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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit et commente le chapitre 11 du livre des Nombres, où le peuple d’Israël, à peine mis en marche, se plaint de la manne et réclame la nourriture d’Égypte. Moïse lui-même craque sous le poids de sa charge et interpelle Dieu avec amertume. Dieu répond en instituant les soixante-dix anciens et en envoyant des cailles en surabondance, révélant que le vrai problème n’est ni la nourriture ni le chef, mais l’insatisfaction du cœur humain.

Introduction

Extraordinaire ce passage, donc je ne dis rien, je me tais, je vous laisse l’écouter. Nombres 11 : le peuple qui vient de se mettre en marche en grande fanfare et qui s’apprête à envahir la terre promise. Ça donne quoi ? Voilà ce que ça donne.

Lecture : Nombres 11

Or le peuple se répandit en plaintes qui arrivèrent aux oreilles du Seigneur. Cela lui déplut.

Quand il l’entendit, sa colère s’enflamma, le feu du Seigneur s’alluma contre eux et dévora une extrémité du camp.

Alors le peuple cria vers Moïse. Moïse intercéda auprès du Seigneur et le feu s’apaisa.

On appela ce lieu Tabéra, c’est-à-dire « incendie », car le feu du Seigneur s’y était allumé contre eux.

Il y avait un ramassis de gens qui étaient mêlés au peuple. Ceux-ci furent saisis de convoitises, et même les fils d’Israël se remirent à pleurer :

« Ah ! qui donc nous donnera de la viande à manger ? Nous nous rappelons encore le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, et les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail. Maintenant notre gorge est desséchée. Nous ne voyons jamais rien que la manne. »

La manne était comme des grains de coriandre. Elle ressemblait à de l’ambre jaune.

Le peuple se dispersait pour la recueillir, puis on la broyait sous la meule ou on l’écrasait au pilon. Enfin on la cuisait dans la marmite et on en faisait des galettes. Elle avait le goût d’une friandise à l’huile.

Lorsque pendant la nuit la rosée descendait sur le camp, la manne descendait sur elle.

Moïse entendit pleurer le peuple, groupé par clans, chacun à l’entrée de sa tente. Le Seigneur s’enflamma d’une grande colère. Cela déplut à Moïse et il dit au Seigneur :

« Pourquoi traiter si mal ton serviteur ? Pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, que tu m’aies imposé le fardeau de tout ce peuple ?

Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple ? Est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : comme on porte un nourrisson, porte ce peuple dans tes bras jusqu’au pays que j’ai juré de donner à tes pères ?

Où puis-je trouver de la viande pour en donner à tout ce peuple, quand ils viennent pleurer près de moi en disant : donne-nous de la viande à manger ?

Je ne puis à moi seul porter tout ce peuple. C’est trop lourd pour moi.

Si c’est ainsi que tu me traites, tue-moi donc, oui, tue-moi, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, que je ne voie pas mon malheur. »

Le Seigneur dit alors à Moïse :

« Rassemble-moi soixante-dix hommes parmi les anciens d’Israël, connus par toi comme des anciens et des scribes du peuple. Tu les amèneras à la tente de la Rencontre où ils se présenteront avec toi.

Là, je descendrai pour te parler et je prendrai une part de l’esprit qui est sur toi pour le mettre sur eux. Ainsi, ils porteront avec toi le fardeau de ce peuple et tu ne seras plus seul à le porter.

Au peuple, tu diras : sanctifiez-vous pour demain et vous mangerez de la viande, car les oreilles du Seigneur ont entendu vos pleurs quand vous disiez : qui nous donnera de la viande à manger ? Comme nous étions bien en Égypte !

Eh bien, le Seigneur vous donnera de la viande et vous en mangerez. Vous n’en mangerez pas seulement un jour, deux jours, cinq jours, dix jours, vingt jours, mais tout un mois, jusqu’à ce qu’elle vous sorte par le nez et que vous en ayez la nausée.

Tout cela parce que vous avez rejeté le Seigneur qui est au milieu de vous et que vous avez pleuré devant lui en disant : pourquoi sommes-nous donc partis d’Égypte ? »

Moïse répliqua : « Le peuple au milieu duquel je suis compte six cent mille hommes à pied, et toi, tu dis : je leur donnerai de la viande et ils en mangeront pendant tout un mois ! Égorgera-t-on pour eux du petit ou du gros bétail, et cela leur suffirait-il ? Tous les poissons de la mer, si on pouvait les ramasser pour eux, cela leur suffirait-il ? »

Et le Seigneur dit à Moïse : « La main du Seigneur serait-elle trop courte ? Maintenant tu vas voir si ma parole se réalise pour toi, oui ou non. »

Moïse sortit pour transmettre au peuple les paroles du Seigneur. Puis il réunit soixante-dix hommes parmi les anciens du peuple et les plaça autour de la tente.

Le Seigneur descendit dans la nuée pour parler avec Moïse. Il prit une part de l’Esprit qui reposait sur celui-ci et le mit sur les soixante-dix anciens. Dès que l’Esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas.

Or, deux hommes étaient restés dans le camp. L’un s’appelait Eldad et l’autre Médad. L’Esprit reposa sur eux. Eux aussi avaient été choisis, mais ils ne s’étaient pas rendus à la tente, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser.

Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! »

Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! »

Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah, si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux ! »

Puis Moïse se retira dans le camp, et avec lui les anciens d’Israël.

Envoyé par le Seigneur, le vent se leva. Depuis la mer, il amena des cailles, il les abattit sur le camp et tout autour du camp, sur une largeur d’une journée de marche à peu près. Elles couvraient la surface du sol sur deux coudées d’épaisseur environ.

Le peuple resta debout tout ce jour-là, toute la nuit et toute la journée du lendemain. Ils ramassèrent les cailles. Celui qui en eut le moins en ramassa dix grandes mesures. Ils prirent beaucoup de temps pour les étaler tout autour du camp.

La viande était encore entre leurs dents. Ils n’avaient pas fini de la mâcher que déjà la colère du Seigneur s’enflammait contre le peuple et qu’il frappait le peuple. Il le frappa d’un très grand coup.

On appela donc ce lieu Kibroth-ha-Taava, c’est-à-dire « tombeau de la convoitise », car c’est là qu’on enterra la foule de ceux qui avaient été pris de convoitise.

De Kibroth-ha-Taava, le peuple partit pour Hacéroth, et il resta à Hacéroth.

Commentaire

Vous venez d’entendre une page compte triple dans la Bible. Et celle-là, je peux vous dire qu’on s’en souviendra longtemps. L’idylle aura duré trois jours. Et vous avez entendu, au début et à la fin de notre épisode, comment la colère de Dieu s’était enflammée pour frapper le peuple.

Alors vous vous êtes peut-être dit : mais elle sort d’où, cette colère de Dieu qui, comme ça, sans prévenir, juste parce qu’il y a un peu de murmures, arrive, s’enflamme et frappe le peuple ? Souvenez-vous de ce qu’on avait dit. Quand on a décrit notre armée, on l’a décrite comme un vaisseau spatial qui, avant son cœur, a un réacteur nucléaire. Et ce n’est pas faute d’avoir dit que ce réacteur nucléaire, il était fragile et qu’il fallait faire gaffe. On a quand même mis neuf chapitres pour mettre en place toutes les procédures de sécurité.

Et là, qu’est-ce qui se passe ? Eh bien, vous avez une fissure. Et à travers la fissure, la sainteté de Dieu, comme mal contenue, s’est échappée. En s’échappant, ça devient la colère de Dieu, parce que la sainteté de Dieu est tellement transcendante qu’elle brûle tout, elle embrase tout. La colère de Dieu, c’est sa sainteté qu’on n’arrive plus à gérer. Et là, elle s’est échappée des fissures de la tente de la Rencontre, comme vous pouvez avoir des bouffées radioactives qui s’échappent des brèches d’une centrale nucléaire.

Alors, faisons bien notre boulot. Explorons la fissure qui s’est introduite dans ce réacteur nucléaire. Cette fissure, c’est le peuple qui râle. Le syndrome de Stockholm où vous avez maintenant les Hébreux qui se mettent à adorer la cuisine égyptienne : « Nous nous rappelons encore le poisson, les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail. » Et à la place de ça, on a de la manne.

Alors, ce n’est pas qu’ils refusent d’obéir à Dieu. Ils sont contents de la manger, la manne. C’est qu’ils en ont marre. Dans l’Exode, quand ils avaient vu la manne pour la première fois, les Hébreux avaient dit : « Mais qu’est-ce que c’est ? » — « manne » — une sorte de cri d’admiration et d’étonnement. Et là, ça devient : « On ne voit plus que cela. » Dans l’Exode, on pouvait la manger directement nature et elle avait un goût merveilleux. Et là, il faut la cuire, il faut l’écraser. Elle a le goût de gâteau à l’huile. Et les gâteaux à l’huile, ce n’est pas terrible quand même.

Et les Israélites ? Ils murmurent. Et le texte radicalise ces murmures. Parce que dedans, vous avez à la fois la lassitude du peuple qui s’exprime, les problèmes d’intendance et de nourriture qui refont surface, et les critiques de la manière dont ce peuple est gouverné par Moïse. Bref, il n’y a rien qui va.

Et le verset 4 vous disait : « Il y avait en fait un ramassis de gens qui s’étaient mêlés au peuple. » Et ça, ça veut dire que cette somptueuse parade qu’on avait vue dans les chapitres précédents, eh bien ça ne voulait pas dire grand-chose. La valeur d’une armée, ça se voit sur le champ de bataille, pas quand on défile devant le général.

Et regardez la réponse de Moïse. Parce que ça aussi, ça mérite d’être dit. Moïse commence par dire : « Pourquoi traiter si mal ton serviteur ? » Donc là, il est en train d’accuser Dieu. Il est en train de dire que tout ça, c’est la faute de Dieu. À travers le peuple, il a l’impression que c’est Dieu qui l’accuse et qui le traite mal. Il continue ensuite en disant : « Pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, que tu m’aies imposé le fardeau de tout ce peuple ? » Faut pas le prendre personnellement. Bah on ne peut pas s’empêcher. Moïse râle.

« Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple ? Est-ce moi qui l’ai enfanté ? » Et donc là, en plus, vous avez Moïse maintenant qui est en train de dire à Dieu : « Tu fais tellement mal ton boulot que je suis obligé de prendre ta place. » Parce que c’est ça ce qu’il est en train de dire. Et là, Moïse qui lui dit : « Ah bah dis donc, il est beau l’accouchement, merci. »

Et ensuite… Ah ça, c’est moche. Verset 15. Ouh, ça c’est laid. « Si c’est ainsi que tu me traites, tue-moi donc. » Oui, tue-moi, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, que je ne voie pas mon malheur. Chantage au suicide. Et chantage au suicide, ça c’est un red flag.

Vous voyez, c’est cette fissure dans le personnage de Moïse qui reste le plus grand prophète. Je ne suis pas du tout en train de le dévaloriser. Mais ce n’est pas Jésus, il y a quand même une petite fissure. Et là, elle s’est agrandie un peu plus sous nos yeux. Même si, vous vous rappellerez quand même qu’on n’est pas beaucoup mieux dans nos prières à nous aussi.

Et en face de ça, Dieu qui répond. Dieu qui répond par deux choses. Il dit : écoute, très bien, tu en as marre de moi. Moi aussi, j’en ai un peu marre de toi. Donc tu vas aller me trouver soixante-dix anciens et on va bâtir des institutions parallèles pour te décharger de ton fardeau, puisque manifestement tu en as marre. Ça, c’est la première réponse.

Et je dois dire que là-dessus, Moïse, dont j’ai critiqué la prière, Moïse sera plutôt classe. Moïse qui répond à Josué : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah, si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes. » Là, grand seigneur quand même, Moïse.

Donc ça, c’était la première réponse de Dieu qui va dire : on va faire des institutions parallèles, les soixante-dix anciens. Et puis, deuxième réponse de Dieu qui dit : « Vous voulez de la bonne nourriture ? Moi, je vais vous en donner. Vous allez manger de la viande. Pas un jour, pas deux jours… » Et puis là, le texte insiste. Pas cinq jours, mais un mois. Et à la fin, vous en aurez ras-le-bol. Vous en aurez autant ras-le-bol de la bonne nourriture comme vous en avez ras-le-bol de la manne. Et ça voudra bien dire que le problème ne vient ni de moi ni de la manne, mais bien de vous. Quelle que soit la nourriture qu’on vous passe, de toute façon, vous en aurez ras-le-bol. Vous n’êtes jamais contents.

Et là, pour le coup, réponse de Moïse beaucoup moins classe : « Le peuple au milieu duquel je suis compte six cent mille hommes à pied. » Toujours cette fascination du nombre. « Et toi, tu dis : je vais leur donner de la viande. Mais ce n’est pas possible ! » Et là, Dieu, Dieu, Dieu, Dieu… qui pète un câble, quoi. « Maintenant, tu vas voir si ma parole se réalise pour toi. Oui ou non. »

La fissure dans le personnage de Moïse. Alors, on ne va pas le regarder de haut. Ni Moïse, ni le peuple. Parce que le nombre de fois où on en a marre de faire la volonté de Dieu, qui est pourtant la plus belle, c’est le peuple, c’est nous. Et le nombre de fois où on râle de manière indue dans la prière en prenant Dieu à témoin de nos malheurs alors qu’il n’y est pour rien, le pauvre, ça aussi. Ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé.

Donc ce passage-là qui compte triple — je le redis, page compte triple — dans le livre des Nombres et dans la Bible, c’est de notre vie spirituelle qu’il est question. Vous voulez arriver en terre promise ? Voilà ce qu’il ne faut pas faire.

Prière

Nous terminons par une prière, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Seigneur, nous te demandons pardon pour toutes les fois où, dans notre vie spirituelle, nous avons râlé. Où nous avons râlé contre toi alors que tu n’y étais pour rien. Où nous avons râlé contre nos supérieurs alors qu’ils n’y étaient pour rien. Où nous avons râlé contre les personnes qui nous étaient confiées alors qu’on aurait dû apprendre à les aimer.

Seigneur, donne-nous de ne pas être lassés de faire ta volonté. Donne-nous d’avoir confiance dans ta providence. Et puis pour le reste, Seigneur, tu nous connais. Excuse-nous.

Et vous, que le Seigneur vous bénisse et vous garde, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.


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