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Jour 68 ☼ — Entre promesse et désobéissance

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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre un nouveau livre, le Deutéronome, qu'il présente comme le premier traité de spiritualité et le discours d'adieu de Moïse à la nouvelle génération. La lecture du chapitre 1 rappelle l'organisation des juges, l'envoi des éclaireurs et le refus du peuple de monter vers la Terre promise, suivi d'une tentative présomptueuse et d'une défaite. Le commentaire montre la structure en cratère du discours et souligne que la peur des géants n'était qu'un prétexte : le fond de l'affaire, c'est la rébellion, comme chez Adam. Mais derrière la critique se cache un encouragement : « N'ayez pas peur », car Dieu marche devant, dans le feu de la nuit et la nuée du jour. L'épisode se termine par la seconde partie du psaume 33.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Aujourd'hui, c'est un grand jour dans notre parcours La Bible en un an, parce que c'est un nouveau livre, et que ce livre que nous allons commencer, le Deutéronome — Deutéro, deuxième, nomos, loi : la deuxième loi, ça veut dire la redite des dix commandements — même si le nom n'est pas très agréable à entendre, est un très beau livre. On va commencer à se rapprocher dangereusement du Nouveau Testament à travers le Deutéronome. Bon, je pourrais multiplier, mais vous avez compris l'importance du Deutéronome, qui est un livre relativement lumineux.

Il va y avoir beaucoup de bénédictions cachées, je vous l'accorde, derrière pas mal de critiques acerbes du vieux Moïse qui aime bien reprendre son peuple. Mais quand même, avec la Genèse, il est question d'une lente bénédiction qui, dans la Genèse, passe de patriarche en patriarche, et qui là, dans le Deutéronome, passe d'une génération à une autre génération. Ce qui vous donne d'ailleurs la structure : deux livres de bénédictions, Genèse, Deutéronome. Puis deux livres de combats et de pèlerinages dans le désert, l'Exode, les Nombres. Et au milieu, le boucher mystique, le Lévitique — souvenez-vous de cette vision du Jubilé.

Et le Deutéronome est peut-être le livre le plus émouvant de la Torah en entier, parce qu'en fait, c'est le discours d'adieu de Moïse, en face de la nouvelle génération, qui en a marre du vieux, et qui ne demande qu'une seule chose, c'est qu'on lui fiche la paix pour qu'elle rentre dans la Terre promise et fonde une famille. Le vieux Moïse va leur donner son discours d'adieu. Et ça, ça donnera naissance à une autre tradition que vous retrouverez dans le Nouveau Testament : Jésus, avant de quitter ses disciples, qui va leur donner aussi un long discours d'adieu, dans l'Évangile selon saint Jean. Mais là, on est dans le Deutéronome, et ça ne va pas durer cinq chapitres, ça va durer trente-deux chapitres ! Un sermon de trente-deux chapitres ! Rassurez-vous, ça va être très beau, en fait !

C'est le premier traité de spiritualité du monde religieux et chrétien. D'ailleurs, même dans la structure, vous verrez, c'est amusant, ça respecte les principes que l'on m'avait enseignés au séminaire. Donc, on va commencer par les grands principes, et d'ailleurs, au tout début du grand principe, on va vous parler de la Terre promise. Derrière la Terre promise, il y a la question du paradis, et derrière la question du paradis, il y a la question du bonheur, et derrière la question du bonheur, il y a la question de notre vocation. Et on commence par vous rappeler le grand principe de la morale chrétienne : la vie éternelle, le bonheur, le paradis. Sauf que là, tout de suite, on est avec Moïse et on ne peut pas s'empêcher de se souvenir que ça s'est mal passé.

Lecture : Deutéronome 1

Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël dans le désert, au-delà du Jourdain, dans la Araba, en face de Souf, entre Parân, Tophel, Labân, Hatséroth et Di-Zahab. Du mont Horeb à Cadès-Barnéa, il y a onze jours de marche par la route du mont Séïr.

Or, en la quarantième année, après la sortie d'Égypte, le premier jour du onzième mois, Moïse parla aux fils d'Israël. Il leur rapporta tout ce que le Seigneur lui avait ordonné de transmettre. Il avait vaincu Sihon, roi des Amorites, qui résidait à Heshbon, et vaincu à Édréï Og, roi de Bashân, qui résidait à Ashtaroth. Puis, au-delà du Jourdain, au pays de Moab, Moïse commença à exposer la loi que voici.

Le Seigneur notre Dieu nous a parlé à Horeb. Il nous a dit : « Vous êtes restés assez longtemps sur cette montagne. Repartez. Pénétrez dans la montagne des Amorites et allez chez tous leurs voisins, dans la Araba, la montagne, le Bas-Pays, le Néguev, et au bord de la mer Méditerranée, dans le pays des Cananéens et au Liban, jusqu'au grand fleuve, l'Euphrate. Voyez, je mets ce pays devant vos yeux. Allez donc prendre possession du pays que le Seigneur a juré à vos pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner, à eux ainsi qu'à leurs descendants. »

Moïse poursuivit : « Je vous ai dit, en ce temps-là : je ne puis à moi seul vous porter. Le Seigneur votre Dieu vous a déjà multipliés et, aujourd'hui, vous voici nombreux comme les étoiles du ciel. Et le Seigneur, le Dieu de vos pères, vous multipliera encore mille fois autant. Il vous bénira, comme il vous l'a dit. Comment pourrais-je à moi seul porter le poids écrasant de vos conflits ? Choisissez dans chacune de vos tribus des hommes sages, intelligents et expérimentés, et j'en ferai vos chefs. Alors vous m'avez répondu : la proposition est excellente. J'ai donc pris parmi les chefs de vos tribus des hommes sages et expérimentés, et je les ai établis sur vous comme chefs, officiers de milliers, officiers de centaines, officiers de cinquantaines et officiers de dizaines, et aussi des scribes pour vos tribus.

J'ai donné ces ordres à vos juges, en ce temps-là : Vous entendrez la cause de vos frères, et vous trancherez selon la justice les litiges entre eux, ou entre ton frère et l'immigré qui réside chez lui. Lorsque vous jugerez, vous n'agirez pas avec partialité. Vous écouterez aussi bien le petit que le grand. Vous n'aurez peur de personne, car le jugement appartient à Dieu. Si l'affaire vous paraît trop difficile, vous me la soumettrez, et je l'entendrai. Je vous ai prescrit, en ce temps-là, tout ce que vous aviez à faire.

Nous avons alors quitté l'Horeb, et nous avons marché à travers le grand et terrible désert que vous avez vu, sur la route de la montagne des Amorites, comme le Seigneur nous l'avait ordonné. Et ainsi, nous sommes arrivés à Cadès-Barnéa. Et je vous ai dit : vous êtes parvenus jusqu'à la montagne des Amorites que le Seigneur notre Dieu nous donne. Vois ! Le Seigneur ton Dieu a mis ce pays devant tes yeux. Monte en prendre possession, comme te l'a dit le Seigneur, le Dieu de tes pères. Ne crains pas. Ne t'effraie pas.

Alors, vous vous êtes tous approchés de moi, et vous m'avez dit : « Envoyons donc des hommes en éclaireurs, qu'ils explorent pour nous le pays, et nous renseignent sur la route par laquelle nous monterons et les villes où nous entrerons. » Cette proposition me parut excellente, et j'ai pris parmi vous douze hommes, un par tribu. Ils ont pris la direction de la montagne. Arrivés aux gorges d'Eshkol, ils ont parcouru le pays en espionnant. Ils ont pris dans leurs mains des fruits du pays, et sont descendus nous les apporter. Ils nous ont renseignés en disant : c'est un bon pays que le Seigneur notre Dieu nous donne.

Mais vous n'avez pas voulu y monter. Vous avez été rebelles à l'ordre du Seigneur votre Dieu. Vous avez calomnié le Seigneur sous vos tentes en disant : « C'est parce que le Seigneur nous hait qu'il nous a fait sortir du pays d'Égypte, c'est pour nous livrer entre les mains des Amorites et nous exterminer. Où donc allons-nous monter ? Nos frères ont fait fondre notre courage en disant : c'est un peuple plus nombreux et de plus haute taille que nous, les villes sont grandes et fortifiées jusqu'aux cieux, nous y avons même vu les fils des géants, les Anaqim. »

Alors, je vous ai dit : « N'ayez pas peur. Ne les craignez pas. Le Seigneur votre Dieu, qui marche devant vous, combattra lui-même pour vous, exactement comme il a agi avec vous en Égypte, sous vos yeux. Tu l'as vu aussi dans le désert : le Seigneur ton Dieu t'a porté comme un homme porte son fils, tout au long de la route que vous avez parcourue jusqu'à votre arrivée en ce lieu. » Et malgré cela, vous n'avez pas mis votre foi dans le Seigneur votre Dieu, lui qui marchait devant vous sur la route pour chercher le lieu de vos campements, qui était dans le feu durant la nuit pour éclairer vos pas sur le chemin, et dans la nuée durant le jour.

Alors le Seigneur a entendu le bruit de vos paroles. Il s'est irrité et il a déclaré sous serment : « Pas un seul de ces hommes, personne de cette génération mauvaise ne verra le bon pays que j'ai juré de donner à vos pères, à l'exception de Caleb, fils de Yefounné. Lui, il le verra. À lui, je le donnerai, ainsi qu'à ses fils, ce pays qu'il a foulé, car lui a suivi le Seigneur sans réserve. »

Même contre moi, le Seigneur s'est mis en colère à cause de vous. Il a dit : « Toi non plus, tu n'y entreras pas. Mais Josué, fils de Noun, qui se tient à tes côtés, lui y entrera. Affermis-le, car c'est lui qui conduira Israël dans son héritage. Et vos enfants, dont vous disiez qu'ils seraient pris en butin ? Vos fils, qui ne savent pas encore discerner le bien du mal, eux, ils y entreront. C'est à eux que je donnerai le pays, c'est eux qui le prendront en possession. Quant à vous, faites demi-tour, partez au désert en direction de la mer des Roseaux. »

Alors vous m'avez répondu : « Nous avons péché contre le Seigneur. Eh bien, nous, montons, combattons, exactement comme le Seigneur notre Dieu nous l'avait ordonné. » Et chacun s'est mis en tenue de combat, et vous avez pensé qu'il était facile de prendre la direction de la montagne et d'y monter.

Mais le Seigneur m'a déclaré : « Tu leur diras : ne montez pas, n'allez pas au combat, car je ne suis pas au milieu de vous, ne vous mettez pas en condition d'être battus par vos ennemis. » Je vous ai parlé, mais vous n'avez pas écouté. Vous avez été rebelles à l'ordre du Seigneur, vous avez été présomptueux, vous avez pris la direction de la montagne et vous y êtes montés. Mais les Amorites qui habitent cette montagne sont sortis à votre rencontre, et comme un essaim d'abeilles, ils vous ont poursuivis, et ils vous ont mis en pièces, de Séïr jusqu'à Horma. À votre retour, vous avez pleuré devant le Seigneur, mais le Seigneur n'a pas écouté votre voix, il ne vous a pas prêté l'oreille. Alors vous êtes restés à Cadès pendant de longs jours, pendant autant de jours.

Commentaire

Alors, c'était quoi la principale leçon ? On va voir si vous êtes devenus des pros. Eh bien, la principale leçon, c'était ce qu'avaient dit les éclaireurs.

Ce premier discours, c'est une sorte de cratère. Regardez qui parle successivement : il y a d'abord Dieu, puis on s'enfonce, Moïse, le peuple, et tout au fond du cratère, les éclaireurs qui parlent. Et ensuite on remonte la pente : c'est le peuple qui reprend la parole, puis Moïse, puis Dieu. Et entre les deux pentes, il s'est passé quelque chose. Parce qu'au début, Dieu disait : on y va ; à la fin, il dit : on fait demi-tour. Au début, Moïse disait : j'en peux plus, j'ai besoin d'aide, et on lui donne soixante-dix anciens ; puis ensuite il dit : j'en peux plus, j'ai besoin d'aide, et Dieu lui dit : il y en a marre, je te donne un successeur, ce sera Josué. Et puis après, vous aviez le peuple qui parlait pour dire : c'est génial, envoyons des éclaireurs, et après qui vous dit : c'est horrible, il faut qu'on retourne, vu ce que nous ont dit les éclaireurs.

Donc, qu'est-ce qu'ils ont dit, les éclaireurs ? Eh bien, au milieu de tout ce beau discours, voilà ce qu'ont dit les éclaireurs :

C'est un bon pays que le Seigneur notre Dieu nous donne.

Et ce qui est venu après — oh, ils sont trop forts, ils sont trop hauts, c'est des géants, etc. — ça, c'était un prétexte, c'est venu après. Sous-entendu : il n'y avait aucune raison de refuser d'entrer dans la Terre promise. La peur des Anaqim, c'était un prétexte. Le fond du fond de l'affaire, pourquoi ils ne sont pas entrés dans la Terre promise, c'était pour le plaisir de se réunir et de se révolter contre Dieu.

Ce qui explique, en fait, pourquoi tout au long de ce discours vous avez le mot de rebelle qui est revenu. La vérité, c'est que ce peuple est un peuple de rebelles, point à la ligne, ce n'est pas la peine de chercher d'autres explications. Le peuple que vous avez devant vous, ce sont bien les descendants d'Adam, qui lui aussi vivait dans la terre promise et qui n'avait aucune raison de se rebeller, ce qui ne l'a pas empêché de choisir de quitter cette terre promise.

Alors là, vous me direz : Moïse, il s'adresse à une nouvelle génération qui n'a pas vécu tout ça, ce n'est pas elle qui s'est rebellée. Je suis d'accord, mais vous savez, on ne la fait pas à un vieux singe, et la nouvelle génération est rarement meilleure que l'ancienne.

Mais ce qu'il y a de très beau, c'est que derrière la critique de Moïse, il y a un encouragement caché, parce qu'en même temps qu'il les traite de rebelles, il poursuit en leur disant : n'ayez pas peur, n'ayez pas peur, car c'est Dieu qui va combattre pour vous. Et ça, si vous voulez, ça nous amène d'un discours d'adieu à un autre discours d'adieu, du discours d'adieu de Moïse au discours d'adieu de Jésus, qui lui aussi dira : n'ayez pas peur, moi, je suis avec vous.

La manière dont Jésus nous console, c'est en nous promettant l'assistance de l'Esprit Saint. Ici, la manière dont Moïse encourage, c'est en rappelant — regardez cette phrase-là, qui est extraordinaire quand même :

Lui qui marchait devant vous sur la route pour chercher le lieu de vos campements.

Dieu qui prend soin de nous.

Il était dans le feu durant la nuit pour éclairer vos pas.

Il est là dans nos ténèbres.

Et dans la nuée durant le jour.

Il est le mystère de notre bonheur quand tout va bien. Ah, ça commence très fort. Petite transition poétique.

Psaume 33b

Venez, mes fils, écoutez-moi, que je vous enseigne la crainte du Seigneur. Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur ?

Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles perfides. Évite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la.

Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris. Le Seigneur affronte les méchants pour effacer de la terre leur mémoire.

Le Seigneur entend ceux qui l'appellent, de toutes leurs angoisses il les délivre. Il est proche du cœur brisé, il sauve l'esprit abattu.

Malheur sur malheur pour le juste, mais le Seigneur chaque fois le délivre. Il veille sur chacun de ses os, pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants, ils seront châtiés d'avoir haï le juste. Le Seigneur rachètera ses serviteurs, pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.


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