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Résumé : Dans cet épisode consacré à Nombres 12, le frère Paul-Adrien commente la rébellion de Myriam et Aaron contre Moïse. Dieu intervient pour défendre son serviteur, révélant le statut unique de Moïse comme celui à qui il parle « de vive voix, dans une vision claire ». Myriam, instigatrice de la contestation, est frappée de lèpre avant d’être réintégrée après sept jours d’exclusion. L’épisode se conclut avec le Psaume 24.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

On va arriver au passage le plus crucial du livre des Nombres. Ce sera dans notre deuxième épisode, donc préparez-vous. Un petit chapitre avant d’y aller.

Alors, juste avant là, parce que comme c’est crucial, je resitue bien le contexte, comme ça vous serez attentifs à cette espèce de longue montée en puissance. Je resitue un tout petit peu le passage. Nombres 10, le peuple était parti en fanfare. Nombres 11, le peuple a râlé et s’est pris la colère de Dieu contre lui. Nombres 10, c’était tourné vers le futur et la terre promise. Nombres 11, nous étions tournés vers le passé et vers l’Égypte. Nombres 10, vous aviez Dieu qui parlait avec Moïse et qui promettait la bénédiction et la défense. Nombres 11, c’est le peuple qui parle et qui murmure. Et cette fois-ci, c’est Dieu qui détruit.

Vous avez vu les premières fissures qui apparaissaient non seulement dans le peuple, mais aussi dans le personnage de Moïse. Nous continuons sur la même lancée. Nous allons scruter dans l’épisode qui vient, Nombres chapitre 12, le personnage de Moïse et ses fissures. Une fois que nous en aurons parlé, on va continuer notre marche pour arriver jusqu’à la gloire de la terre promise. Ce sera notre deuxième épisode à venir de la journée, le passage le plus important du livre des Nombres. Donc aujourd’hui, grosse journée, on y va.

Lecture : Nombres 12

Parce que Moïse avait épousé une femme éthiopienne, sa sœur Myriam et son frère Aaron se mirent à le critiquer.

Ils disaient : « Le Seigneur parle-t-il uniquement par Moïse ? Ne parle-t-il pas aussi par nous ? »

Le Seigneur entendit.

Or, Moïse était très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté.

Soudain, le Seigneur dit à Moïse, à Aaron et à Myriam : « Sortez tous les trois pour aller à la tente de la rencontre. »

Ils sortirent tous les trois.

Le Seigneur descendit dans la colonne de nuée et s’arrêta à l’entrée de la tente. Il appela Aaron et Myriam. Tous deux s’avancèrent et il leur dit :

« Écoutez bien mes paroles. Quand il y a parmi vous un prophète du Seigneur, je me fais connaître à lui dans une vision. Je lui parle dans un songe. Mais il n’en est pas ainsi pour mon serviteur Moïse, lui qui, dans toute ma maison, est digne de confiance. C’est de vive voix que je lui parle, dans une vision claire et non pas en énigme. Ce qu’il regarde, c’est la forme même du Seigneur. Pourquoi avez-vous osé critiquer mon serviteur Moïse ? »

La colère du Seigneur s’enflamma contre eux et puis il s’en alla.

La nuée s’éloigna de la tente. Et voici, Myriam était couverte d’une lèpre blanche comme de la neige.

Aaron se tourna vers elle et voici qu’elle était lépreuse. Il dit alors à Moïse : « Moïse, je t’en supplie, mon Seigneur, ne fais pas retomber sur nous ce péché que nous avons eu la folie de commettre, que Myriam ne soit pas comme l’enfant mort-né dont la chair est à demi rongée lorsqu’il sort du sein de sa mère. »

Moïse cria vers le Seigneur : « Dieu, je t’en prie, guéris-la ! »

Mais le Seigneur dit à Moïse : « Si son père lui crachait au visage, n’aurait-elle pas honte pendant sept jours ? Qu’elle soit donc exclue du camp pendant sept jours, après quoi elle sera réintégrée. »

Myriam fut donc exclue du camp pendant sept jours et le peuple ne leva pas le camp avant qu’elle ne soit réintégrée.

Ensuite, le peuple partit de Hacéroth et ils campèrent dans le désert de Paran.

Commentaire

Étonnant comme chapitre ! Je vous avais parlé de Moïse qui avait un statut particulier même s’il n’était pas toujours très juste dans sa manière de répondre à Dieu. Il n’empêche que Moïse reste Moïse, le plus grand des serviteurs, et que Dieu n’acceptera pas qu’on remette impunément son rôle en cause. Surviennent alors la jalousie de Myriam et Aaron qui se mettent à le critiquer. Et ça, Dieu ne le laissera pas passer.

L’excuse formelle est cette histoire de femme étrangère avec laquelle il s’est marié. Oui, mais voilà, ce n’est pas comme si on venait de l’apprendre. Alors pourquoi maintenant se met-on à critiquer Moïse ? Eh bien, ça vient probablement de l’incident précédent dans lequel il y a eu la colère de Dieu, que Moïse n’a pas pu empêcher. Et il y a eu aussi ces deux sages, ces deux anciens, qui se sont mis à prophétiser en dehors du camp et en dehors de la présence de Moïse. Aaron et Myriam ont vu cela et ont dû se dire : c’est notre chance, tentons-la maintenant. Je vous cite : « Le Seigneur parle-t-il uniquement par Moïse ? Ne parle-t-il pas aussi par nous ? » Peut-être. Il n’empêche que c’est à Moïse et à Moïse seul que Dieu a donné des paroles pour tout le peuple. Donc, remettons l’église au milieu du village et Moïse au milieu de la Torah.

Moïse n’est peut-être pas parfait dans sa manière de répondre à Dieu, dans sa manière peut-être un peu trop rapide de prendre sa place. Il n’empêche que le narrateur dit, et nous avons toutes les raisons de le croire, que Moïse reste quand même l’homme le plus humble de la terre. Dans le livre de l’Exode, la première fois qu’il avait rencontré Dieu, on nous avait dit de Moïse qu’il avait des difficultés à parler et la tradition dit de lui qu’il était bègue. Et ce n’est pas parce qu’il était bègue avec une incapacité à parler qu’il avait demandé à Dieu qu’Aaron vienne l’aider. « Qui suis-je, moi, pour que le peuple m’écoute ? » Peut-être viendrait-elle de là, son humilité, à moins qu’il ne faille la remonter dans le chapitre que nous avions vu juste à l’instant, quand Moïse parlait à Josué et qu’il avait dit : « Josué, serais-tu jaloux de moi ? Ah, si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! »

Donc, Moïse s’énerve peut-être un peu trop facilement dans ses prières. Il parle peut-être de manière un peu trop familière aussi avec Dieu, il n’empêche qu’il n’est pas jaloux de son autorité et n’agit pas non plus à la manière d’un despote. Il y a quelques petites fissures en lui, mais pas suffisamment pour oublier de voir le bloc de marbre dans lequel son caractère est taillé.

Et d’ailleurs, voici la réponse de Dieu. « Écoutez bien mes paroles. Quand il y a parmi vous un prophète du Seigneur — donc ça, ça veut dire que Dieu reconnaît bien qu’il n’y a pas que Moïse comme prophète — je me fais connaître à lui dans une vision, je lui parle dans un songe. » Ça, c’est ce qu’on pourrait appeler la mystique ordinaire. « Mais il n’en est pas ainsi pour mon serviteur Moïse, lui qui dans toute ma maison est digne de confiance. » Ça, ça veut dire que c’est Dieu qui lui a donné une autorité sur toute sa maison. Il est l’intendant fidèle que Dieu a établi sur les biens de sa maison, pour reprendre le vocable du Nouveau Testament. Il est comme Joseph que le Pharaon a établi sur toute l’Égypte, comme Adam que Dieu a établi sur toute la création. Enfin, c’est pas rien quoi.

Et pourquoi cela ? Parce qu’il est humble et que « c’est de vive voix que je lui parle, dans une vision claire et non pas par énigme. Ce qu’il regarde, c’est la forme même du Seigneur. » Même pour être au plus près du texte : ce qu’il regarde, c’est l’image de Dieu. L’image de Dieu, c’est quoi ? C’est l’homme. « Homme et femme, il les créa à son image. » Ce que Moïse a vu en haut du mont Sinaï, c’est l’homme parfait. C’est Jésus. Jésus qu’il a retransmis comme il pouvait à travers le Décalogue. C’est pas rien quand même. Eh oui, c’est ça Moïse. Alors n’allez pas le critiquer trop vite.

Voilà ce que rappelle Dieu. Voilà ce que dira la lettre aux Hébreux commentant exactement ce passage, Nombres 12 : « Moïse a été fidèle dans toute la maison de Dieu comme serviteur pour rendre témoignage de ce qui devait être annoncé. » Il a témoigné du Christ à travers le Décalogue. Et un jour, le Christ viendra qui le surpassera, comme continue la lettre aux Hébreux. Mais pour l’instant, rappelle Dieu dans sa réponse à Aaron et à Myriam, on n’y est pas encore, alors calmez-vous.

Du coup, Dieu punit Myriam. Alors je vous vois venir tout de suite. C’est pas juste. Pourquoi Myriam a été punie et Myriam seule ? Il y a peut-être une raison, parce que vous imaginez bien qu’une question comme ça n’est pas passée à travers la loupe des rabbins et des spécialistes de la Bible. La raison semble être que Myriam serait l’instigatrice de la rébellion. C’est peut-être pas évident, évident quand on l’a lue, mais quand on fait un détour du côté hébreu, ça devient plus clair. Dans le texte hébreu, le verbe utilisé pour « parler contre Moïse » est au féminin singulier, ce qui voudrait donc dire que c’est Myriam qui a été l’instigatrice de la faute et Aaron, une fois de plus, n’a pas été loin pour suivre derrière, comme c’était déjà le cas pour le veau d’or.

Mais la première coupable reste Myriam, qui donc se voit punie de la lèpre. La lèpre, ça veut dire qu’il va y avoir une purification nécessaire et que ici, ce que l’on suggère, c’est que c’est la faute de la langue, la médisance, qui a rendu Myriam impur. Et là, pour le coup, on bascule de l’Ancien au Nouveau Testament encore, avec Jésus qui vous dira : « Ce n’est pas ce que vous mangez qui vous rend impur, mais c’est ce que vous dites, c’est ce qui sort de votre bouche. » Paroles, médisances, impuretés, rixes, voilà ce qui rend l’homme impur.

Je vous propose maintenant une transition poétique avec notre psaume, comme à notre habitude. Vous ferez cependant attention à la chose suivante. Le chapitre que nous venons d’entendre était court et je l’ai commenté longuement. Je l’ai commenté longuement parce que sinon, je pense qu’il y aurait des petites choses que vous n’auriez pas bien comprises, parce qu’en fait, moi, ce que je vous dis, c’est parce que j’ai mes livres et mes années d’études devant moi. Quand on découvre ça pour la première fois, on n’arrive pas à voir toutes ces subtilités, donc probablement que vous seriez passés à côté et vous seriez sortis de là en vous disant : c’est quoi cette histoire ? Encore un chapitre bizarre. Donc, je vous l’ai expliqué et vous voyez derrière tous les enjeux qu’il y a, beaucoup plus importants qu’il n’y paraît.

Les prochains chapitres, eux, je ne vais pas les commenter. Je ne vais pas les commenter alors qu’ils sont plus importants. Ils sont plus importants, peut-être même, d’ailleurs, ça va être le passage clé où tout va pivoter dans les Nombres. Donc là, je vous le dis pour attirer votre attention. Le prochain épisode, c’est le passage clé. Je vous en parle déjà un petit peu maintenant pour que vous soyez prêts quand ça va arriver. Je le redis. Enfin, voilà, écoutez-moi bien. Les deux prochains chapitres, ce sont les chapitres bascules, cruciaux, charnières, importants, centraux, enfin bref, vous avez compris, de tout le livre des Nombres. Donc, s’il vous plaît, mettez votre lassitude de côté. Et préparez-vous !

Bon, et maintenant, transition poétique.

Psaume 24

Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme. Vers toi, mon Dieu, je m’appuie sur toi. Épargne-moi la honte. Ne laisse pas triompher mon ennemi.

Pour qui espère en toi, pas de honte, mais honte et déception pour qui trahit.

Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. C’est toi que j’espère tout le jour en raison de ta bonté, Seigneur.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours. Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse. Dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur, lui qui montre aux pécheurs le chemin. Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles son chemin.

Les voies du Seigneur sont amour et vérité pour qui veille à son alliance et à ses lois. À cause de ton nom, Seigneur, pardonne ma faute, elle est grande.

Est-il un homme qui craigne le Seigneur ? Dieu lui montre le chemin qu’il doit prendre. Son âme habitera le bonheur, ses descendants posséderont la terre.

Le secret du Seigneur est pour ceux qui le craignent, à ceux-là, il fait connaître son alliance.

J’ai les yeux tournés vers le Seigneur, il tirera mes pieds du filet.

Regarde et prends pitié de moi, de moi qui suis seul et misérable. L’angoisse grandit dans mon cœur, tire-moi de ma détresse.

Vois ma misère et ma peine, enlève tous mes péchés. Vois mes ennemis si nombreux, la haine violente qu’ils me portent.

Garde mon âme, délivre-moi. Je m’abrite en toi, épargne-moi la honte. Droiture et perfection, veille sur moi, sur moi qui t’espère.

Libère, ô mon Dieu, Israël de toutes ses angoisses.


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