Jour 68 ☾ — Quand Dieu ouvre la voie à la victoire
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Résumé : Moïse poursuit sa relecture de l'histoire sainte avec le chapitre 2 du Deutéronome : le contournement de Séir, le respect des territoires donnés aux fils d'Ésaü, de Lot et d'Ammon, puis la première victoire, celle remportée sur Séhon, roi de Hèchbone. Le frère Paul-Adrien montre que le pivot du chapitre se trouve au verset 16 : c'est quand la vieille génération des hommes de guerre a entièrement disparu que Dieu passe du « n'attaque pas » au « je livre le pays entre tes mains ». Il y lit une leçon sur le conflit des générations, sur le bon voisinage et sur l'ambition légitime qui doit rester réglée par Dieu. L'épisode se termine par une prière reprenant les images de la nuée et du feu.
Introduction
Nous continuons notre histoire de l'histoire sainte, revue et corrigée par Moïse. Il nous a parlé de la première rébellion des fils d'Israël, qui était comme le prototype de toutes les rébellions et la source de tout le malheur qui s'en est suivi. Je dis que c'est une histoire vue et revue parce qu'en même temps il y a de très beaux principes théologiques et de formidables encouragements derrière. En même temps, je ne peux pas m'empêcher, en souriant un peu, de voir la manière dont Moïse a présenté sa propre défection. Il avait dit : « C'est à cause de vous que moi je vais mourir et que je ne pourrai pas entrer. » Et en fait, là, Moïse a comme par hasard oublié de parler de sa propre rébellion. Ah, on ne se refait pas, d'accord ? On en est tous là. Ne soyons dupes ni de Moïse, ni de nous-mêmes.
En attendant, nous allons continuer ce récit par Moïse. Là, on va vous parler des différentes campagnes militaires à travers les différents peuples que les Hébreux ont traversés au désert. Avec toujours cette même question : pourquoi est-ce que Moïse nous en parle ? Rien n'est jamais gratuit. Où le vieux veut-il en venir ?
Lecture : Deutéronome 2
Ensuite, nous avons fait demi-tour et nous sommes partis vers le désert, en direction de la mer des Roseaux, comme le Seigneur me l'avait dit. Il nous fallut bien des jours pour contourner la montagne de Séir.
Puis le Seigneur m'a dit : « Vous tournez autour de cette montagne depuis assez longtemps. Dirigez-vous vers le nord. Donne cet ordre au peuple : vous allez traverser le territoire de vos frères, les fils d'Ésaü, qui habitent en Séir. Ils auront peur de vous, mais prenez bien garde, ne les attaquez pas, car je ne vous donnerai pas une parcelle de leur pays, pas même de quoi y poser le pied. En effet, c'est à Ésaü que j'ai donné en possession la montagne de Séir. La nourriture que vous mangerez, vous la leur paierez à prix d'argent, et même l'eau que vous boirez, vous l'achèterez. Car le Seigneur ton Dieu a béni l'œuvre de tes mains. Il a veillé sur ta marche à travers ce grand désert. Voilà quarante ans que le Seigneur ton Dieu est avec toi, et tu n'as jamais manqué de rien. »
Nous avons donc passé loin de nos frères, les fils d'Ésaü qui habitent en Séir, par la route de la Araba qui vient d'Éilath et d'Èsione-Guèber. Puis nous avons tourné et pris la route du désert de Moab.
Et le Seigneur me dit : « N'attaque pas les Moabites, n'engage pas le combat contre eux. De ce pays, je ne te donnerai rien en possession, car c'est aux fils de Lot que j'ai donné Ar en possession. »
Les Émites autrefois y habitaient. C'était un peuple grand et nombreux, de haute taille, comme les géants Anaqites. On les considérait comme les Refaïtes, mais les Moabites les appelaient Émites. En Séir autrefois habitaient les Horites, mais les fils d'Ésaü les en avaient dépossédés, chassés, exterminés, pour y habiter à leur place. Israël a fait de même pour le pays qu'il possède, celui que le Seigneur lui a donné.
« Maintenant, debout, traversez le torrent de Zéred. » Nous avons donc traversé le torrent de Zéred.
De Cadès-Barné au passage du torrent de Zéred, notre marche a duré trente-huit ans, jusqu'à ce que disparaisse toute la génération des hommes de guerre, ainsi que le Seigneur l'avait juré. Et même la main du Seigneur s'était levée contre eux pour les rayer du camp jusqu'à leur totale disparition.
Et lorsque la mort eut fait disparaître du peuple tous ces hommes de guerre, le Seigneur me parla ainsi : « Aujourd'hui, tu vas traverser Ar, territoire de Moab, et tu te trouveras face aux fils d'Ammon. Ne les attaque pas, n'engage pas le combat contre eux. Du pays des fils d'Ammon, je ne te donnerai rien en possession, car c'est aux fils de Lot que je l'ai donné en possession. »
On le considérait également comme un pays de Refaïtes. Les Refaïtes y avaient habité autrefois, et les Ammonites les appelaient Zamzoummites. C'était un peuple grand et nombreux, de haute taille, comme les géants Anaqites. Mais le Seigneur les avait exterminés devant les Ammonites, et ceux-ci les avaient dépossédés pour y habiter à leur place. Le Seigneur avait agi de même pour les fils d'Ésaü qui habitent en Séir : devant eux, il avait exterminé les Horites, et les fils d'Ésaü les avaient dépossédés de Séir, et jusqu'à ce jour ils y habitent à leur place. Il en fut de même pour les Avvites qui habitaient les villages jusqu'à Gaza : les Kaftorites, venus de Kaftor, les avaient exterminés pour habiter à leur place.
« Debout, levez le camp et passez le torrent de l'Arnon. Vois, j'ai livré entre tes mains Séhon l'Amorite, roi de Hèchbone, ainsi que son pays. Commence à prendre possession de ton héritage. Engage le combat. En ce jour, je commence à répandre la terreur et la crainte de toi à la face des peuples sous tous les cieux. Au bruit de ton approche, ils trembleront et frémiront devant toi. »
Alors Moïse poursuivit : Du désert de Qedémoth, j'ai envoyé des messagers à Séhon, roi de Hèchbone, avec ces paroles de paix : « Je voudrais traverser ton pays, mais je ne dévierai pas de ma route, ni à gauche, ni à droite. La nourriture que je mangerai, tu me la vendras à prix d'argent, et l'eau que je boirai, tu me la fourniras aussi à prix d'argent. Je voudrais simplement passer à pied, ainsi que me l'ont permis les fils d'Ésaü qui habitent en Séir, et les Moabites qui vivent dans le pays d'Ar. Je pourrais donc traverser le Jourdain et arriver au pays que nous donne le Seigneur notre Dieu. »
Mais Séhon, roi de Hèchbone, n'a pas voulu nous laisser traverser son pays. En effet, le Seigneur ton Dieu avait rendu son esprit inflexible et avait endurci son cœur pour le livrer entre tes mains. Il en est encore ainsi aujourd'hui.
Et le Seigneur m'a dit : « Vois, j'ai commencé à te livrer Séhon et son pays. Toi, commence à prendre possession de son pays. »
Séhon sortit alors à notre rencontre avec tout son peuple pour combattre à Yahas. Le Seigneur notre Dieu livra Séhon entre nos mains, et nous l'avons vaincu, ainsi que ses fils et tout son peuple. Nous avons conquis toutes ses villes en ce temps-là et voué chaque ville à l'anathème : hommes, femmes et enfants, nous n'avons laissé aucun survivant. Nous avons gardé pour seul butin le bétail et les dépouilles prises dans les villes que nous avions conquises, depuis Aroër, qui est sur le bord du torrent de l'Arnon, et la ville qui est au fond de la vallée, pas une ville jusqu'à Galaad ne nous fut inaccessible. Le Seigneur notre Dieu nous les livra toutes entre nos mains. Mais tu ne t'es pas approché du pays des fils d'Ammon, tout le long du torrent du Yabboq, des villes de la montagne, d'aucun des lieux que le Seigneur notre Dieu avait interdits.
Commentaire
Eh bien, ce deuxième volet est l'exact contraire du premier. Là, on ne parle plus des révoltes, on ne parle même plus de défaites. En fait, on va de « on ne livre pas la guerre » à la victoire, ce qui est une tonalité cette fois-ci beaucoup plus optimiste que dans le premier chapitre.
Alors, où est-ce qu'on veut en venir ? Au début du chapitre, Dieu dit : « Ne livrez pas bataille. » Et à la fin du chapitre, il dit au contraire : « Allez, traversez l'Arnon, et voici que je vous livre le territoire qui est devant vous. » Qu'est-ce qui fait que Dieu a changé d'avis comme ça ? Ça, c'est ce qui est donné exactement au milieu de tous ces discours et du chapitre, au verset 16 :
Et lorsque la mort eut fait disparaître du peuple tous ces hommes de guerre…
Et avant, c'était juste :
Et même la main du Seigneur s'était levée contre eux pour les rayer du camp jusqu'à leur totale disparition.
Un verset quand même relativement violent. Et comme il ne correspond pas vraiment, dans sa tonalité, avec le reste du chapitre, il est peut-être passé à la trappe quand vous l'avez écouté. Ça correspond à Dieu qui a accompli sa promesse de châtiment pour rayer de la carte l'ancienne génération qui s'était rebellée contre lui. Ça aura duré trente-huit ans d'errance dans le désert pour y parvenir.
En fait, il faut imaginer derrière le soupir de soulagement de la nouvelle génération quand les derniers sont morts et qu'on les a enterrés. Parce qu'ils n'en pouvaient plus. Enfin, on va pouvoir partir du désert. Et Dieu, d'ailleurs, qui disait « Ne livrez pas bataille » et qui maintenant dit « Je vous livre le pays ».
Et derrière, il y a quand même une leçon. Je suis désolé, mais c'est : comment est-ce que l'ancienne génération laisse la place pour que les petits jeunes prennent leur destin en main ? C'était déjà vrai au temps de l'Exode et des Hébreux. Regardez autour de nous, regardez les institutions qu'il y a en France, c'est exactement cette question qui revient. On parle de conflit de générations. Derrière le conflit de générations, il y a des changements culturels et puis de nouvelles manières de voir. Mais il y a aussi le fait d'arriver à abdiquer pour laisser le pouvoir aux nouveaux. Et manifestement, ce n'est jamais facile. Et parfois, la seule manière d'arriver au poste de commandement, c'est d'attendre que les vieux meurent.
Et là, c'est comme si Moïse vous disait : « Très bien, les petits jeunes, en attendant, on a compris, ça va bientôt être à vous, mais n'oubliez pas deux choses. » Un : le bon voisinage. Il ne faut pas confondre l'enthousiasme de la jeunesse et la volonté de prendre ses marques avec une certaine forme d'agressivité, les jeunes loups qui ont les dents qui rayent le plancher. Donc là, ça vous donne quoi, transposé au niveau de la scène internationale ? C'est respecter les gens :
La nourriture que je mangerai, tu me la vendras à prix d'argent, et l'eau que je boirai, tu me la fourniras aussi à prix d'argent. Je voudrais simplement passer à pied.
Et la deuxième chose qu'il ne faut pas oublier, même quand on est jeune, c'est que tout appartient à Dieu, et que c'est quand même Lui qui décide quand est-ce qu'on y va et quand est-ce qu'on n'y va pas. Et généralement, il dit « on y va » quand les gens en face de vous sont mauvais, qu'ils ont le cœur endurci, comme dans le chapitre. Mais ce n'est pas vous qui décidez si jamais les gens ont le cœur endurci ou pas.
Et vous sentez bien que derrière, il est aussi question de comment est-ce que nous réglons notre propre ambition, qui est légitime, le désir de prendre les choses en main, mais qui a quand même besoin d'être réglé.
Nous terminons notre épisode du jour par une courte prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Nous te demandons que ce que tu as dit par la bouche de Moïse aux Hébreux, tu nous le redises dans notre cœur.
Toi qui leur as dit : « Je marchais devant vous sur la route pour chercher le lieu de vos campements », nous te demandons, Seigneur, de marcher devant nous sur notre route.
Toi qui as dit : « J'étais dans le feu durant la nuit pour éclairer vos pas sur le chemin », nous te demandons, Seigneur, de venir éclairer nos ténèbres.
Toi qui as dit : « J'étais dans la nuée durant le jour », nous te demandons, Seigneur, d'être le mystère de notre bonheur.
Amen.
Que Dieu qui est Tout-Puissant vous bénisse, que vous fondiez des familles, que vous fondiez des entreprises, que vous ayez des initiatives, que vous ayez de beaux projets. Que Dieu vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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