← J60 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter
Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 20 du livre des Nombres, le frère Paul-Adrien lit le récit de la mort de Myriam, de la faute de Moïse aux eaux de Mériba, du refus d’Édom de laisser passer Israël, et de la mort d’Aaron au sommet du mont Hor. Le commentaire analyse en détail la faute apparemment anodine de Moïse — qui prend le mauvais bâton, frappe le rocher au lieu de lui parler et s’arroge la puissance du miracle — révélant une dérive subtile vers un rapport idolâtrique à la puissance, qui lui vaudra de ne jamais entrer en Terre promise.
Introduction
Nous avons terminé notre grande remise en ordre avec ces règles de pureté et Dieu qui reprend les choses en main, et nous repartons dans la marche au désert, mais l’ambiance n’y est plus et nous restons dans la même atmosphère un peu triste. Vous entendrez la mort d’Aaron, la mort de Myriam. Au milieu, Édom qui refuse le passage. Peut-être même d’ailleurs quelque chose d’encore plus triste que je vous laisse deviner.
Lecture : Nombres 20
Le premier mois de l’année, toute la communauté des fils d’Israël arriva dans le désert de Cinn. Le peuple s’établit à Cadès. C’est là que Myriam mourut et qu’elle fut enterrée.
Comme il n’y avait pas d’eau pour la communauté, ils se rassemblèrent contre Moïse et Aaron. Le peuple chercha querelle à Moïse en disant : « Ah, si seulement nous avions expiré quand nos frères ont expiré devant le Seigneur ! Pourquoi avoir amené l’assemblée du Seigneur dans ce désert où nous allons mourir, nous et nos bêtes ? Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte et nous avoir amenés dans ce lieu de malheur où l’on ne peut rien semer, où il n’y a ni figuier, ni vigne, ni grenadier, et même pas d’eau à boire ? »
Ils tombèrent face contre terre. Et la gloire du Seigneur leur apparut.
Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : « Prends ton bâton de chef et avec ton frère Aaron, rassemble la communauté. Puis sous leurs yeux, vous parlerez au rocher et il donnera son eau. Pour eux, tu feras jaillir l’eau du rocher et tu feras boire la communauté et ses bêtes. »
Comme il en avait reçu l’ordre, Moïse prit le bâton qui était placé devant le Seigneur. Moïse et Aaron réunirent l’assemblée en face du rocher et Moïse leur dit : « Écoutez donc, rebelles, est-ce que nous pouvons faire jaillir de l’eau pour vous de ce rocher ? » Moïse leva la main et de son bâton, il frappa le rocher. Par deux fois ! L’eau jaillit en abondance et la communauté put boire et abreuver ses bêtes.
Le Seigneur dit alors à Moïse et à son frère Aaron : « Puisque vous n’avez pas eu assez de foi pour manifester ma sainteté devant les fils d’Israël, vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne. »
Ainsi parle ton frère Israël : « Tu sais toutes les difficultés que nous avons rencontrées. Nos pères sont descendus en Égypte et nous y avons habité longtemps. Puis les Égyptiens nous ont maltraités, nous et nos pères. Alors nous avons crié vers le Seigneur et il a entendu notre voix. Il a envoyé un ange et nous a fait sortir d’Égypte. Nous voici donc à Cadès, ville à la frontière de ton territoire. Laisse-nous passer, je te prie. Nous ne passerons ni dans les champs, ni dans les vignes. Nous ne boirons pas l’eau des puits. Nous irons par la voie royale, sans dévier ni à droite ni à gauche, jusqu’à ce que nous ayons traversé ton territoire. »
Mais Édom répondit : « Tu ne passeras pas chez moi, sinon je sortirai à ta rencontre avec l’épée. »
« J’en paierai le prix. Après tout, ce n’est pas une affaire de me laisser passer à pied. »
Mais Édom lui dit : « Non, tu ne passeras pas. » Puis il sortit à la rencontre d’Israël avec une masse de gens et en grande force. Ainsi Édom refusa-t-il à Israël la permission de traverser son territoire et Israël prit une autre direction.
Les fils d’Israël, toute la communauté, partirent de Cadès et arrivèrent à Hor, la montagne, sur la frontière du pays d’Édom.
Le Seigneur s’adressa à Moïse et à Aaron à Hor, la montagne, et il dit : « Aaron va être réuni aux siens. En effet, il n’entrera pas dans le pays que je donne aux fils d’Israël, puisque vous avez été rebelles à ma parole, aux eaux de Mériba. Toi, Moïse, prends avec toi Aaron et son fils Éléazar et fais-les monter à Hor, la montagne. Enlève à Aaron ses vêtements. Tu en revêtiras son fils Éléazar et c’est là qu’Aaron sera réuni aux siens, qu’il mourra. »
Moïse fit comme le Seigneur l’avait ordonné. Ils montèrent à Hor, la montagne, aux yeux de toute la communauté. Moïse enleva ses vêtements à Aaron et en revêtit son fils Éléazar. Alors Aaron mourut là, au sommet de la montagne. Puis Moïse, accompagné d’Éléazar, descendit de la montagne. Toute la communauté constata qu’Aaron avait expiré et toute la maison d’Israël le pleura pendant trente jours.
Commentaire
Alors, c’était quoi le passage le plus triste que vous avez entendu ? Est-ce que c’était la mort de Myriam ? Est-ce que c’était la mort d’Aaron ? Est-ce que c’était Édom qui refuse le passage pour arriver en Terre Sainte, et contre lequel on n’a même plus envie de se battre, tellement on est désabusé ? Ou alors, est-ce que c’est ce verset ? Le verset 12 :
Le Seigneur dit alors à Moïse et à son frère Aaron : « Puisque vous n’avez pas eu assez de foi pour manifester ma sainteté devant les fils d’Israël, vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne. »
Un verset qui n’a l’air de rien. Enfin, je veux dire, on vient d’entendre tellement de réprimandes de la part de Dieu qu’un de plus, un de moins, on se dit, c’est pas nouveau. Eh bien, celui-ci, quand même, est nouveau. C’est que là, à mot couvert, ce qu’on dit, c’est que ni Aaron, ni même Moïse n’entreront avec ce peuple dans la Terre promise. À mot couvert, Dieu est en train de dire qu’ils vont mourir eux aussi dans le désert.
Et de fait, juste après, vous avez Aaron qui meurt. Et Moïse, Moïse qui reste vivant, mais Moïse qui maintenant sait qu’il va mourir dans le désert, qu’il a failli à sa tâche, qu’il n’a pas manifesté la sainteté, et que ce désert, à lui aussi, sera son tombeau. Moïse ! Qui a fait sortir le peuple d’Égypte, qui a donné la loi, qui a prié pour son peuple. Eh bien, Moïse n’entrera pas dans la Terre promise. Et là, si vous ne versez pas une larme, c’est que vous n’avez pas de cœur.
Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Parce qu’en fait, on lit ce passage, ce chapitre 20, on le lit, on le relit, on se dit, mais qu’est-ce qui vient de se passer ? Quelle est la faute monumentale que Moïse a faite pour ne pas pouvoir rentrer dans la Terre promise ? Et en fait, on ne la voit pas. Il n’y a pas de faute monumentale. Il y a un moment donné, il y a une histoire d’eau à boire, de rocher, mais on voit que Moïse prie, on voit que Dieu lui répond, et on voit que Moïse donne à boire au peuple, donc tout semble dans l’ordre. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Alors, on est obligé de rentrer dans les détails. Quand on rentre dans les détails, on s’aperçoit qu’il y a bien un ou deux trucs qui clochent un petit peu, mais on se dit, ouais, pas de quoi fouetter un chat, quand même.
Dieu avait dit à Moïse : « Prends ton bâton et ensuite tu parleras au rocher et tu feras jaillir l’eau du rocher », et c’est comme ça, on suppose, qu’il fallait faire jaillir la sainteté de Dieu. La sainteté, c’est la puissance de vie qui, en fait, était contenue dans le rocher et dont il devait faire jaillir l’eau. Ok, très bien. Comme il en avait reçu l’ordre, Moïse prit le bâton qui était placé devant le Seigneur. Et ensuite il dit : « Écoutez donc, rebelles, est-ce que nous pouvons faire jaillir de l’eau de ce rocher ? » Il prend ce bâton, il frappe le rocher par deux fois et l’eau jaillit en abondance.
Alors, c’est quoi le problème ? Est-ce que c’est, dans ce que dit Moïse : « Écoutez donc, rebelles, est-ce que nous pouvons faire jaillir de l’eau pour vous de ce rocher ? » Il commence par attraper ce peuple, qui, de fait, est un peuple de rebelles, mais est-ce que c’est à Moïse de le dire ? « Est-ce que nous pouvons faire jaillir de l’eau pour vous de ce rocher ? » Là, ça tique un petit peu. « Est-ce que nous pouvons ? » Non, c’est pas Moïse. C’est Dieu qui va faire jaillir l’eau de ce rocher. Alors, on se dit, tiens, il y a un petit truc là.
On continue un petit peu plus loin. « Moïse leva la main et de son bâton, il frappa le rocher par deux fois. » C’est quand même bizarre. C’est quand même le premier miracle où Moïse est obligé de s’y reprendre par deux fois. Ça veut dire qu’il y a eu un problème là. Alors, on se dit, oui, il y a un petit truc là. On ne voit pas encore pourquoi Dieu va condamner à mort Moïse, parce que c’est de ça dont il s’agit. Donc, on continue de creuser dans le détail.
Alors après, il y a une question de bâton. Et le bâton, tiens, c’est curieux, parce que Dieu avait dit à Moïse : « Prends ton bâton et ensuite, tu parleras au rocher. » Et là, on s’aperçoit que Moïse ne parle pas au rocher, mais qu’il frappe le rocher avec le bâton. Ça veut dire que là, la puissance du miracle devait être dans la parole. C’est la parole de Moïse et non pas dans le bâton. Et de fait, la puissance de la parole, c’est la puissance de la prière. C’est la puissance des commandements de Dieu. Tiens, notre Dieu est un Dieu de parole. C’est le Verbe qui se fait chair. Et là, on prend un objet, un bâton. On est plutôt dans le rite de magie là.
Alors, on continue de creuser. Et là, on arrive à un autre détail. Et on se dit, là quand même, le Seigneur avait parlé à Moïse et lui avait dit : « Prends ton bâton de chef. » Et ensuite, on vous dit : « Comme il en avait reçu l’ordre, Moïse prit le bâton qui était placé devant le Seigneur. » Le bâton qui était placé devant le Seigneur, c’est pas son bâton. C’était le bâton d’Aaron. Le fameux bâton qui avait refleuri, qu’on avait placé à côté de l’Arche d’Alliance et qui devait rester, je suppose, dans l’Arche d’Alliance. Et là, c’est Moïse qui reprend ce bâton, alors qu’il devait prendre son bâton à lui.
Le bâton de Moïse, ça devait être le signe de son autorité. Et dans la tête de Dieu, quand il lui avait dit « Prends ton bâton », ça devait être pour réaffirmer l’autorité de Moïse. Et à la place de ça, il a pris un autre bâton qui a une immense histoire glorieuse, mais de magie. Parce que c’est avec ce bâton-là d’Aaron qu’on avait fait les fléaux d’Égypte. C’est avec ça qu’on a transformé l’eau du Nil en sang. C’est avec ça qu’on avait fait monter les grenouilles.
Et en fait, en reprenant ce bâton, on s’aperçoit qu’avec tous ces petits détails qui s’accumulent les uns avec les autres, il y avait un rapport faussé qui était en train de s’inscrire entre Dieu, Moïse et la puissance, et que Moïse commençait à rentrer dans un rapport idolâtrique et de magie. C’était la magie d’Égypte qu’il était en train de transporter dans le désert.
Et là, si vous voulez, c’était encore notre histoire de petites fissures dans le personnage de Moïse, qui est le plus humble des hommes. Oui, qui voit l’image de Dieu en claire vision. Oui, qui a conduit son peuple. Oui, qui lui a donné sa loi. Oui, mais tout n’était pas parfait. Il y avait des petites fissures. Et à un moment donné, ces fissures s’accumulent. Et là… c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Vous savez, quand vous éduquez un enfant, parfois, devant une petite bêtise bête qu’il a faite, vous allez finir par vraiment taper du poing sur la table. Eh bien là, c’est la même chose. Toutes ces petites fissures qui se sont accumulées, il y a un moment donné, elles explosent et Dieu lui dit : « Non mais écoute, arrête, parce que là, manifestement, on est parti vers quoi ? » Eh bien non, tu ne rentreras pas en Terre promise. Tu ranges ton bâton et on se remet dans un rapport d’adoration envers Dieu et non pas d’idolâtrie envers un bâton duquel tu t’arroges la puissance pour dire aux autres que c’est toi qui vas faire ce miracle.
Nous terminons notre épisode en pleurant la mort à venir de Moïse et en disant un psaume.
Psaume 27
Seigneur mon rocher, c’est toi que j’appelle. Ne reste pas sans me répondre, car si tu gardais le silence, je m’en irais moi aussi vers la tombe.
Entends la voix de ma prière quand je crie vers toi, quand j’élève les mains vers le Saint des Saints.
Ne me traîne pas chez les impies, chez les malfaisants, chez les criminels. À leurs voisins, ils parlent de paix quand le mal est dans leur cœur.
Traite-les d’après leurs actes et selon leurs méfaits. Traite-les d’après leurs œuvres. Rends-leur ce qu’ils méritent.
Ils n’ont compris ni l’action du Seigneur, ni l’œuvre de ses mains. Que Dieu les renverse et jamais ne les relève.
Béni soit le Seigneur qui entend la voix de ma prière. Le Seigneur est ma force et mon rempart. À lui mon cœur fait confiance. Il m’a guéri, ma chair a refleuri, mes chants lui rendent grâce.
Le Seigneur est la force de son peuple, le refuge et le salut de son Messie. Sauve ton peuple, bénis ton héritage, veille sur lui, porte-le toujours.
← J60 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter