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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 6 du livre des Nombres, le frère Paul-Adrien lit la loi du naziréat — ce vœu de consécration particulière à Dieu — ainsi que la bénédiction sacerdotale d’Aaron. En commentaire, il explique comment les trois cas particuliers (le lépreux, la femme adultère et le nazir) forment une progression dans l’appartenance, la pratique religieuse et l’épreuve, préfigurant la vie religieuse jusqu’à nos jours.
Introduction
Livre des Nombres, chapitre 6. Nous sommes toujours dans le cœur des premiers chapitres. Nous continuons les cas particuliers : il y avait le lépreux, il y avait la femme adultère. Autre cas particulier, il y a le naziréat. Alors en commentaire, je vous expliquerai pourquoi le lépreux, la femme adultère et le naziréat sont le cœur et pourquoi ils sont si importants dans ces premiers chapitres.
En attendant, juste pour introduire à la lecture : le naziréat, là vous pouvez penser à Samson, et peut-être même vous pouvez penser à Jean le Baptiste quand vous entendrez ce passage. Samson, Jean le Baptiste, c’étaient deux nazirs. Ça vous rendra peut-être ce passage plus illustré dans votre tête.
Lecture : Nombres 6
Le Seigneur parla à Moïse, et il dit : « Parle aux fils d’Israël. Tu leur diras : Quand un homme ou une femme fait un vœu particulier, le vœu de naziréat par lequel il se voue au Seigneur, il s’abstiendra de vin et de boissons fortes. Il ne boira ni vinaigre de vin, ni vinaigre d’alcool. Il ne boira aucun jus de raisin. Il ne mangera ni raisin frais, ni raisin sec. Tous les jours de son naziréat, il ne mangera aucun produit de la vigne, même pas les pépins ou la peau.
Tous les jours de son vœu de naziréat, le rasoir ne passera pas sur sa tête. Jusqu’à la fin de cette période de naziréat, il sera saint pour le Seigneur. Il laissera pousser librement sa chevelure.
Tous les jours de son naziréat pour le Seigneur, il n’approchera d’aucun mort. Père ou mère, frère ou sœur, pour aucun d’eux, à leur mort, il ne se rendra impur, car il porte sur la tête le signe de la consécration à son Dieu. Tous les jours de son naziréat, il sera saint pour le Seigneur.
Si quelqu’un meurt subitement près de lui, rendant ainsi impure sa tête sanctifiée par le naziréat, il se rasera la tête le jour de sa purification. Et le septième jour, il la rasera. Le huitième jour, il apportera deux tourterelles ou deux jeunes colombes au prêtre, à l’entrée de la tente de la rencontre. Le prêtre offrira l’une en sacrifice pour la faute, l’autre en holocauste. Il fera sur le naziréen le rite d’expiation de la faute que celui-ci aura commise en touchant un mort. Et ce jour-là, le naziréen sanctifiera de nouveau sa tête. Le naziréen reconsacrera au Seigneur le temps de son naziréat et amènera un agneau de l’année pour le sacrifice de réparation. Les jours précédents ne comptent pas, puisque son naziréat était devenu impur.
Et voici la loi concernant le naziréen. Le jour où se termine son naziréat, on le conduira à l’entrée de la tente de la rencontre. Il apportera au Seigneur son présent réservé : un agneau de l’année sans défaut pour l’holocauste, une agnelle de l’année sans défaut pour le sacrifice pour la faute, et un bélier sans défaut pour le sacrifice de paix, ainsi qu’une corbeille de pain sans levain fait de fleur de farine, des gâteaux pétris à l’huile et des galettes sans levain frottées d’huile, ainsi que l’offrande de céréales et les libations requises.
Le prêtre les apportera devant le Seigneur et il accomplira son sacrifice pour la faute et son holocauste. Quant au bélier, il l’offrira en sacrifice de paix pour le Seigneur, en plus de la corbeille de pain sans levain. Puis il fera l’offrande de céréales et la libation requises.
Alors, à l’entrée de la tente de la rencontre, le naziréen se rasera la tête de son naziréat. Il prendra la chevelure de sa tête et la posera sur le feu où se consomme le sacrifice de paix. Le prêtre prendra l’épaule du bélier quand elle sera cuite, un gâteau sans levain dans la corbeille et une galette sans levain. Il les posera sur les paumes du naziréen, après que celui-ci ait rasé la tête de son naziréat. Puis le prêtre les présentera au Seigneur avec le geste d’élévation. C’est une chose sainte qui reviendra au prêtre, en plus de la poitrine présentée avec le geste d’élévation et du cuisseau prélevé. Ensuite, le naziréen boira du vin.
Telle est la loi du naziréen qui a fait son vœu. Tel est le présent qu’il réserve au Seigneur à l’occasion de son naziréat, sans tenir compte de ce que ses moyens lui permettraient d’ajouter. Selon le vœu qu’il a prononcé, ainsi fera-t-il, selon la loi de son naziréat. »
Le Seigneur parla à Moïse, il dit : « Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras : Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël :
Que le Seigneur te bénisse et te garde. Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce. Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix.
Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël, et moi je les bénirai. »
Commentaire
Première fois que l’on mentionne le naziréat dans l’Ancien Testament. Et on commence par vous donner le cadre théorique, et ensuite vous aurez Samson, le grand nazir, Jean-Baptiste comme je le disais, et Jésus, que l’on appelait le Nazoréen, avec un petit jeu de mots entre Nazareth et nazir, et puis peut-être aussi saint Paul, que l’on verra dans les Actes des Apôtres se raser les cheveux pour accomplir un vœu personnel. Et il y a quelque chose de ça dans le naziréat. Donc cette page que vous venez d’entendre, en fait, vous amène jusqu’à Jésus et au Nouveau Testament.
Là, on vous a décrit les différents types de sacrifices qu’il devait faire, on vous a aussi parlé de ses cheveux qui ne devaient pas se raser, ce qui est l’aspect le plus folklorique, si on peut dire, du naziréat. Je ne vais pas en parler maintenant, parce que ça, on en parlera plus tard, avec Samson, évidemment. On ne vous dit pas non plus quels sont les vœux qui ont été prononcés. Ces vœux qui ont été prononcés, l’Église, plus tard, les interprétera à la lumière de Jésus comme le vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Ce qui veut dire donc, d’ailleurs, que le naziréat ne s’arrête pas ni avec Jésus ni avec saint Paul, mais continue de nos jours encore avec la vie religieuse. Les moines et les moniales, la tonsure des moines, elle vient d’où ? Elle vient du naziréat et de cette histoire de cheveux bizarres à donner ou à ne pas donner.
En attendant, on a intercalé dans notre bel ordonnancement militaire trois cas particuliers. On a eu le lépreux, puis ensuite on a eu la femme adultère et maintenant on a le naziréat, et on se dit : mais c’est quand même curieux cette affaire, qu’est-ce que ça vient faire là d’un point de vue narratif ?
Alors, par exemple, on pourrait se dire que ça montre différents niveaux d’appartenance. À travers la question du lépreux, c’est la question de l’appartenance communautaire qui est posée : qui va pouvoir vivre dans le camp ou pas. À travers la question de l’adultère, de la femme, c’est la question de la fidélité conjugale. Encore une autre forme d’appartenance : la femme qui appartient à son mari, le mari qui appartient à la femme. Et à travers le naziréat, c’est une forme encore plus haute d’appartenance, cette fois-ci, à Dieu. Il y a peut-être une progression, chaque fois un niveau plus d’engagement envers Dieu : la communauté, l’espace conjugal, et puis ensuite l’espace religieux proprement dit.
Ensuite, à travers ces trois personnes — lépreux, femme adultère et naziréat — vous avez aussi trois formes de pratiques religieuses qui sont décrites. Avec le lépreux, c’est une pratique de purification, les rituels de purification. Avec la femme adultère, c’est un rite de jugement, l’ordalie. Et avec le naziréat, c’est un rite de sacrifice. Et peut-être là encore, il y a une progression. Derrière, vous avez trois manières d’utiliser la religion. Pour les personnes scrupuleuses, une manière de se mettre en règle avec les questions de purification. Pour respecter ensuite, avec cette femme adultère, la question des devoirs d’état, du pardon, de la réconciliation, de la fidélité aux engagements. Et peut-être avec le naziréat, cette forme de générosité, ce qui est de l’ordre du surplus et du don de soi volontaire.
Peut-être aussi trois formes d’épreuves. Le lépreux, la femme adultère et le nazir, ils subissent tous les trois des épreuves. Le lépreux est mis à l’épreuve de l’exclusion. L’adultère est mise à l’épreuve de la vérité. Et le nazir est mis à l’épreuve de la discipline.
Et là, en fait, tout ce que je viens de vous dire, ça nous permet de nous remettre dans le mouvement d’ensemble du livre des Nombres. On a parlé d’une armée, on a parlé des lévites, on a parlé des chefs, on a parlé des bannières, des campements, on a parlé de l’ordonnancement de tout ça. Peut-être qu’il serait temps aussi de parler des soldats. Et à travers la figure du lépreux, de la femme adultère et du nazir, vous avez peut-être trois figures de soldats, de progression. Soldats de deuxième classe, soldats de première classe, et puis soldats de forces spéciales. Trois manières de s’entraîner au combat de Dieu. La vérité, la discipline. Trois manières aussi de pratiquer la religion : la purification, le jugement, l’offrande volontaire. Trois manières d’appartenir à l’autre : à travers la communauté, à travers la famille, à Dieu lui-même.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, nous te demandons d’être d’humbles soldats de Dieu et, là où nous sommes, de pouvoir participer à ton œuvre de lumière, de pouvoir nous aussi combattre le mal, de pouvoir nous aussi, Seigneur, faire le bien autour de nous.
Nous te demandons, Seigneur, comme le lépreux, d’être purifiés de notre péché. Nous te demandons, Seigneur, comme cette femme, de pouvoir être fidèles à nos engagements, les devoirs d’état dans nos familles, l’amour que nous devons pour notre femme, pour nos enfants, pour notre mari, l’humble service quotidien.
Nous te demandons, Seigneur, de venir bénir notre générosité quand nous voulons te donner plus et encore plus, comme le nazir qui fait le don libre de sa vie. Seigneur, viens nous bénir tout entier dans nos défauts comme dans nos qualités, dans notre péché comme dans notre générosité. Et Seigneur, accepte-nous tels que nous sommes. À défaut d’être des super-héros, nous voulons, Seigneur, nous aussi, participer à ta bataille. Telle est notre vocation, Seigneur, et c’est toi qui nous as faits. Tel est notre désir et telle est notre dignité.
Et vous, que le Seigneur vous bénisse et vous garde, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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