train de dire à Moïse que le Décalogue, ils n’en veulent pas — ou en tout cas, pas comme ça.

« Toi, parle-nous et nous écouterons. » Ça veut dire : on va essayer de mettre un intermédiaire qui va nous présenter ces lois qui viennent de Dieu et qui va nous les interpréter, qui va nous montrer comment les adapter, qui va peut-être faire aussi des compromis avec ce que nous sommes. Mais en tout cas, les appliquer telles quelles, ces paroles de commandement qui sortent de la bouche de Dieu, ça, non, on ne veut pas. Et d’ailleurs, dans tout l’Exode après, vous allez avoir plein de détails, etc., mais peut-être que ce n’était pas ce que Dieu avait prévu au départ. Peut-être que là, maintenant, on va rentrer dans l’interprétation humaine et les compromis.

Souvenez-vous, à un moment donné, Jésus dira aux pharisiens : « Si jamais vous avez le droit de divorcer et que Moïse vous l’a autorisé, ce n’est pas parce que Dieu l’avait prévu au départ, c’était à cause de la dureté de cœur. » Eh bien, vous voyez, cette dureté de cœur, c’est l’idée de l’entendre. « Que Dieu ne nous parle pas, ce serait notre mort. » Alors que ce qui serait leur mort, c’est de ne pas rentrer dans la nuée lumineuse qu’ils sont en train de voir. Mais écouter et obéir à ses paroles, c’est censé être la vie. Et ils refusent et demandent tout de suite à Dieu un interprète, plutôt déjà, à mon avis, du côté des compromis qui vont venir.

Alors, vous allez me dire : oui, mais ça, c’est l’interprétation du frère Paul-Adrien. Eh bien, écoutez, pas si sûr, parce que ça va tellement bien marcher dans le Deutéronome et qu’il faudra que Jésus remette un coup de balai pour enlever la poussière que les années d’interprétation auront mise dessus.

Prière

Nous terminons par une prière, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Seigneur, tu nous vois devant toi comme le jeune homme riche, désireux de te suivre, mais effrayés à l’idée de devoir suivre et accomplir tous les commandements avec cette radicalité qui nous vient du ciel lui-même, de la gloire de Dieu. Seigneur, nous te demandons pardon. Nous te demandons de renouveler en nous la ferveur et de croire dans la sainteté. « Soyez saints, car moi je suis saint. » Seigneur, qu’un rayon de ta sainteté vienne jusqu’à nous et nous pardonne nos péchés.

Et vous, que Dieu vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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