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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 35 de l’Exode, où Moïse rassemble les Israélites pour collecter les contributions nécessaires à la construction de la Tente de la Rencontre. Le commentaire explore la signification de cette répétition des descriptions du sanctuaire après l’épisode du veau d’or, traçant un parallèle avec les deux récits de la Création et pointant vers la Transfiguration de Jésus. Le Psaume 13 sert de transition poétique.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Alors, ce veau d’or, ça vous a plu ? Quand même ! Vous voyez, l’avantage de lire la Bible en un an de manière quasiment continue, c’est que tout d’un coup vous avez le texte qui se révèle dans son entièreté et que ça ne vous montre pas quand même tout à fait les mêmes choses.
Ce que nous avons vu quand même la dernière fois, c’était que c’était le visage de Dieu qui était en train de changer et que Dieu semble à la fois exaspéré par son peuple et en même temps plein d’amour pour lui. Avant, on avait surtout le sentiment à la fois d’une certaine forme de puissance, de colère et de grincement de dents devant les limites des hommes depuis le début de l’Exode. Et là, on est passé à l’image d’un père devant son enfant qui est à la fois exaspéré par les bêtises que fait son enfant et en même temps qui ne peut pas s’empêcher de l’aimer.
Souvenez-vous de cette prophétie : « C’est d’Égypte que j’ai appelé mon fils. » Qui sera appliquée à Jésus, et c’est pour ça que Matthieu lui fera faire un détour du côté de l’Égypte. En attendant, ce fils, qui n’est pas encore Jésus, c’est Israël. Le fils de Dieu au niveau collectif, c’est ce peuple.
Lecture : Exode 35
Moïse rassembla toute la communauté des fils d’Israël. Il leur dit : « Voici ce que le Seigneur a ordonné. Pendant six jours, on travaillera, mais le septième jour sera pour vous un jour saint, un sabbat, un sabbat solennel pour le Seigneur. Quiconque travaillera ce jour-là sera mis à mort. Vous n’allumerez aucun feu dans vos maisons le jour du sabbat. »
Moïse s’adressa à toute la communauté des fils d’Israël. Il dit : « Voici ce que le Seigneur a ordonné. Prélevez parmi vous une contribution pour le Seigneur. Tous les hommes que leur cœur y incitera apporteront cette contribution : de l’or, de l’argent et du bronze, de la pourpre violette et de la pourpre rouge, du cramoisi éclatant, du lin fin et du poil de chèvre, des peaux de bélier teintes en rouge, du cuir fin et du bois d’acacia, de l’huile pour le luminaire, du baume pour l’huile d’onction et pour l’encens aromatique, des pierres de cornaline et des pierres pour orner l’éphod et le pectoral.
Et que, parmi vous, tous les artisans habiles viennent et exécutent tout ce que le Seigneur a ordonné : la demeure avec sa tente, sa couverture, ses agrafes, ses cadres, ses traverses, ses colonnes et ses socles, l’arche avec ses barres, le propitiatoire, le rideau, la table avec ses barres, tous ses accessoires et le pain de l’offrande, le chandelier du luminaire avec ses accessoires et ses lampes, l’huile du luminaire, l’autel de l’encens avec ses barres, l’huile d’onction, l’encens aromatique et le voile de l’entrée de la demeure, l’autel de l’holocauste avec sa grille de bronze, ses barres et tous ses accessoires, la cuve avec son support, les toiles du parvis, ses colonnes, ses socles et le voile de la porte du parvis, les piquets de la demeure, les piquets du parvis et leurs cordes, les vêtements liturgiques pour officier dans le sanctuaire, les vêtements sacrés pour Aaron le prêtre et les vêtements que porteront ses fils pour exercer le sacerdoce. »
Toute la communauté des fils d’Israël se retira de devant Moïse. Alors tous les hommes que leur cœur y portait et que leur esprit y incitait vinrent apporter la contribution du Seigneur pour les travaux de la tente de la rencontre, pour tout son service et pour tous les vêtements sacrés.
Les hommes vinrent, aussi bien que les femmes. Tous ceux que leur cœur y incitait apportèrent broches, boucles, anneaux, breloques, tous objets d’or que chacun offrait au Seigneur avec le geste d’élévation. Tous ceux qui possédaient de la pourpre violette, de la pourpre rouge, du cramoisi éclatant, du lin, du poil de chèvre, des peaux de bélier teintes en rouge ou du cuir fin, tout cela en apportèrent. Et tous ceux qui offraient une contribution d’argent et de bronze apportèrent la contribution du Seigneur. Tous ceux qui possédaient du bois d’acacia l’apportèrent pour les travaux du service.
Toutes les femmes habiles filèrent de leurs mains et apportèrent ce qu’elles avaient filé : la pourpre violette et la pourpre rouge, le cramoisi éclatant et le lin. Et toutes les femmes que leur cœur y portait et qui étaient habiles filèrent le poil de chèvre.
Les chefs de la communauté apportèrent les pierres de cornaline et les pierres pour orner l’éphod et le pectoral, ainsi que le baume et l’huile pour le luminaire, l’huile d’onction et l’encens aromatique. Hommes et femmes, tous ceux que leur cœur y incitait apportèrent leur part à tout l’ouvrage que le Seigneur avait commandé par l’intermédiaire de Moïse. Et ainsi, les fils d’Israël apportèrent une offrande volontaire au Seigneur.
Moïse dit aux fils d’Israël : « Voyez, le Seigneur a appelé par son nom Betsaléel, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda. Il l’a rempli de l’esprit de Dieu, de sagesse, d’intelligence, de savoir en toutes sortes d’ouvrages, pour concevoir des œuvres d’art et les réaliser avec l’or, l’argent, le bronze, pour tailler les pierres à sertir, sculpter sur bois et pour exécuter toute œuvre d’art. Il a mis en son cœur le don de transmettre le savoir, comme en celui d’Oholiab, fils d’Ahisamak, de la tribu de Dan. Il a rempli leur cœur de sagesse pour exécuter tout le travail du ciseleur, du brodeur, du brocheur en pourpre violette et en pourpre rouge, en cramoisi éclatant et en lin, ainsi que le travail du tisserand. Ce sont des artisans de toutes sortes, de véritables artistes. »
Commentaire
Mais oui ! On est retourné dedans ! On a vu une description sur plusieurs chapitres de la tenture, avec le chandelier qui devait être en fleurs d’amandier, avec des tentures qui devaient être en lin, en pourpre, en cramoisi, etc. Je trouve ça très beau, quand ça dure un paragraphe, trois paragraphes, et je trouve que c’est très bien. Un chapitre, ok, parce que c’est Dieu quand même. Trois chapitres, à la fin, on se dit : quand est-ce que ça va s’arrêter ?
Alors là, après, on arrive au veau d’or, et on se dit : « Ah bah voilà ! Super ! On est revenu à de l’histoire, à du folklore, à de l’anecdote. » Et voilà que — paf ! — on y retourne ! Et puis là, c’est pour ça que ça me fait marrer, parce qu’il y a les quatre chapitres qui vont arriver, hein ! Les quatre chapitres qui vont arriver.
Alors c’est là où ça devient intéressant. Ces quatre chapitres vont reprendre le premier récit, la première description qu’on avait du sanctuaire. Le but, ce sera de voir les petits déplacements. Vous en avez peut-être déjà senti un : c’est que là, on prenait ça dans l’ordre inverse. Le premier récit, on avait terminé par le sabbat. Et là, on commence par le sabbat. Et je vous avais dit qu’il y avait quelque chose de la Création là-dedans.
Souvenez-vous, vous avez combien de récits créateurs ? Vous avez deux récits créateurs, c’était nos deux premiers épisodes, et qui marchaient en sens inverse. Le premier commençait par le tohu-bohu pour terminer à l’homme, et le deuxième commençait par l’homme qu’on mettait au jardin d’Éden. Et c’est Dieu qui maintenant pointe du doigt là-dessus. Voilà ce qu’il y a au centre de votre religion.
Ce qui vous donnera plus tard cette phrase de Jésus : « Leur cœur est loin de moi, ils m’honorent des lèvres, mais c’est en vain qu’ils prononcent mon nom, car leurs traditions ne sont que des traditions humaines et leurs préceptes des préceptes humains. » La condamnation que Jésus fait des pharisiens, vous l’avez là, en puissance si jamais j’ose dire, parce que là, elle prend des proportions quasi cosmiques.
Alors, oui, on va se retaper — excusez-moi si jamais j’ose le dire comme ça, mais au moins tout le monde me comprendra — on va se retaper ces descriptions de la tente de la rencontre qui sont à la fois extrêmement belles et extrêmement ennuyeuses. C’est un peu comme le grégorien d’ailleurs. Le grégorien, on ne sait pas si jamais c’est beau ou si jamais c’est ennuyeux, c’est les deux en même temps et on ne sait pas ce qui prime.
Mais là, vous sentez quand même que depuis le veau d’or, ça va être difficile d’y croire et ça va être difficile de s’extasier sur tout le symbolisme de cette tente de la rencontre. Si jamais je puis dire : the thrill is gone, l’ambiance n’y est plus. Et que cette fois-ci, cette répétition de décors, de symbolisme, etc., participe à cette cruauté de Dieu qui continue de se moquer de nous en mettant le doigt sur ce qui fait mal. « Ah ben, les voilà tes ors qui permettent de m’honorer. Les voilà tes fines broderies avec tout ton symbolisme. Les voilà tes chasubles, tes calices dorés. Ah ben, c’est sûr que ça reprend toute la Création et toute l’histoire sainte. N’empêche qu’en attendant, au milieu, c’est le veau d’or. »
Et pour qu’on comprenne bien — parce qu’en fait, vous allez peut-être avoir l’impression que là, je dis du mal de la religion et qu’un prêtre ne va pas quand même scier la branche sur laquelle il est assis — mais Dieu, vous avez dit, comment échapper à cela ? Vous savez que tout autour du Sinaï, cette montagne sainte qui fumait et qui brûlait de la sainteté de Dieu, les Israélites avaient mis comme des piquets pour pas trop s’approcher. Ça, ces piquets-là, ça devait être la loi, le Décalogue. Vous vouliez faire un acte parfait, c’était le Décalogue.
Donc en attendant, on en est déjà après des compromis, après une redite du Décalogue : « Revenez à ma loi. Vous voulez contempler ma face ? Commencez par écouter ma parole. Et si vous écoutez ma parole et que vous la mettez en pratique, alors là, vous contemplerez quelque chose de ma gloire qui fera que même votre visage sera transfiguré. »
Et vous voyez comment est-ce qu’ici, en fait, vous êtes sur une autre montagne. Vous n’êtes pas au mont Sinaï, vous êtes au mont Thabor. Alors, la Transfiguration de Jésus, c’est là où tout sera accompli. Je vous avais dit qu’il y avait une petite ambiguïté dans Moïse. C’est en Jésus qu’elle sera levée. Le culte parfait, la transfiguration parfaite, l’accomplissement de la loi sur une montagne où Dieu révèle sa gloire, la nuée, la voix, et puis tout le monde qui tombe par terre de peur — Pierre, Jacques et Jean — la Transfiguration. « Aimez Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toute votre force. Aimez votre prochain comme vous-même. » Et là, vous aurez accompli l’acte parfait d’adoration. Et c’est ça ce qu’il y a dans le Saint des Saints, dans cette tente de la rencontre qui, pour l’instant, est remplie du veau d’or, mais que je voulais mettre au milieu de vous.
Donc, transition poétique, on remet un psaume, et puis ensuite on repart sur la description de la tente de la rencontre. Ce sera votre pénitence à cause du veau d’or. Et puis on essaiera quand même par indulgence, parce que c’est ça aussi la miséricorde pastorale, de rendre cette répétition la moins fastidieuse possible, en essayant quand même, pour ce que ça vaut, d’expliciter les symboles.
Psaume 13
Dans son cœur, le fou déclare : « Pas de Dieu ! » Tout est corrompu, abominable, pas un homme de bien.
Des cieux, le Seigneur se penche vers les fils d’Adam, pour voir s’il en est un de sensé, un qui cherche Dieu.
Tous ils sont dévoyés, tous ensemble pervertis, pas un homme de bien, pas même un seul.
N’ont-ils donc pas compris, ces gens qui font le mal ? Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple. Jamais ils n’invoquent le Seigneur.
Et voilà qu’ils se sont mis à trembler, car Dieu accompagne les justes. Vous riez des projets du malheureux, mais le Seigneur est son refuge.
Qui fera venir de Sion la délivrance d’Israël ? Quand le Seigneur ramènera les déportés de son peuple, quelle fête en Jacob ! En Israël, quelle joie !
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