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Jour 69 ☼ — Victoire, héritage et promesse inachevée

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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit la lecture de l'introduction du Deutéronome avec le chapitre 3 : la victoire sur Og, roi de Bashan, le partage du territoire d'au-delà du Jourdain entre Rouben, Gad et la demi-tribu de Manassé, l'investiture de Josué, et la prière de Moïse à qui Dieu refuse l'entrée en Terre promise. Le commentaire relève l'amertume persistante de Moïse, qui « en rajoute une couche » et rejette la faute sur le peuple, pour y lire un grand thème mystique : la purification de la mémoire. Guérir ses souvenirs sans les effacer, pour vivre dans la liberté et la paix — une étape de la nuit de l'esprit dont parlent saint Jean de la Croix et Thérèse d'Avila. L'épisode se termine par la première partie du psaume 34.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Deutéronome, chapitre 3. Et nous continuons, avec cette introduction dans le Deutéronome, à parler des grands principes de la vie spirituelle que Moïse, avec son talent pédagogique, nous décrit à l'aide de ce récit de l'histoire du peuple hébreu. On a parlé du paradis à travers le thème de la Terre Sainte, on a parlé du désir de s'installer, de prendre sa place sous le soleil. Qu'est-ce que ce chapitre nous réserve ?

Lecture : Deutéronome 3

Nous avons obliqué pour monter en direction du Bashan, mais Og, roi de Bashan, est sorti à notre rencontre, lui et tout son peuple, pour combattre à Édréï. Le Seigneur m'a dit : « Ne le crains pas, car je l'ai livré entre tes mains, lui, son peuple et son pays. Tu le traiteras comme tu as traité Séhon, roi des Amorites, qui habitait Heshbon. »

Et le Seigneur notre Dieu a aussi livré entre nos mains Og, roi de Bashan, et tout son peuple. Nous les avons battus sans leur laisser aucun survivant. Nous avons conquis toutes leurs villes en ce temps-là, pas une cité qui ne leur fut prise. Il y en avait soixante dans toute la région d'Argob, située dans le Bashan où régnait Og. Toutes ces villes étaient fortifiées avec de hautes murailles et des doubles portes verrouillées. Il y avait en outre un très grand nombre de villages.

Nous les avons vouées à l'anathème, comme nous l'avions fait pour les villes de Séhon, roi de Heshbon. Nous avons voué chaque ville à l'anathème : hommes, femmes et enfants. Et nous avons gardé comme butin tout le bétail et les dépouilles prises dans ces villes.

En ce temps-là, nous avons donc pris aux deux rois des Amorites ce pays qui se trouve au-delà du Jourdain, depuis le torrent de l'Arnon jusqu'au mont Hermon, que les gens de Sidon appelaient Siryon et les Amorites Senir. Nous avons pris toutes les villes du plateau, tout le Galaad et tout le Bashan jusqu'à Salka et Édréï, villes du Bashan où régnait Og.

Og, roi de Bashan, était le seul survivant des géants Refaïtes. Son lit était un lit de fer. Ne serait-ce pas celui qu'on voit à Rabba des Ammonites ? Un lit qui fait bien neuf coudées de long et quatre coudées de large.

C'est de ce pays que nous avons pris possession en ce temps-là. Le territoire depuis Aroër, sur le torrent de l'Arnon, et la moitié des monts de Galaad avec ses villes, je les ai donnés aux gens de Rouben et de Gad. Le reste du Galaad et tout le Bashan, royaume d'Og, je les ai donnés à la moitié de la tribu de Manassé : toute la région de l'Argob et tout le Bashan, qu'on appelle le pays des Refaïtes.

Yaïr, fils de Manassé, prit toute la région d'Argob jusqu'à la frontière des Guéshourites et des Maakatites. Il a donné son nom à ces contrées du Bashan, qu'on appelle aujourd'hui encore les campements de Yaïr.

C'est à Makir que j'ai donné le Galaad. Aux gens de Rouben et de Gad, j'ai donné le territoire qui s'étend du Galaad jusqu'au torrent de l'Arnon, le milieu du torrent servant de frontière, et jusqu'au torrent du Yabboq, frontière des Ammonites. Je leur ai donné l'Araba, le Jourdain servant de frontière, de Kinnéreth à la mer de l'Araba, la mer Morte, au bas des pentes du Pisga, à l'est.

Voici ce que je vous ai ordonné en ce temps-là : « C'est le Seigneur votre Dieu qui vous a donné ce pays pour que vous le possédiez en héritage. Vous y passerez devant vos frères, les fils d'Israël, vous les guerriers, en tenue de combat. Seules vos femmes, vos enfants et votre cheptel, qui, je le sais, sera nombreux, habiteront dans les villes que je vous ai données. Cela jusqu'au jour où le Seigneur accordera le repos à vos frères comme à vous-mêmes ; alors ils posséderont eux aussi le pays que leur donne le Seigneur votre Dieu, au-delà du Jourdain. Vous retournerez chacun dans le territoire que je vous ai donné en héritage. »

À Josué, en ce temps-là, j'ai ordonné : « Tu vois de tes propres yeux tout ce que le Seigneur votre Dieu a fait à ces deux rois. Le Seigneur traitera de même tous les royaumes que tu vas traverser. N'ayez pas peur, car c'est le Seigneur votre Dieu qui combat pour vous. »

J'ai imploré le Seigneur en ce temps-là : « Seigneur mon Dieu, c'est toi qui as commencé à montrer à ton serviteur ta grandeur et la force de ta main. Y a-t-il au ciel et sur la terre un Dieu dont les œuvres et la puissance égalent les tiennes ? Permets-moi, je t'en prie, de passer et de voir le bon pays d'au-delà du Jourdain, cette belle montagne, et le Liban. »

Mais à cause de vous, le Seigneur s'est mis en colère contre moi et il ne m'a pas écouté. Il m'a dit : « Assez ! Ne recommence pas à me parler de cette affaire. Monte au sommet du Pisga. Porte ton regard vers l'ouest, le nord, le sud et l'est. Regarde de tous tes yeux, car le Jourdain que voici, tu ne le passeras pas. Donne tes ordres à Josué, fortifie-le et affermis-le, car c'est lui qui passera le Jourdain à la tête de ce peuple. C'est lui qui les mettra en possession de leur héritage, ce pays que tu vois. »

Alors, nous sommes restés dans la vallée, en face de Beth-Péor.

Commentaire

Sacré Moïse ! Il ne peut pas s'empêcher d'en rajouter une couche à chaque fois. Vous sentez en fait que Moïse, il l'a vraiment mauvaise. En même temps, on le comprend. Il est en haut d'une montagne, il va bientôt voir la Terre promise qui s'offre devant lui, il a travaillé pour ça toute sa vie et il n'y rentrera pas. Et ça, ça, il n'a toujours pas digéré.

« Mais c'est à cause de vous que le Seigneur s'est mis en colère contre moi. » Alors que les gens qu'il a en face de lui, c'est les petits jeunes, qui n'y sont pour rien ! « Il ne m'a pas écouté. » Alors que c'est quand même Moïse qui s'est rebellé. Vous vous souvenez de toutes les petites fissures qu'on avait vues ?

Alors, j'avais bien pris soin de ne pas en rajouter, parce que Moïse reste le plus humble des hommes, le plus grand des prophètes. Il a vu l'image de Dieu, il a vu la stature du Fils de l'homme et il en a fait le Décalogue. Donc ce n'est pas rien. Mais quand même, quand il est en train de râler… Ah là là, les vieux, les vieux sont extraordinaires ! Faites attention, parce que les jeunes d'aujourd'hui sont les vieux de demain.

Alors, prenons les choses différemment, à la gloire de Moïse. Ici, vous avez un thème mystique — ah, j'ai lâché le mot ! Il y a un thème mystique sous-jacent, qui est la purification de la mémoire. Quand on progresse dans la prière et qu'on se rapproche de Dieu, il y a la purification : la purification de l'imagination, la purification des sens, la purification de l'esprit, la purification de la mémoire. Saint Jean de la Croix en parle, Thérèse d'Avila en parle. C'est une purification intérieure qui vise à libérer l'âme des entraves, de l'attachement et des blessures passées.

Comment est-ce qu'on gère ses propres traumatismes ? Là, c'est Moïse qui essaye de gérer son propre traumatisme, le fait de ne pas pouvoir rentrer dans la Terre promise. Et on a tous les nôtres. La purification de la mémoire, c'est être capable de se rappeler les expériences passées, bonnes ou mauvaises, mais de manière à ce que cela ne nous entrave pas pour le futur, et au contraire que nous puissions vivre dans la liberté et dans la paix. La paix avec nous-mêmes, déjà, ce sera pas mal, avant d'être parfaitement en paix avec les autres. Mais la paix avec Dieu et la paix avec nous-mêmes.

Et là, la purification de la mémoire, c'est apprendre à se guérir et à libérer ses souvenirs. Non pas en les effaçant — et vous voyez que Moïse ne les efface pas, et vous voyez comment est-ce qu'il reste prisonnier d'une certaine forme d'amertume. Mais vous pouvez aussi sentir qu'il y a le travail de purifier et de reprendre avec Dieu ce qu'il a vécu, et que ce n'est pas simplement le plaisir de donner des leçons aux petits jeunes.

Vous sentez Moïse, peut-être… On va voir comment est-ce qu'il progresse à la fin du Deutéronome. Mais la progression de Moïse n'est pas terminée. Moïse qui est en train d'accéder, peut-être, devant nous, à un nouveau stade mystique. La purification de la mémoire, ça fait partie du chemin de la nuit de l'esprit, la nuit de la mémoire dont parlent les mystiques. Ils disent que c'est une étape essentielle pour arriver à la purification et pour arriver à cette liberté intérieure, la pureté du cœur et la paix de l'âme, qui permet après d'atteindre l'union mystique.

Moïse arrivera-t-il à l'union mystique au terme du Deutéronome ? C'est peut-être plus intéressant, ça, d'ailleurs, comme question, que de savoir les relations entre les vieux et les jeunes. Et c'est là où on retrouve, à travers cette introduction du Deutéronome, les grands principes de la vie spirituelle : après le bonheur, la vie éternelle, le paradis ; après le désir de s'installer ; c'était maintenant le récit de vie.

Psaume 34a

Accuse, Seigneur, ceux qui m'accusent, attaque ceux qui m'attaquent. Prends une armure, un bouclier, lève-toi pour me défendre. Brandis la lance et l'épée contre ceux qui me poursuivent. Parle et dis-moi : « Je suis ton salut. »

Qu'ils soient humiliés, déshonorés, ceux qui s'en prennent à ma vie. Qu'ils reculent, couverts de honte, ceux qui veulent mon malheur. Qu'ils soient comme la paille dans le vent lorsque l'ange du Seigneur les balayera. Que leur chemin soit obscur et glissant lorsque l'ange du Seigneur les chassera.

Sans raison, ils ont tendu leur filet ; et sans raison, creusé un trou pour me perdre. Qu'un désastre imprévu les surprenne, qu'ils soient pris dans le filet qu'ils ont caché et dans ce désastre qu'ils succombent.

Pour moi, le Seigneur sera ma joie et son salut mon allégresse. De tout mon être je dirai : « Qui est comme toi, Seigneur, pour arracher un pauvre à plus fort que lui, un pauvre, un malheureux, à qui le dépouille ? »


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